Journées parlementaires CDP : Boureima Badini et Augustin Loada auscultent la démocratie au Burkina Faso

jeudi 25 septembre 2014 à 01h59min

L’un des temps forts des 2èmes journées parlementaires du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), tenues les 18 et 19 septembre 2014 à Kombissiri, chef-lieu de la province du Bazèga a sans doute été la série de communications sur : « La légitimité et la légalité dans un Etat de droit » et « Constitutions et évolutions sociétales » respectivement scrutées par Boureima Badini, président de la Commission des affaires générales institutionnelles et des droits humains (CAGIDH) de l’Assemblée nationale et Pr. Augustin Loada. Dans un contexte politique national marqué par une traite de recours aux arguments, l’intérêt des députés du parti au pouvoir pour ces communications était grand et bien perceptible …

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Journées parlementaires CDP : Boureima Badini et Augustin Loada  auscultent la démocratie au Burkina Faso

C’est à l’ancien ministre de la justice, précédemment représentant spécial du facilitateur dans la crise ivoirienne, Boureima Badini, qu’est revenu le rôle d’ouvrir le bal des communications dans la matinée du 18 septembre. Sous les regards pleins d’intérêt de son assistance, le député Boureima Badini s’est penché sur le thème : « La légitimité et la légalité dans un Etat de droit » en faisant un bref rappel historique sur les différents types de pouvoir, évoquant des sources et des champs d’application de la légitimité et de la légalité avant de procéder à l’analyse de la situation et du contexte actuel du Burkina. Ainsi, notera-t-on que la « légitimité » du pouvoir dans un Etat de droit démocratique est tributaire de l’adhésion des populations à ce pouvoir (taux d’inscription sur les listes électorales, taux de participation et d’abstention de l’élection ayant abouti à l’installation du pouvoir), à sa gouvernance, à ses politiques et projets de développement. « Un pouvoir est aussi dit légitime lorsqu’il respecte les échéances régulières de son renouvellement », a affirmé Boureima Badini, ajoutant que d’autres considérations comme la régularité, la transparence, la sincérité et le caractère libre, équitable et ouvert des élections sont de plus en plus pris en compte dans l’appréciation de la légitimité des pouvoirs. Des explications du communicateur, on note que la nature de la relation des gouvernés aux gouvernants permet de déterminer le type de pouvoir et la source de sa légitimité. A l’en croire, pendant longtemps, la seule justification du pouvoir (sa légitimité) a été la force physique, permettant à un individu de s’imposer aux autres. Par la suite, dit-il, d’autres critères permettant de légitimer le pouvoir ont été établis. Il s’agit de la richesse (la ploutocratie), l’âge (la gérontocratie), l’initiation religieuse ou l’émanation divine, etc.
Explorant la légalité et la légitimité du pouvoir de la IVè République dans le contexte actuel, Boureima Badini a affirmé qu’il est évident que le pouvoir actuel au Burkina n’est guère en panne, ni de légalité encore moins de légitimité. Il en veut pour preuve, la dernière élection présidentielle qui a porté le Président Blaise Compaoré à la tête du pays avec un taux de plus de 80 % des suffrages. Toujours dans la même lancée, le président de la Commission des affaires générales institutionnelles et des droits humains (CAGIDH) de l’Assemblée nationale a énuméré ce qu’il a qualifié d’ « immenses et solides » acquis sous la IVème République. Il s’agit de la stabilité et de la paix, du développement économique, social et culturel, de la protection des droits et des libertés individuelles et collectives, du renforcement de la démocratie et des institutions républicaines ainsi que du rayonnement international, de résolution de conflits et de maintien de la paix. C’est pourquoi a-t-il conclut que la légitimité et la légalité du pouvoir ont été conférées et consolidées par, entre autres, la tenue régulière des élections ; la création, l’installation et le fonctionnement réguliers d’institutions républicaines ; la création et la promotion des droits et des libertés individuelles et collectives ; le dialogue, la concertation et le compromis politique qui, selon lui, ont souvent prévalu pour éviter une violence et la fracture sociale.
« Constitutions et évolutions sociétales »

