Aziz Dabo à propos du dossier de Djibrill Bassolé à la CEDEAO : « Nous attendons que ses droits soient rétablis »

mardi 1er mars 2016 à 00h29min

Une requête introduite à la Cour de justice de la CEDEAO par les avocats de Djibrill Bassolé pour réclamer plus de respect des droits de leur client sera examiné le 18 mars prochain. A quelques semaines de l’échéance, Aziz Dabo, secrétaire national adjoint aux relations extérieures de la Nouvelle alliance du Faso (NAFA) parti politique qui soutenait la candidature de Djibrill Bassolé à la présidentielle de 2015, parle, dans cette interview, des attentes de son pays dans la décision que rendre la CEDEAO. Il revient également sur la situation politique actuelle du Burkina et appelle les Burkinabè à soutenir le Premier ministre, Paul Kaba Thiéba, dans la mise en œuvre de sa politique déclinée devant les députés. Si certains estiment que le gouvernement tâtonne encore, lui, accorde un état de grâce au président Rock Kaboré et au gouvernement. Lisez !

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Aziz Dabo à propos du dossier de Djibrill Bassolé à la CEDEAO : « Nous attendons que ses droits soient rétablis »

Lefaso.net : Depuis le putsch manqué du 15 septembre 2015, la NAFA est dans une sorte de clandestinité. Qu’est-ce qui peut expliquer cela ?

Aziz Dabo :C’est vrai. Le manque de motivation peut s’expliquer par plusieurs raisons.Certains militants sont démotivés parce qu’ils s’attendaient peut-être à obtenir des intérêts. Mais comme cela n’arrive pas vite, ils se démotivent. Et avec toutes les difficultés que nous avons connues depuis le coup d’Etat manqué du 16 septembre, d’autres ont préféré se mettre en retrait de la politique. La situation est un peu plus supportable pour les jeunes, parce qu’ils ne sont peut-être pas mariés, ils n’ont pas d’attache, etc. Mais pour les autres, pères de familles, ils vivent une pression qui ne dit pas son nom. Cette pression s’était exacerbée sous la transition où pour rien on pouvait vous arrêter.

Est-ce que cela qui a poussé la NAFA vers la « clandestinité » ?

Je ne parlerai pas de clandestinité. Mais je tiens à faire remarquer qu’il y a eu comme une campagne de diabolisation contre la NAFA. A un moment, nous vivions avec la peur au ventre. Prenons un exemple. Pendant le coup d’Etat manqué du 16 septembre 2015, il y a eu une déclaration, soit disant signée par des partis politiques dont la NAFA qui soutenaient le coup d’Etat, qui circulait sur les réseaux sociaux. Lorsque j’ai eu l’information par le biais d’un ami, j’étais surpris parce que dès le 18 septembre, nous avions tenu une réunion au siège du parti et nous avions décidé de faire un communiqué pour condamner le coup d’Etat en cours. Ces informations malheureusement infondées avaient même été reprises en son temps par des journaux de la place. Je ne sais pas mais je me dis que c’est cela qui nous a valu le gel des avoirs et les inculpations. Un membre du parti a même dû faire déménager sa famille pour des raisons de sécurité à cause de ce document que la NAFA n’a jamais signé.
Tout cela a fait que beaucoup ont eu peur. Certains refusaient même de s’afficher en public avec Djibrill Bassolé. Je les comprends puisqu’il y a souvent eu des représailles. Mais petit à petit, les choses sont en train de rentrer dans l’ordre.

Parlant de choses qui rentrent dans l’ordre. Cela fait maintenant deux mois que le Burkina dispose de son exécutif au complet (président et gouvernement). Comment appréciez-vous les premiers mis de ce gouvernement ?

A l’issue des élections qui ont eu lieu dans des conditions difficiles, on a eu un président démocratiquement élu. Mais le président Rock Marc Christian Kaboré, le gouvernement et son parti ont hérité d’une situation difficile. Ils sont venus après une transition qui n’a pas mis en place les bases d’une véritable réconciliation nationale après le départ du président Blaise Compaoré. Les tensions qui existaient au sein des politiques et au sein des populations perdurent toujours. Et le MPP a hérité de cela. En guise d’appréciation, je trouve qu’ils essaient tant bien que mal de rétablir l’ordre au sein de l’exécutif et du législatif. Ils essaient de repartir sur des bases solides en travaillant à baisser la tension au sein de la population.
Il leur faudra faire régner la paix, redonner confiance aux Burkinabèafin qu’on puisse travailler main dans la main. Il est vrai que les élections présidentielles-législatives sont passées mais il y a lesmunicipales qui auront lieu bientôt et nous voulons tous œuvrer pour un Burkina meilleur.
Ils avaient promis durant les 100 premiers jours de pouvoir résoudre certains problèmes de la jeunesse mais vous voyez ce qui se passe : on a vécu des attentats le 15 janvier. Personnellementje leur accorde encore le bénéfice du doute.

Le Premier Ministre a fait la déclaration de sa politique générale. Comment appréciez-vous cette politique-là ?Est-ce qu’elle pose vraiment les fondements d’une nation qui se veut prospère et dont les fils et les filles se réconcilient entre eux ?

