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Energies renouvelables : Le solaire au cœur du développement local

Accueil > Actualités > Economie • • dimanche 21 septembre 2008 à 23h29min

Dans l’exploitation des femmes du groupement Gnantamussin de Dédougou, située au bord du fleuve Mouhoun sur l’axe Dédougou -Nouna, une réalisation attire l’attention des

La pompe solaire chargée de remplir le château au- dessus des eaux du fleuve Mouhoun.

passants et aiguise la curiosité des admirateurs. Il s’agit d’un château-d’eau alimenté depuis le fleuve avec un système solaire à mesure d’irriguer les deux hectares sur lesquels sont installées ces femmes. Nous avons pour cela approché l’entreprise réalisatrice de cette installation, CB-Energie basée à Dédougou.

Sidwaya (S) : Arnaud Chabanne, vous êtes le président directeur général (PDG) de l’entreprise CB - Energie. Pouvez-vousnous situer sur vos domaines d’activités ?

Arnaud Chabanne (AC) : L’énergie et l’eau en général. Nous essayons de trouver des solutions simples, adaptées et fiables répondant au contexte du milieu du Burkina, que ce soit pour faire la lumière qui est le premier besoin, ensuite nous envisageons d’alimenter les ordinateurs, les téléviseurs et tous les équipements audiovisuels. Nous allons jusqu’à l’alimentation des réfrigérateurs, des climatiseurs et des appareils de soudure et autres outils, la recharge de téléphones cellulaires. Bref, une réponse à un besoin.

Nous intervenons également dans le domaine du pompage d’eau. Tout le monde sait combien les questions d’eau sont essentielles ici. Sur le terrain, nous avons fait plusieurs installations d’équipement de la pompe manuelle Volanta. C’est une solution adaptée car l’entretien de la pompe est facile, il existe un peu partout au Burkina des mécaniciens pour réparer ces pompes. Nous réalisons également des installations avec des pompes immergées sur des forages. Ce sont des solutions qui sont bien parce qu’elles peuvent s’adapter à des caractéristiques plus étendues de profondeurs d’eau et de débits journaliers ; par contre, il faut choisir des pompes de bonne qualité car le jour où la pompe est en panne, elle est en panne. En général, il y a peu de chances qu’on arrive à les dépanner. Plus récemment, nous réalisons la pose de films solaires sur des bâtiments publics et des travaux de réseaux d’eau dans des zones mal ou pas desservies auparavant.

S : Pourquoi avez-vous choisi de vous installer à Dédougou ?

AC : C’est un peu les chemins de la vie qui m’ont mené ici. Je travaillais dans le domaine en France et j’avais envie de voyager. Mes parents m’ont beaucoup parlé de l’Afrique et j’avais envie de venir voir. J’ai hésité entre le Mali, le Sénégal et le Burkina, comme j’ai été invité par un Burkinabè, je suis venu faire un mois et ça m’a plu. Je suis rentré et deux ans après, je suis revenu faire un mois avant de revenir trois mois plus tard pour les prises de contact et c’est ainsi que je me suis installé ici. Je m’y trouve bien et me confronte avec les besoins.

S : Vous importez certainement vos matières premières ; quels sont vos rapports avec les autorités douanières ?

AC : Même si la volonté de CB-Energie est de produire localement, nous sommes obligé d’importer presque tout le matériel solaire car nous ne disposons pas localement de ces produits. En principe, dans les textes, les panneaux font partie de la catégorie zéro et pratiquement exonérés. Il arrive couramment qu’on ne les mette pas dans la bonne catégorie. En plus, une installation ne se compose pas uniquement de panneaux, il faut le régulateur, la batterie, les convertisseurs, les ampoules. Ces marchandises sont fortement taxées. Il faut arriver à ce qu’il y ait une politique qui favorise la promotion de ces énergies solaires et que l’on favorise l’entrée de ce matériel sur le territoire.

S : Est-ce que vous avez déjà participé à des forums ou des foires internationales ?

AC : Au niveau des lampes solaires, on a eu à participer à la foire régionale de développement 2006 qui était une activité sous-régionale, avec une trentaine de sélectionnés au Burkina. Nous sommes allé présenter notre idée au Mali où nous n’avons pas été primé. C’était le début de nos lampes et elles n’étaient pas tout à fait au point, mais cela nous a permis d’accéder aux médias qui se sont intéressés à nous. En 2008, nous avons participé à un concours de la Banque mondiale “Eclairer l’Afrique” où il y avait environ six cent participants. Ils ont retenu 16 projets dont le nôtre qui vont bénéficier de l’appui de la Banque mondiale pour leur réalisation. Nous avons également déposé un modèle d’utilité publique auprès de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle pour nos lampes solaires. Plus récemment, à Niamey, CB-Energie a dignement représenté le Burkina avec le 2ème prix de la sous-région en éclairage solaire.

S : Vos lampes solaires rencontrent-elles un engouement auprès des populations ?

