Poème de Sayouba Traoré : Dialogue apparent

samedi 4 octobre 2014 à 16h20min

La loi, c’est la loi. Evangile, Coran, Rogm miki, ou bien code pénal, même si elle impose des contraintes à chacun de nous, le citoyen doit respecter la loi. Et chacun à son niveau. La loi dit qu’il faut respecter la propriété privée, donc le domicile de votre voisin, ses biens et les gens qui y vivent. La loi dit de respecter les règles du code de la route, que l’on circule en mobylette, 4X4 ou dans un 30 tonnes.

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Aucun cultivateur ne songerait à aller récolter dans le champ travaillé par son voisin. La loi suprême, c’est-à-dire la constitution, dit que le bail d’un locataire de Kosyam est limité à deux mandats. Le magistrat suprême convoque un dialogue pour savoir quand, où, et à quel taux il doit respecter la loi, matérialisée par l’article 37. Or, dans tous ces cas, il ne saurait être question d’instaurer un quelconque dialogue pour voir si on va respecter la loi. Faut-il que le citoyen accepte de dialoguer avec le cambrioleur pour voir à quelles conditions le malfaiteur peut emporter son bien ? La plume du poète énonce ces évidences avec grâce et avec force.

Parfois, au petit matin l’esprit insoumis
Dans un sursaut, part à l’abordage des sacrilèges savants
Et c’est fait sans sursis
L’internet jamais vraiment net le permet
Parce que le sein de l’indivision n’est pas toujours saint
Et le picorage n’est pas sans assurance mesurée

Il se dit que...
Mais on ne sait qui dit et qui est l’indic
On prétend que...
Mais on ne saura pas vers quoi tendre
On dit que...
Mais les sens ne peuvent percevoir l’induction
On croit savoir que...
Mais le savoir n’est pas l’avoir du lavoir des devoirs
La rumeur promène ceci et cela...
Trois points de suspension qui ramènent ceci et au-delà
Insidieux commérages qui propagent les ravages

Un homme invite au dialogue
Initiative louable, si ce n’est que...
Si ce n’est que le dialogue peut être cynique
Esprit acide tricotant l’anneau inversé
S’appliquant à broder le piège pour la multitude
Préparant adroitement le dialogue sans épilogue

Dialoguons, mon frère, mon colocataire,
Voyons comment je puis très légalement violer ta femme
Dis-moi l’instant où je peux cambrioler les équilibres
Montres-moi le chemin pour brutaliser la parentèle
Négocions les modalités pratiques du crime
Tu ne peux me refuser cela
Puisque je dialogue amicalement

Toi Imam à la barbe incandescente
Dialoguons avec ferveur
Négocions avec hardiesse
Et disons ensemble la noblesse du haram
Tu ne peux rejeter ma requête
Puisque nous avons décidé de ranger les sabres

Toi Évêque précautionneux se frottant les mains
Causons doucement, lentement, sagement
Car Satan, c’est le voisin de palier, juste la porte à côté
Chantonnons les tédéums festonnés d’hypocrisie
Et proclamons l’attrait du fruit défendu
Disons les voluptés de la tentation,
Les douceurs de la damnation
Osons le pas, et complétons le décalogue
Un onzième commandement bienvenu en ces temps troublés
« Toujours tu trouveras à t’arranger avec ta propre conscience »
Tu ne peux me denier cette grâce
Puisque nous dialoguerons avec probité, je le promets

Quant à toi Chef à la coiffe écarlate
Le regard profond, le poil lustré par les ans
Croquons ensemble la cola et murmurons
Donnons les libations et convoquons les silences hurleurs
Et dites-moi comment mentir sans démériter
Montrez moi la savante méthode
Pour souiller le bois sacré en toute innocence
Sous l’orage, dites-moi comment passer entre les gouttes
Un père ne peut refuser son emprise sur un fils respectueux

Au carrefour, je le jure sans fausse honte
Je dialoguerai avec le policier en faction
Je lui expliquerai mon intention prochaine
La bravade gratuite de brûler le feu rouge
Sûr, je saurai annexer sa bénédiction
Il me doit bien cette attention
A moi Citoyen prenant le temps du dialogue

Que ne voit les vertus insoupçonnées du dialogue
Dialogue fraternel entre le contrebandier et le douanier
Une causerie doucereuse truffée de malignité
Dialogue civilisé entre mafieux et leurs victimes futures

Qui ne comprend ce dialogue avec moi-même
Cette conférence ouverte entre moi et moi-même
Sachant répudier le tort et le remords
Le jeu du Je du peu et du feu follet
Ainsi la voix vaincra parce que sans choix.

Sayouba Traoré
Écrivain, Journaliste

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