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Lettre ouverte au ministre des Mines et des Carrières, Oumarou Idani : « Nous défendrons notre colline sacrée coûte que coûte »

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Mines, mineurs, miniers, énergie • Lettre ouverte • lundi 17 septembre 2018 à 23h35min
Lettre ouverte au ministre des Mines et des Carrières, Oumarou Idani : « Nous défendrons notre colline sacrée coûte que coûte »

Ceci est une lettre ouverte de l’Organisation démocratique de la jeunesse du Burkina Faso (ODJ), adressée au ministre des Mines et des Carrières, Oumarou Idani, sur l’exploitation artisanale de l’or sur la colline sacrée dans l’agglomération urbaine de Gaoua.

Monsieur le Ministre, en 2006, nous, populations de Gaoua Poni et villages apparentés, avons engagé un bras de fer avec monsieur Binkoété Albert Oussé et sa horde qui avaient contre vents et marées entrepris l’exploitation artisanale de l’or sur la colline sacrée dans l’agglomération urbaine de Gaoua, précisément au secteur n°1, non loin de l’école primaire de YOUMPI et de la CNSS.

Nous nous sommes mobilisés à l’époque pour défendre cette colline et surtout notre cadre de vie des conséquences qui peuvent résulter d’une telle activité en pleine ville. Cette opposition a naturellement débouché sur de violents affrontements entre nous et des individus à la solde de cet homme, prêt à tout pour amasser de l’argent et se faire craindre.

Face à cette situation périlleuse pour la paix sociale dans notre ville, monsieur Kader Cissé, le ministre des mines de l’époque avait effectué le déplacement de Gaoua pour désamorcer la crise. Pour ramener la paix il avait ordonné l’arrêt de cette exploitation. Mieux, pour rassurer les populations de la volonté de l’Etat à protéger leur lieu sacré, il avait fait venir de Ouagadougou une machine pour refermer les trous béants qui avaient été creusés par Binkoété Albert Oussé.

Ces travaux auraient couté à l’Etat la somme de 18 millions de FCFA. Du reste, l’interdiction de l’exploitation de l’or sur cette colline qui lui a été faite à l’époque par les autorités, a été confirmée dans une interview qu’il a accordée au journal en ligne BAFUJIINFOS au cours de ce mois d’aout 2018.
Il y est écrit ceci « [….….] La colline dont il était question, faisait partie des propriétés de notre famille. Ainsi, je suis allé voir les autorités pour l’obtention d’une autorisation d’exploitation. Ils nous ont autorisées en nous disant qu’il n y a pas de souci. Mais, par la suite les autorités nous ont interdit l’exploitation vue la proximité du site avec la ville de Gaoua. Ainsi, nous avons fermé et je suis allé à Djkando voir les populations. ».

Monsieur le ministre, pensant que la page était tournée en ce qui concerne l’exploitation de l’or sur cette colline, grand a été notre désarroi et incompréhension lorsque nous apprenions durant le mois d’avril 2018 (c’est-à-dire 12 ans après la fermeture des trous) que le même monsieur Binkoété Albert Oussé a repris l’exploitation de l’or à l’endroit même qui avait été bouché par les frais du contribuable burkinabè.
Il venait ainsi d’outrepasser comme à son habitude, une décision administrative et mieux l’avis de l’autorité communale, celui des populations et même vous, actuel Ministre en charge des mines et des carrières.

Cela est vrai parce qu’à l’issue des démarches effectuées auprès de qui de droit, il ressort en plus de notre opposition, celle de l’autorité communale à l’exploitation du site parce que situé en pleine agglomération urbaine. L’intéressé lui-même rencontré par notre structure nous a laissé entendre qu’il ne dispose pas de document et d’ajouter qu’il travaille ainsi il y’a longtemps comme c’est le cas pour son site de Djinkando situé à quelques kilomètre de Gaoua.

Et pourtant en nous basant sur les articles 71 et 120 de la LOI N° 036-2015/CNT PORTANT CODE MINIER DU BURKINA FASO, vous pouvez aisément constater que ce Monsieur a agi sans respect de la législation de notre pays en la matière. En rappel, voici ce que disent les articles ci-dessus cités de notre code minier :
Section 2 : De l’autorisation d’exploitation artisanale

Article 71 :

« L’autorisation d’exploitation artisanale de substances de mines est accordée, sous réserve des droits antérieurs, par décision de l’Administration des mines, après avis du ministre chargé de
L’environnement, des autorités administratives compétentes et des collectivités territoriales concernées :
 aux personnes physiques de nationalité burkinabè sans distinction de sexe ou aux ressortissants des pays accordant la réciprocité aux burkinabè ;
 aux sociétés coopératives intervenant dans le secteur minier.
Les modalités de délivrance de l’autorisation d’exploitation artisanale sont précisées par voie règlementaire ».

Le TITRE III de ladite loi sur « DES DROITS ET OBLIGATIONS LIES A L’EXERCICE DES ACTIVITES MINIERES OU DE CARRIERES »

CHAPITRE 1 : DANS LES ZONES D’INTERDICTION OU DE PROTECTION

Article 120 :

« Les activités de prospection, de recherche ou d’exploitation de substances minérales ne peuvent être entreprises en surface, en profondeur et aux alentours d’une zone de protection, des propriétés closes de murs ou d’un dispositif équivalent, sans le consentement du propriétaire ou du possesseur. Il en est de même :
 à l’égard des groupes d’habitations ;
 des puits, des édifices religieux, des lieux de sépulture ou des lieux considérés comme sacrés, sans le consentement des communautés concernées ;
 des écoles et centres de formation et de santé ;
 des dépendances du domaine public sans autorisation de l’Etat.

Les conditions et modalités d’application de la présente disposition sont déterminées par arrêté conjoint du ministre en charge des mines et des autres ministres concernés ».

Monsieur le Ministre, face à ce comportement incivique et belliqueux de l’individu, nous avons, contrairement à 2006, opté pour une démarche de résolution pacifique de ce conflit. Nous nous sommes alors organisés au sein de l’Organisation Démocratique de la Jeunesse du Burkina Faso et avons entrepris dans ce cadre des démarches auprès de l’autorité provinciale.
Nous avons ainsi demandé à monsieur le Haut-Commissaire d’ordonner au sieur Binkoété Albert Oussé, la fermeture du trou avant le 31 mai 2018. Celui-ci s’est engagé, à l’issue d’une rencontre initiée par monsieur le Haut-Commissaire, à fermer le trou dans le délai indiqué ci-dessus.

Au terme de ce délai, nous avons fait des relances à l’autorité et jusqu’au moment où nous vous adressons cette lettre la situation reste en l’état. Pire, les informations qui nous parviennent, indiquent qu’il a obtenu de votre ministère un permis de recherche qui lui ouvre désormais la voie pour exploiter l’or sur cette colline en dépit de notre opposition.

Monsieur le Ministre, au regard de ce qui précède et face à l’apparente impuissance de nos autorités locales à ramener ce monsieur à la raison, nous voulons, toujours dans notre élan de règlement pacifique du conflit, nous remettre à vous pour une résolution définitive de ce conflit. Un individu qui qu’il soit ne saurait être au-dessus de la loi et mettre en mal l’autorité de l’Etat surtout dans un contexte où l’incivisme est dénoncé chaque jour au sommet de l’Etat.

A défaut, vous serez tenu responsable de la dégradation du climat social dans la commune de Gaoua car nous défendrons notre colline sacrée coûte que coûte.
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de notre profond respect !

Le comité ODJ de Gaoua-Poni

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