Marcel Tankoano, président du M21 : « La situation du Burkina est grave et il faut que les nouvelles autorités reprennent le contrôle à temps »

samedi 30 avril 2016 à 07h00min

Le M21 (Mouvement du 21 avril) a trois ans. Occasion pour les responsables de cette organisation de la société civile de jeter un regard dans le rétroviseur et envisager les perspectives. Cet arrêt qui intervient dans un contexte d’actualité mouvementée a été mis à profit par les premiers responsables pour scruter différents sujets. C’était à travers une conférence de presse animée dans la matinée de ce vendredi, 29 avril 2016 à la Maison de la Femme à Ouagadougou.

Marcel  Tankoano, président du  M21 : « La situation du Burkina est grave et il faut que les nouvelles autorités reprennent le contrôle à temps »

21 avril 2013-21 avril 2016. Cela fait trois ans que ce mouvement est porté sur les fonts baptismaux dans un contexte marqué par les débats sur le projet de modification de l’article 37 de la Constitution et la mise en place du Sénat. De cette date à ce jour, beaucoup d’eau a coulé sous le pont et la vie de l’organisation n’a pas du tout été un fleuve tranquille, à en croire ses responsables. « A la création, j’étais toujours agent à la RTB, et la première sanction, c’était de me libérer de la RTB, parce qu’on avait estimé que quelqu’un qui travaille dans les médias publics, ne pouvait pas se lever contre le régime en place… », se souvient le premier responsable du M21, Marcel Tankoano.

Pour ses responsables, l’insurrection populaire à laquelle le Mouvement a participé, ainsi que la transition qui en a suivi, ont suscité d’énormes espoirs pour le peuple burkinabè. C’est pourquoi, rendant hommage aux victimes de l’insurrection populaire, du coup d’Etat et notant des avancées enregistrées sur certains dossiers notamment ceux de Thomas Sankara et de Norbert Zongo, les leaders du M21 ont mis en garde contre toute remise en cause des acquis de la Transition.

« A qui profite le vice de forme ? »

Au chapitre de la justice, la question des libérations des personnalités et de l’ « annulation » des mandats d’arrêt ont retenu l’attention dans les échanges entre le M21 et les journalistes. Pour Marcel Tankoano, « une ‘’levée’’ des mandats d’arrêt contre Guillaume Soro, c’est comme si ceux qui sont morts pendant le coup d’état ne sont pas des humains. C’est humiliant… ». Même regard interrogatif sur les mandats d’arrêt contre Fatou Diendéré et Blaise Compaoré. Tout en se réservant de commenter ces décisions, les leaders du M21 ont exigé des explications au peuple à ce sujet. « A qui profite le vice de forme ? », s’est interrogé Marcel Tankoano. Pour eux, cela est d’autant impératif que ‘’lever’’ le mandat d’arrêt contre des personnes soupçonnées d’être impliquées dans le coup d’état signifierait aussi simplement qu’il faut libérer tous ceux qui sont incarcérés pour les mêmes motifs. Le Mouvement qui s’est donc insurgé contre cet acte, a promis d’aller à l’information les jours à venir pour comprendre les réels motifs.

Des interrogations sur le passage à une Vème République

Parmi les sujets scrutés par les responsables du M21, figure en bonne place celui relatif au passage à une Vème République. Et sur la question, même si l’organisation ne s’y oppose pas, elle s’interroge non seulement sur l’opportunité d’aller à un référendum à cet effet mais également sur l’implication du régime parlementaire qui est ‘’annoncé’’ avec cette nouvelle Constitution. ‘’ On n’a pas dit que le régime parlementaire est mauvais mais, chaque pays a sa culture. Au Burkina, nous sommes habitués à respecter le Chef. Aujourd’hui, on passe à la Vème république, on accepte le régime parlementaire, le Premier ministre n’est plus nommé par le Président du Faso (c’est l’Assemblée nationale qui gère avec lui). Donc, le Premier ministre ne répondra plus du Président du Faso, qui risque même d’être effacé. On n’a pas dit qu’il faut garder les habitudes. Mais, pour le moment, il faut expliquer pourquoi une Vème république et pourquoi un régime parlementaire. D’ailleurs, tout cela, c’est de l’argent car, il faut de l’argent pour organiser le référendum. (…). Donc, le gouvernement actuel gagnerait à aller sur le terrain, à nourrir les Burkinabè ; parce qu’il ne faudrait pas qu’on se trompe ; ce qui est arrivé, l’insurrection, c’est la famine, c’est la pauvreté, c’est la paupérisation. Ceux qui sont sortis, vous allez vous rendre compte que ce sont des jeunes, désespérés … ‘’, a analysé le président du M21, Marcel Tankoano avant d’énumérer des difficultés auxquelles font face les populations burkinabè.

Les autorités invitées à prendre la mesure de la situation !

Le président du M21 a invité les autorités à prendre la mesure de la situation et à se rappeler d’où elles viennent ; « parce que les gens ont réellement faim. A l’heure actuelle, qu’est-ce qui va ? Rien ! Les entreprises crient parce que, si ça continue ainsi, elles seront obligées de libérer des travailleurs. Vous voyez déjà au niveau des syndicats… Il faut vite et bien prendre la situation du Burkina au sérieux. (…). La situation du Burkina est grave et il faut que les nouvelles autorités prennent la juste mesure et reprennent le contrôle à temps ; parce que quand on dit que ça ne va pas…, ça ne va pas, c’est qu’on va à quelque part ».

Le rapport de l’ASCE-LC n’a pas échappé à l’analyse et sur le sujet, le M21 s’est réjoui des audits qui ont été réalisés et livrés. C’est pourquoi, ses responsables ont-ils exhorté l’institution à poursuivre pour faire la lumière sur tous les cas de mauvaise gestion. Dans la même lancée, Marcel Tankoano et ses ‘’lieutenants’’ ont déclaré faire confiance à la justice pour traiter toutes les dossiers pendants dont celui lié au blanchiment d’argent. « Nous avons confiance à la justice jusqu’à ce qu’elle nous trahisse », a endossé Marcel Tankoano.

Sur les 100 jours du Président Roch Kaboré, le M21 estime que c’est « assez bien, mais peut mieux faire », énumérant les mesures de recrutent des 4200 enseignants et la ‘’gratuité’’ des soins ; des mesures qui n’ont également pas échappé au regard critique du Mouvement considère sur ce qu’il considère comme insuffisances.
De l’avis du M21, même s’il est difficile de juger un quinquennat sur 100 jours, la volonté d’arriver aux engagements pris doit néanmoins pouvoir se lire à travers les premiers pas. D’où son invite aux autorités à prendre rapidement à bras-le-corps les préoccupations des populations.

Oumar L. OUEDRAOGO
(oumarpro226@gmail.com)
Lefaso.net

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