Basile L. Guissou, Ancien ministre burkinabè des Relations extérieures : « Il n’y a nulle part au monde une structure comparable à l’OUA »

jeudi 23 mai 2013 à 22h44min

Ancien ministre burkinabè des Relations extérieures et de la Coopération pendant deux ans (1984-1986) sous la période révolutionnaire, directeur de recherches en sociologie politique au Centre national de recherches scientifiques et technologiques (CNRST), Basile Laetare Guissou fait incontestablement partie des témoins et connaisseurs de l’histoire politique du Burkina Faso et de l’Afrique. Rencontré ce 20 mai 2013 au lancement à Ouaga 2000 des activités de commémoration des 50 ans de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) devenue Union africaine (UA), le délégué général du CNRST a bien voulu répondre aux quelques questions que nous lui avons posées sur l’OUA.

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Basile L. Guissou, Ancien ministre burkinabè des Relations extérieures : « Il n’y a nulle part au monde une structure comparable  à l’OUA »

Lefaso.net : Que vous inspire la présente célébration des 50 ans de l’Organisation de l’unité africaine ?

Basile L. Guissou : Il faut saluer le fait que notre ministère des Affaires étrangères et de la Coopération ait initié cette commémoration des 50 ans de l’Organisation de l’unité africaine. Parce qu’à l’évidence, l’Afrique vient de loin. Je disais tantôt qu’en 1945, à la sortie de la seconde guerre mondiale, quand on créait l’Organisation des Nations-Unies, il n’y avait que deux pays africains présents : l’Ethiopie et le Libéria. Tout le reste de l’Afrique n’existait, appartenait à l’extérieur. C’était des propriétés des pays européens colonisateurs.

Mais, en 1960 il y avait déjà 32 pays africains indépendants qui se sont réunis à Addis pour créer l’Organisation de l’unité africaine.

Et aujourd’hui, nous sommes en présence d’au moins 54 Etats qui commémorent les 50 ans de la création de cette organisation continentale qui est unique en son genre. On ne le dit pas assez, il n’y a nulle part au monde une structure comparable l’OUA.

Parce que c’est d’abord une structure politique, ailleurs, c’est des unions économiques. C’est la seule structure qui réunit des Etats d’un même continent à cette échelle et avec des objectifs purement politiques. L’OUA a été créée pour garantir l’intégration africaine et surtout la libération du colonialisme et de l’apartheid. Ces objectifs ont été largement atteints. Maintenant, il reste à intégrer l’Afrique, à construire une économie qui tienne la route, à résister aux chocs externes qui déstabilisent de nombreux pays africains.

Qu’est-ce qui a changé pour l’Afrique entre l’époque que vous étiez ministre des Relations extérieures et de la Coopération et maintenant ?

A l’époque, le poids de l’Afrique dans les affaires du monde étaient nettement inférieur à ce qu’il est aujourd’hui. A tous les points de vue, le poids du continent dans les affaires du monde a augmenté de 1984 à aujourd’hui.

Le Premier ministre Tiao vient de relever l’action du Président du Faso en matière de paix sur le continent. Qu’en dites-vous ?

C’est quand même l’actualité brûlante. Prenez le Mali, la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Togo, et même le Niger, dans presque tous les pays voisins, le Burkina s’est investi en criant haut et fort, « si le toit du voisin brûle, prépare toi », parce que si tu ne l’aides pas à éteindre le feu, ça va prendre chez toi. Nous ne le faisons pour les autres, nous le faisons d’abord pour nous-même en nous impliquant dans le recherche des solutions aux crises.

Mais, au Mali le Burkina après avoir prôné le dialogue, a fini par entrer en guerre en y envoyant ses troupes….

Ecoutez, les deux vont ensemble. Moi je suis un dialecticien-là. Ce n’est pas unilatéral. C’était le dialogue ou la guerre. Dans tous les cas, qu’on commence par l’un ou l’autre, il est préférable de résoudre les différends par la discussion et le dialogue. C’est ce que les esprits raisonnables souhaitent. Mais, malheureusement, tout le monde n’est pas raisonnable. Quand les autres vous tirent dessus, vous êtes obligés de dégainer aussi si vous voulez faire entendre.

Quels sont, selon vous, les défis à venir de l’Union africaine ?

Pour moi, c’est très simple. Je crois que l’Afrique, comme le dit Joseph Ki-Zerbo, doit refuser de rester un ustensile aux services des autres, pour créer son propre agenda. C’est tout. Il faut qu’on cesse de dépendre des autres. Pour ne pas dépendre des autres, il faut être uni. Je crois fermement que le cercle à venir sera le siècle de l’Afrique. Parce que le processus d’intégration, qu’on veuille ou pas, est en marche. Et plus on va échouer, mieux on va se comporter et plus vite l’intégration va se faire. C’est une évidence, aucun pays africain ne peut s’en tirer seul, qu’il soit classé premier ou cinquante quatrième.

Mais, quel est le rôle des chercheurs que vous êtes dans la dynamique de construction de cette Afrique de demain ?

Les chercheurs ont beaucoup fait. Si je vous cite les travaux de Joseph Ki-Zerbo, Cheick Anta Diop, Théophile M’Benga, Kwamé N’Krumah, etc., vous verrez qu’ils jouent un grand rôle. Les productions de cette élite intellectuelle qui écrit, fait des recherches et des publications pour indiquer toujours mieux pourquoi l’Afrique peut et doit aller à l’unité.

C’est un long chemin qui a été parcouru. Et la structuration actuelle de l’Union africaine à partir des régions me semble une formule qui marche. Par exemple pour la crise au Mali, c’est la CEDEAO qui est en première ligne. Pour la Centrafrique, c’est l’équivalent de la CEDEAO, la CEMAC qui est aussi en première ligne.

Entretien réalisé par Grégoire B. BAZIE

Lefaso.net

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