Louis Armand Mihyemba Ouali, député UPC à propos de la situation nationale : « La menace la plus importante pour l’UPC c’est le MPP »

vendredi 4 avril 2014 à 00h12min

La création du Mouvement du peuple et pour le progrès (MPP) ; le positionnement de l’Union pour le progrès et le changement (UPC) par rapport au MPP sur l’échiquier national ; les chances de l’opposition politique burkinabè pour provoquer une alternance en 2015 ; l’appréciation que l’UPC fait de l’échec de la médiation auto-saisie de l’ancien chef d’Etat, Jean-Baptiste Ouédraogo et Cie ; l’institution du sénat, du référendum et la modification de l’article 37 qui divisent la classe politique burkinabé. Voilà autant de sujets qui retiennent l’attention des Burkinabè. C’est exactement les questions que qui nous ont conduit au député Miyemba louis Armand Oualy. Ancien ministre de l’Environnement, ancien maire de la commune de Gaoua, ce diplomate bon teint nous a répondu sans fioritures. Entretien.

Louis Armand Mihyemba Ouali, député UPC à propos de la situation nationale :  « La menace la plus importante pour l’UPC c’est le MPP »

Notre Temps : Quel bilan faites-vous de votre passage à la mairie de Gaoua en termes d’infrastructures ?

Louis Armand Mihyemba Ouali : Sur le plan des infrastructures, j’aimerais dire que pour tout ce qui a été fait sous ma mandature, il revient au peuple électeur qui nous a mandatés à ce poste de faire le bilan. Le plus important quand on était aux affaires locales a été cette tentative réussie d’amener les Gaoualais et les Gaoualaises à comprendre qu’ils sont le moteur de leur propre histoire. Nous avons réussi le tour de force à Gaoua en encourageant et en sensibilisant la population afin qu’elle prenne conscience du fait que des dizaines de kilomètres ont été réalisés. Grâce à cette sensibilisation, nous avons pu amener un grand nombre de la population à s’intéresser au curage des caniveaux qui passent devant leur concession. Pour une première expérience, cela a été une réussite et a permis ainsi aux Gaoualais de retrouver des caniveaux propres. Ce changement de mentalité nous a permis d’engager un autre chantier à savoir la plantation d’arbres fruitiers et d’arbres décoratifs plantés sur plusieurs dizaines de kilomètres.

Après ces deux expériences réussies d’auto-prises en charge par la population, la coopération allemande réticente au début nous a donné un demi-million de F CFA que nous avons utilisé pour acheter au Centre national des semences forestiers (CNSF) de nouveaux plants que nous avons mis en terre. Aujourd’hui encore si vous allez à la gare routière de Gaoua et dans la base vie de l’entreprise Oumarou Kanazoé, vous verrez ces arbres ou ce qu’il en est resté. De ce point de vue, cela a été un succès pour nous. Nous avons aussi construit des infrastructures marchandes et routières à Gaoua (les pistes à haute intensité de main d’œuvre) nous avons renforcé les infrastructures scolaires. Malgré le respect que je dois à tous mes successeurs de la commune de Gaoua, rien n’a été ajouté à ce que nous avons fait, cela est vérifiable sur le terrain. Nous avons avec la coopération des maires des villes suivantes : Dano, Diébougou et Batié œuvré à ce que la coopération allemande ouvre un bureau à Gaoua, le Fond d’investissement pour les collectivités décentralisées (FICOD). Le bâtiment de ce bureau a été construit sur fond propre de la commune de Gaoua qui est notre premier bien immobilier. Toujours sur le plan des infrastructure,s nous avons créé les premières salles de restauration à la gare routière de Gaoua. Il faut rappeler que cette gare routière est également notre œuvre et a été construite dans la zone dénommée Gaoua 3.

Vous êtes député aujourd’hui, vous avez été également maire, quelle est pour vous la fonction la plus contraignante ?

