Mutations sociopolitiques et citoyennetés

« La capacité à résister à l’oppression politique est un des ressorts de la construction de la citoyenneté moderne » • jeudi 18 février 2016 à 13h00min

Le Laboratoire Citoyennetés (ACE-RECIT) est une organisation de la société civile burkinabè spécialisée dans les questions de décentralisation et de gouvernance locale. Actif au Burkina et dans la sous-région (Bénin, Mali, Niger, Togo, Côte d’Ivoire, Sénégal, Guinée), le Laboratoire Citoyennetés s’investit dans l’observation des transformations sociopolitiques ainsi que la facilitation des processusde gouvernance.Nous avons rencontré son Président, Monsieur Raogo Antoine Sawadogo, qui a bien voulu partager avec nous la lecture que cette association fait des récentes évolutions sociopolitiques que notre pays a connues.

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Mutations sociopolitiques et citoyennetés

Monsieur Sawadogo, comment se porte le Laboratoire Citoyennetés ?

Raogo Antoine Sawadogo (RAS) : Le Laboratoire Citoyennetés est une association que ses membres ont voulu militante et engagée sur les problématiques de décentralisation et de gouvernance. Cet engagement se voulait et se veut toujours une réponse libre et volontariste d’hommes et de femmes convaincus que l’avenir de nos Etats passe inéluctablement par une reconsidération et une reconnaissance du local. Le local comme creuset de formation de la citoyenneté. Le local comme espace de production de richesse directement profitable à la communauté. Au nom d’une telle vision, le Laboratoire Citoyennetés, grâce à ses membres, à son équipe technique, et avec l’appui de ses partenaires, parvient à accompagner des collectivités, des associations, des médias, des usagers de services publics communaux ou frontaliers, en vue d’une meilleure prise en compte des droits civils, politiques et économiques des citoyens.

On sait que votre association est justement très engagée sur cette question de décentralisation, quelle appréciation faites-vous de notre décentralisation ?

RAS : Vous savez, la décentralisation est une réforme qui concerne non seulement tout l’appareil d’Etat, mais aussi les relations entre citoyens et gouvernants. C’est dire qu’une appréciation globale peut cacher bien des spécificités et des particularités. Cela étant, et en tant qu’organisation de la société civile, nous constatons que la décentralisation a installé une certaine culture démocratique au niveau local. De 1995 à nos jours, cela fait quatre élections locales que notre pays a connues. D’une élection à l’autre, on a pu constater non seulement un renouvellement des effectifs de l’ordre de 60 à 70%, mais aussi un rajeunissement des équipes. Mieux, à l’intérieur des conseils, bien que ce soit l’ancien parti au pouvoir qui numériquement dominait le maximum de conseils, on a pu observer une montée progressive des partis de l’opposition. Tout cela appuyé par une société civile locale, mieux formée, plus encadrée. Du point de vue de l’ancrage de la démocratie locale, il y a quelque chose d’irréversible qui se construit. Par contre, il y a une grosse attente à combler. C’est la question de la décentralisation financière. Vous savez que notre Etat transfère moins de 5% de son budget aux collectivités. Comment voulez-vous que des communes créent de l’emploi, offrent des services de qualité, soient viables, si l’Etat se contente de verser quelques subsides aux collectivités. Sans une véritable décentralisation financière, nos communes et régions vont s’étouffer face à la pression des populations locales.

Au cours de ces deux dernières années, notre pays a vécu plusieurs événements sociopolitiques qui ont marqué la vie politique nationale. Quelle lecture faites-vous de ces événements ?

