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Salif Diallo, qui était « derrière tout alors qu’il voudrait être devant », est aujourd’hui un prince en rupture de « royaume » (3/3)

Accueil > Actualités > Politique • • samedi 15 mars 2014 à 01h28min
Salif Diallo, qui était « derrière tout alors qu’il voudrait être devant », est aujourd’hui un prince en rupture de « royaume » (3/3)

Salif Diallo a mis le feu aux poudres du CDP en accordant, à l’été 2009, un entretien à Ousséni Ilboudo, directeur des rédactions de L’Observateur Paalga. Ilboudo s’était déplacé à Vienne, où Diallo était ambassadeur, pour recueillir les propos de l’ex-ministre d’Etat, vice-président du parti présidentiel. Secrétaire à l’Organisation et aux Questions politiques du CDP, Diallo va être suspendu des organes du parti pour des déclarations inappropriées. Avant d’être réintégré, l’année suivante, après avoir rédigé son autocritique (cf. LDD Burkina Faso 0408/Jeudi 6 mars 2014).

2008, 2009, 2010, trois années au cours desquelles le destin de Diallo n’a cessé de basculer. Expression d’une nouvelle métamorphose politique et sociale du Burkina Faso, parfois difficile à gérer. D’abord, parce que la région est en ébullition ; ensuite, parce que c’était une crise de croissance et chacun sait que ces crises sont l’occasion pour les riches de devenir plus riches et pour les pauvres d’enrager de le rester.

En 2008, la lutte contre « la vie chère » va rythmer la vie du pays ; une « crise alimentaire » qui a permis de dégager en touche Salif Diallo, ministre d’Etat et de l’Agriculture dont l’ancrage au pouvoir paraissait éternel mais dont on dira alors que, laissant penser que tout aller bien, il n’avait pas alerté sur la situation agricole.

En 2009, ce sera le « drame burkinabè » : les inondations du « mardi noir » du 1er septembre ; des dizaines de milliers de sinistrés, des millions de mécontents et l’occasion, une fois encore, de dénoncer le « lobby des hommes d’affaires », ces transporteurs, importateurs, distributeurs alliés au pouvoir qui surfent sur les pénuries pour, dit-on, faire grimper les prix des produits alimentaires mais aussi du ciment, des briques, du gaz butane et propane…

2010 a été une année électorale qui a permis à Assimi Kouanda de s’imposer dans l’entourage du président du Faso ; la campagne a été soft et le résultat sans surprise. Mais la tempête va éclater en 2011 avec les « mutineries », y compris dans les rangs de la garde présidentielle. Un traumatisme pour l’ensemble de la population et de la classe politique. Tertius Zongo, qui venait d’être reconduit à la tête du gouvernement et de renouveler celui-ci (avec le retour sur le devant de la scène du docteur Bongnessan Arsène Yé, figure emblématique de la « Rectification »), perd son poste de premier ministre au profit de Beyon Luc Adolphe Tiao.

Chacun sait que, dès lors, tout le monde a le regard fixé sur l’horizon 2015. Alors que le président du Faso ne s’exprime qu’avec parcimonie sur la question, les partis ne cessent de dénoncer les manœuvres du pouvoir pour remettre en question l’article 37 de la Constitution qui limite à deux les mandats présidentiels. Parmi ces manœuvres dénoncées, la mise en place d’une chambre haute, le Sénat.

« 37 » et Sénat vont mobiliser les leaders de l’opposition. Et les populations urbaines (je dis bien « urbaines ») motivées, elles, par d’autres revendications (notamment la « lutte contre la vie chère », les connexions affairo-politiques et les dysfonctionnements de l’administration), vont s’agréger aux « marches ». Nous sommes en 2013 et le chef de file de l’opposition est Zéphirin Diabré, encore en phase d’apprentissage politique (cf. LDD Burkina Faso 0371/Vendredi 5 juillet 2013). Mais tout le monde parie, alors, sur un duel Compaoré/Diabré en 2015. Version burkinabè de la dernière présidentielle sénégalaise : Wade/Sall !

