Décharge non contrôlée de Sanyiri : Tous victimes, tous responsables

mardi 13 septembre 2011 à 03h10min

Ouagadougou est l’une des capitales les plus belles de la sous-région ouest-africaine, avec en prime trois prix internationaux en matière de propreté depuis 2003. Mais comme partout, il existe des hauts et des bas. Au nombre de ce qui constitue un réel défi pour les populations et pour les autorités municipales, on peut noter l’élimination pure et simple des décharges non contrôlées disséminées un peu partout dans la ville de Ouagadougou. La décharge « sauvage » sise au secteur 30, quartier Sanyiri, tout comme les autres, reste un véritable casse-tête et un danger pour l’environnement et pour la santé humaine et animale.
Secteur 30 de Ouagadougou, quartier Sanyiri.

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Des maisons d’habitation, une mosquée, un temple, un lieu de prière de catholiques, une école primaire, des maquis, des restaurants, une forge, une vendeuse de friture. C’est au beau milieu d’un tel contexte que se situe une ancienne carrière ayant servi il y a des décennies à la fabrication de briques en terres pour la construction de maisons d’habitation. Au milieu de ce qui reste de ce site stagnent de petites surfaces d’eau verdâtres, où se mélangent grenouilles, nénuphars, herbes et débris d’ordures de toutes sortes. Au bord de ces eaux, traînent des restes d’excréments humains.

Une poignée d’enfants gais, les uns chaussés et les autres pas, tous élèves du primaire, se livrent à une partie de pêche aux grenouilles. Faim ou simple passe-temps ? Dans tous les cas, les batraciens pêchés finiront à coup sûr dans l’estomac de ces élèves en vacances. Ces enfants ne mesurent certainement pas les dangers qu’ils courent en s’aventurant dans cette décharge non contrôlée. Les grenouilles consommées dans ces conditions ne pourront que leur créer tôt ou tard des problèmes de santé. Les bouteilles cassés, les vieilles pointes enrobées de rouille, les bouts de fers jetés ici et là sont des risques de maladies en cas de contact avec le sang par suite de blessure (tétanos par exemple).

Des moutons se promènent également dans cette décharge, broutant ce qui peut l-être, même les sachets plastiques – danger pour leur santé. La situation de cette décharge non contrôlée, en même temps qu’elle semble laisser indifférents bon nombre de riverains, les laisse impuissants. Ce qui s’y passe relève de la responsabilité de tous, y compris des autorités municipales.

Il y a péril au quartier

Pourquoi vous jetez vos ordures dans la décharge et refusez de vous abonner aux groupements d’intérêt économique (GIE) et aux petites et moyennes entreprises (PME) adjudicataires des zones de collectes ? A cette question, une riveraine répond sans ambages : « Les femmes des associations qui collectent les ordures les jettent dans cette poubelle. Et comme celle-ci est proche de nous, on peut le faire nous-mêmes, au lieu de payer quelqu’un pour le faire. » Réponse à la fois honnête, logique et dangereuse. D’abord, cette réponse est honnête parce que la plupart des riverains de cette décharge non contrôlée ne mâchent pas leurs mots pour dire pourquoi ils refusent de signer des contrats d’enlèvement de leurs ordures. Ensuite, elle est logique parce que, contrairement à ce qui ne doit pas être fait, les GIE ou PME de ce quartier y jettent aussi des ordures.

Interrogées sur cette attitude prohibée par les autorités municipales, deux femmes d’une association du Projet réduction des déchets de la ville de Ouagadougou et reconnue par la mairie de Bogodogo, disent n’avoir pas le choix, « puisqu’il n’y a plus de bacs à ordures au lieu initial (près de la mairie), les riverains s’étant plaints de dérangements. Les bacs ont même disparus. Ceux qu’on peut trouver, sont très éloignés de notre zone, ils sont généralement pleins. Cela nous empêche souvent de travailler. Mais pour ne pas chômer, on vient déverser nos ordures ici comme tout le monde. » Elles sont nombreuses, les femmes des GIE et PME de cette zone qui n’ont d’autre choix que de faire comme celles citées ici.

Il suffit de faire une observation à n’importe quel moment de la journée autour de la décharge pour s’en rendre compte. L’élimination des décharges non contrôlées ne pourra certainement pas réussir si la Direction de la Propreté se contente de dire aux populations d’arrêter de jeter des ordures dans ces lieux. Elle doit en même temps qu’elle sensibilise se donner les moyens nécessaires pour contrôler les actions des GIE et PME adjudicataires afin qu’elles puissent trouver effectivement dans les centres de collectes des bacs vides pour le déversement des ordures. Elle doit aller même plus loin en interdisant purement et simplement à ses propres services de jeter des ordures dans cette décharge comme dans les autres, sous prétexte d’aider à combler l’ancienne carrière.