RAS  : Notre pays a fait un bond qualitatif et historique en matière de citoyenneté et de démocratie. De l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 jusqu’à la proclamation du vainqueur de l’élection présidentielle le 1er décembre 2015, en passant par le putsch manqué du Général Diendéré, la mobilisation citoyenne a été d’une constante intensité. Je note quatre grands moments qui témoignent toutes d’une quête inlassable du peuple burkinabè pour un véritable Etat de droit. D’abord, la mobilisation contre l’article 37 et ayant abouti au départ de Blaise Compaoré. Ensuite, il y a la mise en place de la transition. Mis à part les quelques hésitations initiales, c’est au final assurément et tranquillement qu’un ensemble d’organisations a validé à l’unanimité la Charte de la transition du 13 novembre 2014. A eux seuls, les articles 3 et 4 - qui posent le principe d’une remise du pouvoir présidentiel à un civil et lui interdisent de se présenter à la future élection présidentielle - attestent du rôle qu’a pu jouer la société civile dans le processus d’écriture de cette Charte. Le troisième temps fort correspond à la mobilisation populaire contre le putsch du Général Diendéré.Là aussi, les signes de la détermination citoyenne ont été assez nombreux : l’appel à la grève quasi immédiat de l’unité d’action syndicale, l’appel à la résistance de Moumina Shérif Sy (Président du conseil national de transition – CNT), la mise en place des barrages populaires dans de nombreux quartiers de Ouagadougou et dans toutes les grandes villes du pays, les manifestations devant les casernes, etc.

Et le quatrième temps fort ?

RAS : Oui, le quatrième temps fort est celui du retour à une vie constitutionnelle normale à travers:le bon déroulement de la campagne électorale, la tenue d’élections présidentielle et législatives apaisées, et l’acceptation de la victoire finale du candidat Roch Marc Christian Kaboré. Une des caractéristiques de ces élections, c’est le taux de participation (59,87%), et le fait que le parti vainqueur de l’élection présidentielle n’ait pas la majorité à l’Assemblée (55 sièges sur 127). Ça c’est bon pour le jeu démocratique. Tous ces faits témoignent d’une forte évolution de la citoyenneté au Burkina Faso. Bien sûr, l’on pourrait relever bien d’autres étapes « clés » dans cette lente transition vers l’Etat de droit. Il s’agit ici de celles qui nous paraissent les plus significatives. Et elles nous intéressent aussi particulièrement car elles interrogent le cadre d’analyse du Labo-Citoyennetés.

Qui dit laboratoire dit aussi recherche.Pouvez-vous nous rappeler quelques grandes lignes de vos réflexions, notamment en lien avec la citoyenneté ?

RAS : C’est vrai que notre association a une dimension recherche que nous essayons de développer dans le but d’alimenter nos propres actions dans le domaine de l’appui aux collectivités, aux associations, aux médias, etc. Mais il faut aussi dire que cette recherche vise à alimenter les Etats, les agences de développement, les institutions sous-régionales (UEMOA, CEDEAO, Liptako-Gourma), et j’en passe. Pour revenir aux travaux de recherche que nous conduisons, on peut distinguer à la suite d’un auteur contemporain, Thomas H. Marshall, trois éléments constitutifs de la citoyenneté moderne et autour desquels nos travaux s’organisent. Il s’agit d’abord du bien commun. Ou, si vous voulez, l’ensemble des ressources et des services définis comme bien commun. C’est le cas par exemple de la terre, des ressources naturelles comme l’eau, les forêts, des services publics (santé, éducation, etc.). Il y a ensuite la délivrance de droits par des autorités aux personnes de leur territoire à propos de ce bien commun : il s’agit ici des droits civils (liberté de parole, de pensée, de religion, égalité devant la loi), des droits politiques (droit de vote, d’être élu), et des droits sociaux et économiques (service public, assistance sociale, assurance chômage, etc. Il y a, enfin, l’exercice effectif de ces droits par les personnes en particulier dans une relation d’interpellation et de revendication envers les autorités. Je reconnais bien sûr avec vous que l’exercice de ces droits n’est pas toujours ni bien compris, ni bien conduit.

Vous pensez à quoi ? A tous ces remous et mouvements d’humeur ?

RAS : Nous devons être assez clair sur la question. Tout ce qui est « remous » n’est pas synonyme de « citoyenneté ». Et vous conviendrez avec moi que ces remous ne se sont jamais traduits par une alternance politique, ou même un changement de cap. Par contre, on peut repérer plusieurs dynamiques qui fournissent un terreau favorable à la construction des droits civils et politiques au Burkina Faso. Mais ces dynamiques avaient été jusqu’à présent politiquement vaines, car souvent brimées, réprimées ou trop peu structurées.

Et quelles sont ces dynamiques ?

