Domba Jean Marc Palm, vice-président chargé des Relations avec les partis politiques du MPP : "Certains militants pensent que nous sommes déjà au pouvoir"

jeudi 10 avril 2014 à 02h01min

Il serait l’éminence grise du MPP. Domba Jean Marc Palm, maître de Recherche en histoire, a été ministre des Affaires étrangères sous la Rectification et a contribué à la visite du Pape Jean Paul II au Burkina en 1990. Avec cet homme pétri d’expériences, qui n’hésite pas à dire ses « quatre vérités », nous avons abordé la crise du CDP, la naissance du MPP et la tenue de leur congrès. Pour Jean Marc Palm, le plus dur reste à venir, parce que l’adversaire en face est coriace.

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Domba Jean Marc Palm, vice-président chargé des Relations avec les partis politiques du MPP :

Notre Temps : Qui est Jean Marc Palm ? Parlez-nous de votre enfance à Bobo-Dioulasso, de votre parcours estudiantin et politique, bref de votre vie.

Domba Jean Marc Palm : Effectivement, j’ai fait mon enfance à Bobo-Dioulasso, mais en fait, je suis né dans la province de la Bougouriba. J’ai aussi fait une partie de mon enfance à Dédougou où mon père était affecté jusqu’en 1954. C’est là-bas que mon petit frère Jean Pierre Palm (NDLR, l’ancien ministre des Sports et colonel-major de gendarmerie) est né. J’ai commencé la maternelle à 4 ans à Bobo jusqu’en terminale. Après mes études d’histoire à l’université, j’ai été affecté de nouveau à Bobo-Dioulasso. C’est en 1987 que j’ai été affecté à Ouagadougou. Comme je le dis souvent, je ne venais pas pour être ministre mais pour le CNRST. Avec les problèmes du 15 octobre 1987, j’ai été nommé ministre des Relations extérieures jusqu’en 1989. Du ministère, on m’a affecté au CEG de Kaya en 1990. On avait des divergences pour la création de l’ODP/MT. Le Groupe communiste burkinabè (GCB) estimait que les conditions n’étaient pas remplies. Nous avons dit que nous ne pouvions pas aller à ce regroupement de cette manière, parce que sa durée de vie ne pouvait pas dépasser 6 ans. Ces divergences avec le président Blaise Compaoré nous a valu d’être tous débarqués du gouvernement. Mais nous savions ce que nous faisions.

Avec qui étiez-vous au GCB ?

Il y avait Issa Dominique Konaté, Placide Somé et Idrissa Zampaligré entre autres.

Que vous reste-t-il comme souvenirs de votre passage au ministère des Affaires étrangères ?

Vous savez, je ne vis pas dans le passé. C’est une mission qu’on m’a confiée à un moment donné et je pense, sans fausse modestie, que je l’ai remplie avec succès. Au bout de 6e mois, il y avait une éclaircie sur le plan international. Au lendemain du 15 octobre 1987, les relations diplomatiques n’étaient pas des plus aisées, surtout avec les pays de "la ligne de front" (Angola, Mozambique et autres). Les choses se sont normalisées par la suite.

Sauf erreur ou omission, vous avez œuvré pour que le Pape Jean Paul II visite le Burkina. Racontez-nous ça !

En 1989, je suis parti à Rome. J’estimais que le climat était extrêmement délétère au Burkina. Et pour moi, la visite d’une personnalité comme le Pape Jean-Paul II pouvait permettre de baisser la tension, comme on dit souvent. Et lorsque j’étais en visite officielle en Italie, j’ai demandé à le rencontrer. Il m’a accordé 30 minutes de discussion et à la fin j’ai suggéré qu’il puisse venir au Burkina. Il est venu en 1990 pendant que je n’étais plus ministre.

Cela ne vous a-t-il pas tourmenté ?

