Jérémie Ouangrawa, Directeur-Pays de Christian Children’s Fund of Canada au Burkina : « Nous voulons accroitre l’aide à l’enfant et mieux protéger ses droits »

mercredi 9 décembre 2015 à 18h55min

Propulsé fraichement à la tête de la représentation de Christian Children’s Fund of Canada (CCFC) au Burkina, Jérémie Ouangrawa nourrit d’énormes ambitions pour les enfants en difficulté. Améliorer leurs conditions d’existence en accroissant l’aide et en garantissant davantage le respect de leurs droits sont les principales missions qu’il s’est assignées pour les quatre ans qu’il aura à passer comme Directeur-Pays de CCFC au Burkina Faso. Cet économiste made in Burkina, parce que formé à l’Université de Ouagadougou, a fait ses armes dans le développement dans des organisations non gouvernementales (ONGs) internationales et aussi dans le système des Nations Unies. Il a notamment travaillé au Libéria et en République démocratique du Congo (RDC). Dans l’interview qu’il nous a accordée, il parle de ses projets pour les enfants en difficulté, pour CCFC et aussi pour le Burkina Faso. Lisez !

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Jérémie Ouangrawa, Directeur-Pays de  Christian Children’s Fund of Canada au Burkina : « Nous voulons accroitre l’aide à l’enfant et mieux protéger ses droits »

Lefaos.net : Pouvez-vous nous présenter CCFC en deux mots ?
Jérémie Ouangrawa :
Christian Children Found Canada est une ONG canadienne basée à Toronto. Elle travaille exclusivement à la protection de l’enfant et à la promotion de ses droits. Tout ce que nous faisons est centré sur la protection de l’enfant. Il s’agit de créer un environnement qui offre un futur assuré aux enfants que nous appuyons dans les communautés vulnérables.

Vous venez de rejoindre l’équipe de CCFC et vous êtes à une phase qu’on pourrait qualifier d’installation. Pouvez-vous nous en parler davantage ?

J’ai déjà passé presque cinq mois à la tête de la structure et je pense que je suis en train de quitter maintenant la phase d’installation pour être plus opérationnel. Les premiers mois ont été un moment d’apprentissage pour moi sur les activités de la structure au Burkina mais aussi sur ses orientations. J’ai eu l’occasion d’aller à Toronto pour recevoir les orientations afin de mieux remplir les fonctions du directeur-pays. Actuellement je suis en train de prendre les choses en main pour positionner le travail.

En pareille situation, les défis sont importants. Pour vous, quelles seront les priorités ?

Je viens de prendre le leadership du programme de CCFC au Burkina avec une nouvelle vision et une nouvelle façon de voir les choses. Je me suis donné trois priorités essentielles. La première est d’améliorer de façon significative l’impact des interventions que nous faisons sur le terrain. Cette phase va nécessiter de revoir les approches en matière de planification, de gestion des programmes. Nous allons revoir un peu les approches en termes de gestion de nos partenariats, mettre l’accent sur l’innovation.
La deuxième priorité sera d’augmenter la base de financements de CCFC. Nous injectons actuellement au moins un milliard dans le développement au Burkina. La priorité pour moi est de voir comment augmenter ces financements d’au moins 30%. Cela me semble réaliste.
La dernière priorité est de renforcer les compétences de l’équipe ici. Nous avons une équipe dévouée et nous allons voir comment renforcer son efficacité, ses performances de sorte à ce que le programme soit plus visible, l’impact beaucoup plus tangible et que le CCFC puisse se positionner comme un acteur clé dans le domaine de l’éducation au Burkina.

Qu’est-ce qui changera concrètement dans votre approche pour les deux ans à venir pour l’amélioration de la qualité de l’action de CCFC sur le terrain ?

Plusieurs choses vont changer. Quand je regarde le programme, en matière d’éducation, nous allons travailler à renforcer la qualité de l’éducation. C’est-à-dire que nous allons introduire des innovations en termes de formation. Il faudra peut-être former d’avantage les enseignants.
Nous allons travailler à plus de responsabilisation des communautés dans les questions d’éducation de toutes les zones dans lesquelles nous intervenons. Il s’agira de faire en sorte que les Associations des parents d’élèves soient davantage renforcées et que les familles soient davantage impliquées dans toutes les questions d’éducation. Les cantines endogènes seront aussi promues. Car leur présence dans une zone contribue grandement à augmenter la réussite et même la qualité de l’enseignement. L’expérience montre que cela doit être durable. Nous allons donc nous appuyer sur des expériences réussies pour promouvoir des cantines endogènes durables.
En ce qui concerne les partenariats, nous allons mettre l’accent sur les résultats. Parce que nous travaillons avec des ONG locales et des associations à base communautaire. Pour cela, nous devons être clairs sur ce que nous voulons atteindre sur la base du partenariat. Celui-ci sera apprécié sur la base des résultats.

Cette année est particulière au regard de la situation politique. Vu que vos interventions seront forcément influencées par un tel contexte, quelles sont les dispositions que vous prenez en amont ?

