ROPPA : Convaincre pour une forte taxation à l’importation des produits de première nécessité

mercredi 12 décembre 2012 à 15h55min

Le Réseau des organisations paysannes et de producteurs agricoles de l’Afrique de l’ouest (ROPPA) a engagé une campagne de dialogue sur les politiques agricoles et commerciales au sein des Etats membres de la CEDEAO et de L’UEMOA. Pour plus de visibilité de cette campagne qui intervient à un moment où ces deux espaces communautaires se retrouvent à Abidjan (11 et 12 décembre) en vue notamment d’adopter des tarifications sur les produits première nécessité en excluant le ROPPA jusque là associé, le vice-président du Réseau Ibrahima Coulibaly assisté de Amidou Tiémogo et de Seydou Ouédraogo, ont animé un point de presse. C’était le 10 décembre 2012 à Ouagadougou.

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ROPPA : Convaincre pour une forte taxation à l’importation des produits de première nécessité

Crée en juin 2000 par des organisations paysannes de 10 pays de l’Afrique de l’Ouest pour constituer une capacité collective de dialogue et de négociation avec les décideurs politiques au niveau des institutions régionales et des Etats en vue de mettre en place des politiques agricoles, commerciales et de développement rural qui favorisent l’agriculture paysanne, le ROPPA entend faire taxer à 50% les produits de première nécessité à l’importation au sein de notre région ouest-africaine. Ce qui ne semble pas encore rencontrer l’adhésion de L’UEMOA et de la CEDEAO.

Les produits de consommation courante dans nos espaces communautaires sont très faiblement taxés, a indiqué M. Coulibaly. Et de prendre l’exemple du lait en poudre et du riz qui sont taxés respectivement à 5% et 10%. Il en est de même de l’importation des poussins de race qui est taxée à 5%. Cette situation rend nos Etats structurellement et fortement importateurs, donc à économie faible, non compétitive et à autosuffisance alimentaire compromise, a –t-il poursuivi. Il faut que nos Etats sortent de ce bourbier, et c’est possible ; a-t-il lancé, avant de citer l’exemple du Kenya qui, en plus de taxer fortement l’importation du lait a soutenu les éleveurs de vaches laitières en 8 ans, est devenu autosuffisant et mieux, exportateur de lait. A l’opposé, a-t-il ajouté, le Burkina dépense chaque année 10 milliards et le Mali 20 milliards pour l’importation du lait en poudre.

Pour inverser la tendance, il revient aux organisations de la société civile en l’occurrence le ROPPA, aux ONG, de convaincre nos Etats à consentir une forte taxation commune aux espaces communautaires de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO et UEMOA). « Il faut qu’on se réveille, qu’on se donne la main, sinon on ne va jamais s’en sortir en Afrique », a martelé M. Coulibaly. Mais déjà, il dit se réjouir d’une écoute particulièrement favorable auprès des gouvernements sénégalais et burkinabè. Encore faut-il une forte mobilisation des organisations de la société civile dans les différents pays, étant donné qu’il ne s’agit pas seulement de défendre les intérêts des agriculteurs, mais de toute la société.

Pour Hamidou Tiémogo, le chargé des relations extérieures et communication de l’Association pour la promotion de l’élevage au sahel et en savane (APESS), les politiques agricoles des Etats membres de nos espaces communautaires doivent être communes et protectrices des agriculteurs qui doivent en plus être soutenus. Et ce soutien, il revient aux Etats de l’apporter, et non au ROPPA qui vise essentiellement à influencer sur les politiques agricoles des pays membres, sans intervention directe au sein des producteurs, a précisé M Tiémogo.

Quant à Seydou Ouédraogo de la Confédération paysanne du Faso (CPF), il est temps que nos Etats arrêtent d’aller individuellement aux négociations internationales comme celles conduites par l’OMC en matière commerciale, car ils ne peuvent peser sur les décisions qui leur seraient défavorables. Il paraît impératif que la CEDEAO ou l’UEMOA conviennent d’une taxation commune assez forte des produits de grande consommation et qu’elles portent la voix commune aux Etats membres à ces instances internationales.

Fulbert PARE (Stagiaire)

Lefaso.net

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Vos commentaires

  • Le 12 décembre 2012 à 18:07
    En réponse à : ROPPA : Convaincre pour une forte taxation à l’importation des produits de première nécessité

    Que chacun m’excuse mais abandonné la lecture quand je lis "une taxation de plus de 50% des produits de première nécessité".Pour moi c’est du n’importe quoi car il est bien écrit "produits de première nécessité" et donc des produits vitaux et non des produits de luxe.Alors taxer 50% des produits vitaux,c’est comme se suicider.Est ce que le Burkina est autosuffisant ?La réponse est non.Que ces gens arrêtent leur comédie

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    • Le 13 décembre 2012 à 11:03
      En réponse à : ROPPA : Convaincre pour une forte taxation à l’importation des produits de première nécessité

      Je suis tout à fait d’accord avec mon prédécesseur que sans garantir une certaine offre en produits de première nécessité il serait imprudent de taxer de plus de 50% l’importation de ces produits. Alors, commençons par là messieurs.

