« Soit un des camps jette l’éponge, soit on trouve un compromis, soit on s’affronte »Dr Zacharia Tiemtoré, député à l’Assemblée nationale, porte parole de l’ADF/RDA

lundi 17 mars 2014 à 01h29min

Zacharia Tiemtoré fait partie des jeunes loups de la classe politique burkinabè. Ancien ministre et présentement député à l’Assemblée nationale, « Zaky » comme l’appelaient affectueusement ses fans et ses intimes alors qu’il était animateur radio dans les années 90, est né en 1977. Ce Docteur en Sciences de l’éducation est membre du bureau politique national de l’ADF/RDA. Il est le porte parole du parti de l’éléphant. Dans cette interview qu’il a bien voulu accorder à Mutations, il revient sur la position de son parti en lien avec les sujets de débat actuel que sont le respect de la constitution, l’article 37, la médiation interne et sa proposition de « transition apaisée », etc. Auteur d’un livre qui interpelle la jeunesse, il explique aussi ses motivations pour une telle œuvre et dévoile ses ambitions politiques. Lisez plutôt.

  « Soit un des camps jette l’éponge, soit on trouve un compromis, soit on s’affronte »Dr Zacharia Tiemtoré, député à l’Assemblée nationale, porte parole de l’ADF/RDA

De quand date votre engagement politique et pourquoi l’ADF/RDA ?

Je me suis engagé en politique en 2000. J’ai commencé mon engagement militant et partisan à cette époque à l’ADF/RDA. Mais avant cela, j’ai été très actif dès le lycée. J’ai milité à l’ADF/RDA parce que j’ai toujours voulu incarner une certaine vision de la politique. La politique qui s’organise autour de valeurs. J’ai toujours voulu faire de la politique en étant animé d’une véritable ambition de transformation et de changement. Je suis quelqu’un qui n’est pas satisfait de ce qu’est l’Afrique aujourd’hui. Parce que je trouve que le continent a un potentiel et je n’accepte pas qu’il n’arrive pas à tirer profit de ce potentiel. A travers mon engagement politique, j’ai voulu être moi-même dans l’action pour apporter des réponses à des problèmes qui sont ceux de nos différents pays et ceux du continent. Et j’ai pensé que le RDA du fait de son histoire était ce qui me ressemblait le mieux. C’est un parti qui a combattu pour la liberté et la dignité de l’Afrique. Le combat que je partage aujourd’hui avec les autres frères du parti consiste à donner de la fierté, de la dignité et travailler pour une Afrique plus forte et plus valeureuse. Et c’est cela le combat du RDA. En choisissant ce parti, j’avais cela en tête. Vous allez en politique parce que vous avez d’abord le sentiment que vous allez pouvoir vous exprimer et vous épanouir. Le reste n’est qu’une question d’implication, d’engagement et de travail.

Les jeunes de votre génération ont tendance à militer dans des partis de gauche ou du moins à épouser leur idéologie. Vous, vous avez choisi de militer dans un parti de droite qui a été créé depuis des lustres. N’y a-t-il pas un paradoxe dans votre choix ?

J’ai appris à connaitre le libéralisme. Les valeurs cardinales du libéralisme sont notamment : la liberté, l’Etat de droit, les droits humains. Malheureusement, quand on parle de libéralisme, les gens se focalisent sur les aspects économiques ou sur le capitalisme exacerbé, même pas sur l’économie de marché. Parce qu’aujourd’hui, très peu contestent l’économie de marché. Ce qui est contesté, ce sont les excès du capitalisme et de la finance telle qu’elle est organisée. En tant que libéral, je suis aussi critique par rapport à ces dérives du capitalisme. Mais cela ne fait pas de moi quelqu’un qui ne croit pas au libéralisme. Le libéralisme, c’est ce que la jeune génération demande. Seulement, je constate que l’on ne prend pas le temps d’apprendre, de comprendre et de faire la part des choses. Et pour moi, j’ai retrouvé dans ce courant les valeurs auxquelles je crois.

