Situation à l’université de Koudougou : Le SYNADEC « condamne la prétendue recherche de la paix sociale »

lundi 29 octobre 2012 à 23h34min

Dans une déclaration parvenue à notre rédaction ce lundi, le bureau national du Syndicat national Autonome des Enseignants Chercheurs du Burkina Faso (SYNADEC-BF) ne manque pas de mots pour qualifier ce qui se passe à l’université de Koudougou avec l’affaire d’exclusion d’étudiants.
« De notre point de vue, le Conseil de discipline n’a fait qu’appliquer le décret N°2012-646/PRES/PM/MESS adopté le 24 juillet 2012 dont le gouvernement semble découvrir subitement le caractère « excessif » de certaines de ses dispositions. L’initiative qui consiste à impliquer les « forces vives » dans des questions relevant strictement de l’Université est de nature à brider l’autonomie des universités et ainsi à dévoyer l’institution universitaire.

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Situation à l’université de Koudougou : Le SYNADEC « condamne la prétendue recherche de la paix sociale »

L’acte d’agression est ainsi banalisé et mis au compte de « nos enfants », comme si les étudiants burkinabè étaient et ne sauraient être que des enfants éternels, d’éternels irresponsables sociaux », peut-on noter dans la déclaration dont voici l’intégralité.


Syndicat National Autonome des Enseignants Chercheurs du Burkina Faso (SYNADEC-BF) : Déclaration sur la situation à l’Université de Koudougou

« Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants
Lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles
Lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter
Lorsque finalement les jeunes méprisent les lois
Parce qu’ils ne reconnaissent plus au-dessus d’eux
L’autorité de rien ni de personne
Alors
C’est là en toute beauté et en toute jeunesse
Le début de la tyrannie »
Platon

Suite à des manifestations estudiantines qui ont culminé avec l’agression verbale et physique de notre collègue enseignant Mahamoudou Oubda et de deux étudiants, le Conseil de discipline de l’Université de Koudougou (UK) a pris, à l’encontre des agresseurs, des sanctions allant (parfois cumulativement) de l’annulation de résultats d’examens à l’exclusion pure et simple, assortie d’une interdiction, diversement modulée, de s’inscrire à l’UK et dans les universités publiques et privées du Burkina Faso.
Ce sont ces sanctions qu’une partie de l’opinion publique burkinabè considère comme extrêmes et exagérées, au point de déclencher une intervention du gouvernement et une implication de la société civile pour tenter d’apaiser la situation et amener le Conseil de discipline de l’UK à revenir sur les sanctions prononcées.

Il n’appartient pas au SYNADEC de se prononcer ici sur la pertinence et le bien-fondé des revendications des étudiants qui ont, finalement, conduit à cet acte ignoble d’agression : en d’autres lieux et en d’autres temps, le SYNADEC s’est exprimé sur la situation que vivent les étudiants et les problèmes auxquels ils sont confrontés. Ce qui nous importe ici, c’est de réprouver les agissements inadmissibles d’étudiants pour qui la fin justifie les moyens, les conduisant à agresser physiquement et moralement non seulement leurs camarades, mais aussi ceux à qui ils doivent plutôt respect et gratitude en tant qu’éducateurs. En outre, il s’agit pour nous de condamner l’effet pervers de la prétendue recherche par certains de la paix sociale à tout prix qui, malheureusement ici, foule aux pieds la dignité et les droits de la personne humaine. Ainsi, des personnes et groupes de personnes qui ont une responsabilité sociale indéniable tentent de faire accepter – ce qui équivaut pratiquement à justifier – les actes répréhensibles de ces étudiants que l’on a décidé d’affubler du titre hypocritement affectueux et protecteur de « nos enfants ».

Les actes incriminés ne relèvent pourtant pas d’enfantillages. M. Oubda a été brutalisé, violenté, agressé parce que littéralement traîné du second étage au rez-de-chaussée d’un immeuble, ce qui lui a occasionné des blessures aux bras. Une chute lui aurait été certainement fatale. En plus de cette agression physique, ces actes participent de la destruction morale et psychique d’un enseignant.

Faudrait-il qu’il y ait mort d’enseignant pour que de telles sanctions puissent être infligées ?
De notre point de vue, le Conseil de discipline n’a fait qu’appliquer le décret N°2012-646/PRES/PM/MESS adopté le 24 juillet 2012 dont le gouvernement semble découvrir subitement le caractère « excessif » de certaines de ses dispositions. L’initiative qui consiste à impliquer les « forces vives » dans des questions relevant strictement de l’Université est de nature à brider l’autonomie des universités et ainsi à dévoyer l’institution universitaire. L’acte d’agression est ainsi banalisé et mis au compte de « nos enfants », comme si les étudiants burkinabè étaient et ne sauraient être que des enfants éternels, d’éternels irresponsables sociaux.

Les sanctions infligées à ces étudiants sont en tous points conformes aux dispositions du décret N°2012-646/PRES/PM/MESS du 24 juillet 2012 portant régime disciplinaire applicable aux étudiants et aux candidats aux examens et concours organisés par les universités publiques du Burkina Faso, notamment à son article 34 qui prévoit expressément, in fine, « l’exclusion définitive de tous les établissements d’enseignement supérieur publics et privés du Burkina Faso »

Rappelons que les cas d’actes de vandalisme et d’indiscipline de la part d’étudiants sur les campus du Burkina Faso sont fréquents. On peut citer entre autres :
-  des copies de devoir arrachées et détruites après un examen ;
-  des incursions de groupes d’étudiants dans des salles de cours en présence d’enseignants pour exiger l’arrêt des enseignements ;
-  des agressions récurrentes entre groupes d’étudiants ;
-  des menaces de mort proférées par des étudiants à l’endroit des enseignants.

Tout ceci fait qu’il règne sur les campus un climat de peur et d’insécurité alors que dans une enceinte comme l’université, c’est la force de l’argument qui doit prévaloir sur celle de la violence. Voilà pourquoi les actes d’agression ne sauraient rester impunis car c’est l’impunité qui favorise la recrudescence de la violence comme mode de règlement des conflits au sein de la communauté universitaire.
Au regard de tout ce qui précède, le SYNADEC :
-  condamne sans réserve les comportements agressifs et irrespectueux des étudiants vis-à-vis de leurs éducateurs ;
-  met en garde contre les tergiversations et les accommodements aux règles universitaires, susceptibles de créer un précédent et rendre les universités ingouvernables à l’avenir ;
-  rejette toute décision prise en dehors du cadre légal strict imposé par les textes régissant le fonctionnement du Conseil de discipline et tendant à remettre en cause les décisions du Conseil de discipline de l’UK ;
-  réprouve les interventions intempestives de certains acteurs, internes comme extérieurs à la vie universitaire qui, au prétexte de concourir à l’apaisement de la situation, contribuent à la déliquescence et à l’effondrement de l’institution universitaire ;
-  se réserve le droit d’engager toutes les actions idoines pour défendre l’institution universitaire et faire respecter les droits et la dignité de l’enseignant.

Ouagadougou le 29/10/2012

Pour le SYNADEC
Le Bureau National

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