Oxfam lance un appel d’aide d’urgence de 37 millions de dollars pour venir en aide à plus d’un million de personnes vulnérables

lundi 12 mars 2012 à 03h01min

Si aucune action immédiate n’est entreprise, près de 13 millions de personnes courent le risque d’être confrontées à une grave crise alimentaire qui menace de dégénérer en urgence humanitaire de grande ampleur dans la région du Sahel en Afrique de l’Ouest et centrale, met en garde l’organisation humanitaire Oxfam.
Au Tchad, Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et au nord du Sénégal les taux de malnutrition oscillent entre 10 et 15 pour cent, et dépassent même le seuil d’urgence de 15 pour cent dans certaines régions. Plus d’un million d’enfants font face à un risque de malnutrition sévère.

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Dans certaines régions du Tchad des villageois en sont réduits à détruire les fourmilières pour récupérer les céréales stockées par les fourmis. Sans aide, affirment-ils, ils seront obliges de quitter leurs villages dans le mois.

« Des millions de personnes devront bientôt faire face à une crise majeure. Tous les signaux indiquent que la sécheresse évoluera bientôt en catastrophe si rien n’est entrepris. Le monde ne peut rester sans rien faire. Une action d’aide humanitaire concertée est nécessaire pour prévenir la mort de dizaines de milliers de personnes, dont la communauté internationale sera responsable si elle ne se mobilise pas », a déclaré Mamadou Biteye, directeur régional d’Oxfam en Afrique de l’Ouest.

« L’année dernière, nous avons vu la situation se détériorer rapidement en Afrique de l’Est, car la communauté humanitaire n’est pas intervenue à temps. Le pire peut encore être évité et des millions de vies peuvent encore être sauvées si nous agissons maintenant. C’est aussi simple que ça. »

Selon Oxfam, la crise est provoquée par la combinaison de nombreux facteurs dont la sécheresse, des prix alimentaires très élevés, une pauvreté endémique et des conflits régionaux.

Dans toute la région, les prix des denrées alimentaires sont en moyenne de 25 à 50 pour cent plus élevés que la moyenne de ces cinq dernières années. Les prix pourraient encore augmenter de 25 à 30 pour cent d’ici au pic de la période de soudure (la période entre l’épuisement des stocks alimentaires et le début des nouvelles récoltes) entre juillet-août, augmentant le risque de malnutrition sévère pour les familles les plus vulnérables.

Cette période de soudure a démarrée très tôt dans la région de Tillabery dans l’ouest du Niger. Les communautés ont vu leurs stocks se réduire tandis que leurs dettes augmentaient. Des familles quittent la campagne pour les villes en quête de nourriture et d’emplois. Selon les chiffres des différents gouvernements, 33.000 enfant ont dû quitter l’école pour suivre leurs parents.

Les récoltes sont moins abondantes suites aux pluies particulièrement imprévisibles au Niger, Tchad, Mauritanie, Mali et Burkina Faso. Les populations ont à peine eu le temps de se remettre de la dernière crise alimentaire de 2010. Ces crises alimentaires dans la région du Sahel sont de plus en plus graves et fréquentes ces dix dernières années.

En Mauritanie, 700.000 personnes, près d’une famille sur quatre, arrivent difficilement à couvrir leurs besoins alimentaires quotidiens. Au Tchad, 3,5 millions de personnes, soit plus de 30 pour cent de la population, sont confrontées à l’insécurité alimentaire. Dans certaines parties du Sénégal les populations doivent faire face au même problème.

Selon la FAO l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture, la production agricole dans la région est de 25 pour cent inférieure à celle de 2010. La récolte de céréales est en baisse de 1,4 million de tonnes (tonnes métriques) pour les six pays du Sahel. Le pays le plus touché, la Mauritanie, a connu une baisse de 52 pour cent de sa production céréalière, tandis qu’au Tchad et au Niger celle-ci a baissée respectivement de 50 et 27 pour cent.

Bien que les récoltes aient été bonnes dans les pays voisins exportateurs que sont le Bénin, le Nigeria et le Ghana, il est peu probable que les surplus soient suffisants pour couvrir les besoins alimentaires dans le Sahel. La sécurité, l’incapacité des commerçants, à poursuivre leurs activités et l’introduction de barrières au commerce dans plusieurs pays rendent également plus difficile la circulation des denrées alimentaires. L’aide alimentaire achetée localement est actuellement de 15 à 20 pour cent moins chère que sur les marchés internationaux mais, compte tenu des prix élevés et de l’incertitude quant à l’approvisionnement, acheminer de la nourriture sera bien plus couteux que lors de la crise alimentaire de 2010.

Oxfam affirme également que le conflit dans la nord du Mali a jeté 160.000 personnes sur les routes. Plus de la moitié d’entre-elles ont passé la frontière avec le Burkina Faso, le Niger ou la Mauritanie. Les violences au Nigeria ont également provoqué une diminution importante des volumes de céréales exportés vers le Niger et le Tchad.

Les prochaines récoltes n’étant pas attendues avant octobre, une action humanitaire concertée est indispensable, poursuit Oxfam. Les Nations Unies ont estimé les besoins actuels à 724 millions de dollars. Ce montant pourrait encore augmenter à mesure que la crise progresse. Bien que certains pays pauvres aient commencé a effectuer des dons, en particulier l’Union européenne dont l’aide a été rapide et généreuse, plus de la moitié de cette somme doit encore être trouvée.

Oxfam estime ses besoins à 37 millions de dollars pour pouvoir venir en aide à 1 million de personnes dans le Sahel en fournissant de l’argent, de la nourriture et de l’eau, en en mettant en œuvre des programmes sanitaires, d’assistance au bétail et des campagnes de promotion de l’hygiène.

Pour plus d’informations :

Charles Bambara – Dakar - cbambara@oxfam.org.uk tel : + 221 77 639 41 78

Louis Belanger – New York - louis.belanger@oxfaminternational.org + 1917 224 0834

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