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Evariste Combary, directeur de la radio nationale du Burkina :« Nous sommes frustrés »

Accueil > Actualités > Multimédia • • vendredi 14 août 2015 à 07h30min
Evariste Combary, directeur de la radio nationale du Burkina :« Nous sommes frustrés »

Après l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, Evariste Combary a été nommé directeur de la radiodiffusion nationale du Burkina. Depuis lors, il tente d’imprimer sa marque sur le fonctionnement de la radio. Seulement, les difficultés ne manquent pas. Il s’agit notamment de la mise à l’écart de la radio nationale dans la couverture de certaines activités notamment du Premier Ministère. Dans cette interview, il répond sans langue de bois aux questions à lui posées.

Lefaso.net : Vous êtes aujourd’hui le directeur de la Radio nationale du Burkina. On imagine que le chemin a été long. Quel a été votre parcours académique et professionnel ?

Evariste Combary : J’ai commencé l’école primaire à Fada plus précisément à l’Ecole Centre « A » mixte « école CAM ». Sous prétexte que j’avais une faible moyenne 3,24/5 pour passer en classe supérieur, mon père aujourd’hui instituteur à la retraite m’a fait orienter à l’école « B » communément appelé école mission pour reprendre la classe de CE1 . Classe tenue par un de ses ami instituteur pour dit-on relevé mon niveau. L’année qui a suivi ma défunte mère institutrice elle aussi, mécontente du tort qu’on m’avait fait subir ma dispenser des cours de la classe de CE2 pendant les vacances. J’ai du sauté la classe de CE2 pour aller directement au CM1 à l’école « CAM ». Après mon admission au Certificat d’Etudes Primaires, je suis allé dans au lycée Diaba Lompo jusqu’en terminale.

Après avoir échoué au BAC, car très focalisé sur le football, j’ai été récupéré par mon tonton qui était professeur au lycée Ouezzin Coulibaly. C’est là-bas à Bobo que j’ai eu mon Bac « A » au lycée Municipal. Je suis arrivé à l’Université, en 1993 j’avais demandé une orientation en Histoire. Il faut dire que je voulais faire Allemand mais j’ai dû renoncer. Notre arrivée à l’université, c’était dans les années 1993, a coïncidé avec le lancement du concours de recrutement des premiers étudiants du département Arts et Communication qui ouvrait ses portes à la « FLASHS » On parlait de cinéma, de journalisme, j’avoue que je n’étais pas particulièrement attiré par le métier de journalisme mais plutôt par le cinéma. Cependant il faut dire que j’aimais lire les journaux, écouter la radio et regarder la télé.

Pour le concours d’entrée en art et communication On était nombreux à prendre part au test. On était au nombre de 400 et on voulait 30 étudiants. Quand les résultats sont tombés, j’ai été admis. C’est ainsi que nous avons été la première promotion de Arts et communication. J’ai passé 4 ans au département Arts et communication et j’ai obtenu la licence. On a commencé les stages. Mon premier stage était à la radio, après Sidwaya, la télé. J’avoue qu’en son temps, il était très difficile d’intégrer la télévision par ce que c’était plus sérieux qu’aujourd’hui. La télé, c’était l’élite, je peux dire. Je ne dis pas que les autres ne l’étaient pas mais la télé était très sélective.
Ensuite, je me suis inscrit en 2013 à l’IPERMIC en master pour me remettre à jour et approfondir mes connaissances.

De la télé à la radio qu’est- ce qui a changé chez vous ?

J’estime que rien n’a changé, si n’est le média il suffit de s’adapter. On a appris tous le métier du journalisme. La télé c’est les images et le son, la radio c’est le son uniquement la technique et la déontologie ne changent pas. Depuis que je suis à la radio, je me suis mis à fond. Je me suis mis dans la peau du manager.

Peut-on être journaliste du public et être indépendant ?

Oui, on peut l’être. Pendant longtemps, on a fait ça à la télé. Ce n’est que vers la fin du mandat du président Blaise Compaoré que les choses ont changé, que certaines personnes on cru bon de mettre à l’écart les journalistes qui voulaient faire leur travail en toute indépendance, sans parti pris. Aujourd’hui il y a des médias privés qui se disent indépendants et qui sont au fait moins indépendants que des journalistes des média publics. Oui parce que certains journalistes du privé se font acheter. Ce n’est pas eux tous mais il y a certains qui le font. Je suis journaliste, je n’ai pas de camp. Mon camp c’est le travail. Si vous faites bien votre travail, que ce soit le parti au pourvoir ou l’opposition, vous serez aimé, respecté.