Face à la déliquescence de l’Etat et aux différentes préoccupations d’ordre social de nos populations, pensez-vous que le libéralisme et ses dérivés pourraient constituer une alternative pour notre pays ?

Le libéralisme solidaire est une réponse aux questions et aux problèmes que nous rencontrons aujourd’hui. Je dis bien le « libéralisme solidaire » parce que c’est ce que nous défendons à l’ADF/RDA. C’est de pouvoir mettre en place une politique qui s’organise au tour des valeurs de la liberté. Vous savez, la liberté, c’est quand vous ne l’avez plus que vous pouvez l’apprécier pleinement. Et la liberté se décline en plusieurs aspects : la liberté physique, la liberté de penser et d’expression chère aux journalistes, la liberté d’entreprendre etc. Donc pour nous libéraux, la liberté est au centre de tout. Ensuite, nous avons besoin de nous organiser dans nos pays. Et ce n’est pas une question d’idéologie qui mine nos pays. C’est une question de méthode et de conviction. Si non, les réponses, on les trouvera forcément, que l’on soit libéral, socialiste, communiste, social démocrate, etc. ça ne se joue pas la dessus. Nous au moins nous assumons notre position. Mais si vous observez, vous verrez que des partis politiques qui se réclament d’un autre courant de pensée mènent une politique économique qui dépasse même parfois l’entendement des libéraux.

A qui faites-vous allusion ?

Analysez les politiques mises en place par certains partis qui se réclament de la social-démocratie aussi bien en Afrique que dans les autres continents. En ce qui concerne le Burkina, vous notez que le parti majoritaire est un parti social démocrate ! Mais je vous laisse apprécier sa politique économique.

Vous parlez donc du cas du CDP, votre allié de la majorité qui a actuellement l’occasion de mettre en application son projet de société à travers la gouvernance du président Compaoré. Mais à vous écouter, c’est comme si vous n’êtes pas satisfait de la politique qui se mène actuellement et qui est censée être aussi la vôtre. Quel grief l’ADF/RDA a-t-il contre son allié ?

Ce qui fonde notre appartenance à la majorité, c’est que notre candidat (NDLR : Blaise Compaoré) a été élu président de la république. Nous avons travaillé à apporter notre contribution à l’élaboration du projet de société pour lequel il a été élu. Si vous regardez ce programme, il me semble très équilibré. Maintenant, entre un programme défini et son exécution, il y a toujours un écart. L’enjeu est de faire en sorte que tout se passe le mieux possible. Si non les questions de sensibilités se discutent et se règlent en amont, au moment de définir un programme qui sera appliqué en cas de victoire. C’est ce que nous avons fait.

Alors, qu’est-ce qui ne vous convient pas dans l’exécution du programme présidentiel qui est aussi le vôtre ?

Nous ne disposons pas encore d’un bilan. Pour mieux apprécier, il faut faire une évaluation périodique pour se faire une idée des réussites et des manquements éventuels. Au stade actuel, ce bilan n’est pas fait. Je tenais seulement à faire remarquer que le tout n’est pas l’écriture d’un programme mais ce qui est important aussi, c’est la façon de le mettre en œuvre pour amener l’ensemble de vos compatriotes vers un mieux être. C’est cela la responsabilité quand vous êtes aux commandes.

En clair, êtes-vous satisfait ou pas de l’exécution de votre programme commun ?

Nous allons avoir une évaluation dans les prochaines semaines. Et à ce moment-là, le parti se prononcera.

Vous avez eu un parcours fulgurant, sinon une promotion précoce au regard de votre âge et de votre militantisme. A 37 ans, vous avez déjà été ministre, député, porte-parole du parti… Comment expliquez-vous cette ascension politique peu ordinaire ?

(Rires). Je vous remercie de penser que c’est un parcours hors du commun. C’est vrai que chaque jour, j’essaie de mériter la confiance des uns et des autres. Et chaque jour, je prie le ciel qu’il m’accorde davantage de sagesse et d’énergie et que je puisse être à la hauteur des attentes des personnes à qui je donne un espoir même si ce n’est pas fait intentionnellement. Parce que quand vous êtes à certaines positions, vous suscitez quelque chose et on ne va pas s’en plaindre. Mais le défi est d’être à la hauteur pour ne pas décevoir.

