L’Institut des nouvelles idées : Le futur temple du cinéma…by Sidnaaba

Hugues Richard Sama • mardi 28 février 2017 à 21h30min

L’autodidacte Aboubacar Zida Sidnaaba affectionne les nouvelles idées. Après la Radio des nouvelles idées, voici l’Institut du même nom qu’il a en projet à Tengandogo. Ce futur temple du cinéma burkinabè abritera, entre autres, un studio de tournage, une résidence d’écriture et un auditorium pour les projections. Nous y avons effectué une visite le 22 février dernier, à trois jours du début de la 25e biennale du cinéma africain.

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L’Institut des nouvelles idées : Le futur temple du cinéma…by Sidnaaba

Avec ses colonnades, on se croirait devant l’entrée d’un temple grec. Ajoutée aux miroirs qui parsèment sa façade, son architecture contraste avec le paysage au bord de la route nationale n°6 à hauteur de Tengandogo, à la sortie sud de la capitale. Peu de monde savent pourtant de quoi cet ovni architectural est le nom. Et ce d’autant plus qu’aucune indication apparente sur ce qui semble être l’entrée n’assouvit la soif du curieux.

Encore plus déconcertant : le fameux portique visible depuis la route cache un secret qui en met plein les yeux. Il ne débouche nulle part, la porte ne vous ouvrira pas les entrailles de cette demeure mystérieuse. Le porche est en réalité le chef d’œuvre d’un artiste plasticien qui y a mis du soin et de la peinture pour que l’illusion soit la plus parfaite possible. La vraie entrée se trouve à la façade nord du bâtiment, cachée des regards. Pour le visiteur qui veut aller à la quête de l’antre de cette bâtisse, commence une aventure. Il ne le sait pas encore mais cette marche le long du mur est une plongée dans l’histoire du cinéma africain.

A un angle, pour peu que vous fassiez attention, une enseigne sur laquelle il est inscrit, « Institut Des Nouvelles Idées. Centre de Formation et Studio de production cinématographique » coupe court à toute spéculation. Plus bas, une caméra taillée dans le mur déroule sa bobine qui enlace tout en longueur la façade. Comme une boîte à images, les portraits des vainqueurs du prestigieux prix de l’Etalon de Yennenga défilent sous vos yeux. D’Oumarou Ganda à Idrissa Ouédraogo en passant par Hicham Ayouch, la fièvre du FESPACO s’empare de vous ; avec toujours à leurs côtés, les têtes d’affiche de leurs films sacrés. Cet hommage mural n’oublie pas de faire une part belle au cinéma burkinabè à travers ses réalisateurs et comédiens célèbres. La bobine à remonter le temps vous guidera jusqu’à la porte du Centre.

Nous, nous avons eu la chance d’être accueillis par le maître des lieux : le réalisateur et promoteur de radio Aboubacar Zida, dit Sidnaaba. Ce jour-là, a eu lieu la projection dans la cour de l’édifice de son dernier long métrage : « Sabab Biiga ». Vêtu d’une chemise Pathé O, le self made man nous explique au milieu d’une foule venue assister à la première de son film, cette autre réalisation qu’il a en projet. Baptisé « Institut des nouvelles idées », le projet de ce temple du cinéma burkinabè est pourtant vieux de plusieurs années. « C’est une idée plus vieille que ma radio, explique le P-DG de Savane FM. Pour ce qui est du « synopsis », voici le récit que nous a livré Sidnaaba, « celui qui dit toujours la vérité » : « Notre pays abrite la capitale du cinéma africain mais nous n’avons pas assez de salles de ciné. Il n’y a pas non plus d’espaces pour tourner nos films. Ce qui est un véritable handicap. Si nous ne trouvons pas un lieu digne du rang du Burkina, ce privilège que nous avons peut disparaître un jour ».

