Sams’K Le Jah, membre du mouvement Balai citoyen : « Les choses sont en train d’aller dans le bon sens, ne faisons rien pour que ça se bloque »

mercredi 12 novembre 2014 à 01h22min

Le Balai citoyen aura été l’un des mouvements les plus actifs dans l’insurrection populaire qu’a connue notre pays depuis le 30 octobre dernier. Il a cependant fait l’objet de critiques acerbes pour sa proximité avec les militaires qui sont actuellement aux commandes du pays. Pour mieux comprendre les contours de ce qui s’est véritablement passé, nous avons eu un entretien avec un des leaders dudit mouvement, l’artiste musicien Sams’K Le Jah, ‘’l’homme du ghetto’’. Lisez !

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Sams’K Le Jah, membre du mouvement Balai citoyen : « Les choses sont en train d’aller dans le bon sens, ne faisons rien pour que ça se bloque »

Lefaso.net : En tant qu’un des mouvements associatifs initiateurs de l’insurrection populaire qui a renversé le pouvoir du président Blaise Compaoré, est-ce qu’on peut dire que l’objectif global du Balai citoyen est atteint ?

Sams’K Le Jah : Non, on ne peut pas appeler cela objectif global. C’est un des objectifs du Balai citoyen, qui était de faire respecter la Constitution par Blaise Compaoré et ses camarades. Un des objectifs du Balai était donc d’amener ces derniers à respecter le peuple. Mais ce qui est important de préciser, c’est que le Balai citoyen n’a pas été créé contre Blaise Compaoré. Il a été créé contre la mal gouvernance, et contre tout ce qu’on a appelé les déchets, les saletés.
Blaise Compaoré est parti, mais il y a un gros travail à faire pour l’assainissement dans la gestion de la chose publique, l’assainissement dans la mentalité des Burkinabè ; parce que notre rêve, c’est d’arriver à créer ce nouveau Burkinabè respectueux des autres, respectueux d’un certain nombre de valeurs.

On sait que les choses sont allées très vite le 30 octobre dernier. Comment est-ce que, avec un peu de recul, vous appréciez aujourd’hui l’allure de ce mouvement insurrectionnel ?

Ce sont ceux qui n’étaient pas préparés, qui pensent que les choses sont allées très vite. Nous, ça fait des années qu’on ne dort pas à cause de cette affaire. Aujourd’hui, ceux qui trouvent que les choses sont allées très vite, sont ceux-là qui étaient distraits. Ceux qui étaient concentrés sur cette lutte, savent que les choses n’ont pas été faciles. C’est vrai, beaucoup de gens nous avaient dit que Blaise Compaoré n’allait pas terminer son mandat. Et ça, on en était convaincu. Mais nous ne savions pas exactement quand cela allait arriver. Et quand on a su qu’il y avait des gens qui voulaient se jouer les têtus à vouloir modifier la Constitution, et voulaient passer par tous les moyens pour y arriver, on s’est dit que l’occasion tant attendue est arrivée, et qu’il ne fallait pas la laisser passer. Il fallait accélérer les campagnes de sensibilisation pour la vulgarisation d’un certain nombre de stratégies de lutte, notamment la stratégie des fourmis-magna. On a tourné à l’intérieur du pays, on a rencontré beaucoup de jeunes. Moi particulièrement, mes concerts étaient mis à profit pour passer le message aux jeunes, pour leur dire que bientôt la lutte allait se radicaliser.

En quoi consiste la stratégie des fourmis-magna ?

La stratégie des fourmis-magna consiste à faire en sorte que tout le monde soit dehors et en même temps.

Incontestablement, le Balai citoyen aura été l’un des mouvements les plus actifs dans le combat contre la modification de l’article 37 de la Constitution. Y a-t-il eu des actes en interne que la direction du Balai a déplorés à certains moments ?
Bien sûr. Nous sommes des jeunes, nous avons un jeune mouvement ouvert à tout le monde. Nous n’avons pas la même façon de gérer nos réactions, nos impulsions ; il y’en a qui voulaient, tout de suite, aller au charbon ; il y’en a qui sont tempérés. C’est tout ça qui fait le Balai citoyen.