Tout est contraignant. Mais, il faut signaler qu’il s’agit de deux mandats électifs tout à fait différents. Le député vote la loi, consent l’impôt et contrôle l’action gouvernementale. Tout cela est très théorique dans l’esprit des populations de notre pays. Mais la différence entre les deux mandats, c’est que le maire est un bâtisseur au quotidien et c’est certainement la fonction la mieux comprise des populations de notre pays. C’est également la fonction la plus appréciée des populations même des pays développés. Il faut savoir que cette fonction est également la plus contraignante et la plus difficile. A l’opposé d’un député ou ses failles peuvent être comblées par les autres députés de son parti où d’un autre parti. Les insuffisances d’un maire ne peuvent pas être couvertes pas l’exécutif communal. C’est à l’échelon de la commune qu’on peut faire émerger et enraciner durablement une démocratie vivante de très grande qualité. Cette expérience a valu au député maire de Diébougou, Nicolas Dah de l’UPC de remporter le premier prix de la bonne gouvernance.

En plus d’être quelqu’un de méthodique on voit que vous êtes atypique en ce sens qu’on vous voit circuler en mobylette. Pourquoi cela ?

Non je ne suis pas atypique, je vis comme tout Burkinabè normal. Nous sommes dans un pays aux ressources limitées. Un pays dans lequel la nature est très difficile où les hommes et les femmes luttent pour survivre. C’est vrai, vous dites que je roule en ville avec un engin à deux roues. Mais regardez tous ces commerçants qui partent à Dubaï et qui pourtant circulent en ville à mobylette. Par contre, là ou je ne suis pas atypique, si vous venez chez moi à domicile, vous comprendrez que j’ai décidé de mettre toutes mes ressources financières dans ma maison.

Vous avez été communiste et sauf erreur, vous l’êtes toujours. Comment s’expliquer que vous devenez militant dans un parti de droite comme l’UPC ?

Communiste je le revendique. J’ai été militant du Parti africain de l’indépendance (PAI) de Amirou Thiombiano qui était communiste. Je suis aussi catholique pratiquant. Je suis communiste au sens où ce qui est le plus important pour moi c’est de créer un univers dans lequel chacun de nous puisse avoir un minimum. Mais les îlots de prospérité dans un monde d’injustice et d’iniquité nous conduisent à des drames. Je ne veux pas de drames dans mon pays ni de mon vivant ni après ma mort : puisqu’il est important que nous puissions léguer quelque chose aux générations futures. Donc cette mise au point faite, je suis communiste croyant et pratiquant.

Ce que je souhaite vous dire, c’est qu’il y a plusieurs temps dans la vie d’un être humain. En ce qui nous concerne, nous sommes issus d’une génération qui est entrain de quitter la scène politique. Nous sommes issus de la génération de l’Union générale des étudiants voltaïques mais surtout de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France qui a été à Bordeaux dans les années 1950 avec des grands leaders comme le Professeur Joseph Ki-Zerbo, Amirou Thiombiano et d’autres Burkinabè. Nous sommes entrain de quitter la scène politique parce que nous n’aurions pas une seconde vie. Ce qui nous restera à faire, c’est de donner des conseils aux générations futures. Que ces conseils soient écoutés ou pas, nous aurons eu le mérite de le faire.

De ces questions d’idéologies, j’en ai parlé avec beaucoup de camarades mais chacun prend le chemin qui lui convient. En ce qui me concerne, j’ai compris que la génération dans laquelle nous étions acteurs à 100% était celle des patriotes révolutionnaires. C’est pourquoi nous avons apporté une contribution, me semble-t-il, assez importante dans l’avènement de la révolution démocratique populaire (RDP), même si j’ai payé le prix fort. J’ai été prisonnier d’opinion humanitaire, arrêté et torturé mais j’assume. Et c’était ça le rôle que l’histoire nous imposait. Je pense que de ce point de vue, nous avons fait ce que nous pouvons avec des limites qui sont celles des hommes. Je l’ai dit depuis 2010 à un de vos confrères dans une phrase en dioula que la pirogue est arrivée au sable. Parce que, j’estimais que l’élection de 2010 était le dernier mandat dans la stabilité du président Blaise Compaoré. J’ai aussi dit à l’opposition que la pirogue était arrivée au sable. A savoir que soit l’opposition s’unissait, soit elle n’avait pas de chance d’arriver au pouvoir, c’était déjà en novembre 2010.

