Commune rurale de Gomboro : « Les exilés vont bientôt rentrer, le problème est réglé », dixit le député Mamadou Diallo, médiateur

mercredi 17 août 2016 à 23h03min

Spécialiste du transport aérien, Mamadou Diallo siège à l’Assemblée nationale burkinabè depuis le 30 décembre 2015. Elu député sur la liste provinciale du Sourou pour le compte du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), il joue un rôle important dans les négociations en vue de la résolution de la crise post-électorale dans la commune rurale de Gomboro. Dans l’interview ci-après, il parle de cette crise où un consensus aurait été trouvé et précise la nature de ses relations avec le ‘’maire tabassé’’. Il se prononce également sur d’autres sujets d’actualité nationale telles que les questions des Koglwéogo, la morosité économique, ses activités à l’Assemblée nationale et au parlement de la Francophonie…

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Commune rurale de Gomboro : « Les exilés vont bientôt rentrer, le problème est réglé », dixit le député Mamadou Diallo, médiateur

Lefaso.net : Veuillez vous présenter à nos lecteurs

Mamadou Diallo : Je suis Mamadou Diallo, député à l’Assemblée nationale, vice-président de la Commission défense et sécurité. Je suis par ailleurs membre du parlement de la Francophonie, précisément dans la commission coopération et développement. Dans la vie civile, je suis spécialiste du transport aérien qui est mon métier de base que j’ai suspendu temporairement à cause de mes occupations à l’Assemblée nationale. Néanmoins, je continue à prodiguer des conseils à des compagnies, à des Etats.

Depuis une dizaine de jours, c’est l’inter-session au niveau de l’Assemblée, comment vous vous occupez pendant cette période ‘’morte’’ ?

Pendant cette période, je m’occupe essentiellement des questions relevant de la défense et de la sécurité parce que je suis le vice-président de la Commission défense et sécurité de l’Assemblée nationale, par des séances de formation qui sont le plus souvent octroyées par notre partenaire, le NDI. Je vais aussi au contact des nouveaux élus locaux pour leur suggérer des conseils et écouter leurs préoccupations pour voir dans quelles mesures je peux les accompagner dans leur mandat parce que le développement réel de nos communes passe par les élus locaux. Le député ne peut que les accompagner et leur ouvrir éventuellement son carnet d’adresses pour les soutenir.

Vous êtes le vice-président de la Commission défense et sécurité, comment arrivez-vous à tirer votre épingle du jeu, en n’étant pas du domaine ?

Sans offenser personne, je pense que la défense et la sécurité est une affaire de tous les citoyens. Les meilleurs ministres de la défense ou de la sécurité ne sont pas forcément des hommes de tenue. Je pourrais citer plusieurs exemples en Afrique et aussi en Europe.

Vous êtes député depuis huit mois, quel bilan tirez-vous de votre début de mandat ?

Je dirai un bilan globalement positif. C’est une expérience enrichissante. C’est une autre façon de travailler différente du privé. Contrairement à ce que les gens pensent, il y a beaucoup plus de cohésion que cela n’y parait. Conformément aux préoccupations de notre Président, le Président de l’Assemblée, nous sommes à la recherche permanente d’un consensus. Sur des lignes, sur des directives, sur des idées, on s’affronte parfois, c’est vrai. Cela veut dire aussi que ce n’est pas un consensus mou. Donc, tout se passe bien. Il y a des complicités qui se créent, il arrive qu’on défende tous les mêmes idées. Franchement, je suis agréablement surpris.

Vous parlez d’un autre monde que celui du privé, est-ce plus ou moins contraignant ?

C’est plus contraignant parce que ce n’est pas les mêmes règles. Dans le domaine des affaires, souvent on va directement au but, alors qu’en politique, il faut souvent ménager les susceptibilités pour parvenir à un accord. La recherche du consensus demande de l’humilité et beaucoup de patience, ce qui n’est pas forcément le cas dans les affaires où c’est très violent, tout en sachant que le monde politique est encore plus violent que le monde des affaires, mais ce n’est pas le même type de violence.

Plus de huit après l’installation du régime Kaboré, les Burkinabè ne cessent de crier à la morosité de l’économie, quelle est votre analyse de la situation ?