En 2014, la donne change. L’échéance 2015 c’est désormais demain. Roch Marc Christian Kaboré, deux ans après avoir décidé de ne pas se représenter à la présidence du CDP au nom de « l’alternance », va donc décider de quitter le parti, puis de fonder le sien. Tout va aller très vite (cf. LDD Burkina Faso 0402/Mardi 7 janvier 2014). Le 25 janvier 2014, à la Maison du peuple de Ouaga, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) sera fondé. Roch Kaboré, président ; Salif Diallo, premier vice-président ; Simon Compaoré, deuxième vice-président. Ce qui ressemble fort à un « Tout sauf Blaise » tant il est difficile de trouver un autre dénominateur commun à cette troïka. Qui se retrouve à surfer sur les mêmes mots d’ordre que Zéphirin Diabré : « 37 » et Sénat. Rien d’autre.

Il est vrai qu’après trente ans de compagnonnage avec Blaise, il est difficile à Roch/Salif/Simon de se draper dans cette virginité politique qu’ils revendiquent. Il est vrai, d’ailleurs, qu’ils ne ciblent pas directement le président du Faso mais son entourage. C’est Kouanda qui a été dénoncé comme le liquidateur du parti, après moins de deux ans à sa tête, dans la lettre de démission des nomenklaturistes du CDP. Mais aussi François Compaoré, frère du président du Faso, son conseiller économique aussi, mais surtout animateur de la Fédération associative pour la paix et le progrès avec Blaise Compaoré (Fedap/BC) qui se veut l’expression de la société civile et qui a fait de l’entrisme dans le CDP lors de son Vème Congrès (2-4 mars 2012), celui où Kouanda a pris la suite de Kaboré.

S’ils n’avaient été des figures de proue des « années Compaoré », les trois hommes ne mobiliseraient pas les foules. On l’a vu au Sénégal où ils ont été nombreux à croire qu’ils pouvaient, subitement, stigmatiser un régime qui les avait « inventés ». Il y avait trop plein, et c’est celui qui avait rompu le plus tôt avec le « Vieux » (en l’occurrence Macky Sall) qui l’avait emporté. Mais les Sénégalais ont vite compris que l’alternance des hommes politiques n’était pas pour autant la garantie d’une alternance des comportements politiques.

Roch/Salif/Simon + Zéphirin : à dix-huit mois de la présidentielle 2015, l’opposition est déjà bien fournie en têtes d’affiche. Beaucoup de voix pour pas grand-chose. Si ce n’est un rassemblement des mécontents. Le meeting du MPP à Bobo Dioulasso a été édifiant à cet égard. Salif Diallo a dénoncé dans le Fedap/BC une « association fantoche » et stigmatisé un « royaume » burkinabè où, à en croire Roch Kaboré, « une minorité arrogante continue à nous narguer ».

Diallo va même jusqu’à qualifier le possible recours au référendum pour décider de la réforme de l’article 37 « d’escroquerie politique »*. Il est loin le temps où Salif Diallo déclarait à la RTB (27 janvier 2008) : « Nous avons affaire à des adversaires politiques qui cherchent à conquérir le pouvoir, et nous œuvrons aussi à le conserver. Si donc nous pouvons accélérer leur décomposition interne, nous faisons des coups politiques, mais pas en-dessous de la ceinture. Je ne suis pas blanc comme neige dans cette situation. En tant que parti au pouvoir, nous avons l’appareil d’Etat, ce qui est une longueur d’avance sur l’opposition dans nos pays africains ». Diallo était alors un des « princes » du régime et pas encore en rupture avec ce qu’il appelle « le royaume » burkinabè ; et il n’était pas question de considérer le référendum comme une « escroquerie politique » !

Dans le camp d’en face, après le choc des événements du dimanche 5 janvier 2014, on panse les plaies et on bouche les trous. Assimi Kouanda, dans cette affaire, a été fragilisé. A tel point, d’ailleurs, qu’il a dû quitter ses fonctions de directeur de cabinet du président du Faso pour s’occuper, à temps plein, du CDP. A ses côtés, désormais, est monté en ligne Alain Yoda, président du groupe parlementaire CDP à l’Assemblée nationale. Dont la première démarche a été de rappeler où se trouve la « légitimité » : « Nous avons 70 députés, plus de 12.000 conseillers municipaux, 12 conseils régionaux sur 13. Je ne sais pas ce que vous voulez maintenant comme légitimité ». Un discours bien plus à destination des CDPistes que des opposants. Je dis bien des opposants car, aujourd’hui, il s’agit bien plus d’actes individuels (pour ne pas dire d’ambitions personnelles) que d’actions politiques structurelles.

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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