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Littérature : Lara Ripoll édite un recueil de proverbes africains pour les élèves du Burkina

Accueil > Actualités > Société • Jacques Théodore Balima et Laurence Tianhoun (Stagiaire) • jeudi 23 août 2018 à 23h35min
Littérature : Lara Ripoll édite un recueil de proverbes africains pour les élèves du Burkina

Les proverbes jouent un rôle important dans l’éducation en Afrique. Ils véhiculent les valeurs essentielles enseignées au sein des sociétés. Malheureusement, transmis oralement de génération en génération, ils ont tendance à disparaitre. Ayant découvert cela, Lara Ripoll, journaliste et coopérante espagnole, a décidé d’apporter sa pierre dans la sauvegarde des proverbes. Ainsi, après avoir roulé sa bosse pendant douze ans en Afrique, elle a réalisé un recueil de 70 proverbes illustrés et expliqués. Son souhait est que ce document soit enseigné dans les lycées et collèges. Dans cette interview, nous allons à la découverte du projet.

Lefaso.net : « Afrorismos », que signifie ce titre ?

Lara Ripoll (L.R.) : C’est un jeu de mots. Lorsqu’on dit « afro », cela renvoie à l’Afrique. En Espagne, si on dit « aforismo », c’est pour parler des dictons, des refrains. Et comme ce sont des proverbes typiquement africains, j’ai créé « Afrorismes ».

Lefaso.net : Comment est née l’idée d’écrire un livre sur les proverbes africains ?

L.R. : Cela fait plusieurs années que je travaille sur la culture africaine, les traditions en général. Tout ce qui relève de la tradition, les us et coutumes et de la culture, m’intéresse. J’ai effectué plusieurs voyages pour découvrir ces aspects des différents peuples et c’est cela qui m’a motivée à écrire ce livre.

Aussi, les valeurs éthiques et l’importance qu’elles transmettent de par la tradition orale m’ont beaucoup intéressée. Dans le temps, la tradition se transmettait oralement de génération en génération mais on se rend compte de nos jours, que cela tend à disparaitre.
Pourtant, cette valeur est très importante et fait partie de l’éducation. Les valeurs de solidarité, de respect des personnes âgées, des parents, de la femme étaient enseignées dans les sociétés africaines.

L’importance de la tradition orale réside dans les valeurs qu’elle nous enseigne et qui fait le caractère spécifique de l’Afrique. Par exemple, l’hospitalité qui est une valeur africaine.

Lefaso.net : Est-ce à dire que ces valeurs n’existent plus en Europe ?

L.R. : Dans le temps, en Occident, il y avait ces mêmes valeurs. Mais l’Occident les a perdues. Aujourd’hui, elles n’existent plus. De nos jours, c’est l’individualisme en Occident, la concurrence pour atteindre une meilleure position sociale. On vit dans des appartements sans connaitre le voisin d’à côté.
Il n’y a pas une relation familiale, de cordialité entre des voisins d’un même appartement ou immeuble. En résumé, la société occidentale s’est déshumanisée et a perdu la valeur humaine.

Lefaso.net : Votre livre est un résumé des proverbes africains, comment s’est opéré le choix ?

L.R. : On n’arrive pas à dénombrer les proverbes existant dans le monde. Mais certains disent que c’est autour de 100 000 proverbes. La tradition était oralement transmise par les griots. Ce n’était pas par écrit. Et on retrouvait des proverbes dans plusieurs ethnies différentes. Par exemple, des proverbes mossi avaient une similitude avec des proverbes gourmatché. Cela s’explique par le fait que, dans le temps, il y avait un contact entre ces deux peuples.

Vers Bobo-Dioulasso, quand vous prenez certains proverbes dioulas, vous vous rendrez compte qu’ils ont une similitude avec les proverbes du Mali et aussi du Sénégal car la région de Bobo était un carrefour commercial. Ça s’est transmis entre ces gens qui avaient des besoins commerciaux donc ils ont les mêmes proverbes.

J’ai choisi seulement 70 pour les besoins de l’édition, sinon il y en a beaucoup. Le choix de chaque proverbe a été motivé par les valeurs que je voudrais qu’on transmette aux enfants dans leur système éducatif. Je me suis également intéressée aux valeurs mais en faisant en sorte qu’il y ait un proverbe de chacun des 55 pays de l’Afrique. Cela permettra aux enfants de connaître d’autres pays africains, le paysage, les peuples et leurs coutumes, si on doit l’utiliser dans le système éducatif.

