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Le « bandji » ou vin de palme : une spécialité des régions de l’ouest du Burkina

Accueil > Actualités > Culture • • mercredi 8 septembre 2004 à 06h14min

Au Burkina, autant l’on se régale avec les boissons alcoolisées autant c’est le cas avec les boissons dites traditionnelles. Il en existe tout une panoplie et sont variées en fonction des régions. Dans l’Ouest du pays, existe une boisson extraite du rônier appelé « bandji » ou vin de palme. Des centaines de litres de ce jus précieux sont recueillis tous les jours et vendus sur le marché.

Le bandji ou vin de palme est une spécialité des régions des Cascades et du Kénédougou . Cet état de fait est redevable au couvert végétal de ces régions constitué essentiellement de rôniers. Ce qui explique aussi la qualité du bandji dans ces régions alors qu’ailleurs dans les autres régions où il est vendu, cette qualité n’est pas toujours garantie.

Tout de même , le constat qui se dégage aujourd’hui, c’est que quelle que soit sa provenance, les consommateurs sont de plus en plus friands de ce breuvage. En attestent les hangars constitués uniquement pour sa vente et qu’on appelle « bandji drome ». A Banfora, Orodara comme à Bobo-Dioulasso, ces hangars poussent comme des champions et rivalisent même avec les coins de vente de la bière du petit mil. Le phénomène touche également la ville de Ouagadougou. Le bandji est bien apprécié pour sa saveur , son prix abordable : 60f CFA le litre à BANFORA . Dans la région des Cascades, le rônier sur lequel est extrait le bandji reste un symbole , un arbre adopté depuis des siècles par la population à qui l’arbre procure beaucoup de bien . Des feuilles à la racine, cet arbre est très utile . Sa sève est récoltée sous forme de boisson ; ses feuilles servent à la confection de nattes, de paniers, de vans et les pétioles à faire le tamis . Le tronc de l’arbre quant à lui est utilisé pour servir de pont de passage ou de charpente des maisons. Quant à ces fruits ils contiennent du jus dont les enfants raffolent. Pour les habitants des régions des Cascades et du Kénédougou, le rônier est un véritable cadeau du ciel . Tous les rôniers ont été dans la plupart des cas plantés . Bien qu’intégré dans les us et coutumes des populations , le rônier , de son nom scientifique Borassus flabellifère, n’est pas originaire de cette région. Il aurait été importé de L’Ethiopie . Le bandji est très sollicité dans les circonstances de la vie : mariage, funérailles, baptêmes.

Le bandji, un produit générateur de revenus

Si pour le palmier , l’extraction du vin de palme est précédée de l’abattage systématique de l’arbre, pour le rônier, ce n’est point le cas car la récolte se fait au sommet de l’arbre. Pour y accéder, on utilise une échelle en bambou . L’extraction du bandji est une activité quotidienne des habitants de ces régions. Elle se fait en toute saison sans trêve. L’extraction du bandji reste une activité d’appoint à l’agriculture et au maraîchage dans les villages. L’opération est menée trois fois par jours : le matin à l’aube, à midi et le soir et même souvent au milieu de la nuit. Un seul arbre peut fournir par coulée jusqu’à cinq (5) litres de bandji. La récolte quotidienne dans une rôneraie peut atteindre 50 à 60 litres pendant la période de pointe de la coulée. Le bandji recueilli le matin est très frais et délicieux et l’on peut s’en délecter . Quant à celui de midi et du soir, il est chaud et fermenté. Même si le bandji de Banfora est le meilleur, pour s’en procurer, il faut aller sous les arbres. A défaut, certains consommateurs préfèrent renforcer leur « viatique » avec le pastis , de l’eau de vie ou le gobie (noix sauvage très amère). Avec l’augmentation des prix des boissons, certains consommateurs de bière préfèrent se rabattre sur le bandji . Sont de ceux-là Souleymane HEMA , un étudiant : « Je préfère prendre le bandji parce que ça me revient moins cher .Dans un maquis la bouteille de bière coûte 475F alors qu’au bandji drome, un litre de bandji bien fermenté coûte 60F avec la même dose » Raphaël TOU, gendarme çà la retraite prend le bandji à cause de l’ambiance dans les bandji dromes : « C’est là où l’on apprend beaucoup les nouvelles de la ville » ; mais aussi pour des raisons de santé : « Je prends le bandji parce que c’est un laxatif ; quand je le prends , je suis plus à l’aise et il fait baisser ma tension. »
De plus en plus, il y a un certain engouement dans la commercialisation du bandji. Cela tient au fait que l’activité est assez lucrative avec une forte demande. En témoigne les dires de certaines personnes. Issouf SANOU dit tirer 3000F de la cueillette de 60 litres de bandji. Cet argent lui sert à acheter de l’engrais pour son champ et du carburant pour la motopompe de son jardin. En plus, le revenu du bandji entre dans les dépenses familiales. Djata SOULAMA , tenancière d’un bandji drome au secteur n°7 de Banfora est du même avis : « Je n’ai pas beaucoup de bénéfices mais çà me permet de faire face aux petites charges de la famille et de soutenir mon époux ». Avec 50 à 60 litres vendus , Djata s’en sort avec un bénéfice d’au moins 1000F . Ce qui constitue pour elle un motif de satisfaction. Un jeune commerçant de la ville de Bobo-Dioulasso s’est lui lancé dans le commerce du bandji. Chaque jour, il charge 600à 700 litres de bandji à Banfora dans sa voiture Peugeot qu’il revend à Bobo-Dioulasso.
En attendant que cette boisson naturelle soit un jour mieux valorisé à l’échelle industrielle , son problème majeur est sa conservation. En effet, le bandji est en constante fermentation et se conserve difficilement à l’état frais ; ce qui amène certains consommateurs à y ajouter du sucre pour ralentir cette fermentation et pouvoir v ainsi le transporter dans d’autres villes. Mais les résultats escomptés ne sont pas toujours au rendez-vous.

Ismaël Bicaba
Lefaso.net

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