En la matière, il existe une solution bien meilleure qui est celle de se procurer des immenses tonnes de terres extraites suite à certains travaux de voiries ou de construction de grands édifices. Ces terres une fois ramassées pourront mieux servir à combler les parties vides des décharges. De l’avis du directeur de la propreté de la commune de Ouagadougou, il faut éliminer ces décharges vu qu’elles sont non respectueuses de l’environnent. Il est évident que compte tenu de la nature de certaines ordures, l’environnement immédiat et pourquoi pas lointain de cette décharge se trouve déjà assez pollué. Il ne sied donc pas de continuer à le polluer par d’autres ordures. Voilà qui justifie l’aspect dangereux de la réponse auparavant citée.

En effet, dans la décharge non contrôlée de Sanyiri, on retrouve presque tout comme ordures : bouteilles cassées ou non, restes de nourritures, de vêtements, de meubles, pneus, tapis usagés, ferraille, etc. Le tout forme un vrai cocktail nauséabond pour les riverains immédiats et même au-delà. Les choses s’empirent avec la fumée des pneus brûlés par des jeunes à la recherche de bouts de fer à vendre. On respire tout. Les ménages qui ont la malchance de se trouver « nez-à-nez » avec ces ordures souffrent davantage du supplice de ce dépotoir qui fait de tous et victimes et responsables.

Hermann GOUMBRI

Le Progrès


Directeur de la Propreté de la Commune de Ouagadougou, Sidi Mahamadou Cissé :

« Les décharges publiques encore appelées centres d’enfouissements techniques ou entres de traitement et de valorisation des déchets sont des sites conçus et bien aménagés, respectueux de l’environnement, et destinés à recevoir des déchets solides (ordures ménagères, déchets industriels spéciaux et biomédicaux, produits de vidange des fosses septiques dont la teneur en eau est relativement faible. Il y en seulement deux au Burkina Faso, à savoir Ouagadougou et Bobo-Dioulasso. Les décharges non contrôlées ou décharges « sauvages » sont des sites non aménagés et non respectueux de l’environnement dans lesquelles les populations déversent leurs ordures.

Dans le cadre de la mise en œuvre du schéma directeur de gestion des déchets solides (débutée le 15 avril 2005), le Maire de la Commune de Ouagadougou, Simon Compaoré, a organisé une vaste campagne d’élimination de l’ensemble des dépotoirs « sauvages » de la ville de Ouagadougou. Cette campagne a permis d’éliminer plus de 85% de l’ensemble de ces décharges. Malheureusement, quelques mois après, à la faveur de l’incivisme d’une certaine frange de la population, on a constaté la reconstitution ou la constitution de nouvelles décharges non contrôlées. Grâce au plan de gestion des déchets solides, la filière déchets a été totalement restructurée. On distingue quatre étapes de gestion des déchets : il y a d’abord la collecte des déchets au niveau des ménages et par les ménages.

Ensuite , on a la collecte des déchets par les groupements d’intérêt économique (GIE) ou les petites et moyennes entreprises (PME) adjudicataires des zones de collectes à l’issue de l’appel d’offre organisé par la Commune de Ouagadougou en 2004 ; les GIE ou les PME sont chargés de collecter les déchets rassemblés dans des poubelles par les ménages afin de les déverser dans l’un ou l’autre des 35 centres de collecte construits par la Mairie en amont du Centre de traitement et de valorisation des déchets (CTVD) situé dans l’arrondissement de Nongr-Masom. Ces centres disséminés à travers le territoire communal sont équipés de bacs à ordures de 12 m3 chacun. Le transport des déchets des bacs à ordures vers le CTVD (troisième étape) est assuré suivant trois zones (lot N°1 : arrondissement de Baskuy ; lot N°2 :

arrondissements de Bogodogo et Boulmiougou ; lot N°3 : arrondissements de Nongr-Masom et Sig-Noghin). Le traitement des déchets solides de la ville de Ouagadougou constitue la quatrième étape et consiste en l’enfouissement des déchets dans des cellules conséquemment aménagées. Le CTVD traite annuellement près de 300 000 tonnes de déchets solides que les ménages produisent.