Pas du tout. Je connais bien le système. Si c’était un système normal, on m’aurait averti et on aurait pu me faire venir de Kaya.

Quelle impression cet homme de Dieu vous a laissée ?

Le Pape Jean Paul II m’a beaucoup impressionné. C’est un homme d’une très grande culture et on a abordé beaucoup de sujets pendant notre entretien. Je vous raconte une anecdote. A la fin de notre discussion, il m’a dit : "mon fils, tu es intelligent, tu es brillant mais comme homme politique, je vois que tu vas faire long feu (c’est-à-dire ne pas réussir) faire long feu. Tu as une forte personnalité, tu t’affiches et tu donnes ton point de vue sans recul. Beaucoup d’hommes politiques n’aiment pas cela, ni en Afrique, ni en Europe".

Pensez-vous qu’il avait raison ?

Absolument. Les présidents n’aiment pas toujours qu’on leur dise de manière crue la vérité. Moi je suis ainsi fait et on ne change pas à un certain âge. Quand j’estime que certaines choses doivent être dites, je le dis sans détour. Et ça peut ne pas plaire.

Vous apparaissez comme étant l’idéologue du MPP .Quelle est la spécificité de cette nouvelle formation politique par rapport aux autres, surtout par rapport au CDP ?

Ce sont des rumeurs que les gens font circuler (rires). La différence avec les autres, c’est d’abord la marche du parti. Vous savez, le CDP n’était pas ainsi au départ. Petit à petit, on a glissé vers une forme de gestion qui excluait la participation des militants, surtout à partir du 5e congrès. Avec l’entrée de la FEDAP/BC, le parti avait pratiquement perdu son âme. On nous a mis comme conseillers politiques. On a demandé à connaître le statut, les prérogatives et les missions. Ils n’ont jamais pu nous les définir. C’est dans la presse qu’on lisait les décisions qui étaient prises. Lorsqu’ils ont commencé la mise en place des structures, ils avaient promis de nous envoyer le projet de directive pour qu’on discute. On n’a jamais rien vu. Et finalement, la mise en place des structures s’est faite de manière cavalière. Comment vous pouvez aller dans une province et dire à des gens qu’ils occuperont tel ou tel poste dans la direction de la structure à l’insu des militants ? Cela commençait à devenir sérieux. Et en plus, c’est vrai qu’on se réclame tous de la social-démocratie mais le CDP applique du néolibéralisme pur et simple. On ne retrouve nulle part les aspects d’équité et de justice sociale. Avec une corruption à grande échelle, on ne peut pas être dans un système social démocrate. Voilà un peu les divergences qu’on a eues et on est parti. Le summum a été le passage en force sur les différentes questions que sont le sénat et l’article 37. Un jour, ils ont eu le courage de nous réunir, nous les conseillers politiques. On leur a dit ouvertement que le président a promis d’appliquer les propositions consensuelles des assises nationales. L’article 37 n’était pas une proposition consensuelle. Il devait donc respecter la parole donnée. On leur a dit de ne pas tenter de passer en force parce que cela va amener le désordre dans le pays. Avant les assises, il y a eu le passage dans les 45 provinces et les assemblées ont toutes rejeté la modification de l’article 37. En fait, c’était des gens du CDP. Et quand cela doit perturber la paix sociale, ce n’est pas la peine de s’entêter.

Est-à-dire que la rupture n’aurait pas pu être évitée ?

S’il y avait le dialogue, la rupture n’allait pas intervenir. On vous fait tourner en rond et on vous fait de vagues promesses...

Blaise Compaoré vous aurait même promis de ne pas se représenter ?

Ce sont des bruits qui ont circulé.

Vous l’avez affirmé dans un journal.

Il a dit qu’il allait faire des déclarations. Il ne l’a pas fait. Mais à Dori, il a dit qu’on irait au référendum pour cela. Ce n’était pas cela le sens de nos discussions. Tout concourait à ce qu’il ne se représente pas. Les gens sont allés même jusqu’à lui demander de désigner quelqu’un qu’on soutiendrait. C’est dire qu’il n’y avait plus de débats sur le fait pour lui de ne plus se représenter.