Par exemple, au Burkina, on pratiquait les scarifications ethniques, mais c’est actuellement interdit. Ce sont des choses sur lesquelles il faudra revenir parce que c’est culturel. En illustrant avec les photos, cela permet aux enfants de voir comment les gens vivaient, leurs habitudes.

Lefaso.net : Avez-vous entrepris des démarches pour que ce livre soit utilisé comme matériel éducatif dans nos établissements primaires et secondaires ?

L.R. : C’est la troisième fois que je voyage au Burkina dans le cadre de la promotion du livre. Je suis venue pour la première fois en août 2017. J’ai travaillé avec l’école primaire publique du village de Baas-neeré, un petit village à côté de Kaya ; aussi avec la Fondation Rimkiéta. Pour le moment, je ne suis pas passée par une voie officielle.
Je contacte directement les écoles, j’en parle avec les directeurs et ces derniers désignent un maitre qui pourra l’enseigner aux enfants. Dès qu’une école accepte de les utiliser comme matériel didactique, je leur donne des exemplaires gratuitement afin qu’ils les utilisent pour le bien des enfants.

Ce livre est une petite formation entre l’élève et l’enseignant par l’étude de l’histoire, de la géographie et de la culture africaines. Le livre est édité en français, anglais et espagnol. Donc on peut l’utiliser également au secondaire pour l’apprentissage des langues étrangères comme l’anglais et c’est ce que j’ai fait avec un professeur dans un lycée à Banfora.

En résumé, j’ai déjà distribué mes livres dans les écoles d’abord à Sanementenga, Fada, Kaya, Bobo, Banfora, Tingrela. Je suis également allé au nord de Togo et peut-être bientôt en Côte d’Ivoire.

Lefaso.net : Comment se fait la promotion du livre dans les autres pays ?

L.R. : C’est un projet personnel donc je vais à mon rythme. J’ai commencé au Burkina ensuite au Togo, bientôt en Côte d’Ivoire. Au fur et à mesure, je vais diffuser le projet un peu partout. J’ai eu envie de partager avec les autres tout ce que j’ai reçu en Afrique.

Lefaso.net : Comment peut-on obtenir le livre ?

Il n’est pas vendu au Burkina Faso. Je cherche l’argent en Europe pour réaliser ce projet au profit des enfants au Burkina Faso. Si quelqu’un désire obtenir le document, il peut me contacter à travers la page Facebook du projet (http://m.facebook.com/afrorismos.proverbiosafricanos/ lararipoll@gmail.com).

Lefaso.net : Comment les traditions africaines peuvent véritablement être promues hors du continent ?

L.R. : De mon point de vue, on devrait inclure la tradition dans le cursus scolaire des enfants. J’ai remarqué que le système éducatif est basé sur la culture acquise avec la colonisation. On a copié le système éducatif occidental sans y intégrer nos valeurs traditionnelles africaines.

Quand j’étais au Togo, le chef d’un village qui m’a proposé de rester quelques temps pour apprendre cela aux enfants parce qu’ils n’ont pas cela dans leur système éducatif. Il faudrait donc une volonté politique et une réforme éducative pour mener ça à bien. Au Burkina, il y a deux ou trois institutions qui travaillent sur la culture orale. Une d’elles travaille par exemple sur la culture kasséna.

Nous ne nous rendons pas compte mais on peut promouvoir les traditions burkinabè hors de l’Afrique. Il faut l’écrire. C’est le cas de la culture dogon au Mali qui est vraiment répandue dans le monde à travers plusieurs écrits. On doit songer à cela au Burkina.
Il y a 63 ethnies donc de la matière à revendre. La culture est une valeur et pour qu’elle se pérennise elle doit passer dans le système éducatif. Comme cela, de génération en génération, elle va demeurer puisqu’elle est écrite.

Lefaso.net : Après les proverbes, allez-vous aborder d’autres aspects de la culture africaine prochainement ?

L.R. : J’ai l’intention de poursuivre avec d’autres aspects mais d’abord il faudrait que les Burkinabè adoptent et participent au projet. Je ne suis pas partisane de l’assistanat ou de la dépendance aux coopérants. Je viens donner ce que j’ai produit c’est à tous de le développer ensembles.

Propos recueillis et retranscrits par
Jacques Théodore Balima
Laurence Tianhoun (Stagiaire)
Lefaso.net

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