Ce jour-là, j’ai écouté jusqu’à une heure tardive la déclaration du PM.Les personnes qui le connaisse et qui sont proches de lui, disent que c’est quelqu’un qui aime travailler, quelqu’un qui est venu pour une mission et est prêt à tout mettre en œuvre pour aller jusqu’au bout de cette mission. Mais j’ai été désagréablement surpris, lors des votes, de voir qu’il existe encore chez certaines personnes cet esprit d’insurgées et pas insurgées. Déjà il y a un clanisme qui est né au sein de l’Assemblée nationale et que je n’ai pas beaucoup apprécié. Les uns ont boycotté les élections, les autres ont voté parce qu’il fallait juste que le régime reste.
Il a certes la bonne volonté et on sent d’ailleurs qu’il veut poser des actes forts.Il a acquis son expérience hors du pays mais j’ai l’impressionqu’il oublie que les réalités ne sont pas les mêmes. Je prends l’exemple du tramway qu’il dit vouloir mettre à Bobo,je pense que les problèmes des Bobolais se trouvent ailleurs car il n’y a même pas de bonne route à Bobo. Il y a donc beaucoup d’autres priorités avant ses petits trucs. Si non globalement, je pense que le PM veut bien faire mais il est confronté à des difficultés et j’invite les uns et les autres à tout mettre en œuvre pour l’accompagner.

A l’Assemblée nationale, l’UPC a organisé une conférence de presse pour dénoncer la stratégie du TUKGILI dans le partage des postes ; on sait que la NAFA a deux députés. Avez-vous aussi senti cette sorte d’injustice de n’avoir pas été associé comme il se devait dans ce partage des postes ?

Je trouve vraiment regrettable qu’on en arrive à là parce que pour les bases d’une bonne démocratie, saurait été bien que chacun puisse apporter sa contribution à la construction d’une démocratie nouvelle. Ils ont déjà l’appareil d’état (présidence, premier ministère…). S’ils refusent de donner plus de postes aux autres, c’est dû certainement à la peur parce qu’il faut le reconnaitre, la mentalité des Burkinabè a changé et le pouvoir actuel a besoin d’avoir une bonne base ; c’est peut -être à cause de cette peur là qu’ils ont dû s’accaparer tous les postes, les donner à leurs alliés afind’avoir une main mise sur l’appareil d’état. Mais je trouve que ce n’est pas forcement la bonne stratégie parce qu’il y a changement de mœurs.Les uns et les autres sont prêts à faire changer les choses.

L’actualité s’est enflammée ces derniers jours avec l’affaire des Koglwéogo. Certains partis dont le CDP sont pour leur création. Quelle est la position de la NAFA sur la question ?

Je ne parlerais pas au nom de la NAFA. Mais personnellement je suis pour le fait que les populations puissent s’organiser pour assurer la sécurité des personnes et des biens. Par contre je suis très inquiet de voir la manière dont cela se fait. J’ai à ce propos vu une vidéo sur les réseaux sociaux dans lesquelles les Koglwéogo portaient des armes et je me demande s’ils ont des permis de port d’arme ? Où est ce qu’ils ont eu les armes ?
Ses organisations peuvent se révéler dangereusespar leurs méthodes un peu cavalières. L’autre peur est que des partis politiques ont apporté leur soutien aux Koglwéogo.Je me demande s’il n’y aura pas une tentative de récupération politique parce qu’à un certain moment on ne peut pas accepter que l’on légalise ce qui peut nous créer des problèmes. Les municipales à venir certains pensent obtenir des voix avec ces Koglwogo mais est-ce que ça ne deviendra pas des milices ?Le phénomène est grandissant et il va falloir rétablir l’ordre, l’état de droit, la sécurité.Et c’est le devoir des FDS qui ont été formées pour cela quitte à se faire soutenir par ses populations.

Concrètement quelle peut être leur forme d’organisation ?

Je reste toujours inquiet parce qu’on risque de ne pas pouvoir gérer les dérives de ces koglwéogo. Je préfère que les FDS assurent notre sécurité et que ces koglwéogo qui pourront fournir des informations en soutien aux FDS. Parce que quand l’argent entre dans un jeu, ce jeu-là devient un enjeu très dangereux et il faut qu’on fasse attention. Des armes à des personnes qui n’ont pas de permis de port d’armes causent vraiment un véritable problème. Et l’expérience a toujours montré que les armes ne sont plus contrôlées dans un pays,ça n’augure vraiment rien de bon.

La CEDEAO statuera le 18mars prochainle dossier Djibrill Bassolé. Quelles sont vos attentes ?