C’est vrai qu’il y a eu des rencontres qui ont certainement favorisé cela mais il y a aussi et avant tout de la conviction. De la conviction que c’est par l’engagement que l’on parvient à faire bouger les choses. Dans ma tête, cela était clair. Je savais ce que je voulais faire. J’ai donc mis en avant le travail. J’ai commencé à travailler dès l’âge de 17 ans. J’ai fais une partie de mes études en travaillant. Aujourd’hui je me rends compte que lorsque vous acceptez de souffrir, les résultats viennent par la suite. Je sais que par moment, certains se sont demandé comment un animateur radio devient journaliste, voire comment un animateur radio devient ministre. J’ai souvent pensé que derrière ces supputations, il y avait aussi un coté irrespectueux. Si non qu’est-ce qui est surprenant. Je me suis toujours dit qu’à l’occasion, je donnerai des détails sur mon parcours. Quand je suis arrivé à la radio canal arc-en-ciel, -la radio FM de la radio diffusion nationale- à 17 ans, j’avais une grande envie d’apprendre. J’ai animé plusieurs émissions depuis 1994 avant d’avoir l’honneur et le privilège d’intégrer l’équipe de rédaction de la radio nationale en 1997 jusqu’à la présentation du journal. J’ai présenté mon premier journal parlé quand j’avais 20 ans. Du reste j’ai reçu mon prix Galian en 1998. Et quand je vous dis que j’ai fait mes études en travaillant, c’est parce que j’ai commencé à faire de la radio quand j’étais toujours au lycée. Et j’ai fais mes études universitaires en étant à la radio.

C’est dire que rien ne s’obtient facilement. Il faut accepter travailler et souffrir. Et puis, ceux qui vous entourent vous apportent de l’énergie et vous mettent en confiance. Et naturellement en tant que croyant, j’ajouterai qu’il y a une part divine dans tout cela.

D’aucuns estiment à tort ou à raison que votre position dans le parti serait liée à votre amitié avec Gilbert Noel Ouédraogo, le président du parti !

Que voulez-vous ? Je ne peux que laisser chacun penser ce qu’il veut. Mais la vérité c’est que j’ai gravi les échelons les uns après les autres. Cela fait presque 15 ans que je milite et durant toutes ces années, j’ai eu le temps d’apprendre et de progresser. Il ne faut pas croire que j’ai démarré en étant au sommet de la hiérarchie. J’ai commencé comme militant de base du parti. Puis à l’issue du congrès de 2003, celui que vous présentez comme mon ami (NDLR :Gilbert Ouédraogo) a été porté à la tête du parti. C’est vrai que nous avons une relation forte. Mais quand il prenait les commandes du parti, j’y étais déjà. J’ai commencé à militer quand il était secrétaire aux relations extérieures.

Vous voulez dire que tout a été joué après le « coup d’Etat » contre Hermann Yaméogo qui a dirigé ce parti jusqu’en 2003 ?

Ce n’était pas un coup d’Etat. Il y a eu un congrès qui a décidé en toute souveraineté. En 2005, j’ai intégré le Bureau politique national comme 17e médiateur. Il a fallu que je fasse mes preuves et passer des grades. J’ai continué de travailler et gagner en maturité. Je fais tous ces rappels pour dire que même lorsque vous êtes ami à quelqu’un, il ne peut rien faire pour vous si vous n’êtes pas à la hauteur. L’amitié peut faciliter les choses mais elle ne peut pas combler les lacunes éventuelles. Peut-être que ceux qui mettent notre amitié en avant veulent nous résumer à cela alors que ce n’est pas que cela. C’est vrai que cette amitié existe. Et je rends grâce au Ciel qu’elle existe. Mais s’il n’y avait pas de socle pour tenir cette amitié, s’il n’ y avait pas de compétence pour faire le travail qui m’a été confié, vous conviendrez avec moi que cela ne durerait pas. Il faut souligner aussi qu’en termes d’ancienneté, je ne suis pas non plus le dernier venu au parti. Et ceux qui sont tentés de croire à cette hypothèse, je ne crois pas qu’ils remettent en cause notre contribution pour le parti. Je tiens seulement à noter que tout se tient par le travail. Si vous travaillez, tout le reste concourt à vous faire progresser ou pas. Si vous ne travaillez pas, quel que soit ce qui est au tour, ça ne marchera pas.