Toutes ces réflexions sont écrites parce qu’à l’heure du bilan, l’intellectuel engagé en politique doit dire voilà ce que je dis on ne m’a pas écouté et mieux, voilà ce que j’ai écrit et je n’ai pas été lu. Mais pour aller plus loin durant toute l’année 2012, j’avais publié dans un journal de la place des hommages à des patriotes que sont Amirou Thiombiano, Kamadini Slyvestre Ouali, Adama Touré etc. Cet hommage avec l’article que j’ai publié sur le Cap-Vert intitulé « La fière démocratie de l’Afrique » venait compléter ma vision à savoir que l’ère des patriotes révolutionnaires est achevée et il reste maintenant l’ère des patriotes.

Quand on m’a sollicité pour créer l’UPC, j’ai estimé que je pouvais encore apporter quelque chose et c’est comme ça que je me suis engagé avec des patriotes. Maintenant vous parlez de parti de droite, c’est certainement votre vision au journal « Notre Temps » mais pas la mienne. Droite-gauche oui, mais ma vision c’est qu’aujourd’hui, nous sommes au temps des patriotes, c’est l’ère des patriotes. Je me suis effectivement engagé avec des personnes qui sont libérales sinon moi-même je ne suis pas un libéral mais à l’époque des camarades ne m’ont pas compris. Aujourd’hui, ils reconnaissent que j’avais raison : puisque l’UPC a eu 19 députés, plus de 1600 conseillers municipaux et une vingtaine de mairies engrangées lors des dernières élections législatives de 2012. Preuve que les burkinabè ont compris que c’est maintenant le temps des patriotes. Ceux qui aiment ce pays doivent se mettre ensemble et avoir une seule vision à savoir comment sauver ce pays, comment ne voir que l’intérêt collectif des

N’est –ce pas antinomique d’être catholique pratiquant et en même temps communisme ?

Pas du tout ! Parce qu’il est impératif comme l’a dit Amilcar Cabral que les intellectuels africains se suicident en tant qu’intellectuel pour renaitre en tant que travailleur révolutionnaire. Mais Amilcar Cabral ne faisait que dire autrement ce que Karl Max avait dit. Les intellectuels du Burkina Faso ont refusé de s’assumer en tant qu’intellectuels. Des hommes et des femmes qui ont pour rôle d’éclairer. Vous avez des intellectuels qui n’éclairent plus rien au Burkina, pire ils embrouillent des situations claires. De ce point de vue, j’estime que c’est mon éducation, c’est l’école de pensée à laquelle je suis parti. Mais je ne suis pas un communiste marxiste-léniniste. Je suis un communiste croyant africain.

Avec l’avènement du MPP sur la scène politique, créé par des anciens ténors du CDP, quel est l’état d’esprit à l’UPC et quelle est aujourd’hui sa place sur l’échiquier politique burkinabè ?

Depuis la démission des ex-membres du CDP un certain 4 janvier 2014 que certains ont qualifié d’épiphénomène et se sont rapidement saisis, nous avons une offre politique nouvelle. Et mon constat à moi c’est que les trois dates suivantes : 4 janvier 2014, 18 janvier 2013 (la marche-meeting de l’opposition) et le 25 janvier 2014 (assemblée générale constitutive du MPP) sur tous ces événements pour le moment, je n’ai pas lu une quelconque position de mon parti. Cela est une insuffisance de notre action. Je le dis et je l’assume. Parce que ce que dit le président Zéphirin Diabré en tant chef de file de l’Opposition politique burkinabè (CFOP), c’est la position d’une cinquantaine de partis politiques. Sinon nous faisons une appréciation positive de l’avènement du MPP sur la scène politique burkinabè.

Ce qui se passe actuellement est la prophétie du journaliste Norbert Zongo qui est entrain de se réaliser. Les problèmes qui sont entrain de se dérouler actuellement sont indicatifs des jours meilleurs pour notre pays. Des jours difficiles aussi mais c’est dans les difficultés qu’émergent les vrais hommes. C’est une appréciation très positive, c’est un événement extrêmement important. Les camarades qui ont quitté le CDP pour créer le MPP ont pris leur responsabilité devant l’histoire. Je me réjouis du courage qu’ils ont eu pour rejoindre les positions de l’UPC et celle de l’opposition toute entière. Position essentiellement résumée au plan politique sur la construction d’une démocratie républicaine et citoyenne et non celle où on bâillonne le peuple. Il faut saluer le courage des démissionnaires du CDP nonobstant tout ce qu’ils ont pu dire et faire hier, il ne me revient pas à moi d’en juger, le tribunal de l’histoire s’en chargera.

