Abattage massif d’ânes au Burkina : 65 000 peaux exportées légalement au premier semestre 2016

samedi 13 août 2016 à 01h16min

Le ministre des ressources animales et halieutiques, Sommanogo Koutou, était face aux Hommes de médias, le 12 août 2016, à Ouagadougou. Au menu de cette conférence de presse : les mesures prises pour lutter contre le phénomène d’abattage massif des ânes et l’exportation de leurs peaux, la question de la grippe aviaire et la problématique des zones pastorales. L’espèce asine risque de disparaitre du Burkina d’ici à fin 2019 si rien n’est fait, selon le ministre Koutou. D’où l’interdiction pure et simple de l’exportation des produits dérivés, en attendant un mécanisme de développement de la filière âne au Burkina.

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Abattage massif d’ânes au Burkina : 65 000 peaux exportées légalement au premier semestre 2016

En 2015, selon des statistiques actualisées, le Burkina comptait 1 337 000 têtes d’ânes dont 35% de femelles. L’abattage de cette espèce à des fins de consommation était jusque-là marginal. Aucune exportation de la viande ou de peaux d’ânes n’avait été enregistrée au niveau des frontières jusqu’alors. Mais, cette exportation commence timidement en début 2015, puis prend de l’ampleur au fil des mois, avec l’arrivée des apothicaires chinois.

Ainsi, on passe de 1000 peaux au premier trimestre à 18 000 au 4e trimestre, soit une exportation annuelle de 33 000 peaux. On assiste dès lors à une ruée vers la peau d’âne, en 2016. Des vols d’ânes sont été enregistrés dans toutes les régions du Burkina et des abattages clandestins signalés. « Au cours du premier semestre de l’année 2016, les services vétérinaires ont contrôlé 65 000 peaux d’ânes à l’exportation. A côté de ces exportations autorisées, un circuit parallèle s’est mis en place, celui de la fraude défiant le circuit légal. Les quantités exportées dans ce circuit sont deux fois plus importantes », confie le ministre des ressources animales, Sommanogo Koutou.

Actuellement, l’exportation mensuelle est estimée à 32 500 ânes. Face au risque d’extermination de l’espèce, le gouvernement a alors décidé de bander les muscles. Ainsi, le 03 août, le Conseil des ministres a adopté un décret portant règlementation de l’abattage et de l’exportation des asins, des camelins, des équins et de leurs produits au Burkina Faso. L’adoption de ce décret permet de doter notre pays d’un cadre juridique règlementant l’abattage et interdisant l’exportation des asins, des camelins, des équins et de leurs produits.

En attendant le développement de la filière âne…

Cette conférence de presse était une occasion pour expliquer les enjeux des mesures prises par le gouvernement. Le décret portant interdiction de l’exportation des peaux d’ânes et des produits dérivés est porté par le ministère de l’élevage et non celui du commerce, habituellement habilité à gérer les questions d’exportation et d’importation. « Il s’agit d’un décret interministériel, même s’il est porté par le ministère des ressources animales, parce qu’il s’agit d’ânes. Le décret a été pris pour un temps, le temps que nous puissions mettre en place un mécanisme de développement de la filière âne parce que jusque-là, il n’y a pas de filière âne au Burkina. Si nous laissons exporter, les chiffres nous disent que dans deux ans, il n’y aura plus d’ânes au Burkina Faso », explique le ministre Koutou.

L’affaire de l’abattoir de Ballolé s’est invitée aux échanges. « Au départ, c’était un abattoir réservé uniquement à l’abattage des bovins, ovins et caprins. Mais, au fil du temps, comme ça a été une activité d’exportation, donc il y a eu des conventions qui ont été signées et qui leur ont permis de faire la viande d’âne. Mais, ce n’était pas pour exploiter de cette manière (…) les ânes qui devaient être abattus là-bas, c’était sous le contrôle des services vétérinaires. A un moment donné, il y a eu un dérapage, le service vétérinaire même ne suivait plus l’activité ; ce qui a entrainé la situation que nous avons connue au niveau de Ballolé », a souligné Dr Maïga, du ministère des ressources animales. Quid des sanctions ? « Il n’y a pas de sanctions. Les textes ne prévoient pas de sanctions par rapport à ça. On peut juste arrêter l’activité », a-t-il précisé.