Place a été faite, dans l’après-midi, à Augustin Loada, professeur titulaire de droit public et de science politique, directeur de l’école doctorale à l’Université Ouaga II, pour traiter du thème : « Constitutions et évolutions sociétales ». Après avoir précisé que la constitution est définissable au sens matériel et au sens formel, Pr. Loada a précisé que l’‘’ expression ’’, « évolutions sociétales », s’entend comme tout changement qui se rapporte aux divers aspects de la vie sociale des individus, en ce qu’ils constituent une société organisée. Pour Augustin Loada, la constitution est un reflet des rapports de forces sociopolitiques. A l’en croire, c’est une expérience universelle que les constitutions sont celles des « hommes forts » du moment. Cependant, souligne-t-il, lorsque la vie politique et l’exercice du pouvoir constituant sont rythmés principalement par des rapports de forces, c’est la porte ouverte à la déliquescence du constitutionnalisme. Mais, la constitution n’est pas « seulement » la résultante d’un rapport de force ; elle est aussi le reflet d’une vision consensuelle de la société autour de valeurs cardinales d’aujourd’hui et de demain. Pour Pr. Loada, les sociétés ne sont pas toujours marquées par le conflit, la compétition, les antagonismes. Elles peuvent aussi se caractériser par des rapports de coopération qui mettent en avant d’autres valeurs (partage, empathie, dignité de l’être humain, solidarité, égalité, liberté, fraternité etc.). « De ce point de vue, poursuit-il, les constitutions peuvent devenir des instruments permettant de concrétiser une vision de la société, permettant de hâter les évolutions souhaitables dans une société. Inversement, certaines évolutions sociétales peuvent rendre souhaitables l’évolution même des Constitutions ». Pour Augustin Loada, par ailleurs directeur exécutif du centre pour la gouvernance démocratique (CGD), la constitution peut, et doit, hâter les évolutions sociétales souhaitables parce qu’il existe dans les sociétés africaines, des valeurs rétrogrades dont il convient de favoriser le déguerpissement progressif (inégalités sociales, ethos égalitariste, l’encastrement du politique dans le religieux, la sacralisation persistante de l’autorité, le patrimonialisme, etc.). Ce qui entrave l’émergence d’une démocratie pluraliste. Aussi, certaines évolutions sociétales peuvent rendre nécessaire une évolution des constitutions, « surtout » que l’Afrique est passée sans transition de systèmes et de modes d’organisation sociopolitique qui lui étaient propres aux modèles importés par les Européens.

A l’en croire, quels que soient leurs modes d’établissement, les constitutions doivent aménager un système décisionnel permettant de traiter les problèmes les plus saillants de la société et de l’Etat, consacrer les valeurs universelles et propres à une société donnée, permettre de prendre efficacement les décisions conformes à l’intérêt général, et de les mettre en œuvre, dans le respect des droits et libertés des citoyens, en particulier des minorités. « Les constitutions doivent être assez souples pour permettre une révision pour les adapter aux besoins, aux évolutions sociétales. Cependant, elles ne doivent pas être trop souffles afin d’éviter une désacralisation préjudiciable au constitutionnalisme. Elles doivent permettre enfin de contraindre les élus à respecter les règles, de les changer s’ils n’ont plus la confiance du peuple, et de les sanctionner en cas d’abus de pouvoir », a conclu le président de l’Institut général Tiémoko Marc Garango pour la Gouvernance et le Développement (IGD).

Oumar L. OUEDRAOGO
Lefaso.net

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Vos commentaires

  • Le 24 septembre 2014 à 20:21, par Amadoum
    En réponse à : Journées parlementaires CDP : Boureima Badini et Augustin Loada auscultent la démocratie au Burkina Faso

    Devons-nous retourner a ce stade pour expliquer aux uns et aux autres ce que sont la legitimite et la legalite dans une democratie ?
    En termes clairs et simples, voire simplistes, ells veulent dire que nul n’est cense rester au pouvoir trop longtemps et personne, ou aucun groupe, ne doit changer les regles du jeu en plein jeu.

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  • Le 24 septembre 2014 à 20:51, par KONAN
    En réponse à : Journées parlementaires CDP : Boureima Badini et Augustin Loada auscultent la démocratie au Burkina Faso

    vive le referendum gage de démocratie au Faso

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  • Le 24 septembre 2014 à 22:06, par Tapsoba®(de H)
    En réponse à : Journées parlementaires CDP : Boureima Badini et Augustin Loada auscultent la démocratie au Burkina Faso

    "Ainsi ,notera-t-on que la « légitimité »du pouvoir dans un Etat de droit démocratique est tributaire de l adhésion des populations à ce pouvoir [qu en est-il au burkina ? voyons !]( taux d inscriptions sur les listes électorales[présidentielle 2010 :3,239 millions sur un potentiel de 7 à 8 millions d électeurs],taux de participation [1,778 millions de votants sur 3,239 millions d inscrits soient 54,9% ] et d abstention de l élection [1,461millions soient 45,1%] ayant abouti à l installation de ce pouvoir)...Blaise Compaoré à la tête du pays avec un taux de 80% des suffrages[80% des 1,778 millions des votants ,41,89% des 3,239 millions d inscrits(si tous avaient voté et à supposer qu ils n ont pas voté parce qu ils ne faisaient plus confiance aux gouvernants ,donc une grande probabilité qu ils voteraient contre ces derniers mais craignant que leurs voix soient détournées au profit de celui contre qui ils ont voté ,abstention meilleur choix et enfin 19,38% des 7millions de potentiels électeurs mais même crainte que les abstentionnistes sauf qu eux n ont même pas pris la peine de s inscrire car,diraient-ils ,à quoi bon s inscrire si l on ne vote pas ? Où est la légitimité ?