Vous avez été élu sur la liste nationale de l’ADF/RDA. Avez-vous une base politique ?

Si vous n’avez pas de base, vous ne pouvez pas être élu ! Je suis également conseiller municipal dans une commune du Boulkiemdé. Toutes ces questions que vous posez ont été des obstacles à franchir. J’ai bénéficié du suffrage populaire puisque ayant été élu. Peut-être que certains de mes détracteurs auraient souhaité que je ne sois pas élu pour qu’ils puissent clamer que l’intellectuel que je suis n’a pas d’ancrage sur le terrain. Hélas pour eux, parce qu’il y a bel et bien un ancrage sur le terrain. Certes, je suis un simple humain avec mes limites. Mais je souhaite qu’on puisse travailler à m’améliorer plutôt que de travailler à m’abaisser ou de chercher à m’affaiblir. L’un des problèmes de l’Afrique réside en cela. Quand on a des personnes que l’on peut encourager, que l’on peut soutenir parce qu’elles peuvent représenter quelque chose, on a tendance à travailler à les dénigrer. Et c’est dommage, car pour moi, ce n’est pas ce qu’il y a de mieux à faire.

Vous venez de publier un livre intitulé « Jeunes d’Afrique, agissons ». Pourquoi ce livre et qu’est-ce que vous voulez véhiculer à travers ce livre ?

J’ai voulu ainsi donner un sens à mon engagement politique. Pour moi la politique ne doit pas être le lieu de toutes les dérives, ni le lieu de toutes les vilenies. Je conçois la politique comme étant quelque chose de noble. Quand vous vous y engagez, vous devriez avoir la pleine conscience de la responsabilité qui est la vôtre. Car vous vous y êtes engagé librement sans contrainte. J’ai voulu simplement rappeler que la politique a des exigences. J’ai voulu également exprimer avec mes mots, mon désarroi sur la situation de l’Afrique tout en expliquant à la jeune génération que nous avons une lourde responsabilité. Par moment, nous critiquons ou nous nous plaignons. Mais nous ne devrions pas nous limiter à cela. Nous devons pouvoir par l’action, apporter aussi notre touche. Il ne faut pas se contenter de critiquer. Mais il faut travailler à passer à l’étape d’après qui est de faire par nous même. Lorsque vous essayez de faire par vous-même, vous ne réussirez peut-être pas à tous les coups mais vous allez vous rendre compte si vous allez pouvoir oui ou non faire ce que vous souhaitez que les autres fassent. Et là ça change tout. Un adage dit souvent que le grand lutteur se trouve hors de l’arène. Mon souhait est que les jeunes soient dans l’arène pour que le potentiel que nous avons aujourd’hui puisse servir à quelque chose. J’entends souvent dire que « tout est verrouillé, on ne nous laissera pas de la place ». Oui, on ne nous laissera pas de la place ; il faut aller conquérir cette place. Il faut accepter faire ce gros travail, vivre cette souffrance, voire cette pénitence qui permet de se réaliser. Le livre veut donc rappeler aux jeunes leurs responsabilités et de donner une solution aux insatisfactions qui sont miennes et que je crois sont partagées. Dans le livre, je donne des pistes qui me semblent être intéressantes à explorer pour donner à notre continent et à nos Etats, un avenir plus resplendissant. Je crois au rêve africain et je sais qu’il est réalisable. Cela demande un gros sacrifice et c’est à cela que je veux inviter les africains de ma génération en leur disant que nous n’avons pas le choix. Nous ne pouvons pas faire comme si de rien n’était et nous avons à assumer ce que nous sommes. Nos grand-parents ont fait ce qu’ils pouvaient. Ils ont mené leur combat pour obtenir l’indépendance de nos pays. Nos parents ont construit les premières structures nationales : les premières universités, les premiers hôpitaux etc. Mais qu’est-ce que notre génération va faire ? J’invite notre génération à poursuivre le combat et à faire en sorte que la promesse d’une Afrique forte-parce que unie-, puisse être concrétisée. J’invite la jeunesse à se battre pour l’unité de l’Afrique. Je propose une voie qui pourrait nous mener vers cette unité : c’est le « fraternisme ».