Êtes-vous prêts à les accueillir à bras ouverts dans l’opposition sans rancune ?

Le président de l’UPC par ailleurs chef de file de l’opposition les a accueillis triomphalement sous la pluie bienfaisante du 18 janvier 2014 et le peuple qui était là les a ovationnés. Donc leur appartenance à l’opposition est une question résolue et nous regardons vers l’avenir. Sur la position de l’UPC par rapport au MPP, nous, nous ne raisonnons pas en termes de premier ou de deuxième. C’est vrai que la menace la plus importante pour l’UPC est le MPP. Mais c’est une menace positive parce que nous devons dans ce pays travailler à proposer une offre politique qui va se résumer à 4 ou 5 partis politiques dans les 25 années à venir. Et si l’UPC et le MPP veulent être des acteurs clés de ce travail, moi je n’y trouve pas d’inconvénient.

Je disais dans un article du 26 novembre 2012 que les déflatés politiques du CDP (les éléphants du CDP) à qui on veut imposer la mort politique, vont la refuser, ils reviendront et seront présents en 2015. Je le répète à l’heure du bilan et l’heure du bilan est proche devant le tribunal de l’histoire. Chaque intellectuel burkinabè engagé dans l’action politique doit dire ce qu’il a écrit. Dans mes écrits, certains disaient que je faisais de la science-fiction politique même pas un an après nous sommes dans la réalité politique.

En tant qu’observateur averti de la scène politique nationale, ces démissions vous ont-elles surpris ?

Ces démissions ne m’ont pas surpris. J’avais prévu ce scénario depuis novembre 2010 en disant que c’était le dernier mandat que le président du Faso, Blaise Compaoré pouvait faire dans la sérénité et dans la quiétude. Et que l’opposition aussi, si elle ne se ressaisissait pas, elle n’aurait pas l’occasion d’assurer l’alternance alternative souhaitée par le professeur Joseph Ki-Zerbo. A défaut, ça allait être une alternance dans la continuité. Toujours dans ce scénario, j’avais prévu une élection à quatre tours. Les élections couplées du 2 décembre 2012, l’élection au suffrage indirect des maires, l’élection des députés et le 4e tour celui de l’élection présidentielle de novembre 2015 à venir. Et j’ai ajouté qu’à ce dernier tour, seront présents les déflatés politiques du CDP. La scission était prévisible, c’était même annoncé. Il faut le dire, sur ce sujet, le camarade Salif Diallo a fait preuve d’un courage inouï en disant en 2008 ce que tous les autres disent aujourd’hui.

En son temps, j’ai écrit un article pour dire en quoi le camarade Salif Diallo était un visionnaire courageux. Cette scission était écrit dans le marbre de l’histoire, ce n’était pas faire de la science-fiction politique, c’était simplement interroger l’avenir de notre pays, prospecter le futur politique de notre pays et avoir le courage de l’écrire. J’ai aussi publié un autre article intitulé « Qui a dit que la limitation des mandats était anti-démocratique ? ». Je suis d’accord avec le camarade Roch Marc Christian Kaboré, il s’est trompé et a fait son mea culpa. Quelqu’un qui s’est trompé et qui reconnait son erreur est pardonnable. Mais on ne pardonne pas à celui qui ne reconnait pas ses erreurs. Ils ont reconnu leur erreur et nous ont rejoints sur nos positions, rendons grâce à Dieu.

Aujourd’hui avec le départ de ces ténors du CDP, pour vous, le parti majoritaire a-t-il encore un avenir politique ?