Il faut être réaliste. Après toutes les turbulences que nous avons traversées jusqu’aux élections présidentielle et législatives, il faut donner le temps au temps, comme dirait François Mitterrand. Le gouvernement est compétent. Si vous prenez individuellement chaque membre du gouvernement, vous remarquerez que ce sont des personnes brillantes. Un pays est comparable à un paquebot ; en prenant des virages brusquement, on risque de le renverser. Il faut donner le temps au temps. A mon avis, c’est une sensation de morosité. Tant qu’il n’y a pas la confiance, l’investissement ne peut pas aller, les affaires ne peuvent pas aller aussi. Et le manque de confiance s’il y a comme vous le dites est peut-être dû au fait que certains membres de l’exécutif, bien que compétents, n’étaient pas connus du grand public et les gens se posent des questions. Alors que si on prend le temps de prendre le parcours de tout un chacun, on verra qu’il n’y a pas de raison de ne pas avoir confiance. Si la confiance revient, l’investissement repart, les affaires repartent. Le gouvernement fait un bon boulot. Les mesures qu’il est en train de prendre, il faut un certain temps pour qu’elles fassent leur effet. Ça c’est mon analyse, juste un peu de patience, un peu de compréhension. Ce n’est pas une baguette magique ou tout repart tout de suite dès l’installation du président. Non, ce n’est pas possible.

Mais huit mois et les sillons tardent à se voir, n’est-ce pas trop ?

Dire que les choses ne redémarrent pas, je ne pense pas que ce soit la vérité. Il y a des grands chantiers qui ont été lancés et qui ont commencé. Mais, ça ne se fait pas du jour au lendemain. Attendez, huit mois c’est beaucoup et c’est peu en même temps. Qu’est-ce que c’est que huit mois dans la vie d’une nation. Je pense honnêtement que le Burkina Faso vient de loin, il faut attendre au moins 18 mois, là les effets seront plus visibles.

Lors de la dernière session extraordinaire de juillet dernier, l’Assemblée nationale a adopté un projet de loi portant allègement des procédures de passation des marchés publics. L’opposition estime qu’il s’agit d’une porte ouverte à la corruption et au favoritisme. Que leur répondez-vous ?

L’opposition est dans son rôle de critiquer. Mais, tout le monde se plaint dans notre pays de la lourdeur et de la lenteur administrative. On essaie de régler ce problème et les gens se plaignent. Il faut savoir ce qu’on veut. Si vous voulez que ce soit des procédures administratives compliquées encore, ce n’est pas mon avis. Il faudrait que nous vivions avec notre siècle. On ne peut pas vouloir d’une chose et son contraire. On veut alléger, moderniser le système de passation des marchés et les gens se plaignent. Que l’opposition continue à se plaindre. Quand elle sera au pouvoir, s’il arrive un jour qu’elle le soit, elle pourra alourdir les procédures et on verra ce que ça va donner.

La question des Koglwéogo a fait beaucoup de bruit cette année, le fait de les laisser faire, n’est-ce pas une incapacité du gouvernement à assurer la sécurité des Burkinabè ?

Le débat fait beaucoup de bruit dans les chaumières, c’est un sujet très sensible. Les Koglwéogo ont apparu parce qu’il y avait une raison et les causes de l’existence ou du développement des koglwéogo n’est pas la faute de l’actuel gouvernement. Ce sont les conséquences d’un passé. Ce gouvernement hérite d’un problème qui a nécessité la création des koglwéogo. Il faut être prudent. N’importe qui se prononce à tort et à travers. Je crois qu’il faut avoir un langage de responsabilité et être prudent dans ce qu’on dit. Le gouvernement est en train de travailler et notamment le ministre de la sécurité, Simon Compaoré, pour résoudre ce problème. Ce problème sera réglé et il y aura un accord. Les koglwéogo ne sont pas venus pour déranger qui que ce soit. Ils sont venus pour régler un problème mais la façon n’est peut-être pas indiquée dans un Etat de droit. C’est peut-être de ce côté qu’il faut voir. En tant qu’élu de la nation, je préfère ne pas m’engager dans ce débat publiquement et réserver mes débats et mes points de vue au niveau de l’Assemblée. Mais, je suis convaincu que le chemin choisi pour régler ce problème est juste. Il ne faut pas aller trop vite. On ne peut pas non plus d’un coup de baguette magique faire disparaître les koglwéogo. C’est vrai que les populations ont souffert des bandits armés dans nos villages. Il faudra arrêter ça. Donc, je pense que certains responsables doivent éviter de dire tout et n’importe quoi sur cette question des koglwéogo. Faisons confiance aux acteurs et le problème sera réglé.