La jeunesse que vous interpellez est confrontée à des problèmes multiples liés à la formation, l’analphabétisme, le chômage etc. Ce qui hypothèque son autonomie et ses initiatives. En tant que leader politique, quel plaidoyer faites-vous auprès des gouvernants pour aider à desserrer l’étau sur les jeunes pour leur permettre d’exprimer leur potentiel ?

Aujourd’hui, il faut que les gouvernants soient davantage plus audacieux. J’ai pris une posture qui dit que c’est aux jeunes de prendre aussi leur responsabilité. Mon combat est qu’il y ait une nouvelle génération d’hommes et de femmes politiques aux affaires. Maintenant, il ne s’agit pas juste d’être aux affaires. Il s’agit de ne pas reproduire ce que nous même nous critiquons. Si on attend que ceux qui gouvernent actuellement trouvent les solutions à tous les problèmes, on attendra encore longtemps. Il y a qu’en s’engageant qu’on devient un acteur pour trouver les solutions. Si on veut trouver une réponse aux problèmes des jeunes, il faut que les jeunes soient impliqués à la recherche et à la mise en œuvre de cette réponse. Sinon ce sera des solutions décalées. Je suis conscient aussi des difficultés qui assaillent la jeunesse. Mais Je ne crois pas qu’on puisse trouver des solutions individuelles. Je ne crois pas que par la division, nous puissions régler les problèmes. Mais tout cela passe d’abord par un engagement et une ambition. Les belles phrases ne règlent pas les problèmes. Si l’on veut apporter des solutions aux problèmes de chômage, le Burkina Faso ne peut pas le faire seul. On a besoin de trouver des solutions dans un espace global et intégré. Souvenez-vous de cette phrase du président Sankara à propos de l’armement en Afrique. Il avait dit en substance qu’il ne servait à rien de nous armer de coutelas, si non qu’à nous entre déchirer avec. Ce n’est pas avec cela qu’on va se défendre. Et effectivement, l’exemple récent de cette triste réalité nous a été donné par la crise malienne. Quelle armée d’un pays de la CEDEAO a pu faire quelque chose quand il y a eu l’agression contre le Mali ? Aucune ! Pourtant, chacun des Etats membres dépense des milliards dans l’armement ! Mais ça sert à quoi finalement ? Nous devons avoir de l’audace dans notre engagement politique et nous unir. J’ai voulu que ce livre soit un support pour la discussion et pour l’action. J’invite à l’action réfléchie. Ce livre décrit quel type d’homme politique je veux être, quel type de combat je veux mener. Et ce que je souhaite, c’est de voir des milliers d’autres jeunes qui acceptent de franchir le pas et de mener le combat avec les valeurs qui sont décrites dans le livre.

Vous faites partie des leaders politiques qui utilisent à fond les réseaux sociaux pour communiquer. Quelles vertus trouvez-vous en ces outils ?

Un homme politique doit être en contact avec les populations parce que c’est au nom de la population que vous faites de la politique. Les réseaux sociaux nous offrent l’opportunité d’être en contact avec les populations. Par ce biais, on arrive à instaurer des échanges et un système d’interpellation. Cela nous permet d’avoir des contacts direct avec des citoyens et des citoyennes qui ne sont pas forcement nos militants.