Revenons au congrès qui vient de se passer. Quel premier bilan pouvez-vous tirer en ce qui concerne l’organisation et les résultats ?

Le premier niveau est le sens de la mobilisation. Toutes les 45 provinces étaient mobilisées. Il y en a même qui n’étaient pas parmi les délégués des différentes provinces mais qui ont payé de leur poche pour venir. Cette mobilisation est, à mon sens, un premier élément positif. Ensuite, ce congrès a permis au parti d’avoir ses textes fondamentaux comme les statuts et le règlement intérieur, surtout le programme, qui est en fait la boussole du parti, lorsqu’il prendra le pouvoir. Maintenant, le parti a soulevé beaucoup d’engouement. Cela veut dire qu’il y a beaucoup de défis à relever. C’est là où le problème peut se poser. Certains militants pensent que nous sommes déjà au pouvoir. Or, comme l’a dit le président Roch Marc Christian Kaboré, nous avons des adversaires coriaces en face et ils ne vont pas nous dérouler le tapis rouge. Cela veut dire que des batailles vont être menées et il faut mettre les troupes en ordre de bataille pour atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés. Ce n’est pas seulement 2015. Il y a l’alternance mais aussi la transformation qualitative de l’économie et de la société.
D’aucuns disent déjà que le MPP, au regard de la mobilisation, de la taille du bureau politique national qui compte 672 membres et des moyens mis en œuvre, est un CDP bis. Que répondez-vous à cela ?
Les gens font référence au touk-guili. Non, ce n’est pas un CDP bis. Que les gens nous voient à la pratique avant de tirer des conclusions hâtives.
En tant que vice-président chargé des relations avec les partis politiques et les alliances, comment avez-vous fait pour réussir cette alchimie du bureau exécutif national avec les formations qui ont fusionné dans le MPP ?
Ce sont des discussions qui nous ont permis d’arriver à tout cela. Nous venons d’horizons divers mais nous avons les mêmes aspirations profondes. Et c’est cela qui a facilité les discussions avec des partis certes différents mais qui se retrouvaient sur le terrain de la lutte. Maintenant, le problème reste à la base. Il ne s’agit pas seulement de faire la fusion au sommet. Il faut que les militants de ces partis et ceux du MPP originel puissent travailler dans la cohésion. C’est un lourd défi à relever. Mais je pense que, regardant dans la même direction, les dangers sont minimes quant à l’éclatement de notre parti.
Certains partis étaient annoncés pour fusionner avec vous, notamment le RDS et le PDC de Saran Sérémé. Alors, vous ne vous êtes pas entendus lors des discussions ?
Disons qu’on a pris langue avec ces différents partis. Avec le RDS et le PDC, nous avons choisi, à la fin des discussions, d’avoir des relations de coopération. Il semble que Saran Sérémé a demandé des postes que vous lui aviez refusés
Je laisse les bruits courir.
Entre nous, combien a coûté ce congrès ?
Les gens pensent que ce sont des sommes colossales qui ont été englouties. C’est exagéré. Et en plus, c’est sur la base des cotisations des camarades que le budget a été bouclé. Je prends un cas. Les membres du bureau exécutif provisoire ont tous cotisé 200.000 FCFA. Et il y a des bonnes volontés qui ont bien voulu nous aider, sans qu’on ne leur demande. Contrairement à une idée répandue, le MPP n’est pas riche. Je vous raconte un cas significatif. Lorsque nous revenions de Bobo, nous avons fait escale à Boromo. Les gens nous ont donné de l’eau à boire et ils nous ont tendu une enveloppe. Le président rechignait en disant que les gens ont déjà des doléances alors qu’on n’a même pas commencé. Quand il a ouvert l’enveloppe, c’était une somme de 15.000 FCFA qui y était. Ils nous ont signifié qu’ils nous ont donné cela pour nous aider. C’est dire qu’il y a des bonnes volontés qui contribuent à ce que le MPP soit financièrement indépendant et fonctionne correctement.