Vous demandez de faire confiance aux autorités pour régler ce problème. Rien qu’hier (l’interview a eu lieu le 11 aout, ndlr), l’opposant Ablassé Ouédraogo appelait le ministre Simon Compaoré à la démission parce qu’incapable de résoudre les problèmes sécuritaires des Burkinabè, qu’en pensez-vous ?

Franchement, quand on discute sur des sujets sérieux, je ne souhaiterais pas qu’on cite Ablassé Ouédraogo parce qu’il s’est disqualifié à tout point de vue. Donc, je ne me prononcerai pas sur les déclarations de M. Ablassé Ouédraogo.

Les élections présidentielle et législatives se sont très bien passées, ce qui n’est pas le cas des municipales qui ont été émaillées de violences post-électorales. Comment avez-vous vécu toutes ces situations de crises qui ont jalonné la désignation des maires ?

Je l’ai vécu avec tristesse, bien entendu. Ce problème est dû essentiellement au manque de formation politique de certains acteurs. S’ils avaient un minimum de formation politique, pour certains, je pense qu’on n’en serait pas là. Il faut aussi reconnaître que le MPP est un nouveau parti. Il y a beaucoup de gens qui sont venus dans ce parti parce que tout simplement, ils avaient soif du changement. Ils sont pressés et pensent que c’est eux qui peuvent régler les problèmes. C’est peut-être vrai. Mais, on ne peut bâtir que dans l’entente et dans la cohésion en respectant un minimum de règles. On ne peut pas accepter une règle de jeu quand ça vous arrange et quand vous perdez, vous dites que vous n’êtes plus d’accord avec cette règle.

Est-ce qu’au sein de votre parti, le MPP, vous faites passer ce message à vos militants, puisque dans la plupart des localités concernées par les crises, le MPP est acteur ?

Nous essayons. C’est peut-être ce qui a fait aussi que cette crise a été contenue, sinon ça aurait pu être beaucoup plus grave. Les responsables du MPP se sont engagés pour régler beaucoup de situations sans être obligés de le crier sur tous les toits.

Venons-en à la commune de Gomboro dans la province du Sourou où vous êtes l’un des deux députés. Le 21 juin, l’élection du maire a été interrompue, le pressenti maire a été tabassé, une partie de la mairie incendiée, comment en est-on arrivé là ? Quel est le véritable problème ?

Sur ce problème, on a tout entendu. Tout sauf la vérité. Le problème de Gomboro n’est pas un problème politique. C’est un problème entre individus qui ont manipulé et instrumentalisé les populations. Je le dis haut et fort, ce n’est ni un problème politique, ni un problème ethnique. C’est tout ce que je peux vous dire.

Vous parlez d’un problème entre individus, qui sont ces individus ?

Nous sommes en train de régler le problème. Donnez-moi une semaine et je vous dirai ce qui s’est passé en réalité. Nous sommes sur le point de régler le problème. Je ne veux donc pas compromettre cette sortie de crise par une déclaration. Ce ne sera pas responsable de ma part.

Vous êtes aux premières lignes des négociations, où en est-on aujourd’hui ?

J’ai suscité et organisé les négociations. Mais, j’estime tout simplement que dans des cas pareils, quand les esprits sont chauds, il faut éviter de confronter les gens qui se sont battus entre eux. Il faut laisser d’abord les esprits se calmer. J’étais absent pour participer à la 42e session de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie à Madagascar et de là-bas, j’appelais les uns et les autres à l’apaisement. Les esprits se sont apaisés et quand je suis rentré, j’ai continué et je peux vous dire, à l’heure où je vous parle, le problème est réglé, il reste seulement à formaliser.

Le problème est réglé, dites-vous. Le maire tabassé va-t-il revenir à son poste ?

Il y a des exilés de Gomboro. Il y a beaucoup de gens qui sont actuellement à Ouahigouya, entre autres. Tout le monde va rentrer. Le problème est réglé.

On parle aussi de l’éventualité d’installer un maire quasiment analphabète, est-ce vers là qu’on s’achemine ?