Un parti, surtout quand il a été un grand parti politique comme le CDP qui est un parti Etat, ne meurt jamais. Le pire, les hommes politiques même après leur mort politique demeurent dangereux. Le CDP est un grand parti, aujourd’hui ébranlé par les démissions de ceux qui étaient les idéologues du parti, de ceux qui étaient les stratèges du parti. Mais de là à penser que le CDP est affaibli, fini, ce serait faire preuve d’irresponsabilité. Parce que beaucoup de ceux qui ont gouverné le pays étaient ou sont toujours du CDP. Il reste encore beaucoup de patriotes au CDP qui y sont pour des raisons multiples. Ces derniers ont l’intelligence politique suffisante pour permettre à leur parti de rejoindre les partis dont l’histoire est entrain d’écrire une nouvelle page et s’ils acceptent de faire ce pas, s’ils acceptent de renoncer à la fin de la clause limitative des mandats et s’ils acceptent de rejoindre les partis politiques qui ont l’avenir devant eux et s’ils acceptent de mettre en sourdine définitivement la mise en place du sénat, le CDP peut redevenir un grand parti et faire partie des 4 à 5 grandes formations politiques de notre pays dans les 25 années à venir.

Ne vous faites pas d’illusion parce qu’aucune démocratie ne marche avec 70 partis d’opposition et une trentaine de partis de la majorité. Vous verrez d’ailleurs quand je vous dis que c’est le temps des patriotes révolutionnaires, c’est aujourd’hui le temps des patriotes. Vous verrez que des partis qui sont les principaux animateurs de la majorité présidentielle se réclameront de l’opposition. Vous verrez que des partis qui sont de la majorité présidentielle prendront des positions courageuses en disant non au sénat, non à un quelconque référendum et surtout non à la révision de la clause limitative des mandats présidentiels contenus dans l’article 37 de la Constitution du Burkina Faso. D’ailleurs le constituant originel, celui de 1991 avait prévu cela, c’est véritablement la preuve que dans notre pays nous sommes au temps des patriotes et qu’au temps des patriotes, des partis dits de l’opposition épousent des positions de la majorité et vice versa.

Il ne faut plus stigmatiser les partis politiques. Je suis contre les suspicions illégitimes. Je suis contre le fait qu’on dise que moi je suis arrivé à 8 heures du matin et que je ne ferais pas de place à celui qui est arrivé à 20 heures. Souvenez-vous de 1978 où le président Sangoulé Lamizana a été mis en ballotage par un cadre de banque inconnu et qui a été élu avec un score de 50 à 54% de voix. C’est le score que les pays européens avaient. Mais à l’époque tous les pères fondateurs étaient élus avec 99% mais le président Lamizana ne l’a pas fait. Nous sommes les héritiers d’un pays où l’opposition avait eu 28 députés et la majorité 29.

Nous sommes les héritiers d’un pays où la Révolution démocratique populaire (RDP), la Révolution du 4 août 1983 est arrivée à contre temps de l’histoire du monde. On allait vers la fin de tout ce qui ressemblait aux révolutions et nous, nous avons fait cette révolution. Nous sommes les héritiers de cette riche histoire qu’un universitaire avait qualifiée dans un article « La Haute Volta ou le luxe de la démocratie ». Parce que dans la vision des théoriciens (les européens et les américains), un pays pauvre comme la Haute Volta analphabète ne peut pas faire la démocratie, nous avons démenti cette théorie. Nous sommes les héritiers d’un pays qui s’est baptisé le 4 août 1984 Burkina Faso, la patrie des Hommes dignes, fiers, incorruptibles et intègres. Mais un pays où l’honnêteté est devenue un délit. Ce que je souhaite c’est que l’ère des patriotes qui est arrivée soit saisie par ces derniers pour redonner à notre pays sa dignité d’antan.

Pour revenir à la question du Sénat, le référendum et l’article 37 qui divisent actuellement la classe politique burkinabè et même la population, une médiation avait été initiée par l’ancien chef d’Etat, Jean Baptiste Ouédraogo. D’abord, quelle lecture faites-vous de cette médiation que l’on dit avoir échoué ?