L’autre critique qui vous est faite est la place des jeunes dans le bureau exécutif national.
Dites-vous bien une chose, nous ne faisons pas de la politique fiction. Nous avons un combat devant nous et il faut des camarades aguerris. Il faut préparer des jeunes à pouvoir nous remplacer. Et cela ne se fait pas du jour au lendemain. Même quand vous prenez les jeunes qui sont dans certains partis politiques, quelle emprise ont-ils réellement sur les rouages ? On n’est pas des rêveurs. Nous savons bien quelles sont les difficultés que nous avons en face et quels types de camarades nous devons avoir devant pour affronter les défis.
Les jeunes que vous avez en votre sein ne sont pas encore capables...
Est-ce que le CDP a formé des jeunes ? La formation des jeunes a manqué partout. Vous prenez les jeunes qui crient ou qui hurlent. Insulter n’est pas du militantisme ni de l’engagement. Ce n’est pas de la faute des jeunes. Nous ne les avons pas formés. Les gens disent qu’on a assumé très tôt des responsabilités. Mais nous, depuis l’université avec les différents mouvements et associations, nous avons reçu une certaine formation, ce qui fait une différence avec les jeunes d’aujourd’hui, qui ne lisent pas et qui n’ont pas de repères pour bouger. Ce n’est pas de leur faute. Il faut les amener à un niveau de formation satisfaisant pour qu’ils puissent prendre la relève.
Si le candidat du MPP est élu président en 2015, on peut donc s’attendre à ce qu’il passe la main après cinq ans ?
Pourquoi vous voulez qu’il fasse un mandat ? Il a droit à deux mandats mais il n’ira pas au-delà de 10 ans.
Supposons que ce soit Roch Marc Christian Kaboré. S’il fait 10 ans, il aurait 70 ans ou presque après deux mandats.
Non ! Et puis, en politique, un président à 70 ans, ce n’est pas vieux.
Et pourtant, 70% de la population burkinabè a moins de 35 ans.
Et les ministres, les directeurs de cabinet, ils peuvent être jeunes. Il faut qu’il y ait ce mariage entre les anciens et les plus jeunes pour que ça marche. Les jeunes pensent qu’il faut mettre tous les vieux de côté. Mais avec quelle expérience vous allez faire marcher les choses ? Il faut des anciens qui puissent encadrer les jeunes pour faire avancer les choses. C’est ma vision.
Comment vous voyez 2015 ?
Sans paraître super optimiste, en 2015, le MPP est là-bas.
Où ?
A Kossyam.
Vous voulez dire que Roch sera président en 2015 ?
Je n’ai pas dit Roch, mais le candidat du MPP. Pour l’instant, aucune instance n’a choisi qui va nous représenter
Salif Diallo a dit lors du meeting de clôture que s’il y a des fraudes en 2015, le MPP se donnera les moyens d’arriver au pouvoir. Votre commentaire.
Cela veut dire qu’on prendra des mesures pour que la fraude ne puisse pas faire passer quelqu’un.
On a pensé à un coup d’Etat ou à un autre moyen...
Mais on n’a pas de militaires. Cela signifie qu’on se donnera les moyens dans les bureaux de vote, de minimiser, sinon empêcher qu’il y ait la fraude. Et nous sommes contre les coups d’Etat. Ce serait un recul démocratique grave et personne n’y a intérêt. Et pour cela que nous estimons que le président Blaise Compaoré doit respecter les clauses de la Constitution pour préserver la paix sociale.

Propos recueillis par Dayang-ne-Wendé P. SILGA
Notre Temps

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