Le Burkina Faso vu d’Espagne (2/3) : « Je persisterai dans les mines jusqu’à ce que je sois riche… »

jeudi 2 août 2012 à 17h16min

Nous poursuivons avec la série de reportages de notre consœur espagnole sur les conditions de vie et de travail du Burkina des hommes intègres. Dans ce chapitre, Rosa BOSCH est allée à la rencontre des orpailleurs d’une de ces mines de tous les dangers. Ces mines d’or improvisées, exploitées à la sauvette par nos braves paysans fatigués de courber l’échine pour rien. La sécheresse ne leur laisse qu’une seule alternative : la mine d’or de Koutoula Yarcé où le désespoir, la peur, et même la fatalité n’ont plus aucun sens. Pour ces orpailleurs, le seul défit qui tienne c’est de faire « fortune » aussi rapidement que possible… au risque de leur vie. Bonne lecture !

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« Aujourd’hui, je suis descendu dans la mine à 8h et j’en suis ressorti à 16h ; c’est aussi très dur comme le travail de champ. Mais au champ on travaille beaucoup pour ne rien obtenir en retour. Au moins ici je gagne un peu d’argent ». Youssouf Bargo, 35 ans, est un des habitués de la mine d’or de Koutoula Yarcé proche de Relga son village où sont restés sa femme et ses deux enfants.

Youssouf fait partie des milliers de personnes qui tentent leur chance dans ces mines où voit-on pousser des taudis spontanés et insalubres en seulement quatre jours. Ses habitants, des hommes seuls ou des familles au complet, vivent mal dans ces baraques faits de roseaux et de pailles. Pendant que les petits enfants tentent d’aider leurs grands frères, séparant la poussière d’or de la terre à l’aide de mercure, d’autres gamins s’apprêtent à descendre à jusqu’à 40 mètres de profondeur à la recherche du métal précieux. Peut-être que ça les sortirait de la pauvreté ; peut-être pas… Mais c’’est ce rêve qui les fait glisser dans les entrailles de la terre sans aucune mesure de sécurité.

Youssouf, homme dur, défiant, et même un peu arrogant (sans doute des traits indispensables pour survivre dans un milieu sordide et hostile) affirme qu’il persistera dans les mines « jusqu’à ce que je sois riche. Mon objectif c’est de gagner beaucoup d’argent ». Il affirme qu’il y’ a des jours où il gagne 30000 francs (45 euros) ; une petite fortune pour un agriculteur qui, à peine pouvait se permettre un repas par jour. Tous espèrent trouver une pépite d’or même s’il est plus facile qu’un rocher se décroche et les brise le bras pendant qu’ils excavent.

A Koutoula Yarcé, les puits se succèdent l’un après l’autre. L’activité se déroule 24h sur 24. Au fond du trou, c’est toujours la nuit. Dehors, les plus petits s’affairent à fournir eau et nourriture à ceux qui sont dans les profondeurs. Ils se relaxent avec des clopes et défient la peur avec d’autres substances plus stimulantes. « Qu’est-ce que vous croyez, comment quelqu’un peut descendre dans ce trou s’il n’est pas high ? ». Drogues, prostitution, maladies, délinquance et abandon scolaire, c’est l’autre face de la pièce d’or. L’Unicef et différentes ONGs qui luttent contre l’exploitation des enfants ont saisi le gouvernement pour que s’arrête l’abandon scolaire à cause des mines d’or illégales. La règlementation veut qu’il soit interdit aux moins de 20 ans d’entrer dans ces mines mais leurs corps agiles facilitent le travail et de toute façon, il n’y a personne pour faire respecter les normes.

« L’effet de la mine provoque l’abandon de l’école, fait augmenter la prostitution, les accidents de travail, la contamination de l’environnement à cause de l’utilisation du mercure et du cyanure -qui sont aussi sources de maladies- Oui, il y’a une fièvre de l’or mais ils sont très peu, ceux à qui la chance sourie » souligne Mauro Brero, responsable de nutrition de l’Unicef au Burkina Faso. On calcule qu’un tiers des orpailleurs ont moins de 18 ans.

« Dans la région de Kaya (province du Sanmatenga), il y’a 400 enfants de moins de 15 ans qui vont dans les mines ; nous faisons des campagnes de sensibilisation avec les parents et les autorités pour que ces élèves retournent dans les classes. Il ne s’agit pas d’empêcher les adultes parce que pour eux, la mine est une réelle alternative à l’agriculture. Nous voulons juste éviter l’exploitation des enfants”. Signale Constant Zango, président de l’Alliance Technique d’Assistance au Développement (ATAD) ; ONG qui œuvre sur le terrain en tant que contrepartie de Intermón-Oxfam. Zango estime que dans les zones où il existe ces mines d’or sauvages, seulement 10% de la population reste au champ.

Rasmané Bamogo veut rendre compatibles les deux activités : la recherche d’or à Poedogo et l’agriculture. « Je suis venu ça fait six mois, mais ma femme et mes sept enfants sont restés au village à sept kilomètre d’ici. Maintenant avec la saison pluvieuse qui s’est installée, je vais retourner semer puis je repartirai encore pendant les récoltes ». La sécheresse et l’augmentation du prix de l’or ont favorisées la prolifération des mines, spécialement celles dites artisanales ou spontanées. Il s’agit là d’un business opaque. Le ministère chargé des mines a publié récemment qu’entre 2009 et 2010, la production de ce métal est passée de 12,5 tonnes à 23,08 tonnes c’est-à-dire presque le double. Et ces chiffres prennent seulement compte des mines autorisées.

C’est la ruée vers l’or, au 21ème siècle et au continent africain. La nuit s’installe dans le site minier de Koutoula Yarcé. Youssouf et ses camarades, tous recouverts de poussière discutent au son de la musique reggae mise à fond. Ça bouille dans les marmites au feu. Les enfants, assis sur des bidons, attendent leur ration de tô…

Rosa M. BOSCH (LA VANGUARDIA)
Traduit de l’espagnol par Roland Zongo Sanou (correspondant en Espagne)

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