Il y a d’abord le patriotisme burkinabè construit autour du référentiel sankariste, qui est l’un des puissantsferments de l’identité nationale, laissant les référentiels ethniques au second plan. Ce sentiment, porté notamment par la jeune génération, n’avait jamais pu être mobilisé aussi publiquement et librement du fait d’une « chape de plomb » du régime Compaorésur le sujet.

Il y a ensuite les révoltes successives, liées entre autres à des crimes de sang ou des inégalités trop flagrantes. Ces révoltes n’avaient jamais abouti à une transformation politique, mais à travers elles le peuple a appris à dire non. La capacité à s’opposer au rouleau compresseur de l’injustice et à résisterà l’oppression politique est un des ressorts de la construction de la citoyenneté moderne.

Enfin, il existe depuis plusieurs années une critique sociale et politique urbaine dynamique (présence syndicale, liberté de la presse, jeunesse et scène culturelle critique), cette fois-ci partagée avec d’autres pays de la sous-région (notamment le Sénégal), mais jusqu’à présent peu structurée face au régime semi-autoritaire en place.

Tout cela mis ensemble a contribué à faire évoluer les centres d’intérêt des citoyens. Ainsi, aux questions purement économiques et sociales (chômage, vie chère, etc.) sont venues s’ajouter des revendications d’ordre politique. Le citoyentrouvefinalement que pour régler les questions économiques et sociales, il fallait aussi et surtout s’attaquer aux modes politiques de gestion. C’est la raison pour laquelle nous pensons qu’il y a eu passage d’une citoyenneté « sociale et économique » à une citoyenneté « civile » et « politique ».

Tout ça c’est bien. Mais est-ce que vous pensez que les choses ont fondamentalement changé ?

RAS : Si les choses n’ont pas changé, elles devront l’être. Et je pense que tout le monde en est conscient aujourd’hui. Vous savez, parmi les nombreuses fautes ou erreurs qui ont marqué le régime de Blaise Compaoré, il y en a, à mon avis, deux qui lui ont été fatales :il y a d’abord le fait que le pouvoir, en son temps, n’a pas assumé suffisamment de « distributions » (politique, économique) ces dernières années. Au fur et à mesure qu’on avançait, le pouvoir s’est resserré autour d’un petit cercle qui accapare le pays. Cela a sans doute renforcé les partis d’opposition autour d’un consensus minimal mené par l’UPC, et a bien sûr incité le départ du CDP de certains politiciens aguerris et la création du MPP. Cet isolement politique du clan Compaoré a sans doute permis une cristallisation de la contestation populaire, désormais mobilisée autour d’une cible bien identifiée. Il y a aussi cette quête de justice, liée notamment aux crimes économiques et surtout de sang. Les assassinats de Thomas Sankara en 1987, de Norbert Zongo en 1998, de Justin Zongo en 2011, du juge Nébié en 2014 sont, entre autres crimes de sang pour lesquels le peuple attend une justice à la hauteur des forfaits. Cette soif de justice a aussi contribué à renforcer l’émergence d’une citoyenneté politique.

Selon vous, quels sont les acteurs clés qui sont à l’origine des évolutions que nous constatons aujourd’hui au plan sociopolitique ?

RAS : Unesituation de ce genre est forcément l’aboutissement d’un long processus de formation et d’auto-formation à la citoyenneté. On peut dire que ce qui est arrivé est d’abord le fruit de notre histoire politique. Avec tout ce qu’elle a pu comporter comme tragédies, actes héroïques, résistance, etc. C’est aussi le fruit de notre culture, ou, si vous voulez, de nos cultures « diverses et plurielles » mais unanimes sur certains faits, tels le sens de l’honneur, le respect de la vie, etc. C’est aussi le fruit des multiples « stimulations » dont sont porteurs ces mouvements de défense des droits humains, ces nombreuses associations, ces ONG, cessyndicats engagés dans la lutte pour l’émergence de citoyennetés responsables. Mis à part cesacteurs, je voudrais quand même mettre l’accent sur trois catégories d’acteurs dont l’action a été déterminante pour faire basculer les choses. Il s’agit de la jeunesse, des médias et des femmes.

Quelle est votre opinion sur ces trois acteurs que vous citez ?