Dans le débat actuel, l’ADF/RDA n’a pas une position facile. Elle appartient à la majorité et est contre la modification de l’article 37. Comment le parti vit-il cette situation ?

On n’a aucun problème. Ou bien voulez vous dire qu’être de la majorité devrait nous amener à tout accepter ?

Il y a quand même une alliance avec le CDP et le président Compaoré et probablement une certaine discipline qui encadre cette alliance !

Ce qui fonde notre appartenance à la majorité, c’est le programme de notre candidat qui a été élu. Ces points que vous évoquez ne se trouvent pas dans le programme ! L’accord qui nous lie au CDP et au président du Faso est au tour de ce programme. Maintenant, s’il y a des questions qui apparaissent en cours de mandat avec des débats qui sont ouverts, acceptez à ce moment là que l’on soit libre de penser et libre de donner notre avis.

Même si la modification de l’article 37 ne figure pas dans le programme commun que vous avez défendu avec le CDP lors de la dernière présidentielle, n’empêche que les fruits d’un tel projet devraient profiter en principe à votre candidat, Blaise Compaoré !

Nous ne fonctionnons pas en termes d’individus. Chaque fois que nous prenons une position, nous la prenons d’abord pour notre pays. Si on n’a pas cela en tête, on ne comprendra jamais les positions de l’ADF/RDA. Aujourd’hui nous devons nous poser la question de savoir qu’est-ce qui est bon pour notre pays, pour la démocratie, pour la paix au Burkina Faso. Nous nous sommes posés ces questions et c’est ce qui nous a amené à prendre les positions qui sont les nôtres et que vous connaissez. Nous ne réfléchissons pas individu, nous réfléchissons groupe, Etat, nation. C’est cela qui est important pour nous.

Avec cette position, n’avez-vous pas des couacs avec votre partenaire principal qu’est le CDP, le parti au pouvoir ?

Je ne sais pas ce que vous entendez par couac. Notre position est publique. Elle n’est pas seulement exprimée au sein de la majorité. Nous assumons notre position et cela ne nous empêche pas de fonctionner.

Mais pourquoi ne rejoignez vous pas le Chef de file de l’opposition (CFOP) pour défendre avec vigueur et plus d’efficacité le respect de la constitution, notamment en son volet limitation des mandats ?

Pourquoi le CFOP ne nous rejoindrait-il pas ? Pourquoi voulez-vous que ce soit dans ce sens ?

Juste parce que le CFOP a été institué par une loi de l’Assemblée nationale. C’est un cadre légal qui regroupe des partis politiques !

J’aurais aimé aussi que vous posiez la même question au CFOP pour savoir pourquoi il ne viendrait pas vers l’ADF/RDA pour mener ce combat ?

Dans la même veine, pourquoi l’ADF/RDA n’est pas membre du Front Républicain ?

Nous avons déjà donné la réponse. En tant que parti de paix, nous sommes pour le dialogue et la concertation. Pour nous le dialogue doit prendre en compte toutes les parties. Parce que si vous ne dialoguez pas avec tout le monde, vous réduisez vos chances de parvenir à un compromis solide. Nous avions le sentiment que le Front républicain réunissait déjà des personnes qui avaient une vision et une lecture commune d’une question. Nous aurions souhaité que l’on ait un cadre plus élargi qui prenne en compte des personnes avec des avis totalement différents. Voilà pourquoi nous avons estimé que pour l’heure, on ne pouvait pas participer au Front républicain.

Est-ce que ce n’était pas aussi une stratégie pour éviter d’affronter l’UNDD et Hermann Yaméogo, votre ancien compagnon ?

Nous n’avons aucun problème avec l’UNDD. Les responsables de l’UNDD et de l’ADF/RDA se parlent et discutent souvent.

Si le pouvoir tentait de passer en force pour organiser un référendum, que fera l’ADF/RDA ?

