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Politique au Burkina : Bluff de l’opposition ou hostilité de la majorité ?

Accueil > Actualités > Politique • LEFASO.NET • mercredi 15 septembre 2021 à 23h08min
Politique au Burkina : Bluff de l’opposition ou hostilité de la majorité ?

C’est un procès sans appel que le Chef de file de l’opposition politique au Burkina Faso (CFOP-BF) a fait au pouvoir, à l’occasion de sa rentrée 2021-2022, ce mardi 13 septembre 2021. Si les sujets abordés ne sont pas nouveaux pour les Burkinabè, des passages relatifs à cette sortie qui acte la reprise des activités retiennent l’attention et nourrissent des préoccupations dans certains cercles.

Tout comme le gouvernement, la rentrée du CFOP-BF se tient dans une actualité aux faits têtus et qui impliquent pour les populations de pouvoir compter sur leur élite politique pour une solution aux préoccupations. L’opposition retrouve donc les problèmes, comme elle les avait laissés. Ce n’est donc pas nouveau, la verve par laquelle les responsables du CFOP-BF sont revenus sur les défis qui se dressent devant le pouvoir et en mettant en exergue l’agacement des populations face à la recrudescence de certaines préoccupations (surtout la dégradation de la situation sécuritaire).

Mais ce qui a davantage capté l’attention à cette sortie de l’opposition, ce sont ces affirmations sur ce qu’on peut qualifier de "tentatives" d’étouffement des libertés d’opinion et d’expression . "Les tentatives de réduire au silence les opposants et les activistes de la société civile par des arrestations arbitraires et des menaces multiformes ne sauraient être une stratégie payante de sortie de crise.

L’histoire nous enseigne que seule la bonne gouvernance et le respect des libertés individuelles dont fait partie la liberté d’expression, sont les fondements d’une démocratie en construction. Il y a à peine deux mois de cela, Simon Compaoré, Président du parti majoritaire, a proféré des menaces explicites, au détour d’une interview accordée le Vendredi 16 juillet 2021 au journal Le Pays. Il a dit ouvertement ceci : "face à la capacité de nuisance de l’opposition, nous allons développer une capacité de nuisance plus importante. Il faut rappeler que ces propos ont été tenus par Monsieur Simon Compaoré suite à l’appel lancé par l’opposition pour la marche de soutien aux FDS (Forces de défense et de sécurité) et aux VDP (volontaires pour la défense de la patrie)", ont évoqué les responsables du CFOP-BF.

Dans des commentaires autour du sujet, des leaders de l’institution ont fait état (et sans plus de précisions) de ce que certains d’entre eux subissent des menaces voilées de la part du pouvoir.

Du "buzz" politique ou une réelle dynamique du pouvoir d’étouffer les libertés ?
En tous les cas, ces évocations, après les épisodes d’intimidations de journalistes et leaders d’opinion (Ladji Bama, Seydou Baoula, Sidiki Dramé, Lionel Bilgho), pour n’afficher que ces exemples, ne sont pas un bon élan pour le pays. On retient également que les syndicats ont, à maintes reprises, dénoncé une "remise en cause des libertés".

La classe politique se doit, à commencer par celle au pouvoir, d’œuvrer à éviter au pays, les méthodes de gangsters. On ne peut pas fustiger les attitudes inciviques dans la société, prôner un front commun contre les défis cruciaux communs et en même temps adopter des démarches qui vont en contradiction. La responsabilité du pouvoir est grande dans la marche du pays, c’est lui qui définit la marche et la cadence. Il se doit donc, dans cette position, d’éviter tout ce qui peut laisser des possibilités à d’interprétations nuisibles à l’aspiration commune des Burkinabè (la paix, la stabilité, la cohésion sociale, l’unité nationale, la discipline et le civisme dans la société).

Les défis ne peuvent être relevés en taisant les réalités que vivent les Burkinabè. Tout comme ils ne sauraient l’être sans la bonne foi de ceux qui s’opposent au pouvoir politique. Chaque entité a sa dose d’apport et de responsabilité, à la mesure des pouvoirs qui lui sont confiés par la République.

La ration de l’usure politique ?

Contactée pour réagir à cette déclaration du CFOP-BF, un leader politique, qui dit ne se reconnaître en aucun bord (ni majorité ni opposition, ndlr), a eu des propos durs vis-à-vis de l’ensemble de la classe politique, qu’il qualifie de "génération paumée".

"Il faut qu’une certaine catégorie d’hommes politiques accepte maintenant de se mettre à l’écart pour soulager ce pays. Ils utilisent le Burkina Faso pour faire des bagarres personnelles. Qu’est-ce que les pauvres populations ont à avoir dans vos querelles ? Vous avez tout eu grâce à ce pays et avec ce pays, mais que voulez-vous encore ? Il y a des gens qui ne pensent pas l’existence de ce pays sans eux. Pour eux, s’ils doivent tomber, c’est le pays avec. Ils sont-là, ce sont les mêmes qui font le jeu politique au détriment des intérêts réels des populations", s’est emporté l’interlocuteur.

C’est aussi un regard mitigé que cette source interne au CFOP-BF a de la situation. "Ce n’est pas une question d’opposition ou de majorité, c’est une affaire d’hommes ; ceux qui sont au premiers plans de la politique actuelle du Burkina n’ont plus rien à proposer. Ils n’ont plus rien comme idée. Et quand je pense que ce sont les mêmes qui vont se trimballer pour un prétendu dialogue politique, j’ai mal. La seule chose qu’ils vont défendre là-bas, ce sont leurs propres intérêts. Ce qu’ils sortent pour dire devant les micros et caméras, c’est pour contenter le peuple, les vrais motifs sont derrière. Si les acteurs ne changent pas, il ne faut rien espérer. (...). Même au CFOP-BF, on est divisé ; parce qu’il y a des gens là-bas avec des calculs, des jeux d’intérêt avec le pouvoir. C’est triste", soupire-t-il.