Il y a eu des actes qu’on a trouvés non-conformes à l’idéal du Balai citoyen qui est un mouvement de non-violence. A l’occasion de la marche du 28 octobre par exemple, je suis resté dans les gaz pour dire aux gens que nos ennemis, ce ne sont pas les CRS (Compagnie républicaine de sécurité, ndlr). Nous sommes sortis pour une cause, il ne faudrait pas que les CRS soient nos ennemis.

Quelle lecture le Balai citoyen fait-il des tergiversations et hésitations des 30 et 31 octobre quant à la gestion du pouvoir d’Etat ? Blaise Compaoré a exprimé sa volonté à gérer la transition, le général Honoré Traoré en a fait autant pendant que le général Lougué était dans l’hésitation, et le Lt-Col Zida est sorti du lot.

Bon ; je ne suis pas dans le secret des dieux, je dirais même le secret des diables pour vous donner une réponse à cela.
Nous savions une chose : jusqu’à vendredi matin (31 octobre 2014, ndlr), une certaine hiérarchie de l’Armée reconnaissait toujours la légitimité de Blaise Compaoré. Et ayant fait le constat qu’il y a eu des morts la veille dans ce combat, nous avons décidé de faire en sorte que Blaise Compaoré ne puisse plus diriger ce pays. Nous étions prêts à agir dans ce sens, même s’il allait y avoir plus de morts. Pour nous, à cause d’une loi, Blaise Compaoré ne doit pas faire tuer son peuple.
Maintenant, que le général Honoré Traoré sorte et décrète un état de siège, que quelques heures après Blaise Compaoré ne reconnaisse pas cet état de siège ; et que le lendemain le Lieutenant-Colonel Zida dise que l’Armée a compris le message du peuple, quelques heures après on nous envoie la démission de Blaise Compaoré, plus tard on apprend qu’il y a des avions qui se posent à Fada N’Gourma, et que la suite c’est qu’on a appris que la France l’a envoyé en Côte-d’Ivoire, tout cela n’est pas important. L’essentiel pour nous, est fait : c’était que Blaise Compaoré parte. Je dirai maintenant, il est parti.

Les initiateurs de l’insurrection populaire ont aussi manqué de préparation quant à la gestion des acquis de la lutte, pourrait-on dire. N’est-ce pas ?

Vous savez, dans une lutte, chacun a son travail à faire. Je suis allé une ou deux fois à des rencontres, ça m’a fait rigoler. Moi, je suis un homme de terrain, mon travail se fait dans le ghetto pour la mobilisation, la conscientisation. Et pour ce qui est des paperasses et longs discours, ça c’est le travail d’autres personnes.
Malheureusement, on fait aujourd’hui le constat amer. C’est comme vous l’avez dit au début, les choses sont allées très vite ; en tout cas c’est l’impression qui se dégage des événements. Cela montre qu’il y a des gens qui n’étaient pas préparés à ce que Blaise parte maintenant ; même dans l’opposition, parce qu’ils n’avaient jamais fait de déclaration pour appeler Blaise Compaoré à partir. Les déclarations qu’ils faisaient, c’était par rapport au retrait de la loi. Nous, on a même fait sortir des tee-shirts où c’est écrit ‘’Blaise, dégage’’. Et ce, parce que le problème n’était plus la Constitution, mais Blaise Compaoré lui-même.

Chacun doit jouer sa partition. Aujourd’hui pour nous, ce qui est important, que les grands frères de l’opposition puissent s’asseoir autour d’une même table, qu’ils discutent et qu’ils trouvent les voies qui vont nous permettre de sortir de ce trou. Cela est très capital, il ne faudrait pas qu’on ait à regretter d’avoir chassé Blaise.

On a vu le Balai citoyen aux côtés du Lt-Col Yacouba Zida quand il livrait ses premières déclarations. Et de ce qui nous est revenu, c’est que cela n’a pas été bien apprécié par certains. Que s’est-il passé ?

