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Burkina : « Nous sommes véritablement pessimistes quant à l’issue du dossier Yirgou », confesse Me Ambroise Farama

Accueil > Actualités > Société • LEFASO.NET • mercredi 28 octobre 2020 à 20h00min
Burkina : « Nous sommes véritablement pessimistes quant à l’issue du dossier Yirgou », confesse Me Ambroise Farama

Le Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés (CISC) et plusieurs autres organisations de défense de droits humains ont interpellé le gouvernement sur des dérives des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP). C’était par une conférence de presse, ce jeudi 28 octobre 2020 à Ouagadougou, au cours de laquelle des journalistes ont voulu en savoir davantage sur le dossier Yirgou.

« Le fait que les actes (enquêtes, ndlr) aient été posées de façon tardive, rend la tâche beaucoup plus difficile pour le juge d’instruction ; parce qu’avec le temps, il y a ce qu’on appelle également la disparition des éléments de preuves. Il y a également la question de la dispersion des témoins et la question de pouvoir retrouver les présumés auteurs des actes de crime. Donc, le juge d’instruction a commencé le travail avec beaucoup de difficultés. D’abord, une difficulté de moyens. Ensuite, une difficulté de sécurité ; parce que le juge d’instruction était souvent obligé de faire son travail en dehors du ressort territorial de sa juridiction, et les auditions pour la grande majorité se passaient donc à Ouagadougou. Ce qui témoigne d’un climat difficile dans lequel le juge travaille. A ce jour, les personnes qui ont été inculpées ont même été libérées à la suite de menaces qui ont été faites vis-à-vis de l’autorité de l’Etat, en donnant des ultimatums au pouvoir public, en disant que si ces personnes n’étaient pas libérées dans un certain délai, ils allaient se donner les moyens de se faire entendre », a expliqué Me Ambroise Farama, répondant à une question sur ce dossier.

En rappel, dans la nuit du 31 décembre 2018 au 1er janvier 2019, dans le village de Yirgou-Foulbé, commune de Barsalogho, région du Centre-nord, des terroristes ont tué sept personnes dont le chef dudit village, avant de prendre la fuite. La poursuite des terroristes par les populations a eu pour corollaires des exactions et des pertes en vies humaines au sein de la communauté peule dans différentes localités de cette région. Le bilan est de plusieurs dizaines de morts.

Depuis lors, plusieurs organisations de défense de droits humains, dont le CISC, né de ce drame, demandent la lumière sur ce drame. Me Ambroise Farama, qui est constitué avocat des familles de victimes, a, au cours de cette sortie, montré son pessimisme. « Nous sommes véritablement pessimistes quant à l’issue de ce dossier », a-t-il confié.
Profitant du sujet, il est revenu sur l’objet de la conférence, en affirmant également que les VDP sont devenus source de danger que de sécurité pour les populations.


Lire aussi : Burkina : Des organisations de défense de droits humains interpellent le gouvernement sur des dérives des volontaires pour la défense de la patrie


A en croire les conférenciers, les VDP profitent de leur statut pour régler des dossiers économiques, procéder à des viols et à bien d’autres actes condamnables. Selon eux, si la loi portant création des VDP est à saluer de par son contenu, sa mise en œuvre sur le terrain pose problème. C’est pourquoi ils ont interpellé l’autorité sur l’urgence de recadrer les VDP et de faire en sorte que leurs recrutements s’étendent à toutes les ethnies (ils informent que des localités habitées par des Peuls sont exclues du processus de recrutement).

Dr Daouda Diallo, secrétaire général du CISC, principal intervenant à la conférence a appelé à un travail à la cohésion sociale

« Depuis quelques temps, le CISC, le MBDHP, l’ODJ et plusieurs autres organisations de défense des droits humains sont régulièrement interpellés par des citoyens burkinabè sur des cas de violations graves du principe de libre circulation des personnes et des biens sur le territoire burkinabè. En effet, dans les régions du Nord, du Centre-Nord, de l’Est, de la Boucle du Mouhoun, du Sahel, des populations civiles sont descendues des véhicules, contrôlées au faciès, humiliées et souvent tuées pour leur appartenance ethnique par des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) qui, pourtant, ont pour mission de les protéger. Même des élèves, des enseignants et autres fonctionnaires bien identifiés comme tels et désirant rejoindre leurs établissements de service ne sont pas épargnés par ces traitements inhumains et dégradants.

Assimilés à des terroristes, ils sont débarqués des véhicules de transport en commun et violentés avec comme conséquence la déscolarisation et des abandons de postes de nombreux élèves et instituteurs dus à des comportements d’une autre époque des VDP. Des témoins vivants existent pour illustrer cette pratique honteuse. L’autre conséquence, c’est que ces désœuvrés que la patrie semble avoir rejetés pourraient retomber entre les mains de notre ennemi commun, à savoir les groupes armés terroristes. Comment peut-on imaginer et admettre de tels comportements dans une République et dans un Etat de droit ? Surtout à un moment où toutes les communautés sont déjà traumatisées par le phénomène du terrorisme.

L’heure doit être à l’union sacrée autour de l’essentiel. (…). Ces cas graves de violations des droits humains devraient interpeller la conscience de tous les Burkinabè et surtout interpeller l’autorité compétente sur une tournure inquiétante de la situation sécuritaire dans notre pays. Des civils armés et entretenus par l’Etat burkinabè se doivent de rassurer toutes les populations et non stigmatiser une partie. Mais tolérer les dérives sous le fallacieux prétexte de risque de démoralisation des éléments des FDS et leurs supplétifs n’est pas seulement lâche, mais suicidaire », ont détaillé les conférenciers.

C’est pourquoi, tout en félicitant le maire de Barga qui arrive à manager avec certains VDP pour le retour, sans distinction ethnique, des déplacés des villages comme Lemnogo, Ramadollah et Benè, ces organisations attirent l’attention de la communauté internationale, des amis et partenaires du Burkina sur « les faits graves de violations des droits humains dont se rendent coupables des VDP sous le regard complice du gouvernement » du Burkina. Elles exigent, entre autres, du gouvernement, le respect de l’esprit et des termes de la loi portant création et fonctionnement des VDP et l’implication des personnes-ressources des différentes localités dans le processus de mise en œuvre.

O.L.
Lefaso.net

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