AC : Les gens sont d’abord étonnés pour des choses qu’ils n’ont pas l’habitude de voir, mais dès qu’ils les utilisent et qu’ils voient l’intérêt ou le service social que cela peut leur apporter, les choses vont plus vite. On n’arrive pas souvent à faire des stocks. Ce sont les gens qui ont le plus d’argent qui s’engagent premièrement et ceux qui ont moins d’argent, mettent un temps pour le faire, mais nous en vendons. C’est de bouche à oreille et en général, les lampes que nous vendons à Ouagadougou ne restent pas à Ouagadougou, elles vont dans les villages.

S : A combien peut-on se procurer une lampe ?

AC : Le prix varie entre 13 500 francs CFA et 30 000 FCFA. Entre 15 000 et 17 500, on obtient une très bonne lampe que l’on peut utiliser pendant trois ans au bout desquels on peut remplacer les accumulateurs, ce qui ne représente pas une grosse dépense. Les plaques et les ampoules ont une durée de vie de 10 ans. Nous avons des lampes adaptées pour la lecture et d’autres moins fortes qu’on peut utiliser comme veilleuse, tout dépend de l’emploi que l’on veut. Elles peuvent tenir entre 4 à 6 heures d’utilisation avant que la lumière commence à diminuer sans toutefois s’éteindre. Nous essayons d’adapter le produit au besoin, tout en travaillant à développer de nouveaux produits et nous sommes ouverts aux critiques et aux suggestions des gens.

S : Combien d’années avez-vous mis pour concevoir ces lampes ?

AC : C’est un travail de plusieurs années. Depuis presque 10 ans, je bricolais et petit à petit, l’idée est venue. Au début, ce n’était pas la lampe à pétrole qui était le support. La première vraie lampe en utilisant la forme actuelle est à sa troisième année. Les premiers essais remontent à 2005.

S : Avez-vous des besoins de formation professionnelle au niveau de vos agents ?

AC : Il y a en toujours, le gens ont besoin d’être formés. A terme, nous allons essayer de passer plus de temps à former des gens qu’à résoudre des petits problèmes. Mais comme c’est une société naissante, il faut aussi le temps de s’organiser. Il manque également des structures de formation. Si l’on pouvait avoir un endroit où l’on puisse faire un stage d’une semaine en électronique, malheureusement ce n’est pas le cas. Souvent, il y’a des formations qui sont organisées mais qui ne sont pas adaptées à tout le monde.

S : Comment vivez-vous la concurrence sur le terrain ?

AC : Il y a tellement de choses à faire dans ce domaine-là qu’on ne peut pas vraiment parler de concurrence. Mais, nous avons quand même beaucoup de problèmes avec les bricoleurs parce qu’ils viennent derrière nous. Ils sont souvent dans le village ou à côté du village, quand il y a une petite panne, au lieu de nous appeler, les gens s’adressent à eux et souvent, ils crament les installations. On a vraiment beaucoup de problèmes avec eux, ils ont faim et ont envie de manger ; quand on s’adresse à eux, ils ne disent jamais qu’ils ne maîtrisent pas et vont dégrader nos installations.

S : Votre mot de la fin.

AC : Que tout le monde dans la sous-région parle d’énergie solaire et essaie de s’intéresser à cela, le soleil est là, il nous tape toute la journée et toute l’année. Il faut que les gens parlent entre eux, c’est dans les échanges que l’on peut nous voir et que petit à petit, au niveau du gouvernement, on écoutera les gens.

Entretien réalisé par Malachie DAKUYO
AIB/ Dédougou

Sidwaya

Vos commentaires

  • Le 15 avril 2009 à 12:33, par Vévé En réponse à : Energies renouvelables : Le solaire au cœur du développement local

    Bravo pour votre interview. Arnaud est mon neveu et je suis fier de ce garçon qui a depuis toujours dans l’esprit d’aider les gens de son pays d’adoption. Il appartient à une famille qui a toujours aimé l’Afrique, un continent que l’on doit aider à se développer. S’il a choisi le Burkina, c’est parcequ’il sait que dans ce pays les besoins sont grands, peut être plus qu’ailleurs et qu’avec peu de choses, on simplifie la vie quotidienne de milliers de personnes. Oui, il a raison, il faut parler du solaire ! L’Afrique et votre pays en particulier détient une richesse inestimable, outre tout le reste : le soleil. Comme le dis Arnaud, il faut apprendre à maîtriser cette ressource considérable et gratuite, pour améliorer le quotidien de tous. Arnaud ne souhaite pas que ce développement se fasse sans les burkinabé. Il a la science, il a la volonté. Il a cré cette société pour vivre au Burkina, mais il a surtout le souhait que cela bénéficie au plus grand nombre d’habitants de son petit village et du pays ; par la Formation, et la considération des besoins réels immédiats des gens qui font appel à CB Energie, il espère sincèrement que le soleil sera le moteur d’un début de développement.

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