Nous sommes constants au sein du Balai. Nous avons pris une décision à un temps T de notre Histoire, et nous ne regrettons pas cela. Si c’était à refaire, on allait faire la même chose. Nous au Balai, nous ne sommes pas des hypocrites. Tout s’est joué devant l’état-major des forces armées au cours de la nuit du 30 et le lendemain 31 octobre. On est sorti le 30, on a marché, on a pris d’assaut l’Assemblée nationale ; il était même question de marcher sur Kosyam (Présidence du Faso, ndlr). Il y a eu des morts.
Après, on s’est retrouvé à l’état-major des forces armées. Nous avons fait au moins une dizaine de fois au cours de la nuit du 30 au 31 octobre, le tour de l’état-major, en chantant l’hymne national et en appelant l’Armée au pouvoir. Nous sommes donc allés demander à l’Armée de prendre ses responsabilités.
Le 31 octobre dans la matinée, l’Armée a pris la mesure de la pression de la foule. Il y avait des milliers de gens devant l’état-major des forces armées jusqu’à la place de Révolution. C’est le peuple qui a demandé à l’Armée de prendre ses responsabilités. Vous allez demander de l’aide à quelqu’un, il sort et vous aide, et revenir le lendemain dire qu’on ne veut plus de celui qui a accordé l’aide, ça ne fait pas conséquent avec soi-même.
Le Lt-Col Zida, j’avoue que je ne le connaissais pas ; et au sein du Balai, tous ceux qui étaient là, ont dit qu’ils ne le connaissaient pas. C’est un choix de l’Armée. Il était le porte-parole de l’Armée le vendredi matin. Quand l’Armée a pris la responsabilité de se joindre à la lutte du peuple, il fallait porter un message à ces milliers de personnes qui étaient devant l’état-major. Et c‘est Zida accompagné de quelques-uns de ses camarades, qui étaient porteurs du message de l’Armée. Ils savaient que s’ils sortaient seuls devant les gens, personne n’allait les écouter. Il fallait des leaders de mouvements citoyens pour calmer la foule afin qu’ils puissent livrer le message. C’est ce qui explique le fait nous étions avec eux, d’abord devant l’état-major, et ensuite à la place de la Révolution. Là, il n’y avait pas de sono. C’est moi qui ai appelé un ami qui a apporté la sono et l’Armée a passé son message. Les responsables des partis d’opposition étaient là. Et après, on apprend que certains d’eux décrient l’Armée. Ça, je n’ai vraiment pas compris. Pour moi, ils devraient arracher le miro à l’Armée, s’ils n’étaient pas d’accord avec ce qui était dit.
On a entendu des gens de l’opposition qui nous ont traités de tous les noms. Il y’en a aussi dans la société civile qui avaient commencé à dire que le Balai citoyen a vendu la lutte. Nous avons opté de ne pas répondre à ces gens d’abord. C’est le temps qui va répondre à ces gens. Nous ne sommes pas des lâches. Si on est allé demander à l’Armée de nous aider à faire partir Blaise Compaoré, et que juste après le départ de ce dernier, des gens commencent à raconter n’importe quoi, je trouve que c’est très dommage. En même temps, je salue cela, parce que ça m’a au moins permis de connaître certaines personnes davantage.

Nous, au Balai citoyen, on ne tergiverse pas ; on a pris une décision, on assume cette décision et on est fier d’avoir pris cette décision. Nous sommes dans une logique ; nous avons des principes que nous suivons, nous ne sommes pas des hypocrites, nous ne sommes pas des ingrats. Les militaires ont fait ce qu’ils pouvaient faire, et Blaise Compaoré est parti. On ne peut pas, sans avoir discuté avec l’Armée, appeler les gens à sortir pour dire à l’Armée de se retirer. Raison pour laquelle on s’est désolidarisé du meeting qui a été organisé le 1er novembre à la place de la Révolution. Un meeting qui s’est terminé à la télévision nationale.
Notre discours au Balai, c’est de dire que plus jamais l’Armée au pouvoir après Blaise ; mais là, c’est circonstanciel. Compte tenu du fait que ce soit circonstanciel, je pense que chacun devait mettre de l’eau dans son vin pour qu’ensemble, on puisse d’abord s’asseoir discuter. Moi, je ne comprends pas pourquoi les gens ; alors qu’ils n’ont même pas discuté avec Zida, ils commencent à tirer à boulet rouge sur lui. On devait commencer par discuter. Si à la fin des discussions, on se rend compte que les militaires qu’on a appelés ne veulent pas nous écouter, en ce moment on peut commencer à fronder. Mais on ne s’est même pas assis avec eux pour discuter, et on appelle les gens à descendre dans la rue pour exiger leur départ. Et cela a occasionné deux morts qu’on aurait pu éviter.