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  • Le 24 septembre 2014 à 22:43, par relwind
    En réponse à : Journées parlementaires CDP : Boureima Badini et Augustin Loada auscultent la démocratie au Burkina Faso

    j’espère que ces députés ont compris ce que le Pr LOADA a dit : contraindre les élus à respecter les règles, éviter une désacralisation préjudiciable= blaise part en 2015 et l’art 37 n’est pas à changer et rechanger constamment. Raison pour laquelle la RTB a ma connaissance n’a pas fait écho de cette communication.

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  • Le 24 septembre 2014 à 23:00, par jeune conscient
    En réponse à : Journées parlementaires CDP : Boureima Badini et Augustin Loada auscultent la démocratie au Burkina Faso

    LE dialogue est très important en ses moments ci !nous pouvons oser dire que le torchon brûle vivement dans les camps politique !il est de l’intérêt des politiciens de nous faire le bilan et aussi de nous instruire sur les question politiques en vogue dans le pays !a l’issu de cela nous pouvons retenir que le peuple est souverain le meilleur des juges !car c’est le peuple qui est le centre d’intérêt,c’est pour dire que si les politiciens ne sont pas unanime sur une entité d’ordre national,il est du devoir du peule d’y remédier:en un mot il nous faut le referendum !!!

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  • Le 25 septembre 2014 à 12:29, par Ernesto DJEDJE
    En réponse à : Journées parlementaires CDP : Boureima Badini et Augustin Loada auscultent la démocratie au Burkina Faso

    Kabako des gens qui font du faux pour se faire élire qui viennent donner des leçons de démocratie vraiment hein on aura tout vu ici au faso continuez à vous enfoncez peut être qu’à cette allure vous trouverez du pétrole

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  • Le 25 septembre 2014 à 19:41, par KANKOUN
    En réponse à : Journées parlementaires CDP : Boureima Badini et Augustin Loada auscultent la démocratie au Burkina Faso

    Notre Constitution est comment dans tout ça ? Souple ou trop souple, pour permettre ce tripatouillage à n’en pas finir. L’article 37 est claire, deux mandats au maxi, un point c’est tout. Même si le principal concerné était arrivé au pouvoir tout juste en 2005 il était obligé de rendre le pouvoir en novembre 2015. Est ce que ça c’est compliqué à comprendre par le citoyen, surtout quand vous savez ce que je sais dans le cas échéant. La quotte de popularité (80% aux élections) en 2010 n’est pas le même qu’en 2014. Et vous le savez bien, car tout juste en 2011 qu’est ce qui a provoqué la crise. Vous avez creusez votre propre tombe, et ne pouvez que vous en prendre à vous même. Le peuple n’est pas dupe, n’insultez donc pas son intelligence. Une fois ça peut passer, mais toutes les fois Non !

    KOUNKAN

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  • Le 26 septembre 2014 à 11:21, par Le maitre
    En réponse à : Journées parlementaires CDP : Boureima Badini et Augustin Loada auscultent la démocratie au Burkina Faso

    Dites moi mr Badini.Pour une population d electreurs egale à 100 possedant leurs cartes d electeur.Le jour du scrutin ils boycotent.Et donc ont se retrouve avec 25 personnes qui s expriment.Dans les 25 personnes 23 personnes votent pour l unique candidat.Alors on dira que le president est elu à 92% du suffrage.Est il un president LEGITIME ??pourtant on a vu ça ici..

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  • Le 26 septembre 2014 à 11:21, par domi
    En réponse à : Journées parlementaires CDP : Boureima Badini et Augustin Loada auscultent la démocratie au Burkina Faso

    j ai longtemps pense que les juristes sont la cause de notre probable malheur.la loi et l esprit de la loi ,trop souple ou peu souple laisser l appréciation de ces termes dans un contexte de malhonnêtes c est confier la sécurité d une banque aux frère DALTON. dans ce pays les politiques ne sont pas sages ils sont comme des enfants pour les interdire quoique se soit il faut les leur dire clairement. ne vous fier pas a leur niveau voyer leur tète de par leurs actes passer. Donc pour leur dire ou apprendre quoique se soit hésite pas a utilise les méthode du primaire 1+1.c est ainsi sure qu’il n’y aura plus d interprétation donc plus de confusion

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