Le dossier est vaste. Nous sommes allés vers la Cour de justice de la CEDEAO parce que nous estimons que les droits de Djibrill Bassolé n’ont pas été respectés pratiquement à tous les niveaux.Et je souhaiterais que les gens dépassionnent le débat pour qu’on aille sur un terrain juridique afin que dans un Etat de droit la justice puisse faire son travail.
En faisant la genèse des événements, le 26 septembre 2015,le gouvernement accuse les généraux Gilbert Diendiéré et Bassolé de manipuler certains éléments du RSP qui refusent de désarmer. Le gouvernement a même accusé Djibrill Bassolé de vouloir faire recours à des djihadistes pour attaquer son pays. Le 28 septembre, Bassolé dit très clairement que ces déclarations étaient fausses et qu’il ne peut pas faire attaquer son pays. Ayant été médiateur dans des crises qui ont impliqué des djihadistes, il sait que quand ça commence,personne ne sait quand est-ce que ça va s’arrêter. Le lendemain à 8h15mn, il était à nouveau intervenu sur Oméga FM. Il avait très clairement démenti les accusations. Il avait aussi dit que si le RSP devait être dissout, le gouvernement devait également se dissoudre lui-même parce que le Premier ministre Isaac Zida était issu de ce corps et avait été installé par le RSP. Environ deux heures de temps après, Djibrill Bassolé a été arrêté.
On était le 29 septembre et jusqu’au 26 novembre, les avocats de Djibril Bassolé avaient fait savoir à travers un communiqué que les éléments de preuve en charge contre leur client n’étaient toujours pas reversés dans le dossier alors qu’ils se retrouvaient sur la place publique, sur les réseaux sociaux et dans les médias.
Le 5 novembre, un avocat de Djibrill Bassolé avait déclaré sur une chaine étrangère que le dossier de son client était vide. Du 29 septembre au 26 novembre, ça faisait deux mois que Bassolé était arrêté et incarcéré à la MACA sans que les éléments de preuves ne soient dans son dossier.
Lorsque les avocats étrangers sont venus pour la première fois au Burkina, ils ont pu prendre connaissance du dossier, ils ont même rendu visite à leur client à la MACA. Quelques temps après, les avocats ont été évincés.
Interpellé par la situation au Burkina, le barreau de l’UEMOA s’est réuni du 9 au 11 décembre 2015. Les bâtonniers se sont inquiétés que malgré le traité sur la libre circulation des personnes et des biens dans l’espace UEMOA, malgré les conventions qui existent entre le Burkina et la France, le Burkina se permette d’évincer les avocats étrangers.

Selon les textes, il n’est pas permis à un avocat étranger d’intervenir dans une affaire conduite par la justice militaire burkinabè. Est-ce que ce n’est pas sur la base de ces textes que la décision a été prise ?

Ce qui nous inquiète c’est la décision de la justice militaire. Dans un premier temps, on permet aux avocats étrangers de prendre connaissance du dossier, mêmede rencontrer leur client et après on les évince. Je me demande donc pourquoi avoir accepté que les avocats aillent aussi loin avant de les évincer.
Le Barreau de l’UEMOA est clair sur la question. Il a demandé à la justice militaire burkinabè de réintégrer les avocats étrangers car cela va causer un précédent dangereux. Les avocats avaient du reste dit très clairement dans leur communiqué du 26 novembre qu’ils avaient l’impression de l’existence de deux justices parallèles. Cela est soutenu par les déclarations de l’ex-Premier ministre, Isaac Zida et de l’ex président du Conseil national de la transition (CNT), Chériff Sy, qui ont confirmé l’authenticité des enregistrements. Alors que le commissaire du gouvernement près le tribunal de grande instance soutient que les écoutes ne sont pas encore authentifiées.
Tout cela fait qu’à un moment, Djibrill Bassolé a estimé que la justice de son pays semble ne plus être crédible. C’est pour cela que nous avons eu recours à la justice de la CEDEAO pour qu’elle tranche afin que les droits élémentaires de Bassolé soient respectés.En plus d’être général, il est officier de police judiciaire et juriste de formation, il ne va pas accepter que ses droits élémentaires soient brimés. Nous voulons que l’expression de la justice soit transparente.

Concrètement qu’est-ce que vous attendez de la CEDEAO ?

En réalité, nous nous interrogeons toujours. On se demande qui a permis les écoutes ? D’où viennent-elles ? Qui les a manipulées deux mois durant ? Qui les a diffusées sur les réseaux sociaux ? Car selon notre entendement, le travail de la justice doit être minutieux. Et tous ceux qui ont été en contact avec les écoutes avant leur divulgation doivent être entendus par la justice. Tout cela permettra aux uns et aux autres de clarifier la situation actuelle. Parce que jusqu’à présent, on a l’impression que Djibrill Bassolé est détenu à la MACA sans raison. Puisqu’il y a maintenant des informations qui tendent à dire que les écoutes ne sont pas authentifiées. Pourtant c’est le seul élément en charge contre lui. Lors de son arrestation, il y a eu des rumeurs qui disaient qu’on avait retrouvé des armes et des grosses sommes d’argent chez lui. Et il n’en était rien.

Au cas où la décision de la CEDEAO ne vous sera pas favorable. Quelle sera la suite ?

Nous estimons que Djibrill Bassolé a été vraiment brimé dans ses droits les plus élémentaires. On espère que la CEDEAO va rétablir le droit comme il le faut. La suite sera laissée aux avocats si d’aventure la décision de la Cour de justice de la CEDEAO ne nous est pas favorable.

Propos recueillis par Jacques Théodore Balima
Lefaso.net

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