Je voudrais d’abord saluer la médiation du président Jean Baptiste Ouédraogo, de l’archevêque de Bobo-Dioulasso et de l’iman de Bobo-Dioulasso. Quelles que soient les atrocités d’une guerre les protagonistes finissent toujours autour d’une table de discussion. Toute médiation m’apparait dans l’absolu une bonne chose. Maintenant vous avez employé un terme pourquoi la médiation a échoué ? Je n’irai pas jusqu’à dire que la médiation a échoué. Pour moi, je dirais plutôt que la médiation n’a pas atteint les objectifs qu’elle s’était fixés. Les deux parties que sont la majorité et l’opposition avaient chacune ses objectifs de départ. J’estime que cette médiation a été atteinte en ce qui concerne l’opposition.

Je constate à travers ce que j’ai lu dans le journal « Notre Temps » que le scénario le meilleur qui est conseillé, c’est le scénario qui ne met pas en place le sénat quelle que soit sa forme, c’est le scénario qui ne va pas vers le référendum et enfin c’est le scénario qui maintient en l’état la clause limitative des mandats contenue dans l’article 37. Et dans ce scénario conseillé, les médiateurs ont ajouté un mot qui est extrêmement fort « honneur ». Je conviens avec les médiateurs que le scénario le meilleur pour notre pays est le scénario d’honneur. Quant vous lisez la lettre de la Conférence épiscopale Burkina-Niger réunie à Fada N’Gourma le 20 février 2010, la conférence n’a pas dit autre chose que celle là. : La voix du seigneur est insondable comme le dit la bible. La création d’un cardinal quatre ans après la conférence épiscopale dans le contexte précis de notre pays est un élément qui a dû éclairer les médiateurs. Tous ceux qui aiment notre pays savent que le scénario d’honneur est le meilleur y compris les nombreux patriotes qui sont au sein du CDP.

La majorité présidentielle vous reproche, à vous de l’opposition, d’avoir fait échouer la médiation en exigeant un mandat du président du Faso ?

Non, la médiation n’a pas échoué, ce sont des détails parce que devant le tribunal de l’histoire, ce que vous appelez échec est un détail. Seulement il faut savoir que la médiation nous a permis de franchir une étape supérieure. Nous savons dorénavant que les Burkinabè peuvent s’assoir, discuter et trouver un scénario d’honneur au président du Faso. Cela est très positif. Maintenant il n’y a que Dieu qui n’a pas d’adversaire.

A la suite de cette médiation, il revient maintenant au président du Faso d’engager des discussions directes et franches avec ses opposants. Mon pressentiment ce qu’il va le faire, parce que vous ne pouvez pas avoir fait de la médiation comme il l’a fait et refuser d’engager des échanges directs avec tes opposants. Il va le faire parce qu’au sein de son parti le CDP, il y a des patriotes, j’en ai écouté deux à trois. En résumé ils disent ceci : « Le président du Faso ne fera rien qui puisse remettre en cause la paix et la quiétude sociale. Le président du Faso ne fera rien qui puisse faire basculer notre pays dans le vide. Le président du Faso ne fera rien qui puisse faire conduire notre pays dans l’aventure ». Ces hommes et femmes qui ont dit ça connaissent très bien le président du Faso. Ils le connaissent mieux que vous et moi, parce que nous, nous sommes des animaux non aquatiques, eux sont des animaux aquatiques. S’ils le disent ce qu’effectivement après la médiation du président Jean Baptiste Ouédraogo, il restera celle directe entre le président du Faso et son opposition républicaine et citoyenne. Cela doit se faire avec le président en exercice de la CEDEAO, cela doit se faire dans le cadre de l’UEMOA.

Parce que comme dit le sage, une intelligence c’est bien mais plusieurs intelligences c’est encore mieux. Mais cela peut aussi se faire directement et sans médiation ni de la CEDEAO ni de l’UEMOA. Cela peut encore se faire sous la conduite de structures mondialement connues comme ayant contribué a ramener la paix dans des pays comme la Mozambique je veux parler de la fondation Sant Egidéo. Il y a beaucoup de perspectives qui ont été ouvertes par la médiation initiée par le président Jean Baptiste Ouédraogo. Mais aujourd’hui, la seule personne qui peut nous permettre d’avancer, c’est le président du Faso face à son opposition affiliée au CFOP et non celle qui va avec des positions arrêtées.