La période est effectivement difficile. Mais quand vous prenez l’histoire des grandes nations, elles sont généralement sorties plus renforcées des situations de crise. Et derrière chaque situation de crise, il y a de grosses opportunités. Le contexte politique actuel ouvre donc une nouvelle perspective pour le Burkina, elle ouvre de nouvelles opportunités pour le pays et nous devons travailler avec les partenaires et les communautés à les saisir. Avec la démocratie qui se trouve renforcée, la gouvernance va l’être également. L’un des axes qui nous concerne principalement est la gouvernance locale. Nous allons chercher à renforcer les structures locales et à les aider à prendre davantage en compte les questions d’éducation.
Parce que la gouvernance va être améliorée, parce que de façon générale, la démocratie va être renforcée, plus de bailleurs de fonds seront plus encouragés à augmenter le volume de leurs investissements ou même à venir investir au Burkina Faso. Nous allons essayer, avec nos partenaires, de saisir toutes ces opportunités qui vont venir.

Il y a aussi l’emploi des jeunes dans lequel nous comptons également nous lancer parce qu’il y a une forte demande sociale à ce niveau. Nous allons introduire des innovations qui vont permettre de promouvoir l’emploi des jeunes dans les zones où nous intervenons.

Quel est l’avantage de travailler avec CCFC pour les organisations terrains ?

Notre vision, en tant qu’organisation internationale, est qu’il est avantageux de travailler à travers les organisations locales que les ONG et les associations à base communautaire. C’est pour cela que CCFC n’exécute pas directement ses actions sur le terrain mais passe par des partenaires qui sont des ONG ou des associations. Parce que les partenaires connaissent mieux les contextes national et local, que leurs actions doivent s’inscrire dans une plus grande durabilité qu’une agence internationale qui n’a pas une meilleure connaissance du terrain.
Le deuxième élément est qu’en travaillant avec les partenaires locaux, ça contribue à renforcer la société civile. Puisqu’elle doit jouer un rôle clé dans l’influence des politiques. En travaillant avec ces partenaires, nous renforçons leurs capacités en leur permettant d’avoir de l’influence au niveau national.

La problématique de la violence faite aux enfants est un aspect pour lequel CCFC s’investit énormément. Pourrons-nous avoir plus de détails ?

Etant une structure centrée sur l’enfant, le CCFC fait beaucoup pour la protection de l’enfant. Nos actions sont de diverses formes. Nous sommes actifs dans le domaine du plaidoyer, membres de plusieurs réseaux dans lesquels nous travaillons pour influencer les politiques mais aussi les pratiques pour un environnement plus favorable à l’enfant. Nous travaillons avec nos partenaires pour leur permettre d’avoir une stratégie de protection de l’enfant. Cette stratégie consiste à faire une analyse du contexte local et définir les orientations qui puissent les aider à prendre en compte la question de protection de l’enfant.

Parlons des mariages forcés et/ou précoces. CCFC voudrait y mettre un accent particulier cette année. Pourrait-on avoir plus de détails ?

Le mariage forcé est une grosse problématique au Burkina. Les pesanteurs socio-culturelles lui donnent la peau dure et font en sorte qu’on a comme des progrès très timides. Il est un phénomène qui fait beaucoup de ravages dans la vie des jeunes filles. Une jeune fille victime de mariage forcé ressent les séquelles sur son état physique, émotionnel et même sur son avenir. Nous comptons mettre cette année un accent particulier sur la question du mariage forcé en faisant plusieurs choses. Nous sommes en train de développer une campagne d’information et de sensibilisation sur le mariage forcé dans la Région de l’Est notamment dans la province de la Tapoa. En janvier, nous comptons organiser la Marche silencieuse. Le but est de sensibiliser l’opinion sur la persistance mais aussi et surtout les conséquences de ce phénomène afin qu’il soit combattu. Cette marche sera organisée en collaboration avec nos partenaires et avec d’autres organisations internationales présentes au Burkina.

Parlez-nous de votre contribution à la politique éducative au Burkina Faso pour cette année fiscale et si possible pour l’année prochaine…

Nous allons poursuivre les actions que nous avions engagées l’année dernière. Pour cela, nous comptons augmenter l’offre éducative par la construction d’écoles si nos moyens nous le permettent. Des actions en termes de formation des enseignants ou des agents du Ministère en charge de l’éducation seront aussi menées pour accroitre la qualité de l’enseignement. Nous sommes en train de murir une idée dans ce sens. Dans les zones où CCFC est présent, un concours pour récompenser les enseignants qui auront fait les meilleurs résultats ou les meilleurs élèves peut être organisé. Ce concours aura pour but de promouvoir l’excellence et encourager les parents à s’impliquer davantage dans l’éducation de leurs enfants.

Dans le domaine de la promotion et la protection des droits de l’enfant, pourriez-vous nous en dire avantage sur la contribution de CCFC en général et le Bureau National dans le contexte qui est le nôtre ?