Oumar L. Ouédraogo

Lefaso.net

Vos commentaires

  • Le 16 septembre à 03:47, par Laafi-nooma En réponse à : Politique au Burkina : Bluff de l’opposition ou hostilité de la majorité ?

    "C’est triste, soupire-t-il"
    Tout est dit et si bien dit.
    Il n’y a plus rien à attendre, ni du pouvoir, ni de l’opposition. La classe politique actuelle dans son ensemble a complètement échoué et est totalement à bout de souffle. Chaque jour qui passe est un jour de gagné par ceux qui veulent démanteler ce pays. À bon entendeur, salut.

    Répondre à ce message

  • Le 16 septembre à 12:59, par SANOU Bala Wenceslas En réponse à : Politique au Burkina : Bluff de l’opposition ou hostilité de la majorité ?

    "Noir c’est noir ; il n’y a plus d’espoir (tout est noir lit-on pratiquement)" N’y a-il vraiment plus d’espoir ?
    A écouter/lire les aigris du régime déchu, qui pensent qu’à force de comptabilité macabre, ils réussiront au-moins la nuisance value, et une situation nationale (et sous régionale) très assombrie du fait d’une gouvernance hasardeuse en cours, on peut sombrer dans une peinture lugubre, défaitiste.
    Oui, et après ?
    Si ceux en place comme gouvernants actuels étaient remplacés par leurs frères ennemis actuels (hier amis) et complices ensemble du chaos en cours. Que peut-on espérer ; que peut-on vraiment espérer ? Strictement rien.
    Que faire alors ? Laisser faire ? Absolument pas.
    Derrière le rideau de la guéguerre politicienne inutile, dont le seul but est de se repositionner pour continuer le pillage dont nous avons été et restons témoins, des femmes et des hommes (des sans-voix pour le moment) font face à la sombre réalité créée par les 32 dernières années d’échecs politiques. Échecs politiques accompagnés par une clique de citoyens de nom, mais sans conscience citoyenne. Échecs politiques également accompagnés par des ’supposés’ bailleurs (ou appelés ainsi) qui, à travers leurs tours d’ivoire, sont incapables de montrer une logique de suivi des effets des financements balancés dans le cadre des coopérations bilatérales et multilatérales. Seuls les intitulés des projets et programmes dits de développement changent (avec parfois les membres des équipes de financement et d’exécution). Les populations rurales, elles, continuent, à travers les générations renouvelées, de voir aller et venir les dernières marques de véhicules dans lesquels les ’équipes de développeurs’ font la navette pour mériter leur salaire (pour les plus consciencieux). Et les équipes de représentants des bailleurs de fonds, confinés (avant Covid) dans leurs tours d’ivoire de contrôle des procédures d’utilisation de leurs fonds, se réunissent de temps à autres avec des ’évaluateurs’ dont les résultats d’évaluation sont connus d’avance. Ces résultats se résument comme suit : "le projet a fait un excellent travail ; les résultats sont pour l’essentiel atteints, mais toute œuvre humaine reste imparfaite. Un financement supplémentaire permettrait de consolider les acquis..." et autres balivernes. On applaudit, on s’applaudit, on prend une pause-café thé,... et ça continue.
    32 années d’indicateurs de réussite sur papier, qui laissent pour le moment 32 années de divagation, de dispersion très perceptible à travers des politiques publiques incohérentes. 32 années au cours desquelles, les conditions de vie des populations ne s’améliorent que sur le papier, dans les rapports des projets et programmes dits de développement.
    Et pourtant, derrière ce triste rideau de tragi-comédie nationale, régionale et internationale, des femmes et des hommes font face à leur destin, sans tintamarre aucun, sans vociférations mensongères dont reste maître, la clique de politiciens aveuglés par leurs querelles autour du perchoir.
    Des ’Sawadogo Yacouba’, hommes et femmes, sont debout et grâce à eux/elles le Faso reste debout, face à tant d’adversités internes surtout et aussi externes. Ils/elles reboisent patiemment des espaces naturels dégradés et des espaces immatériels (conscience citoyenne) saccagés par la cupidité des dirigeants d’hier et d’aujourd’hui, sans oublier les effets d’une part de démission parentale dans l’éducation familiale. Que peut-on attendre d’un père, d’une mère qui brûle les feux tricolores tous les jours en amenant ses enfants à l’école ?
    Malgré tout, il existe des "Sawadogo Yacouba", hommes et femmes. Grâce à eux/elles, germe, hors des écrans des téléviseurs événementiels, un espoir citoyen nourrit des adversités du moment. Ce sont eux/elles qu’il faut réussir à accompagner puisqu’ils sont déjà en route pour renouveler la conscience citoyenne. C’est d’eux/elles que viendra un jour, des actrices et des acteurs qui renouvelleront la scène politique polluée par les dealers d’hier et d’aujourd’hui, sous le regard complaisant de prétendus bailleurs de fonds de développement.
    Les adversités en cours sont entrain de forger des citoyens et des citoyennes qui aiment vraiment leur pays. Cela vaut pour le Burkina, comme tant d’autres, qui ploient sous la férule des rapaces politiques....

    Répondre à ce message

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