RAS : D’abord les jeunes.Ils ont été le fer de lance dans les différentes contestations que notre pays a vécues. Cette jeunesse urbaine et péri-urbaine a trouvé un espace d’expression à travers des mouvements de type nouveau, comme le « Balai Citoyen », le « Collectif anti-référendum », le « Brassard noir », etc. La jeunesse urbaine a bénéficié de l’encadrement de ces organisations de la société civile. Elles ont permis le passage d’un mécontentement diffus et apolitique en une expression civique et politique qui a contribué à la constitution d’une véritable critique sociale.
L’autre catégorie d’acteurs déterminante dans l’avènement d’une citoyenneté politique est bien évidemment la presse. D’abord, qu’il s’agisse de la presse écrite ou bien des radios, il a été relevé une forme d’unanimité journalistique autour de l’article 37. Une analyse des lignes éditoriales des différents quotidiens burkinabè suffirait largement à en témoigner. Ensuite, même au moment les plus risqués des manifestations, les médias - et notamment les radios - ont inlassablement continué à informer les Burkinabè. Enfin, à cette génération « Zongo » de journalistes de plus en plus professionnels se sont ajoutés les citoyens « lambda » à travers les nouveaux médias sociaux. Comme pendant le « printemps arabe », des outils comme Facebook ou Twitter ont en effet permis aux différentes personnes mobilisées de s’informer en temps réel des événements, de rester mobilisées, ou bien, au contraire, de revoir leur position, de reconfigurer leurs projets de manifestations, etc. Par leur caractère démocratique (presque tout le monde peut y avoir accès) et instantané, ces médias ont joué un rôle pour le moins important.

Enfin, il ya les femmes. On ne saurait faire l’impasse sur la mobilisation constante des femmes dans les mouvements de contestation, et le rôle qu’elles ont eu dans le développement d’une citoyenneté politique. Dès les manifestations organisées après la mort de Norbert Zongo, les « femmes en noir » avaient organisé des manifestations ayant recueilli un grand succès. Leur détermination a également été relevée à l’occasion du non-lieu prononcé en 2006. Cette forte et constante mobilisation des femmes a été confirmée dans les jours qui ont précédé l’insurrection populaire, et notamment le 27 octobre, lors d’une grande marche, pourtant interdite par le Maire de Ouagadougou, pendant laquelle elles ont brandi des spatules et ainsi défié le régime Compaoré. Même les 30 et 31 octobre, dans le feu de l’action et de la répression, les femmes se sont attachées à distribuer de l’eau et des sandwichs aux manifestants.

Par moments on a eu peur que le pays bascule dans la guerre civile. Pensez-vous qu’il y a des facteurs objectifs pouvant expliquer cette « chance » ?

RAS  : Vous avez tout à fait raison. On a frôlé le pire. En tant que croyant, je pense que la main de Dieu a protégé notre pays. Et nous ne serons jamais assez reconnaissant à tous ces hommes et femmes de foi qui ont porté et qui portent toujours notre pays dans leurs prières ou dans leurs rites traditionnels. Cela dit, il y a à mon avis au moins deux facteurs qui ont fait que notre pays n’a pas basculé. Le premier facteur, c’est ce sentiment d’unité nationale qui transcende les diversités culturelles et les pluralités d’opinions politiques. Nous l’avons hérité de nos devanciers, et ce depuis les indépendances. Sous le régime de Blaise Compaoré, malgré toutes les critiques qui sont formulées à son encontre, il faut reconnaître que ce régime n’a pas pu jouer des divisions socioculturelles pour se maintenir au pouvoir, comme cela a pu se produire en Côte d’Ivoire par exemple. Différents facteurs historiques ont permis de maintenir une certaine cohésion de la société burkinabè. On a déjà évoqué le référentiel sankariste, toujours présent dans les esprits des militants des droits civiques au Burkina, et plus globalement de l’ensemble de la jeunesse. Si l’on remonte plus loin dans l’histoire, on relève que l’installation des missionnaires catholiques a été répartie dans plusieurs régions du territoire, ce qui a permis un accès plus ou moins équitable à l’administration des ressortissants de toutes les régions du pays. Enfin, le système Compaoré lui-même s’estclientélisé au-delà des religions et ethnies. L’autre facteur important à mon avis, c’est le rôle qu’a joué la chefferie traditionnelle dans le maintien de la cohésion sociale. Depuis l’insurrection jusqu’à l’investiture du Président Kaboré, les Burkinabè ont fait constamment référence à la chefferie traditionnelle. La palette de rôles alors joués par le MoghoNaba est telle qu’il paraît difficile d’en déterminer les contours exacts : médiation, pardon, protection, mais aussi canal d’expression des joies populaires, etc. ; les rôles du chef ont été nombreux. La notion de cohésion sociale semble englober les autres fonctions, et convient le mieux pour désigner celle de la chefferie traditionnelle moaga. En effet, sans tomber dans la compromission, le MoghoNaba a constamment cherché à maintenir le dialogue politique quand celui-ci était absent, ou insuffisant. Ce rôle est salutaire dans des phases de l’histoire où, précisément, le lien social menace de rompre. C’est sans doute l’une des différences avec la situation en Côte d’Ivoire. La chefferie traditionnelle a su trouver la bonne distance avec la sphère politique : ni trop près, pour ne pas être « entachée » par la guerre inter- ou intra-partis, ou les différentes affaires de corruption ; ni trop éloignée, pour ne pas être accusée d’indifférence à l’égard du destin du peuple.

