GRAND BANDITISME : Une histoire d’escroquerie digne d’un film policier

mardi 17 avril 2012 à 02h20min

L’activité commerciale est très intense pour les Burkinabè en République de Côte d’Ivoire et cela est connu depuis des lustres. Cette densité n’est pas sans danger pour les commerçants qui sont victimes de braquages, vols avec effraction ou à main armée. Ce dernier cas a été vécu par des vendeurs de cacao. Les faits ont eu lieu en Côte d’Ivoire mais, les débats se déroulent au Burkina Faso. C’est l’histoire d’un gang pris dans ses propres turpitudes et d’une famille qui voudrait que justice soit rendue.

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Cette histoire est vraie. Et pourtant, l’intrigue, est digne d’un roman policier. L’affaire a débuté en 2010 en République de Côte d’Ivoire mais son dénouement devra, selon toute vraisemblance, avoir lieu au Burkina Faso. Au cours de l’année 2010, une attaque a été perpétrée en terre ivoirienne dans le village de Yogboyo. C’est le début d’une véritable affaire véritablement hollywoodienne.

Une orchestration criminelle

Un gang, composé de quatre personnes, avait reçu pour mission de braquer un jeune commerçant de cacao. En début d’année 2010, Hamid a été attaqué, assommé et ses 17 millions 400 mille F CFA récupérés. Selon Houssou, frère aîné de la victime, son jeune frère Hamid et Soul étaient des collaborateurs dans des activités commerciales. Il arriva un temps où les deux se soupçonnaient ; l’un accusant l’autre de vouloir le gruger. S’en est suivie la séparation de façon naturelle. Dès lors, Soul décide et jure d’en découdre avec son ancien collaborateur. Il voulait, à tout prix, le ruiner. Commence donc toute une orchestration, visiblement criminelle. L’attaque est programmée. Que faut-il faire, puisque les deux sont originaires de la même localité au Burkina Faso ; ils le savaient pour avoir collaboré mais, pas les missionnaires, du moins pour le moment. Le gang ne devait d’ailleurs pas être informé qu’il s’agit de l’un des « frères » du pays. Soul, le commanditaire dira à ses missionnaires qu’il ne s’agit pas d’une connaissance mais d’un commerçant d’une autre nationalité. Le gang qui officiait dans le domaine des braquages depuis 4 ans, selon leurs aveux recueillis devant les officiers de police judiciaire, est rassuré.

Il faut passer à l’acte. Toujours selon ce qui est dit devant les officiers de police judiciaire, Soul a assisté à la réception de la somme de 17 millions 400 mille F CFA par Hamid dans le marché du village voisin. Le gang est en place sous un pont attendant l’arrivée de Hamid. Trois des membres sont désignés pour l’attaque pendant que le quatrième, Bassy, devait jouer à l’éclaireur. Bassy explique d’ailleurs que c’est depuis la veille au soir qu’ils étaient postés et c’est finalement aux environs de 19 heures du lendemain que l’opération a eu lieu. L’éclaireur a été le premier à donner un coup de cross de son pistolet à Hamid. Ce dernier s’écroula et c’est là qu’il fut dépouillé. L’un des bandits, Vieux, fait savoir aux autres qu’il a reconnu la victime et que cette dernière également l’a reconnu. Il précise qu’il s’agit de son patron et qu’il n’a pas été informé auparavant sur l’identité de la personne à braquer. Pourtant, le plan ne prévoyait ni de traces, ni de témoins. La suggestion est faite de l’exterminer. Mais unanimement, c’est non. Reste le partage du butin à quelques kilomètres du lieu du braquage. Il a été fait avec la grosse part donnée à Soul, le cerveau commanditaire.

Zones d’ombre, tueries en série

Le bandit dévisagé fait savoir à Soul qu’il a été découvert par Hamid qui n’est personne d’autre que son patron. A en croire les dires du frère de Hamid, Soul a décidé dès cet instant de commencer ses tueries en série. Il provoque une situation dans la concession de l’employé reconnu, des chasseurs dozo viennent, prétendant que c’est pour y assurer la sécurité. A leur vue, le bandit découvert prit la clé des champs. C’est sans compter avec le plan machiavélique de Soul, puisque c’est ce qui était prévu. Il avait, en effet, posté deux hommes dans la forêt. Ces derniers se saisirent du fuyard, le bandit découvert en fait, le tuèrent et le pendirent.