La persistance des décharges non contrôlées s’explique par le fait que certains ménages soient restés réfractaires au schéma directeur sus-mentionné. Cela se traduit par leur refus de s’abonner aux GIE ou PME chargés de la collecte des ordures. Quand nous identifions une décharge non contrôlée, nous l’évaluons d’abord en termes de quantité et ensuite en fonction des moyens logistiques, matériels et humains à mobiliser par conséquent par le conseil municipal de la ville de Ouagadougou. Annuellement, la ville injecte plus de 100 000 000 F CFA pour l’élimination des décharges non contrôlées. Depuis quelque temps, nous nous attelons au secteur 16 à éliminer un dépotoir sauvage sur le site qui va abriter les nouveaux locaux de la Police municipale. Nos équipes ont visité il y a deux ans la décharge publique du secteur 30.

Nous y avons envoyé un bulldozer pour pousser les ordures à l’intérieur, ce qui contribue à la combler. Une fois comblé, ce site sera certainement une réserve administrative où on pourrait bâtir soit une école soit une maternité soit dispensaire… Après l’élimination d’une décharge sauvage, nous procédons dans un premier temps à l’implantation d’un ou deux panneaux d’interdiction de jeter des ordures. Dans un second temps, nous postons un ou deux éléments en fonction de la superficie du site, et pendant au moins trois semaines. Nous demandons aux populations et surtout aux riverains (le plus souvent responsables de la constitution ou reconstitution des décharges sauvages) d’accepter de formaliser l’abonnement auprès des GIE et PME pour faire enlever leurs ordures.

Nous regrettons la présence de structures informelles qui se permettent de collecter aussi les ordures à Ouagadougou sans être adjudicataires d’une zone de collecte. Ces structures ignorent le plus souvent la présence des centres de collecte. Ce qui fait qu’en collectant illégalement les déchets des ménages, elles ne trouvent d’autres dépotoirs que les anciennes carrières, les ouvrages publiques comme les canaux de drainage des eaux. »

H.G.

Le Progrès

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Vos commentaires

  • Le 13 septembre 2011 à 05:39
    En réponse à : Décharge non contrôlée de Sanyiri : Tous victimes, tous responsables

    J’ai franchement horreur quand des intellectuels pensent que tout le monde est victime tout le monde est responsable. Si c’est ca votre boulot, arretez d’ ecrire car vous etes devenus des inutiles de la societes. dans la societe, on n’ a pas les memes rapports de force. Mon vieux qui a eu la mauvaise inspiration d’ ; emigrer chez ces mangeurs de crapauds et qui est maintenant reduit a faire la culture du Zaii a Yaa- Tenga depuis fevrier de chaque annee ne sera jamais aussi coupable que le ministre qui vend les produits anti meningocoque a ouaga.

    LOP

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  • Le 13 septembre 2011 à 15:11, par Citoyen libre
    En réponse à : Décharge non contrôlée de Sanyiri : Tous victimes, tous responsables

    Je suis aussi presqu’en face du lieu de dépôt des ordures. En toute sincérité ce n’est vraiment pas facile de vivre à côté surtout avec les animaux morts et les mangues pourries qu’on y jette tard la nuit si bien que parfois on a vraiment du mal à respirer. Le problème qui se pose en ce moment c’est que les gens n’arrivent pas au bord du trou pour jeter les ordures et cela fait un tas qui se rapproche des habitations. Espérons que la mairie viendra à notre secours surtout avec les municipalités qui s’annoncent, ne serait ce que mettre les tas dans le trou avec un caterpillar afin de faire reculer les ordures. En hivernage c’est vraiment la catastrophe avec toutes ces variétés d’odeur sans oubler les moustiques provenant des eaux sales du trou.

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  • Le 13 septembre 2011 à 20:47, par un riverain
    En réponse à : Décharge non contrôlée de Sanyiri : Tous victimes, tous responsables

    L’état actuel de cette décharge menace quotidiennement la sécurité et la santé des riverains que nous sommes. En plus d’être un véritable dépotoir, c’est un milieu naturel de refuge de délinquants, de moustiques, de grosses mouches noires, d’odeurs pestilentielles. Et dire que la mairie de bogodogo située à environ 1 km des lieux n’en fait aucunement sa préoccupation. N’est ce pas un bel exemple de gestion décentralisée ?.

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  • Le 13 septembre 2011 à 20:53, par Peace
    En réponse à : Décharge non contrôlée de Sanyiri : Tous victimes, tous responsables

    C’est vraiment bien d’attirer l’attention de tout un chacun. Chacun a effectivmt sa responsabilité ds cette histoire. Mais à des degrés différents. C’est tjrs bien d’attirer l’attention des gens sur ce genre de question. Chacun peut faire qlq chose.

    Répondre à ce message

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