L’analyse multicritères, un outil de décision pour la matérialisation des pistes d’accès aux ressources pastorales de saison pluvieuse dans le Sahel burkinabè

dimanche 17 décembre 2017 à 15h00min

Dans le Sahel de façon générale la disponibilité des ressources naturelles (eau, forêt, terres fertiles, etc.) est une contrainte majeure pour le développement économique et social. Particulièrement la partie concernée au Burkina, l’agriculture et l’élevage constituent les principales activités de la population.

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L’analyse multicritères, un outil de décision pour la matérialisation des pistes d’accès aux ressources pastorales de saison pluvieuse dans le Sahel burkinabè

La souveraineté alimentaire tire son origine des combats menés par les paysans et les petits agriculteurs, les bergers et autres intervenants dans le secteur agricole. Mais la cohabitation de ces deux activités n’est pas toujours sans problèmes vu que le même espace est convoité par les mêmes acteurs Les éleveurs d’autrefois se sont orientés vers l’agriculture augmentant de ce fait les superficies cultivées au détriment des espaces boisés.

En effet, Ouédraogo, (2012) fait remarquer une augmentation des superficies des zones de cultures (de 23,55 à 32,31%) de 1986 à 2011 au détriment des formations ripicoles (qui sont passées de 11,5 à 2,91%) et des steppes arbustives (de 50,17 à 38,03%). Le présent article propose des pistes de solutions qui pourraient un tant soit peu contribuer à amoindrir les conflits qui surviennent entre les acteurs dans le bassin versant de Yacouta.

METHODOLOGIE

C’est l’approche spatiale avec comme outil de base le système d’information géographique (SIG) et la télédétection. Cette approche a été couplée à une analyse multicritère afin d’atteindre les objectifs de l’étude. Les principales étapes sont la cartographie (numérisation des cartes analogiques et traitement d’images satellites), les enquêtes de terrain, le traitement et l’analyse des données.

La cartographie a consisté à l’interprétation des images Landsat 7, précisément de la scène 19405050. Les principales unités qui ont été ressorties sont les zones cultivées, les cours d’eau, les bas-fonds, les steppes, les barrages et les autres plans d’eau. Ces unités cartographiques ont constitué les critères de base à l’analyse spatiale.

Les enquêtes semi-structurées ont été réalisées dans quatre villages à savoir Yakouta, Oulo (situé au centre du bassin versant où les ressources sont plus dégradées), Nakou et Léré (au sud et au nord respectivement où des reliques de pâturages existent encore). Ces enquêtes ont permis d’avoir la perception des ménages sur la gestion des pâturages et les voies d’accès à aux ressources. En plus elles ont participé à la détermination des poids à affecter à chaque critère dans l’analyse. L’affectation des poids aux critères a été faite sur la base du vécu quotidien des populations (facilités ou difficultés à accéder au pâturage et à l’eau pendant la période humide).

Le traitement et l’analyse des données ont été faits avec le logiciel libre QGis 2.10 par le truchement des outils de GRASS incorporés. Ils se fondent sur l’analyse multicritères (AMC) dont la mise en œuvre a obéi au processus suivant : l’organisation des couches cartographiques (critères), le calcul des surfaces de coûts, la détermination des poids ou pondération, et le calcul des cartes par la fonction r.mapcalc et la vectorisation. La figure 1 ci-dessous illustre les principales étapes de la démarche.


Ouédraogo L. et Yaméogo G. (2017)

Le processus a été complété par une confrontation des résultats obtenus après traitement avec la réalité du terrain et permettant leur validation.

RESULTATS
La zone d’étude est le bassin versant de Yakouta, situé dans la province du Séno. Il couvre une superficie d’environ 1800 km2 et regroupe trente-cinq villages administratifs (figure 2), répartis entre les communes de Dori à l’Est et de Gorgadji à l’Ouest. Il est situé entre 13°49’ et 14°12’ de latitude nord et entre 0°36’ et 0°4’ de longitude ouest (soit une étendue de 58 km d’Est en Ouest et 43 km du nord au sud).