Moi je pense, quand on est politique ou quand on lutte, on fait des erreurs, c’est vrai ; mais, il faut aussi savoir mesurer certaines choses. Même Blaise quand il a commencé à s’entêter, il y a eu plusieurs appels pour attirer son attention sur le risque lié à cela. Nous avons fait des chansons pour attirer son attention, pour lui dire de faire attention parce qu’on part vers quelque chose que personne ne pourra maîtriser ; mais nous n’avons pas été écoutés, et ce qui devait arriver est arrivé. Ça aurait pu être pire ; mais heureusement dans l’Armée, il y a quand même des humains. Aujourd’hui, ce qui nous incombe, c’est que la transition se passe bien, que le Lt-Col Zida soit un homme de parole, un homme d’honneur ; le reste, on va gérer après.

Aujourd’hui que l’Armée a accédé à la demande de transition civile, comment est-ce que cela est apprécié au sein du Balai citoyen ?

C’est tout ce qu’on souhaite. De toutes les façons, il est clair que la Révolution n’a pas été faite par l’Armée. C’est le peuple qui a pris le pouvoir, et l’Armée a aidé le peuple à abréger sa souffrance, à abréger le temps que cela allait prendre. En tout cas, le peuple était décidé à faire partir Blaise Compaoré. Et l’Armée dans sa prise de position, a aidé à réduire le nombre de morts. Il aurait pu avoir des centaines de morts, si l’Armée était restée toujours du côté de Blaise. Il faut saluer cet esprit de l’Armée qui a choisi d’être avec le peuple.
Les militaires qui gèrent ces quelques jours de transition savent très bien que le même peuple est là. Le même peuple va redescendre dans la rue, si jamais il y a une tentative de confiscation du pouvoir. Ils ont intérêt à mériter davantage la confiance du peuple.
Ce qui est important pour nous, c’est de dire à la jeunesse de rester éveillée, de rester mobilisée. Il faut avoir confiance, même s’il est vrai qu’il y a des gens qui ne respectent pas leurs paroles. Il faut aussi savoir qu’il y a des gens qui respectent leurs paroles. Moi, je ne suis pas dans une logique de condamner quelqu’un avant qu’il ait posé un acte condamnable. Soyons patients, encourageons-les, il faut que le peuple leur donne un peu plus de confiance ; et ils doivent savoir que si le peuple leur fait confiance, ils ont intérêt à davantage mériter cette confiance.
Au nom de la mémoire de nos camarades qui sont morts le 30 octobre et le 1er novembre, il n’est pas question que la Révolution de la jeunesse de ce pays soit prise en otage par qui que ce soit. Et ça, tout le monde en est conscient. On espère que les uns et les autres vont entendre raison, vont comprendre la gravité de la situation pour ne pas chercher à jouer au boulanger.

Depuis quelques jours, on a vu la communauté internationale se mobiliser pour aider à sortir de la période transitoire. Comment est-ce que vous appréciez cette mobilisation ?

