Gaèl Yaméogo, directeur provincial de l’Agriculture du Houet : « Les JNP, ce n’est pas des journées perdues ou simplement festives »

mardi 23 avril 2013 à 22h08min

Du 25 au 27 avril 2013, la cité du paysan noir sera le point de convergence des producteurs du Burkina. Objectif : réfléchir sur le thème de la sécurité alimentaire et de la résilience des populations. Pour avoir une idée sur le degré d’implication des acteurs provinciaux à cette grande messe, de leurs conditions de travail, leurs attentes, nous avons échangé avec Gaèl Yaméogo, directeur provincial de l’Agriculture et de l’hydraulique du Houet. A l’évidence des défis restent à relever.

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Gaèl Yaméogo, directeur provincial de l’Agriculture du Houet : « Les JNP, ce n’est pas des journées perdues ou simplement festives »

Lefaso.net : L’actualité du moment dans votre ministère c’est bien la Journée nationale du paysan. Quelle est donc votre degré d’association dans l’organisation de cette journée ?

Gaèl Yaméogo : Il faut dire que nous sommes fortement associés dans l’organisation de la Journée nationale du paysan. A partir du moment où les producteurs qui prennent part à ces journées sont des personnes que nous côtoyons au quotidien. Et il faut savoir qu’avant ces journées, des fora sont organisés dans toutes les régions. Au cours desquels, on mène des réflexions sur l’ensemble des contraintes que les producteurs rencontrent. C’est fort de ces réflexions, menées avec les producteurs qu’ils partent aux JNP pour aller exposer leurs problèmes.

Lefaso.net : Quels sont les problèmes majeurs issus des fora au niveau de la région des Hauts-Bassins et plus spécifiquement au niveau de la province du Houet ?

Gaèl Yaméogo : Il est bon de savoir que les réflexions devant conduire aux JNP ont toujours un lien avec le thème. Le thème de cette 16ème édition étant « Sécurité alimentaire et résilience des populations : enjeux et défis » les producteurs ont plus évoqué l’impact des changements climatiques sur l’agriculture au Burkina. Une des recommandations des paysans pour ces JNP est aussi de voir comment on pourrait accroitre les terrains irrigués. En effet, l’accroissement de ces terrains nous permettra de maitriser les productions, sinon on sera toujours dans les incertitudes tant qu’on ne maitrisera pas l’eau.

Lefaso.net : Concrètement, est-ce que le Burkina subit l’impact des changements climatique tant décrié ailleurs ?

Gaèl Yaméogo : Bien sûr. Par exemple il y a deux ans de cela, il nous a manqué seulement une semaine de pluie pour pouvoir bloquer la campagne dans de très bonnes conditions. Malheureusement, on ne les a pas eus et au finish la province était déficitaire. C’est pour dire à quel point nous sommes étroitement liés à la pluviométrie qui est souvent capricieuse et de plus en plus influencée par les changements climatiques. Il faudra donc, pour faire face aux conséquences de ces changements qu’on maitrise l’eau, qu’on parte vers l’agriculture irriguée et voir comment mettre l’accent sur la transformation des produits agricoles.

Les JNP c’est surtout des échanges entre paysans et dirigeants, surtout la rencontre avec le président du Faso. Est-ce selon vous des instants de réflexions ou une partie festive ?

Gaèl Yaméogo : Non, les réflexions continuent pendant les JNP. Ce n’est pas du tic au tac qu’on aura des solutions au problème des producteurs. Et les JNP sont un cadre d’échanges qui permet à chaque acteur de prendre en compte ce qu’il peut apporter comme contribution et voir ce qu’on peut avoir comme alternative pour qu’ensemble on puisse améliorer l’agriculture du Burkina. Les JNP, ce n’est donc pas des journées perdues ou simplement festives.

Revenons un peu à votre direction provinciale. Concrètement quel est votre rôle dans le dispositif agricole de la province du Houet ?

Gaèl Yaméogo : La direction provinciale de l’Agriculture et de l’Hydraulique est la dernière des directions entre le ministère et les paysans. Nous sommes donc chargés d’accompagner les paysans dans l’application des politiques agricoles adoptées par notre pays. Par exemple, prenons le cas de l’opération engrais qui fait partie de ces politiques. Au début de chaque campagne agricole (sèche et humide), l’Etat met à notre disposition des intrants à savoir de l’engrais subventionnés, du NPK, de l’urée, et du Burkina phosphate qui est fortement subventionné. A l’orée donc de chaque campagne on reçoit les engrais et c’est à nous de mettre ces engrais à la disposition des producteurs qui sont ouverts aux conseils des techniciens sur le terrain.


Lefaso.net : Vous côtoyez les paysans tout au long de l’année. Quelle sont les difficultés qui reviennent le plus à votre niveau de la part de ces derniers ?

Gaèl Yaméogo : L’Etat nous accompagne dans la distribution des engrais. Mais il y a une insuffisance de dotation dans notre province. Ce qui ne permet pas de couvrir toutes les demandes. Avoir donc ces engrais en quantité suffisante est une préoccupation majeure des paysans.

Lefaso.net : Il y a des techniciens agricoles qui se plaignent du fait qu’ils sont parfois obligés d’effectuer des déplacements avec leurs propres engins et même avec leur propre essence. Est-ce le cas ?

Gaèl Yaméogo : On avait assez de problèmes auparavant. Mais depuis quelques années l’Etat fait beaucoup pour nous en accroissant ou en renouvelant nos motos. Pour ce qui est de l’essence, actuellement chaque agent a au moins une dotation en essence. Mais il faut le reconnaitre, des difficultés existent. Ce qui amène les travailleurs à faire souvent des sacrifices.

Vos attentes vis-à-vis des paysans ?

Gaèl Yaméogo : A l’adresse des paysans je leur demanderai d’écouter les conseils des agents sur le terrain. Par exemple, pour ce qui est de l’importance de la fumure organique dont on parle depuis déjà des années, des producteurs trainent toujours le pas. Et pourtant leur utilisation accroît à coup sûr les rendements. Par ailleurs, les producteurs doivent accepter de travailler en groupe, de constituer des groupements par filière pour faciliter les séances d’encadrement et d’appui technique. Et même en terme financier, les producteurs organisés ont plus de chance de pouvoir bénéficier de l’accompagnement des institutions financières.

Interview réalisée par Ousséni Bancé

Lefaso.net

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