Ce n’est que le lendemain, 29 janvier 2010, que le corps sera découvert pendu à un cacaoyer. A ce deuxième groupe de meurtriers, Soul avait promis la somme de 6 millions de F CFA pour la commission de l’acte. Ils reçoivent trois millions, soit la moitié de la somme. L’autre moitié devrait leur être remise après commission de l’acte. La besogne terminée, l’un d’eux, découragé par la situation, se confie à la famille de la victime. La victime était son ami. Peine perdue ; il mourrut lui aussi, par suite d’un accident inexplicable. C’est à cette période que Soul opta de rentrer au Burkina pour la énième fois, ainsi que d’autres membres du gang. Trois d’entre eux ont été saisis, auditionnés par le commissariat et gardés à vue. Une étape déconcertante s’amène. Un juge fait déférer les complices de Soul à la Maison d’arrêt et de correction du chef-lieu de la région, mais pas Soul qui n’a d’ailleurs pas été arrêté.

Les plaignants ne comprennent pas pourquoi ce transfèrement. Ils doutent mais il leur a été rétorqué qu’il s’agit d’une procédure d’accélération du dossier. Quelque temps après, la famille de la victime est mise au courant d’une évasion à la Maison d’arrêt et de correction. Tous ou en partie ? L’on ne saurait le dire. Raison de l’évasion, les murs de la geôle ont cédé. C’est le découragement du côté des plaignants, car ils ne croient pas à la thèse de l’évasion. Certaines sources policières expliquent que les prisonniers se sont fait un trou dans le mur de la prison afin de s’évader. Cette dernière thèse n’a toujours pas convaincu les victimes. Aussi, la situation géographique de la Maison d’arrêt, en plein quartier, aux abords des concessions, n’a pas facilité une quelconque intervention pour arrêter les fuyards au moment de l’évasion.

Un autre retour au bercail

La famille confie quelques mois plus tard aux forces de l’ordre que les prisonniers sont retrouvés en Côte d’Ivoire. Il faut donc attendre et encore attendre leur prochain retour. Pendant ce temps, en Côte d’Ivoire, il fallait mettre la main sur le deuxième et dernier tueur de la forêt car lui aussi se disait menacé de mort. Au début de l’année 2012, ils sont encore de retour au bercail. Les forces de l’ordre, gendarmerie et police, s’investissent. Cette fois-ci c’est la bonne. Soul et des complices sont arrêtés et intégrés à la même Maison d’arrêt et de correction. Tenteront-ils à nouveau le premier coup ? C’est l’interrogation principale dans la ville.

Pourquoi ça traîne ?

L’affaire court la ville et bon nombre de citoyens s’interrogent sur cette affaire. Elle nourrit les gargotes et autres lieux publics. Les interrogations se sont multipliées puisque Soul s’est même payé le luxe de raconter qu’il a dépensé pas moins de 50 millions de F CFA pendant que ses complices se trouvaient en prison. Comment Soul peut-il dépenser une telle somme ? Pour nourrir des prisonniers ? Pour qui ? Qui a pris ces 50 millions ? En somme, pour qui et pourquoi cette somme a été dépensée ? En tout cas, le juge est fortement interpellé par les plaignants. Ils font savoir que les forces de l’ordre et même les autorités administratives de la région, se sont investies pour que l’affaire connaisse vite un dénouement. En attendant, la reprise de leurs activités se fait attendre au regard du préjudice subi. Leur souhait est que les hommes de robes noires s’investissent à la même hauteur que les forces de l’ordre.

Comme si les différentes interrogations qui se posaient ne suffisaient pas, une affaire de mœurs s’invite, la dernière peut-être. Le frère aîné de Hamid, Houssou, a été interpellé par le même juge. Il est accusé par Soul de faire la cour à sa femme. Chose que Houssou a niée. Le juge même ravisera sa position. La plainte est rejetée car jugée non fondée. En attendant, Soul croupit à la Maison d’arrêt et de correction de la capitale régionale, attendant son sort. Les victimes, elles, sont toujours dans l’attente et la peur d’une autre évasion.

Dorielle POGOBIN

Le Pays

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