On les remercie. Mais de toutes les façons, ils n’étaient pas obligés. Quand on avait besoin d’eux, ils se jouaient la sourde oreille. Nous avons entrepris un certain nombre de démarche, nous avons rencontré des représentations diplomatiques ici. Mais il y en a qui nous ont dit qu’ils ont le devoir de réserve, qu’ils ne peuvent pas se mêler des affaires intérieures du pays, patati, patata. Et c’est maintenant qu’ils élèvent la voix pour imposer une transition de deux semaines, pour faire ci, pour faire ça. Encore une fois, moi ma définition de la diplomatie, est que, c’est le stade suprême de l’hypocrisie. Le peuple était dans la souffrance pendant que Blaise Compaoré préparait tout un système pour foutre le bordel dans ce pays, la communauté internationale savait cela. Il y a eu des mouvements de protestations, des meetings, des marches, des gens ont été blessés, des gens ont été emprisonnés, la communauté internationale savait tout ça, elle n’a rien dit. Ce n’est donc pas la peine de venir aujourd’hui s’exciter pour faire croire aux gens que vous suivez de très près ce qui se passe ici. Il faut arrêter ça.
On ne demande pas de suivre, on veut des gens qui agissent. C’est dommage que les gens attendent qu’il y ait cent morts, deux cent morts avant de s’intéresser à votre sort. Dieu merci au Burkina, la jeunesse a atteint un niveau élevé de conscience qui a fait qu’on a pu éviter certaines choses. Sinon, la même communauté internationale allait attendre qu’il y ait 200 morts, 300 morts, avant de commencer à parler ; parce que, tant qu’il s’agit d’Africains, de surcroit des Africains d’un pays pauvre comme le Burkina, la communauté internationale traine le pied. On a vu au Rwanda, en Côte-d’Ivoire.
Moi je pense qu’il y a un travail à faire au niveau de la jeunesse ; il faut que la jeunesse commence à se méfier de ce qu’on appelle communauté internationale. Elle est animée par des gens qui boivent le champagne ensemble, ils ne peuvent donc pas se lâcher.

Quel rôle le Balai citoyen souhaite-il jouer dans le processus de transition ?

Le Balai citoyen a un seul objectif, c’est d’être une sentinelle, c’est d’arriver à constituer une force de pression pour que, quiconque viendrait à vouloir prendre en otage les aspirations de la jeunesse, qu’il nous trouve sur son chemin.
Nous ne sommes pas un mouvement à la conquête du pouvoir. J’ai entendu des gens dire que Sams’K Le jah ou Smockey cherche des postes comme ministre de la culture, j’ai bien rigolé. J’ai même entendu dire qu’on a remis des millions au Balai et que cela a été partagé, que moi je n’ai pas eu et que j’ai quitté le Balai. (rire) ; c’est ça le Burkina Faso. Ça fait rigoler. Mais comme on est tellement habitué à cela, on a compris qu’il y a trop de minables types dans ce pays.
On fait l’effort de rester au-dessus de tout cela. Si la lutte pouvait rapporter beaucoup d’argent, moi je pense que tout le monde allait être dans la lutte. Nous y mettons notre temps, nos idées, notre argent. Ça fait des semaines qu’on ne dort pas. Les menaces de mort qu’on reçoit, ce n’est pas de l’argent. Il faut que les gens apprennent à respecter les autres.

Quel est le message du Balai citoyen à l’endroit des autres OSC, des partis politiques, et de l’Armée, pour une sortie honorable de crise ?

Bon ; ce que je voudrais dire, c’est que la victoire de l’insurrection populaire n’est pas une victoire du Balai citoyen. C’est la victoire de tout le peuple du Burkina. C’est vrai que nous avons été en vue ; mais c’est parce qu’au Balai, il y a des gens qui étaient célèbres avant la création du Balai. Sinon, on a plein de camarades d’autres mouvements qui ont joué des rôles super importants. Le Balai ne revendique donc pas cette victoire. Chacun a joué un rôle, et nous respectons le rôle que chacun a joué. Les organisations de la société civile, les partis politiques de l’opposition, et même des gars dans l’ancienne majorité ont aussi joué leur rôle. J’ai des anciens élèves qui sont dans l’armée, qui sont dans la gendarmerie, qui sont dans la police ; ils ont joué leur rôle.
C’est dommage que parfois, il y ait des incompréhensions, que des gens pensent que d’autres s’approprient la lutte. Aujourd’hui, tous les journalistes s’intéressent à Smockey ou à Sams’K Le jah, parce que c’est assez particulier que des artistes soient au-devant de la lutte dans ce pays. Du coup, on est beaucoup médiatisé. Mais le mérite de revient pas seulement à Smockey ou à Sams’K Le jah. On n’est pas les seuls dans le Balai ; le Balai n’est pas la seule organisation de la société civile. Nous ne voulons pas que quelqu’un se sente frustré ; nous sommes dans un esprit de rassemblement, nous sommes dans un esprit de la chose commune. Et je déplore le fait que des gens dans la société civile nous aient traités de traitres parce que pour eux, nous avons vendu la lutte. Même certains grands frères au niveau de l’opposition nous ont, à la limite, insultés sur des ondes ; c’est dommage. Mais, nous ne répondons pas à cela ; nous voulons juste que le temps les juge.
Si la décision qui a été prise de rencontrer la hiérarchie militaire pour que la situation se dénoue, était à reprendre parce qu’on s’est retrouvé dans une situation pareille à celle du 31 octobre, on la reprendrait ; et on l’assume. Donc, mon message ici, c’est que les uns et les autres comprennent que nous sommes dans une dynamique où il faut s’asseoir autour d’une table et discuter avant de commencer à se fronder.
Nous ne sommes pas dans cette lutte parce que nous voulons être maires, ou ministres. Ceux qui veulent la conquête du pouvoir, on les connaît, ce sont les gars de l’opposition. Il y aussi d’autres personnes qui sont intéressées par des postes ; chacun y va avec ses ambitions.