C’est clair que cette question est posée au sein du parti. L’ADF/RDA est un parti cohérent et il restera cohérent et logique. Nous ne sommes pas de ceux qui se dénient. Si la situation venait à se présenter, nous l’analyserons froidement et nous tirerons les conséquences qui s’imposent en restant logique avec nous même.

Devrait-on s’attendre à une rupture de l’alliance avec le pouvoir ?

La question du réferendum n’est qu’une hypothèse pour le moment. Attendez que cette hypothèse se confirme et vous verrez comment nous réagirons.

Quelle est la position du parti sur l’idée d’une "transition démocratique apaisée après la fin de l’échéance constitutionnelle du président Blaise Compaoré" telle que proposée par la médiation ?

Je crois que c’est à la médiation de répondre à cette question. Nous attendons que la médiation donne plus de détails et à ce moment là nous nous prononcerons.

Donc vous n’avez pas encore une idée claire de ce que propose la médiation ?

Je n’ai pas dit ça ! Je ne veux pas me mettre à la place de la médiation pour expliquer ce qui est une proposition de la médiation. Vous comprendrez que ce n’est pas élégant et respectueux ! Chacun de nous a naturellement sa petite compréhension. Mais il faut attendre d’avoir un contenu précis et clair avant toute prise de position. Cela évitera que les uns et les autres fassent des interprétations et des supputations. Vous comprendrez qu’en tant que parti responsable, nous ne pouvons pas nous adonner à des supputations.

Voulez-vous dire qu’en tant que membre de la majorité, participant à la médiation, il ne vous est jamais venu à l’idée de demander aux médiateurs de clarifier et d’expliciter leurs propositions ?

Nous n’avons pas encore atteint ce stade. Vous avez suivi l’évolution des choses. Nous n’avons même pas encore ouvert les débats. Cela veut dire que les questions de fond n’ont pas encore été entamées. Jusque là, nous sommes au stade des préalables. Nous ne sommes pas encore dans le vif du sujet.

Que proposez-vous concrètement pour une sortie de crise, si crise il y a même !

Le Burkina Faso a su traversé pas mal d’épreuves parce que les hommes et les femmes de ce pays sont des hommes de compromis. Ils ont toujours su se surpasser par moment pour l’intérêt supérieur de ce pays. Je souhaite du fond du cœur que nous puissions demeurer des hommes et des femmes de compromis pour notre pays. Aujourd’hui, nous sommes dans une situation où il nous faut négocier. Quand j’utilise, le mot négocier, je l’utilise dans son sens le plus large parce que la situation du Burkina n’est pas ordinaire.

Pourquoi la situation du Burkina n’est pas ordinaire selon vous ?

La situation est non ordinaire parce que vous avez la même personne qui est au pouvoir depuis plus d’un quart de siècle. Et devant une situation non ordinaire, vous ne pouvez pas apporter juste des réponses ordinaires. Et hélas, la tentation de perdre de vue cette réalité est très forte. Nous avons tendance à nous comparer à des pays où le renouvellement des dirigeants est quasi systématique au bout de deux mandats. Je suis convaincu que le Burkina Faso parviendra naturellement à ce type de renouvellement à la tête de l’Etat sans que personne ne se pose des questions. Mais dès l’instant où les gens-surtout les journalistes- se posent la question de savoir est-ce que le président se représentera en 2015 alors que la constitution est pourtant claire, c’est que nous sommes dans une situation extraordinaire. Si non ailleurs, cela ne souffrirait pas de débat et personne ne se poserait de telles questions. Il nous appartient d’être suffisamment tolérant pour pouvoir nous parler carte sur table. Ceux qui sont pour la modification de l’article 37 et ceux qui sont pour le respect de la disposition en vigueur de cet article dans la constitution doivent pouvoir dialoguer et développer leurs arguments. Cela aura l’avantage d’éviter un affrontement violent. Parce que nous pensons à l’ADF/RDA en tant que parti de paix, que nous de devons pas résoudre les problèmes par la violence. Car même après l’usage de la force, les protagonistes en règle générale finissent par se parler. Nous pensons qu’à travers la négociation, nous pouvons discuter et faire l’économie de la force.