L’âne du ministre a été tué

Le décret du 03 août, devrait favoriser le renforcement du contrôle aux frontières, la répression des exportations illégales de ces espèces et leurs produits, une meilleure collaboration entre les services vétérinaires, les services de douane et les forces de défense et de sécurité pour lutter contre les exportations frauduleuses.

Si l’activité a commencé depuis le premier trimestre de 2015, pourquoi le gouvernement a attendu l’affaire de Ballolé avant de prendre ce décret ? Pour le ministre Koutou, ce n’est pas l’affaire de Ballolé qui a poussé le gouvernement à prendre ce décret. Les services techniques y travaillaient depuis plusieurs mois. « Pour arrêter cette hécatombe, nous avons voulu prendre toutes les précautions. Le texte concerne les techniciens de plusieurs départements ministériels, il fallait donc qu’ils puissent s’accorder », a-t-il souligné. Avant de se livrer à une confidence : « Avant que je ne sois ministre, dans mon village, on a perdu dix ânes du coup. On s’est réveillé un matin et trouver la chair posée, mais pas la peau… moi-même mon propre âne a été tué ».

Pas de grippe aviaire au Burkina

D’août 2015 à juillet 2016, 44 alertes de mortalités de volailles en provenance de 12 provinces ont été enregistrées et investiguées par les services du ministère en charge de l’élevage. Mais toutes ont été infirmées à l’IAHP, donc pas de grippe aviaire dans notre pays. Mais, la maladie a été signalée dans un pays voisin, il y a quelques semaines. D’où la nécessité de « rester sur ses gardes pour éviter tout cas grippal », car, « la maladie est passée mais le risque demeure »,a précisé le ministre Koutou.
La dernière question abordée au cours de cette conférence de presse, c’est la problématique des espaces pastoraux, souvent menacés d’occupation par des agriculteurs et autres exploitants. Le cas de la zone pastorale de Samorogouan a fait grand bruit au cours du premier trimestre de l’année 2016.

Actuellement, le Burkina compte 26 zones pastorales aménagées et 187 zones et aires de pâtures potentielles, couvrant une superficie de 2 millions d’hectares.

Ces zones sont souvent considérées par les populations riveraines comme des colonies organisées par l’Etat sur leurs terres. Pour résoudre la question, ces zones devraient devenir « effectivement des pôles de développement, procurer des emplois et des revenus à tous, et contribuer au développement des autres activités. C’est de là qu’elles seront mieux comprises par les riverains », a lancé Sommanogo Koutou.

Moussa Diallo
Lefaso.net

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Vos commentaires

  • Le 12 août 2016 à 22:32, par Troll
    En réponse à : Abattage massif d’ânes au Burkina : 65 000 peaux exportées légalement au premier semestre 2016

    .
    "L’adoption de ce décret permet de doter notre pays d’un cadre juridique règlementant l’abattage et interdisant l’exportation des asins, des camelins, des équins et de leurs produits."

    À quoi bon un cadre juridique si le judiciaire ne suit pas ?

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  • Le 12 août 2016 à 22:54, par changeons
    En réponse à : Abattage massif d’ânes au Burkina : 65 000 peaux exportées légalement au premier semestre 2016

    Du courage à vous. Ne laisser pas exterminer nos ânes qui ont des fonctions socio-économiques très importantes dans nos sociétés. Il faut impliquer aussi les Koglewéogo dans la lutte contre l’abattage clandestin et l’exportation frauduleuse des peaux d’ânes.