Moi personnellement, ce que je sais faire, c’est animer, c’est chanter. J’ai été une des victimes du système de Blaise Compaoré. Depuis 2007, j’ai reçu des menaces de mort. Pour ceux qui suivent mon combat, ils me connaissent. Il y en a même qui ont trouvé qu’avec toutes ces menaces, si je suis encore là, c’est que je suis financé par le même système de Blaise. Mais moi, je me suis juré une chose sur la tombe de Thomas Sankara ; s’il a accepté de mourir pour ce pays, nous devons aussi accepter de mourir dans ce pays. Et ça, je l’ai toujours répété. S’il fallait que je reste sur le champ du combat, ce serait avec bonheur. Nous, on a des crédos ; et il y a des choses auxquelles on croit. On mène la lutte pas avec des calculs, mais par conviction. Et ça, on souhaite le partager avec d’autres jeunes. Il ne faut pas avoir peur de lutter.

Société civile, partis de l’opposition, même l’ex-majorité ceux qui y sont, ne sont pas nos ennemis. Il y a eu des moments où ils ont été têtus, et l’Histoire a montré qu’ils n’avaient pas raison d’agir comme ils l’ont fait. Ce n’est pas pour autant qu’ils deviennent des ennemis. Il y en a qui diront qu’ils doivent répondre d’un certain nombre de choses ; ça c’est normal, il faut que les gens fassent leur mea-culpa, que les gens se confessent, que les gens aient l’honnêteté intellectuelle, spirituelle, de demander pardon ; il n’y a rien de plus grand que de demander pardon. Il n’y a rien au-delà de l’amour qu’on peut avoir pour son prochain. Et moi je pense que c’est dans cette dynamique qu’il faut qu’on se mette. Tout le monde fait des erreurs.
Aujourd’hui, Dieu merci, les choses sont en train d’aller dans le bon sens, ne faisons rien pour que ça se bloque. Que chacun apporte son esprit positif pour qu’on puisse construire ce pays. C’est un pays qu’on aime. Quand on voyage, c’est difficile de faire deux semaines, plus d’un mois dehors. On a la chance d’avoir un très beau pays. Je sais de quoi je parle. Donc, travaillons à préserver ce que nous avons, sans haine, sans esprit de chasse aux sorcières. Nous sommes de la même famille, nous sommes tous liés. Qu’il y ait un pardon général, pour qu’on reparte de plus bel. C’est le message que j’ai pour les uns et les autres, et particulièrement pour la jeunesse. Il faut toujours élever le niveau de la conscience, il faut rester mobilisé, parce qu’il faut refuser que quelqu’un vienne prendre en otage l’avenir de cette jeunesse. Plus personne ne doit venir rêver de faire plus de 10 ans au pouvoir dans ce pays. Des gens sont morts pour ça. Rien que pour la mémoire des gens qui sont morts, personne ne doit vouloir rester au pouvoir sur plus de 10 ans. L’article 37, il faut qu’il reste en l’état ; mieux, qu’il soit verrouillé et bloqué définitivement.

Entretien réalisé par Fulbert Paré
Lefaso.net

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