Non, je crois qu’il ne faudrait pas créer un précédent dans nos communes. Le Burkina Faso est un Etat de droit et c’est dans ce sens que nous agissons. L’affaire de Gomboro, on la sentait venir. Ce n’est pas seulement Gomboro, il y a d’autres communes que je ne citerai pas ou il n’y a pas eu des problèmes, que nous avons réussi à régler avant le jour des élections. Je ne vais pas citer ces communes, mais c’était limite limite. Le samedi (18 juin, ndlr) avant les élections du maire, j’ai pris une délégation ici à Ouaga et nous sommes allés à Gomboro. J’ai rencontré beaucoup de personnes, j’ai rencontré Mme le préfet à qui j’ai fait part de mes inquiétudes en lui demandant de prendre les dispositions pour qu’il n’y ait pas de problème. J’ai aussi été à la brigade de gendarmerie pour les prévenir. L’élection devait avoir lieu le mardi, je leur ai dit : attention, j’ai des inquiétudes. J’ai aussi demandé aux militants et aux élus MPP au calme et la retenue.

Est-ce que vous avez approché les élus de l’UPC puisque c’est eux qui organisaient les manifestations et le chef-lieu de commune ne comptait pas de conseillers MPP ?

Avant les élections, je ne pouvais pas discuter avec eux. On ne savait pas qui allait porter le premier coup. Encore une fois, ce n’était pas un problème politique, le MPP est majoritaire. Si c’était un problème politique, j’allais voir avec les élus UPC. Je ne pouvais qu’appeler nos militants au calme et à la retenue.

Après la crise, avez-vous discuté avec les élus UPC ?

Après je les ai reçus chez moi, nous avons discuté, et nous avons trouvé des accords. Tout le monde a regretté l’incident malheureux qui s’est passé.

Avez-vous les nouvelles du conseiller Moussa Diallo, le maire pressenti ayant été tabassé ?

Oui, j’ai de ses nouvelles. Comme j’étais inquiet de ce qui allait se passer, le jour des élections, j’étais à Tougan, j’ai assisté le haut-commissaire pendant toute la crise, l’envoi des forces de l’ordre, le médecin, l’ambulance, les rapatriés sur Tougan. Arrivé à Tougan, les médecins ont fait ce qu’ils pouvaient, il fallait encore l’envoyer sur Bobo, ce que j’ai fait aussi. Je l’ai assisté, j’ai fait ce que je devais faire, ensuite j’ai été à Bobo le voir. Il va très bien aujourd’hui, Dieu merci. Il n’est pas encore rentré parce qu’il est en train de faire ses derniers contrôles.

Quel lien y a-t-il entre le maire pressenti Moussa Diallo et vous Mamadou Diallo ?

Je vais vous dire franchement, il n’y a aucun lien. Le hasard a voulu que nous portions le même patronyme. Je ne savais même pas qu’il était candidat pour être conseiller municipal. Et je ne me suis mêlé dans aucune des communes pour la désignation des candidats. Ma position était la suivante : j’ai demandé à nos militants de toutes les communes de choisir les personnes qu’ils pensent être capables de les représenter, moi je n’interviendrai que lorsque la liste sera établie, je viendrai en soutien aux listes MPP que les populations ont elles-mêmes choisies. Vous pouvez vérifier dans toutes les communes, je ne me suis mêlé à rien. C’est une fois qu’elles se sont mises d’accord et qu’elles ont sorti leurs listes que je suis venu en appui. Voilà comment les choses se sont passées. Ensuite, pour la désignation des maires, j’ai simplement dit : mettez-vous d’accord, il serait mieux qu’il y ait un consensus, s’il n’y a pas de consensus, faites des primaires conformément aux directives du Parti et que tout le monde essaie de respecter ce qui a été décidé. Ça s’est passé ainsi et vous pouvez le vérifier. Personne ne pourra vous dire le contraire.

Le mot de la fin ?

J’aurais souhaité que cette interview se fasse dans une dizaine de jours, là tous les problèmes seront réglés. Là où nous nous acheminons, c’est de retourner à Gomboro, les exilés vont rentrer très bientôt, les populations qui se sont bagarrées entre elles, ensemble, vont faire la fête, la réconciliation et on demandera aux autorités administratives de venir poursuivre le processus de mise en place des exécutifs locaux.

Mon Ami et Frère Adama SOSSO Député UPC, n’a ménagé aucun effort afin qu’ensemble nous puissions sortir de cette crise. Je le remercie infiniment. Entre fils de la province, nous avons réglé le problème. Comme quoi, s’il y a la volonté de se parler, on peut se parler et régler le problème plutôt que d’aller à l’affrontement inutile. Il n’y a pas de problème sans solution.

Interview réalisée par Moussa Diallo
Lefaso.net

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