A bien vous écouter, le président du Faso pourrait renoncer à son mandat. Seulement, les militants de son parti, le CDP, continuent de se mobiliser pour la mise en place du sénat et la tenue d’un référendum dans les prochains mois. Est-ce que cela n’est pas contradictoire ?

Il n’y a aucune contradiction. Dans le système politique qui est le nôtre, le parti au pouvoir n’existe que par la volonté d’un seul homme, c’est le président du Faso. C’est ça la réalité de notre pays. Je ne parle pas d’un autre pays mais du nôtre. La réalité au Burkina Faso est que c’est le président du Faso qui est le vrai responsable du parti au pouvoir. Maintenant, vous ne pouvez pas empêcher vos enfants de s’amuser à midi pendant que vous faites la sieste. Mais quand vous allez sortir pour leur dire que ce que leur mère a dit c’est la vérité, ils vont s’arrêter de s’amuser. Je vous répète qu’au sein du CDP, j’ai écouté religieusement certains patriotes dire que le président du Faso prendra la juste mesure de la délicatesse de la situation.

Maintenant vous avez également des patriotes à l’UPC. Mais l’UPC n’a jamais exercé le pouvoir d’Etat. Attendons qu’il exerce le pouvoir et vous verrez que là-dedans aussi, il y a des gens qui n’ont pas de patriotisme. Le patriote parle en bien collectif, bien commun, la communauté. Ce qui peut nous permettre tous d’avancer. A l’opposé de ceux qui voient toujours le mal et ne pensent qu’à eux seulement. Voilà ce qui risque de nous faire basculer dans l’aventure. J’ai lu dans un journal de la place une interview de Agaléwé Maria Goretti Dicko, une dame pour qui j’ai beaucoup de respect, rappeler une pancarte brandie par un manifestant le 18 janvier 2014 à la place de la Nation. Si vous lisez cet article vous verrez cette phrase il ne revient pas à moi de vous la dire je vous la direz hors micro. Donc les patriotes, il y en a partout et le président du Faso a conscience que beaucoup de ceux qui parlent et j’avais écrit dans un journal de la place concernant le président Mamadou Tandja du Niger, que le jour qu’il ne sera plus aux affaires, tous ceux qui s’agitaient à son nom pour le maintenir au pouvoir ne seront plus là pour parler. Le président du Faso a conscience clairement de la situation actuelle. Donc, de ce point de vue, il n’y a pas d’inquiétude à se faire. Maintenant, si nous refusons de saisir cette dernière bouée de sauvetage, cette dernière chance à savoir le scénario d’honneur proposé par la médiation, ah ! Dieu pourvoira.

On a oui dire que le président de l’UPC, Zéphirin Diabré, a été reçu par le président de la République de Côte d’Ivoire, Alassane Dramane Ouattara. Confirmez-vous cette information ?

Mais si le président de l’UPC, Zéphirin Diabré, chef de file de l’opposition politique burkinabè va en Côte d’Ivoire sans rencontrer les plus hautes autorités, je serais inquiet. Cela voudrait dire que je suis dans un parti dont le premier responsable n’a pas d’entrée auprès du président en exercice de la CEDEAO, président du pays le plus important des pays francophones. Non seulement je le confirme mais je suis content qu’il ait rencontré le président Alassane Ouattara pour lui porter le message de l’UPC.

Le Burkina Faso est actuellement dans une situation unique en Afrique. Notre opposition jusqu’à récemment n’a jamais rencontré des chefs d’Etats de la sous-région y compris les chefs d’Etats en exercice du Conseil de l’Entente, de l’UEMOA ou de la CEDEAO. Si vous ne portez pas le message de l’opposition républicaine et citoyenne de votre pays auprès de ces différentes institutions avant d’aller auprès du siège de l’Union Africaine, vous menez un combat qui va durer une éternité. Si le président Zéphirin Diabré a été reçu par les plus hautes autorités de la Côte d’Ivoire, cela est conforme aux positions contenues dans le manifeste de l’UPC. C’est conforme à nos pratiques politiques républicaines.

Propos recueillis par Ambèternifa Crépin SOMDA
Notre Temps

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