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Vision Express sur… : Les femmes stériles victimes de l’opprobre social

Accueil > Actualités > Opinions • • mardi 7 août 2012 à 00h21min

Mariée depuis 1995, soit 17 ans après, Claire n’a pas encore goûté aux douleurs et/ou aux plaisirs de la maternité. Autrement dit, elle n’a jamais enfanté. Claire ne sait pas ce que c’est que porter une grossesse pendant neuf mois. Elle ignore toutes les complicités qui se développent entre le bébé et sa mère à travers ses gestes et mouvements pendant qu’il est encore dans le ventre. Tout cela, elle ne peut que l’imaginer ou en rêver.

Claire a été donnée en mariage à un homme qu’elle n’avait jamais connu, ni même aperçu avant le mariage. Elle n’a pourtant pas décliné cette décision de la famille. Pouvait-elle d’ailleurs refuser au risque de se faire bannir de la famille ? Installée dans son foyer, des mois se sont succédé, malheureusement, elle n’a jamais présenté aucun signe de grossesse que tout son entourage attendait d’elle. On finira donc par supputer qu’elle est malade. Ou tout simplement qu’elle est une femme stérile, incapable de faire un enfant. Une présomption qui tombe comme une condamnation. Dès lors, elle entreprit de suivre des traitements. Elle s’investissait partout où elle espérait trouver la solution à son problème. Mais en vain.

A la suite d’une visite médicale, neuf ans après le mariage, les résultats des examens révélèrent qu’elle n’a aucun problème pour concevoir un enfant. Les examens n’ont rien trouvé d’anormal chez la femme. Son homme serait donc « stérile » ? 

Comme Claire, nombreuses sont des femmes qui sont accusées à tort ou à raison d’être infécondes. Et sont pour cela traitées de tous les noms d’oiseau. Ce qui donne l’autorisation à monsieur, en toute arrogance de contracter un second mariage, dans l’espoir d’avoir un enfant. Dans le pire des cas il formule simplement une demande de divorce. En tout cas, beaucoup de femmes se sont vu rejetées, parce que n’ayant pas pu avoir un enfant dans leur foyer. Dans le cas où l’homme ne chasse pas sa présumée stérile épouse, il s’adonne à une seconde vie. Quand il a la solution ailleurs, certains se donnent le plaisir de faire un, deux, voire plusieurs enfants extraconjugaux.

Il est évident que l’un des meilleurs moments dans la vie d’une femme reste cet instant de la délivrance. Aussi, a-t-on l’habitude de dire avec une certaine fierté que la valeur de la femme se mesure en sa capacité à faire un enfant. Alors, une femme inféconde connaitra difficilement le bonheur dans son foyer. Autant avec son homme et pire avec sa belle-famille. Que dire du regard de son entourage en l’occurrence les femmes ? Qui, pour peu de mésentente « déballent » tout jusqu’aux petits détails dans les commérages.

Selon un gynécologue, une cause de stérilité doit toujours être attestée par une source médicale. Mieux, il estime que les causes de stérilité, à son avis, sont à 25% liées à la femme et 25% liées à l’homme. Dans 50% des cas de stérilité, la cause est imputable aux deux partenaires. Pourtant, seules les femmes vont pour la plupart en consultation. L’analphabétisme aidant, certaines femmes même sans avoir prouvé leur stérilité par un centre de santé habilité, se tournent vers l’indigénat ou malheureusement sombrent dans le maraboutage. Leur seul espoir comme leur seule prière est d’avoir UN enfant. La stérilité dans le couple concerne les deux partenaires. Il importe donc de mener la sensibilisation pour atténuer les préjugés, à défaut d’y mettre fin qui imputent toutes les responsabilités aux femmes. Cela établira aussi une certaine justice entre la femme et l’homme. Car, si la stérilité existe chez la femme, elle peut exister aussi chez l’homme.

Bassératou KINDO

L’Express du Faso

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