En tant que spécialiste de la décentralisation, considérez-vous que toutes ces évolutions auront des retombées sur le local, notamment en termes de vie démocratique ?

RAS  : Votre question est essentielle. Comme on peut bien le constater, la citoyenneté civile et politique qui a émergé en 2014-2015 est avant tout urbaine. Elle vient de Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, Koudougou, Ouahigouya, Fada N’Gourma et quelques autres villes moyennes du pays. Elle s’est exprimée aussi dans les campagnes de diverses manières (manifestations publiques, barricades des routes nationales, etc.). Pour nous le principal défi sera alors de voir comment il sera possible de transformer l’essai urbain en engagement citoyen au niveau local. Autrement dit, comment les citoyens et les élus des communes et régions du Burkina, s’inspirant des acquis de l’insurrection, peuvent s’engager dans l’édification de collectivités viables ? Plusieurs conditions devront être réunies à mon avis.

On peut en parler si vous le voulez bien …

Il faut une pression de la société civile locale. Cette pression doit s’exercer pendant le processus électoral (avant, pendant et après les élections pour une campagne apaisée, une transparence du scrutin, etc.), mais aussi et surtout après le choix des élus locaux. Pendant le processus électoral, la pression citoyenne doit amener les candidats à incorporer l’esprit « fair-play » constaté au niveau national. Il est essentiel que les candidats aux municipales incorporent les règles du jeu de l’élection. Les politiciens nationaux ont resserré leurs rangs et forgé des règles du jeu à l’épreuve de l’insurrection, de la transition, des tentatives de déstabilisation du RSP, du putsch et de la pression internationale pour ériger le Burkina Faso en modèle. Mais qu’en sera-t-il des politiciens locaux ? Il sera aussi important de voir dans quelle mesure les acteurs politiques au niveau local seront à même de mobiliser, dans leurs discours, le « bien commun  ».

La pression citoyenne doit s’exercer aussi après l’élection, car une chose est de se faire élire, et une autre est de gérer. L’expérience du Laboratoire Citoyennetés dans ce domaine nous permet de dire ceci :les communes et régions dans lesquelles des hommes et femmes pourront s’organiser pour s’imposer à eux-mêmes d’abord et ensuite aux gouvernements locaux des modes de gestion responsables et redevablesseront celles qui pourront mobiliser le plus de ressources, faire le plus d’investissements, offrir de meilleurs services publics de qualité, etc. Des outils existent, des expériences ont fait leur preuve. Il faut simplement accepter d’y aller.