Vous êtes à la tête de la radio nationale depuis maintenant 7 mois, quel bilan faites-vous ?

Je vais dire d’abord merci aux personnels de la radio. J’ai remarqué qu’au Burkina, les gens n’écoutent pas assez la radio, surtout Radio Burkina. Même les autorités, lorsqu’elles font leur politique de communication, elles mettent beaucoup plus l’accent sur la télévision. Cela se comprend l’image fascine mais…Figurez-vous que même le Premier Ministère n’invite pas la radio à ses activités surtout celles qui se déroulent hors du pays ; cela n’est pas normal. L’accent est mis sur les médias privés de moindre envergure en lieu et place de la radio qui couvre le territoire et dont une des missions est d’assurer la communication gouvernementale. Je ne suis pas contre un média privé. Nous assurons un service public. Il est incompréhensible de voir le Premier Ministère prendre part au sommet de l’Union africaine en compagnie de plusieurs médias, mais sans la radio nationale. Je crois bien que le Premier Ministre n’est pas au courant ; c’est la direction de la communication qui doit revoir sa copie.

Si nous sommes mauvais, qu’on nous le dise, on est prêt à changer. Mais si la radio fait bien son travail, je ne vois pas pourquoi on va la délaisser. Il faut aller dans le Burkina profond voir si les gens ont la télé, ou s’ils ont la possibilité d’écouter certaines radios privées émettant de Ouagadougou. Ils n’ont que leur radio pour s’informer. Il faut communiquer sur la télé mais aussi sur la radio. On a comme une frustration au niveau de la radio. Même les communiqués de presse en provenance du Premier ministère, on ne reçoit même pas. Ce n’est pas normal, on ne peut pas construire le Burkina en mettant la radio nationale de côté. Je souhaite que le premier ministère s’inspire de la direction de la communication de la présidence.
Il n’y a pas meilleurs médias au Burkina que les médias de service public. Je demande à tout le monde de croire à la radio nationale. Une structure qui ne communique que par la presse écrite ou par la télévision passe à côté.

Que pensez-vous des jeunes journalistes ?

Je pense qu’ils font bien leur travail. Quand nous étions arrivés dans le journalisme, on n’était pas nombreux. Il faut savoir qu’on ne vient pas dans le journalisme pour devenir riche. On vient dans le journalisme parce qu’on aime. Le problème au Burkina Faso et au niveau des services publics, c’est que la plupart ne viennent pas au journalisme par amour. Ils ont cherché un job et comme ils n’ont pas trouvé, ils ont atterri dans le journalisme. Quelqu’un qui a eu son Bac, qui est allé faire Arts et Communication à l’université, aime le journalisme. Comme conseil aux jeunes journalistes, il faut venir dans le métier par passion. Mais une fois dans le métier, sachez que rien n’est facile, et qu’il faut s’armer de courage et de bonne volonté. Il ne faut pas chercher la courte échelle, il faut aussi respecter les aînés, il ne faut pas avoir honte de demander, il faut prendre le temps d’apprendre.

Mais est- ce qu’on peut dire que le journalisme nourrit son homme ?

Je suis un journaliste payé par la fonction publique, je reçois régulièrement mon salaire. Un salaire n’est jamais suffisant au Burkina Faso. Je pense qu’on aurait pu mieux faire en termes de salaire pour les journalistes. Je le dis sincèrement, ça allait éviter beaucoup de choses. On dit que la justice est un pourvoir, la presse est un pourvoir à diplôme égal entre un magistrat et un journaliste, il y a un grand fossé. Je ne dis pas qu’on doit nous payer comme des magistrats mais le journaliste a une responsabilité. On a demandé un statut particulier qui n’a pas été accordé. Les journalistes vivent dans la misère. Je demande à ce qu’on revoit le salaire des journalistes. Mais pour le moment, je pense que ce que je gagne me suffit, je fais avec. c’est à l’image du Burkina Faso.

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