La cartographie a donné comme résultats des unités qui sont classées en facteurs et en contraintes. Les facteurs sont les couches (ou unités) qui contribuent à accomplir le résultat (accès au pâturage). Les contraintes jouent un rôle contraire aux facteurs. L’ensemble des unités ressorties sont : les cultures (qui est une contrainte) et les steppes (arborées, arbustives et herbeuses), les plans d’eau et les formations ripicoles) qui constituent les facteurs. A ceux-là s’ajoutent les bas-fonds qui ont été cités comme ressources déterminantes pour les activités agro-pastorales. Leurs importances relatives sont illustrées dans la figure 3.


Les critères (qui sont des couches d’information cartographiques) sont proposés lors des entretiens et des enquêtes de terrain. Ils ont été reportés dans un tableau à double entrées et comparés entre eux, deux à deux. Le nombre de fois qu’un critère a été cité va influencer sur le poids de ce critère dans l’analyse. Cette comparaison a donné une synthèse des préférences des populations dans le classement des critères (Tableau 1). L’équation du traitement appliquée à ces données conduit au résultat illustré par la figure 4.
r = r.mapcalc ∑fi*xi *∏ci où :
r est le résultat de l’analyse ;
r.mapcalc est la fonction de calcul des cartes
fi est l’ensemble des facteurs ;
xi est l’ensemble des pondérations ;
ci est l’ensemble des contraintes.


La figure 4 représente le résultat du calcul des cartes réalisé. Elle fait ressortir les zones de pâture et des itinéraires indiquant des voies qui conduisent dans les pâturages. Ces zones s’étendent sur environ 64391,8 ha et représentent 35,7% de la zone. Les voies d’accès (tracées en lignes discontinus) quant à elles sont estimées à 425 km. Elles font la jonction entre les pâturages avec la plupart des localités du bassin versant. Elles offrent de ce fait au bétail venu abreuver, d’accéder facilement à l’eau et de profiter des pâturages aux alentours.

Ces propositions par l’AMC est un outil qui peut orienter la décision des développeurs. Elles comportent certes des insuffisances mais on peut convenir avec Ouédraogo et Yaméogo (2017) que de tels résultats proposent des voies de conduite du bétail permettant la mobilité de saison pluvieuse. Elle est une alternative à prospecter en attendant d’arriver à un plan cadastral comme préconisé par Elodie (2013) qui pourrait être lourd dans sa réalisation et difficile dans sa mise en œuvre.

CONCLUSION
Les AMC offrent un avantage d’analyse spatiale par l’utilisation de critères divers ; et permettent de ce fait une utilisation adéquate des SIG. En effet les données cartographiques multi-sources peuvent être mises en synergie pour un objectif bien déterminé. En plus des appréciations populaires peuvent être prises en compte pour orienter les décisions à prendre.

OUEDRAOGO Lucien
Chargé de recherches à l’Institut de L’Environnement et de Recherches Agricoles (INERA)
Tel : +22670322352, e-mail : lucienouedraogo@yahoo.fr

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

ELODIE R., (2013) : Les zones pastorales comme solution aux conflits agriculteurs / pasteurs au Burkina Faso : l’exemple de la zone pastorale de la Doubégué. In Les Cahiers d’Outre-Mer, 249(63) : 47-71. DOI : 10.4000/com.5861

OUEDRAOGO L. (2012) : Gestion de l’eau et adaptation des populations au changement climatique dans le bassin versant des Yakouta (Sahel du Burkina Faso). Thèse de Doctorat, Université Abdou Moumouni de Niamey, Niger, 231 p. + annexes.

OUEDRAOGO L. et YAMEOGO G. (2017). Localisation de zones d’acces aux paturages de saison pluvieuse dans le bassin versant de Yakouta au Burkina Faso. In Revue du Laboratoire de Recherches Biogéographiques et d’Etudes Environnementales (LaRBE) de l’Université de Lomé,

KOUAMAN M. (2017). Lac Bam : Le plus grand réservoir naturel d’eau de surface renait de ses eaux. In Lefaso.net. http://lefaso.net/spip.php?article76005

OUÉDRAOGO L., KABORÉ O., YANOGO P. I., OUÉDRAOGO B., ZOUNGRANA T. P., BOUZOU M. I (2012). Changement climatique et modèle spatial de gestion de l’eau pluviale dans le bassin versant de Yakouta, Burkina Faso1

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