Quel peut être le contenu de cette négociation que vous prônez ?

Nous, nous pensons à l’ADF/RDA que la limitation des mandats est un principe démocratique fort. A côté, il y a d’autres qui ont aussi une conception différente. Voyant venir l’affrontement, nous estimons que le dialogue constitue un impératif.

Mais vous n’êtes pas sans savoir que l’esprit de l’article 37 de la constitution, c’est d’éviter qu’une seule personne dirige le pays plus de dix ans d’affilés !

Evoquer ce principe face à un militant de l’ADF/RDA, c’est prêcher à un convaincu. C’est les autres qu’il faut convaincre afin de nous épargner la violence. Nous sommes à l’avant-garde du combat pour le respect de la limitation des mandats présidentiels. Parce que quand nous plaidions pour la limitation de ces mandats présidentiels, certains des partis qui embouchent la même trompette aujourd’hui n’étaient pas encore créés ! Le défi actuel c’est de convaincre ceux qui pensent autrement.

Comment pourrait-on les convaincre alors ?

Il faut d’abord accepter le principe du dialogue et se dire que la solution passe par cette voie. Si on refuse cela, il nous reste une seule option : la violence. Dans le contexte actuel, il y a trois issues possibles. Soit un des camps jette l’éponge, soit on trouve un compromis, soit on s’affronte.

Quelle issue privilégiez-vous ?

Pour nous, il faut travailler sur le compromis. Parce que la démocratie n’est qu’une question de compromis. En démocratie, vous n’avez pas ou le oui ou le non ! Et je vous disais tantôt que les burkinabè sont des hommes de compromis.

Avez-vous confiance à la médiation ?

Nous avons pleinement confiance à la médiation. Car ce sont des hommes de bonne volonté qui veulent éviter justement l’affrontement entre les burkinabè à travers leur initiative de la médiation.

L’ADF/RDA n’a pas fait une bonne moisson lors des municipales du 23 février dernier. Qu’est-ce qui pourrait expliquer cela ?

Nous nous sommes présentés dans 4 circonscriptions. Nous avons engrangé des sièges dans 3 circonscriptions électorales. On pensait avoir un meilleur score dans 2 des circonscriptions mais malheureusement, cela ne s’est pas passé comme prévu. Nous sommes en train de collecter les informations avec les autres frères du parti qui ont pris part aux élections afin de peaufiner notre analyse.

L’ADF/RDA n’est pas membre du gouvernement Tiao. Plusieurs versions ont circulé aux lendemains de la formation de ce gouvernement. Qu’en est-il exactement ?

C’est une question à poser au chef du gouvernement. Nous ne constituons pas le gouvernement. Notre ligne de conduite a toujours été de laisser la personne responsable du gouvernement de donner des explications et le premier ministre s’est déjà exprimé sur la question. Et vous aurez noté que l’ADF/RDA n’a pas fait de commentaire sur les déclarations du chef du gouvernement parce que le parti estime qu’en démocratie, les rôles sont définis.

L’ADF/RDA présentera t-il un candidat en 2015 ?

L’ADF/RDA a toujours présenté un candidat à la présidentielle.

Mais est-ce qu’en 2015, ce candidat sera-t-il issu de vos rangs, c’est-à-dire un candidat militant du parti de l’éléphant ?

Vous voulez dire que le candidat Compaoré que nous avons présenté en 2010 n’est pas issu de nos rangs ! (rires). En 2010, on a tenu un congrès extraordinaire qui nous a permis de designer un candidat. On va procéder de la même manière pour designer le candidat de la prochaine présidentielle de 2015. Nous avons toujours dit que l’ADF/RDA ne renoncera jamais à la conquête du pouvoir d’Etat et cela se vérifiera bientôt.

Interview réalisée par Touwendinda Zongo

MUTATIONS N°48 du 1er mars 2014. Bimensuel burkinabé paraissant le 1er et le 15 du mois (contact : mutations.bf@gmail.com, site web : www.mutationsbf.net)

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