Faiblesse sexuelle des hommes : Le « secret » qui se vend à la place du marché

lundi 22 octobre 2012 à 23h36min

La faiblesse sexuelle des hommes, autrefois vécue de façon secrète par les personnes qui en étaient victimes, est un secret de polichinelle aujourd’hui. L’ampleur du phénomène et la vente récurrente des produits aphrodisiaques, de surcroît par des femmes nous ont motivé à nous intéresser à la faiblesse sexuelle, ses causes et les conséquences relatives à la consommation des produits aphrodisiaques.

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Faiblesse sexuelle des hommes : Le « secret » qui se vend à la place du marché

« Mon type, il faut voir avec tes amis, si tu peux me trouver un produit à l’indigénat. Depuis un certain temps, j’ai des difficultés à avoir un rapport sexuel normal ». Ce cri de cœur est celui d’un promotionnaire du lycée, présentement agent de santé. Il me l’a transmis à travers un message électronique. Immédiatement, je lui ai répondu en le joignant sur son téléphone portable. Grâce à notre entretien téléphonique, j’ai compris que c’est après avoir longtemps tu son mal, que mon ami s’est confié à moi. « Je suis allé au poste de ma femme. J’ai tout fait pour accomplir mon devoir conjugal, mais je n’ai pas pu, car je n’arrive pas à avoir une érection normale.

Et cela dure des mois maintenant. Madame vient de me parler au téléphone pour me remonter le moral » m’a-t-il expliqué. J’ai moi aussi essayé de le calmer tout en le rassurant du fait que son mal allait passer sans en avoir la certitude. Dieu merci, ma prédiction s’est avérée. Deux jours après cette confession de mon ami, je rencontre des femmes qui vendent des produits divers. Les médicaments aphrodisiaques constituent le lot important de leurs articles. Une rencontre qui nous a aidés à comprendre beaucoup de choses concernant ces produits, voire la faiblesse sexuelle des hommes.

Le secret

Deux femmes. Pendant que l’une d’entre elles accoste les passants pour leur faire une proposition de marché, l’autre discute le prix des articles avec ceux qui se sont intéressés à la marchandise. Un seul mot a retenu notre attention et nous nous sommes approchés des deux vendeuses. « Sécré modèle bêê bé* » (il y a plusieurs sortes de secrets en malinké). Nous avons cherché à comprendre le secret dont il est question. Une gamme de produits aphrodisiaques. C’est ce que la jeune femme nous a présenté. « C’est sécré de boucoup de hommes aujordi », a-t-elle marmonné en nous présentant un lot de médicaments. Sur un paquet du lot, il y a l’image d’un sexe masculin bien tendu (en érection). Et la vendeuse nous conseille de le prendre, car il est bien apprécié par ses clients.

Qui sont vos clients ? Avons-nous voulu savoir. « Tous les hommes surtout les jeunes », nous a-t-elle répondu. Et elle a continué en précisant que sans les produits aphrodisiaques, plusieurs hommes ne peuvent rien faire au lit. « C’est leur secret », a confié la vendeuse. Sur place, deux clients, présents dans le cadre d’un atelier régional, ont acheté des plaquettes de médicaments suite aux explications de la vendeuses. Un vieil homme qui a suivi la scène, s’est étonné en ces termes : « Eh ! Quelque chose qui se traitait en toute clandestinité à l’époque ! C’est ce qui est vendu publiquement par des femmes. Que Dieu nous aide … ». Sans prêter attention au propos du vieil homme, la vendeuse marchandait comme si de rien n’était. Face à son insistance, nous lui avons fait comprendre que nous étions encore jeunes pour être sous des produits pareils.

« Les jeunes sont les plus intéressés par nos produits. Il y a un service non loin d’ici (ndlr : nous étions à l’ENEP de Bobo). Ils sont tous de jeunes et jolis garçons là-bas. Mais Dieu seul sait combien de fois ils nous sollicitent », a lassé entendre la vendeuse. Le même témoignage nous a été fait par mademoiselle Estelle Sanou, une autre vendeuse des produits aphrodisiaques. Selon elle, les jeunes sont plus intéressés par les produits aphrodisiaques. Et elle justifie cela par trois raisons différentes. La recherche de la performance, l’habitude alimentaire et le vagabondage sexuel qui tôt ou tard peut conduire aux produits aphrodisiaques. « Ces produits, quoi que leur usage présente des conséquences, sont très prisés par les hommes », témoigne Chinois, un autre vendeur desdits médicaments. Sa spécialité dans la vente des médicaments lui ont valu ce sobriquet et tout le monde l’appelle Chinois.

Selon lui, beaucoup d’hommes utilisent les produits aphrodisiaques, mais de façon clandestine. « Les gens restent dans des coins cachés et m’appellent pour que je les serve en fonction de leur goût », soutient Chinois. Même si des clients s’en procurent de façon clandestine, force est de reconnaître que la vente des produits aphrodisiaques, à de l’indigénat et à de la médecine moderne est devenue un marché très important de nos jours. Ce qui justifie l’ampleur de la faiblesse sexuelle. Les causes du mal, les conséquences de la prise des produits aphrodisiaques nous ont été confiées par un gynécologue obstétricien et un tradipraticien. Une victime de la faiblesse sexuelle nous a même fait un témoignage (confère les trois encadrés).