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    • Le 13 décembre 2012 à 11:27, par RICARNO
      En réponse à : ROPPA : Convaincre pour une forte taxation à l’importation des produits de première nécessité

      cher ami, si je puis me permettre de te donner un conseil, ce serait de terminer ta lecture. Ton raisonnement n’est pas totalement faux, cependant il n’est pas très poussé. Il faut qu’on apprenne à voir plus en profondeur au lieu de toujours voir le superficiel. La taxation à 50% que réclame le ROPA, ce n’est autre chose qu’une proposition qui mènera à des négociations. Le but visé ici est l’auto suffisance alimentaire pour le Burkina Faso. Nous sommes trop dépendant de l’extérieur. Des produits de première nécessité on n’en a ici au Faso, le problème est que nos paysans (agriculteurs, éleveurs,...) n’ont pas les moyens sophistiqués pour produire à moindre coût, du coup les produits à l’importation malgré la taxation à 5% et/ou 10% que je qualifierai de dérisoire est fortement de taille à décourager la production locale. Avec des taxations plus élevées, les consommateurs que nous sommes serions obligés d’acheter et de consommer "burkinabé", par conséquent, les paysans produiraient plus et par déduction logique c’est l’économie du pays qui en profitera.... A bon entendeur...

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  • Le 13 décembre 2012 à 17:06, par BILA
    En réponse à : ROPPA : Convaincre pour une forte taxation à l’importation des produits de première nécessité

    Juste pour faire partager un article écrit sur ma page Facebook en 2010.

    La hausse des prix des productions agricoles nationales a suscité une réflexion abondante que je salue. Toutefois je reste inquiet au regard du dénominateur commun de toute cette réflexion qui se résume à un appel au maintien des prix agricoles à des niveaux bas. En rappel, cette vision de politique agricole n’est pas une nouveauté, elle a toujours été appliquée dans notre pays par une constitution de stocks dits de sécurité ou par la mise en concurrence délibérée des productions agricoles nationales avec celles importées.

    Ce choix reste injuste car il maintient les revenus de plus de 80% des Burkinabé. Il est économiquement non viable dans notre contexte national en ce sens que la baisse des prix ne se compense pas par une amélioration des rendements mais par une expansion des surfaces qui à pour conséquence la dégradation des ressources naturelles, une augmentation de l’offre nouvelle ainsi que de nouvelles chutes de prix. La rupture d’un tel cercle vicieux ne se traduisant que par un exode rural croissant doublé d’une pénurie alimentaire. Les émeutes de la faim constatées dans nos villes en 2008 ne sont donc que la résultante de cinq décennies de politique agricole non appropriée.

    La grande et dure bataille contre la pauvreté et la faim se fera par la valorisation de nos ressources agricoles. Cette bataille ne se gagnera que par le renforcement des élans de solidarité, solidarité entre urbains et ruraux mais aussi et surtout solidarité entre riches et pauvres. Le volontarisme politique qui se doit d’accompagner ces élans doit permettre la mise en place d’une nouvelle vision de politique agricole reposant sur la rémunération du travail paysan, par des prix couvrant les coûts de production, c’est à dire permettant dans les conditions de production qui sont le notre, un revenu satisfaisant. Des mécanismes pour le redressement des revenus agricoles existent et la Commodity Credit Corporation (CCC), organisme stockeur public aux Etats Unies d’Amérique mis en place dans les années 30 en est un exemple d’école.

    J’interpelle tous les acteurs nationaux et sous régionaux à la réflexion sur une politique qui se concrétise par trois axes majeurs.

    Le premier axe est la promotion du droit à la protection de l’agriculture nationale qui se traduira par la mise en place de barrières tarifaires, expression légitime d’un refus de la mise en concurrence d’agricultures dont le rapport de productivité est de l’ordre de 1 à 500.

    Le second axe consistera à un soutien à la demande intérieure permettant de prendre en compte les besoins alimentaires basiques des couches à bas revenus.

    Je pense enfin qu’il est un devoir pour nos gouvernants d’apporter des subventions tant à la production locale qu’à la consommation. Nous avons les moyens de mettre en perspective cette décision, car nos budgets nationaux regorgent d’exonérations et de subventions sur des produits qui en toute raison gardée ne sont pas la priorité quotidienne de nos populations.

    Le secteur agricole rural des pays du Nord connaît des soutiens divers, subventions, appui-conseil, investissements consistants et le Burkina ne doit pas rester en marge de cette logique que je définis comme le « Mieux Etat » en opposition au « Plus d’Etat » et au « Moins d’Etat ».

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