Votre mot de la fin pour conclure…

RAS : Deux choses pour conclure : avec les élections locales qui s’annoncent, il faudra une vigilance particulière sur la question du clientélisme local. Cette question est plus ou moins passée sous silence pendant la campagne présidentielle, mais elle sera un véritable enjeu des l’*élections municipales. En effet, l’enjeu desélections présidentielle et législatives était que les partis nationaux se respectent et reconnaissent les résultats proclamés par la CENI. Mais au niveau local, les mécanismes de la politique du ventre et de la consigne ont été reproduits. Si la distribution de t-shirts et de gadgets à l’effigie des partis était interdite, la distribution de mobylette, les vêtements aux couleurs des partis et les promesses de redistribution « régionale » ont été légion. On voit que les mécanismes clientélistes de la mobilisation locale sont restés les mêmes. Or, après l’incorporation des règles du jeu démocratique au niveau national, la prochaine étape de la refondation du politique au Burkina Faso sera le remplacement des moyens clientélistes de mobilisation par les supports proprement démocratiques que sont le programme politique et économique, la compétence à gouverner démocratiquement, la capacité à garantir un développement socialement et territorialement équilibré. Et c’est probablement au niveau local que cet enjeu est le plus sensible car c’est dans les municipalités que les effets du clientélisme se ressentent au quotidien.
Deuxième point sur lequel je voudrais insister, c’est le caractère incomplet de ce mouvement de démocratisation. Certes, la transition a apporté au Burkina Faso un Etat de droit, assorti d’institutions républicaines qui semblent aujourd’hui plutôt bien fonctionner. Il ne faut pourtant pas se reposer sur ses lauriers. Fort heureusement, on a maintenant une date précise pour les élections locales, à savoir le 22 mai. Ces élections revêtent un double enjeu. Le premier enjeu est que nous devons travailler à maintenir cet Etat de droit acquis de haute lutte, notamment en lui donnant des racines locales. Le deuxième est de se défaire de l’idée que les élections municipales sont des appendices de cet Etat de droit. Nous pensons, pour notre part, qu’elles en sont la pierre angulaire. En ce sens, cette consultation locale aura des enjeux démocratiques nationaux. Pour paraphraser un grand penseur, dont j’ai oublié le nom : « Là où la démocratie ne peut pas se jouer en petit, elle ne peut pas se jouer en grand. »

Propos recueillis par Yvette SAVADOGO

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Vos commentaires

  • Le 18 février 2016 à 09:00, par kader
    En réponse à : Mutations sociopolitiques et citoyennetés

    merci le tonton de votre eclaircissement et surtout pour le travail que vous faites pour la jeunesse.sutout courage a vous.

    Répondre à ce message

  • Le 18 février 2016 à 09:21
    En réponse à : Mutations sociopolitiques et citoyennetés

    vravo le vieux père pour nous connaitre votre institution.

    Répondre à ce message

  • Le 18 février 2016 à 09:51, par Bala Wenceslas SANOU
    En réponse à : Mutations sociopolitiques et citoyennetés

    Les collectivités territoriales, pierre angulaire d’attache de la démocratie participative.

    Merci (à mon prési.) RAS pour ce dialogue sur la vie politique du Faso et les éléments concernant la décentralisation. Nous devons tirer leçon du passé pour réviser sérieusement le fondement sociopolitique de notre décentralisation. Elle manque jusque là de vision construite et partagée : quelle société voulons-nous refonder à partir de la base à travers nos collectivités territoriales ? Quelle perspective visons-nous à travers la politique de décentralisation ?
    Malgré le court délai avant les élections municipales du 22 mai, nous pouvons encore définir quelques repères clés du type de gouvernance locale que nous voulons. Pour moi, mettons le développement économique local (DEL) au centre de la gestion des affaires publiques locales. Ce DEL aiderait à promouvoir des initiatives porteuses d’innovation en matière de création et fonctionnement de PME/PMI dans les communes. L’investissement prioritaire devrait porter sur les ressources humaines pour asseoir des administrations crédibles dans les collectivités territoriales. Tout repartira de la qualité des administrations locales apolitiques, performantes (en lieu et place du ramassis que l’on trouve souvent en place).

    Répondre à ce message

  • Le 18 février 2016 à 17:51, par Mechtilde Guirma
    En réponse à : Mutations sociopolitiques et citoyennetés

    Ah tiens, notre cher RAS ancien président de la décentralisation. Voyez comme vous avez été injuste envers moi, persécutée. Vous voyez bien que je n’avais rien à envier de vous, sinon tout simplement que je vous ai rendu service. Je remercie Dieu de m’avoir préservée la vie, et je me permettre aujourd’hui de vous dire merci et sans rancune.

    Répondre à ce message

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