Le premier studio de tournage burkinabè

Une fois achevé, l’INI abritera un studio avec toutes les commodités pour des productions de qualité avec en prime une économie d’argent et de temps. Le maître de céans occupé à accueillir ses invités, c’est en compagnie de "son bras droit", Charlemagne Abissi, le DG de Savane FM, que nous faisons le tour de la propriété qui révèle ses autres utilités. « C’est un institut qui est fait pour accompagner les professionnels dans tous les métiers du cinéma », nous informe tout de suite Charlemagne Abissi. Une villa déjà achevée servira de résidence d’écriture pour des cinéastes en panne ou en quête d’inspiration. Le centre dispose en outre d’une salle de montage, d’un auditorium pour des projections privées et de salles de cours pour initier les passionnés aux métiers du cinéma et de l’audiovisuel. Et preuve que l’homme était en avance sur son temps, le thème de ce FESPACO 2017 est : « Formation et métiers du cinéma et de l’audiovisuel ».

Quand l’hyène et le lièvre font la paix

Avant même son ouverture officielle, l’institut est déjà un plaisir pour les yeux : une sorte de jardin d’Eden cinématographique. Grâce à un effet peinture, son mur, côté intérieur, s’est mué en un paysage avec ses végétations, ses collines, ses oiseaux qui planent dans le ciel. Et tout ça, dans une illusion parfaite, surtout cette rivière qui donne l’impression de couler sur le pavé. D’autres œuvres représentant divers animaux de la savane parsèment également la cour où sera érigé le studio.

Mais la véritable attraction de ce futur joyau cinématographique est sans conteste cette sculpture, allégorie des contes africains, qui attire sans forcer tous les regards. On s’y bouscule qui pour prendre des photos qui pour méditer sur ce qui pourrait être son sens. Nous avons posé la question à son initiateur qui se trouve être Sidnaaba lui-même. Sur une base ronde, représentant le globe terrestre, se dresse une vache (le monde) à quatre mamelles (les ressources de la planète). Quatre bébés noir, blanc, rouge et jaune, représentant toutes les diversités raciales, tètent chacun une glande. « Si jamais un des bébés essaie d’accaparer le bien d’un autre, un d’entre eux ne pourra plus se nourrir, et c’est ce dernier qui va déclencher la guerre. On ne peut pas s’asseoir et regarder les autres téter. C’est dire que si le bien terrestre est partagé de manière équitable, il n’y aura pas la guerre. S’il y a la guerre partout, ça veut dire que les ressources ne sont pas partagées équitablement », explique notre interlocuteur qui veut à travers cette œuvre appeler à un monde de justice, gage de paix.

La sculpture se prolonge avec une référence non voilée au cinéma. Le « globe terrestre » se trouve être la scène de tournage de trois cinéastes atypiques : une hyène, un lièvre et un aigle. Là aussi, un message profond tiré des traditions africaines. « Vous ne verrez jamais dans les contes ces trois animaux s’entendre. Ils ont tout le temps des divergences. Mais les trois se sont mis d’accord pour faire un travail qui est le cinéma. Le lièvre est un bon cameraman mais il n’a pas la force pour porter sa caméra. L’hyène, elle, a la force mais elle n’a pas l’intelligence, donc elle prête sa force au lièvre pour faire le travail. Quant à l’aigle, il joue le rôle de perchiste.

Le travail est bien fait parce qu’il y a eu conjugaison des efforts. C’est pour dire que toute collaboration est utile. Mais tant qu’il n’y a pas d’entente, on ne peut jamais bâtir quoi que ce soit. » Si le réalisateur souffle seulement l’idée, parfois par des croquis, tous le travail de décor et de sculpture impressionnant du centre est l’œuvre de l’artiste plasticien Ibrahim Komi ; une merveille qui cache les difficultés. Débutés il y a environ deux ans, les travaux ne sont toujours pas achevés par « manque de moyens ». Le joyau cinématographique, une foi bouclé, devra coûter, en effet, environ un milliard de FCFA, selon le promoteur. Pour l’heure il a déjà investi plus de 300 millions de FCFA. « Ni l’Etat, ni une organisation quelconque, ni un individu ne me sont venus en aide. C’est sur mes fonds propres que se réalisent les travaux », indique Sidnaaba qui précise toutefois qu’il n’est pas dans ses habitudes de tendre la sébile.

Hugues Richard Sama

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