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  • Le 13 août 2016 à 08:54, par rabo
    En réponse à : Abattage massif d’ânes au Burkina : 65 000 peaux exportées légalement au premier semestre 2016

    « Au départ, c’était un abattoir réservé uniquement à l’abattage des bovins, ovins et caprins. Mais, au fil du temps, comme ça a été une activité d’exportation, donc il y a eu des conventions qui ont été signées et qui leur ont permis de faire la viande d’âne. Mais, ce n’était pas pour exploiter de cette manière (…) les ânes qui devaient être abattus là-bas, c’était sous le contrôle des services vétérinaires. A un moment donné, il y a eu un dérapage, le service vétérinaire même ne suivait plus l’activité ; ce qui a entrainé la situation que nous avons connue au niveau de Ballolé », a souligné Dr Maïga, du ministère des ressources animales. Quid des sanctions ? « Il n’y a pas de sanctions. Les textes ne prévoient pas de sanctions par rapport à ça. On peut juste arrêter l’activité », a-t-il précisé.

    Désolé d’avoir repris cette grande partie qui dit en gros :
    - des conventions ont été signées
    - les ânes devaient être abattus sous le contrôle des services vétérinaires
    - i y a eu un dérapage à l’origine de la situation vécue à Ballolé.
    - les textes ne prévoient pas de sanctions par rapport à ça !!!!!!

    Alors, on est dans quelle république ?????

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  • Le 15 août 2016 à 04:00, par Moussa
    En réponse à : Abattage massif d’ânes au Burkina : 65 000 peaux exportées légalement au premier semestre 2016

    ... Si nous laissons exporter, les chiffres nous disent que dans deux ans, il n’y aura plus d’ânes au Burkina Faso »

    Au nom de nos pauvres paysans qui ont tant besoin de l’ane, il faut tout simplement denoncer ces accords et conventions. VITE SVP ! Les etrangers qui abattent nos anes n’ont pas annonce qu’ils extermineraient tous les anes du Burkina en deux ans pour et seulement leur profit personnel. Si c ;etait le cas je doute que le contrat ou l’accord ait pu etre signe.
    Ce probleme est extremement serieux et les individus qui s’adonnent a cet abattage se fichent des interets du Burkina Faso et de sa population.

    Ils sont en train de rehabiliter leur abattoir et ce n ;est pas pour s’assoir et le contempler. Ils se foutent de nous ! Ils se foutent de nous ! Comment peut-on tergiverser ? ENgagez nos avocats, nos juges mais il faut mettre fin a cet abattage ... plutot clandestin puisque les services veterinaires ne savent meme pas ce qui se passe la-bas. Ils se foutent de nous ! Aucun respect pour nous et nos dirigeants.

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  • Le 15 août 2016 à 17:47, par ka
    En réponse à : Abattage massif d’ânes au Burkina : 65 000 peaux exportées légalement au premier semestre 2016

    Je me demande comment cet abattoir a pu avoir son récépissé d’exploitation ? Encore une fois, je félicite le gouvernement d’avoir pris la décision d’stopper ce massacre avant qu’il ne soit trop tard. La culture est la seule valeur, inaliénable et inoxydable en termes d’identification d’un peuple. Et l’âne et le cheval ont toujours accompagné le peuple Burkinabé a porté ses valeurs, et méritent d’être des espèces protégés.

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  • Le 16 août 2016 à 06:16, par ib
    En réponse à : Abattage massif d’ânes au Burkina : 65 000 peaux exportées légalement au premier semestre 2016

    c’est malheureux pour ce pays qui fait fi carrément de tout ses habitudes culturelles
    nous n’avons pas des moyens de nous s’offrir des machines ce sont alors les anes qui constituent nos machines si les chinois venaient a faire disparaitre ce trésor on ne sera pas a l’abri de famine car nos producteurs n’auront pas de moyen pour des machines qui pert ? le Faso bien sur car l’Etat sera obligé d’acheter les tracteurs chinois, voila la raison commerciale de ce abatage sauvage d’ane

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