Ernest Da, gynécologue obstétricien, à la clinique Laurentia (ph)
« La faiblesse sexuelle répond à l’impossibilité ou à la difficulté de l’homme à avoir des rapports corrects avec sa conjointe. En un mot, ça pose un problème d’érection. Avant de donner les causes de la faiblesse sexuelle, parlons de ce qui est à l’origine de l’érection. Elle est d’abord un problème vasculaire avant d’être neurologique. Vasculaire en ce sens qu’il y a un afflux du sang au niveau de la glande, pour répondre à l’érection. Pour que ce processus se déclenche, il faut qu’il y ait le besoin et que le besoin aille à son terme. Il peut donc avoir des influences, ou neurologiques, ou vasculaires. Il y a aussi le côté hormonal qu’il ne faut pas écarter. Il y a également la peur qui peut conduire à la faiblesse sexuelle. J’aime bien comparer la difficulté sexuelle à la conduite. Celui qui conduit sa voiture ou sa mobylette à vitesse et qui hésite entre la première et la deuxième ou la troisième vitesse, il finit par caler le moteur.

Pourtant s’il n’hésite pas, il peut se retrouver à la cinquième sans savoir comment il y est arrivé. C’est exactement la même chose avec la sexualité. Si on est préoccupé beaucoup plus par sa défaillance que l’acte qu’on doit poser, on finit par passer à côté. Autrement dit, on finit par le poser correctement sans souci. La faiblesse sexuelle s’exprime beaucoup plus chez les diabétiques, les personnes stressées, les drépanocytaires, sur le plan hormonal, la carence en androgène peut aussi être à la base de la faiblesse sexuelle… Les produits pouvant engendrer la faiblesse sexuelle, sont entre autres, l’excès de l’alcool, la cigarette… En un mot, il faut consommer modérément les excitants. C’est pourquoi, les aphrodisiaques ne sont pas conseillés pour les personnes qui ne vivent pas la faiblesse sexuelle. Quand on n’a pas le choix, on peut les prendre.

Mais utiliser les aphrodisiaques pour avoir une certaine performance, c’est s’exposer à des difficultés sexuelles. Car on sait que l’acte sexuel c’est carrément du sport ! Vouloir dépasser ses performances naturelles, c’est très dangereux. On a vu des gens faire des arrêts cardiaques à cause des produits aphrodisiaques ».

Moussa Sanou, président des tradipraticiens du Houet

« La faiblesse sexuelle est un mal vécu par beaucoup d’hommes, surtout par des jeunes. Elle est due à des maladies telles que les hémorroïdes (qui affectent les muscles de l’anus et cela joue sur le sexe masculin), le diabète, les soucis et la peur… A un certain âge, il faut éviter l’abus de certains aliments. Il s’agit par exemple du sucre (les boissons gazeuses), la viande, l’huile… Il est vrai que l’âge joue sur la sexualité, mais pour ce qui est de la faiblesse sexuelle, beaucoup de jeunes sollicitent notre aide, car ils en souffrent plus. Les personnes âgées nous consultent peu. Les produits aphrodisiaques peuvent aussi causer la faiblesse sexuelle. Je conseille aux jeunes qui ne sont pas dans la situation, à éviter la prise des produits qui provoquent l’érection. Ils peuvent être source de divers problèmes surtout pour les personnes qui ont un problème cardiaque. Toujours dans le sens des conseils, je dirai aux jeunes d’éviter les produits « bandatifs » qui sont vendus un peu partout dans les rues. Il est toujours préférable de consulter un spécialiste pour éviter le pire. Des gens qui se sont habitués aux excitants pour provoquer l’érection, ont fini par être dans des situations alarmantes. Car leur organisme ne répond plus à l’effet des produits ».

« Mon frère, la faiblesse sexuelle est plus attristante que le SIDA. Lorsqu’un homme a ce problème, il est réduit à néant devant sa femme. Je prends l’exemple sur moi-même. J’aurai 39 ans le 3 novembre 2012 (ndlr : l’entretien a eu lieu le 28 septembre 2012). Quand il commence à faire nuit, mon cœur commence aussi à battre, car je serai face à la réalité. J’ai deux femmes. Avec la première, compte tenu du temps qu’on a passé ensemble, elle me comprend mieux. Par contre ma nouvelle femme qui est assez jeune, ne me fait pas du cadeau. Entre temps, j’avais vu un docteur qui m’a prescrit du Proviron. Il y a juste 20 comprimés dans la boîte, mais très cher. Pourtant je devais suivre le traitement pendant au moins 3 mois. Tous les six jours, je devais débourser 5000 FCFA pour me payer ce médicament. Finalement, j’ai été voir un tradipraticien. Je sais que là-bas, il y a beaucoup de risques. Mais financièrement, c’est plus supportable.

Etre sexuellement faible, c’est avoir son foyer exposé aux querelles sinon au divorce. Quand un homme n’arrive pas à accomplir normalement son devoir conjugal, sa femme est libre d’aller chercher ailleurs. Même Dieu le juge suprême ne la condamne pas pour ça. Pour éviter que madame sinon que la conjointe parte ailleurs, on est obligé de passer par la solution des aphrodisiaques. Une prise non-contrôlée des médicaments, surtout ceux de l’indigénat, peut facilement engendrer une complication de la situation.

Souro DAO

L’Express du Faso

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