CCFC est membre de l’Alliance internationale dénommée « ChildFund ». Au niveau international, nous avons beaucoup travaillé avec les autres organisations membres. Nous avons par-là réussi à influencer les Objectifs de développement durable (ODD) pour que la protection de l’enfant soit prise en compte.
Au Burkina, nous avons travaillé avec nos partenaires et les autres agences internationales pour influencer les politiques en matière de protection de l’enfant. C’est la raison pour laquelle nous sommes membre de plusieurs réseaux et essayons d’influencer les agendas, à promouvoir les partages d’expériences, à créer une plateforme qui permet de suivre tout ce qui se passe en termes de protection de l’enfant. Quand il y a des cas de maltraitance d’un enfant, la plateforme permet d’être rapidement informé et d’alerter les autres agences afin que la question soit très vite traitée.

Vous êtes arrivé en pleine année fiscale à CCFC. Une année qui se termine en mars 2016. Pour la prochaine année fiscale que vous êtes en ce moment en train de planifier, quels sont pour vous les principaux chantiers ?

La fin de l’année fiscale est une opportunité. En ce sens que lorsqu’on rentre dans la phase de planification au moment où je prends fonction. C’est une opportunité qui s’offre à nous pour essayer de faire prendre en compte les nouvelles idées ou les nouvelles orientations que nous sommes en train de mettre dans l’organisation. Nous sommes en plein dans le processus de planification. Un accent a par exemple été mis sur les innovations. Il s’agit de voir comment promouvoir des expériences réussies. Nous avons pris contact avec la plupart des agents qui travaillent dans le domaine de l’enfance, de l’éducation. Des innovations seront donc introduites dans le programme.
L’autre orientation majeure est que nous allons introduire la démarche qualité dans le programme. C’est-à-dire faire en sorte que le programme soit focalisé sur les besoins et les préoccupations des communautés au nom desquelles nous mobilisons l’argent au Canada pour travailler. Un accent va donc être mis sur cet aspect afin de garantir que les besoins et les préoccupations sont en train de trouver des solutions. En faisant cela, nous allons prendre en même temps en compte les besoins des bailleurs. Nous devons donc mettre l’accent sur la satisfaction des besoins des communautés pour lesquelles nous travaillons en ayant des démarches qui puissent nous permettre de réduire ce que j’appelle les coûts de non qualité, les retards dans la mise en œuvre des projets, de réduire le nombre des projets qui échouent par la mauvaise approche. Ce sont là quelques axes auxquels nous allons accorder de l’importance.

Pensez-vous que vous aurez les mains libres pour conduire ce programme ?

Je travaille pour une organisation qui met beaucoup l’accent sur la responsabilisation des Directions-Pays. En tant que directeur-Pays j’ai la responsabilité de diriger le programme avec efficacité et efficience. Donc de promouvoir les innovations, les idées nouvelles qui puissent permettre d’aller de l’avant. De ce point de vue, nous avons toutes les marges de manœuvre pour travailler. Ce qui va nous rester à faire sera de renforcer les synergies avec les autres agences internationales et surtout avec le gouvernement.

Un mot sur la situation politique de notre pays et quelle est votre mot à l’adresse des nouvelles autorités qui prendront prochainement les rênes de ce pays ?

Nous avons tous été fiers des élections qui ont été paisibles. A la limite, au regard de ce qui s’est passé au Burkina, nous n’avons rien à envier à certaines démocraties avancées. Nous avons connu les résultats deux jours après les votes, il n’y a pas eu d’incidents. Nous sommes fiers de cela. Mais il y a de lourdes responsabilités qui pèsent sur les épaules du président élu et du gouvernement avec lequel il va travailler. Nous souhaitons qu’il prenne la mesure de la forte demande sociale et poser des actes qui puissent aider le pays à prendre le chemin du développement. Nous pensons que c’est possible. Car le développement ne concerne pas uniquement les ressources, comme veut le faire croire l’idée répandue. Le développement est avant tout avoir les politiques les plus pertinentes qui répondent aux besoins de la nation. Une fois inscrit dans cette logique, le pays rentrera dans la phase de développement et de la prospérité. Nous croyons beaucoup en cela. Toute notre prière est que le président élu et le prochain gouvernement travaillent dans l’amour du Dieu, en aimant leur pays, en mettant au centre la question de l’intégrité. S’ils se comportent ainsi, ils vont tous nous encourager à faire davantage pour accompagner ce que fait le gouvernement.
CCFC est une organisation avec un potentiel immense. J’ai vu que beaucoup de bonnes choses sont faites depuis 25 ans dans le domaine du développement au Burkina Faso. Je veux véritablement faire qu’avec les partenaires, nous puissions véritablement bâtir un partenariat qui puisse nous aider à créer les conditions les meilleures pour un programme qui donne du bonheur aux enfants. Nous ferons cela en synergie avec les partenaires et les communautés locales mais en travaillant avec les autres ONGs internationales.

Propos recueillis par Jacques Théodore Balima
Lefaso.net

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