Regard sur la conflictualité en Afrique de l’Ouest : La culture de la paix par l’éducation à la non-violence

dimanche 3 décembre 2017 à 06h00min

L’éducation, pilier incontournable pour construire une société de démocratie authentique et de paix durable dans les Etats africains. Telle la réflexion que mène Ibrahim Sawadogo à travers la tribune suivante.

Regard sur la conflictualité en Afrique de l’Ouest : La culture de la paix par l’éducation à la non-violence

La région ouest africaine est en proie à des conflits violents depuis déjà quelques décennies. Ces conflits occasionnent non seulement des pertes en vie humaines, des violations graves des droits de l’Homme, l’exacerbation de la précarité, mais aussi et surtout entravent le développement et l’intégration économique des Etats de la sous-région.

L’instabilité politique inhérente à la mal gouvernance met constamment à mal l’enracinement de la démocratie et les efforts d’édification d’une paix véritable et durable dans les pays de ladite région. Dans la plupart de ces conflits qui sévissent dans la sous-région, les populations civiles ont très souvent payé le lourd tribut. L’intensité des horreurs et des massacres laissent souvent perplexe quant à la cohésion entre les différentes couches des sociétés touchées par les conflits.

Au-delà de toutes ces difficultés, on remarque que des efforts sont consentis pour enrayer ce mal. Les questions de paix, de sécurité et de cohésion sociale alimentent de nos jours les réflexions et animent la vie politique dans l’espace CEDEAO.
La CEDEAO, organisme communautaire, initialement créée en 1975 pour s’occuper de l’intégration économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest s’est vue contrainte par les circonstances de s’occuper de la gestion des conflits et du maintien de la sécurité dans une région en proie à de sérieuses difficultés.

Malgré l’insuffisance de moyens financiers et logistiques, l’institution a réussi à se forger une image relativement appréciable dans le règlement des conflits et la consolidation de la démocratie dans son espace géographique. La CEDEAO est de ce fait passée d’une vocation économique à une mission de règlement des conflits tant les crises prolifèrent dans la sous-région ouest africaine parfois même avec une ampleur et une complexité inouïes.

Ces dernières décennies, on assiste à l’émergence de nouveaux types d’acteurs à savoir les organisations de la société civile dans la prévention et la gestion des conflits dans l’espace CEDEAO. L’implication de ces derniers est une nécessité vue que le règlement des conflits peut être compris de nos jours comme une stratégie de recherche de paix devant conduire à la discussion tous les acteurs directs et indirects d’un conflit et leur servir de cadre d’expression et de proposition de solutions concrètes de sortie de crise. Les chefs d’Etats et de gouvernement réunis le 2 mars 2001 à Syrte en Libye ont reconnu la nécessité pour sortir les pays africains de ce cercle vicieux de violence armée, d’établir, entre autres, « un partenariat entre les gouvernements et tous les segments de la société civile. »

La CEDEAO, dans ses efforts de promotion de la paix et de la sécurité reconnait depuis un certain moment la nécessité d’œuvrer avec les acteurs de la société civile dans une dynamique de prévention et de gestion efficace des conflits en Afrique de l’ouest. Sur ce, elle projette même de passer à l’horizon 2020 de la "CEDEAO des Etats" à la "CEDEAO des peuples" en vue d’offrir à toutes les couches sociales, la possibilité d’œuvrer à ses côtés dans le cadre du maintien de la paix et de la sécurité dans cette partie du continent africain.

Les efforts d’appropriation à la base par les populations locales des questions de paix et de sécurité sont déjà à saluer. Cependant, il sied de souligner qu’une éducation à la non-violence s’avère nécessaire pour l’édification, la consolidation et l’enracinement d’une paix véritable et durable.

Dans un contexte international marqué par la mondialisation et la tendance à la globalisation, la paix et la sécurité sont devenues un bien commun. Cette valeur universelle doit être un héritage culturel transmis de génération à génération par le biais d’un système éducatif efficace, clairvoyant à même de former des citoyens responsables, enclins à la paix, au dialogue et à la cohésion. Comme l’a si bien dit Joseph Ki Zerbo, « l’éducation est le logiciel de l’ordinateur central qui programme l’avenir des sociétés ». Pour un avenir radieux marqué par la paix, la sécurité, la prospérité, la cohésion et l’harmonie sociale, il est impératif d’inculquer les valeurs de paix dans l’esprit des peuples. L’UNESCO aborde dans ce sens lorsqu’elle déclare dans son préambule que : « les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix ». Le meilleur moyen de promouvoir la paix, la vraie, l’authentique, c’est d’enseigner la paix.

Lorsqu’on jette un regard critique et analytique sur le cas du Burkina Faso, on se rend compte avec beaucoup d’évidence que l’école qui se veut être le tremplin de formation et d’émergence des futurs leaders de partis politiques et d’organisations de la société civile se transforme progressivement en un véritable nid d’éclosion et de développement de l’incivisme et fait office de scènes de théâtres effroyables d’actes de vandalisme et de violence de tout acabit.

Grèves intempestives, violence physique et morale à l’encontre d’enseignants ainsi que du personnel administratif, harcèlement sexuel, vol, recel, consommation de stupéfiants etc. Tel est le tableau qui dépeint au mieux et avec consternation l’école d’aujourd’hui au pays des hommes intègres. Il existe visiblement un vrai décalage entre le Burkina Faso d’aujourd’hui que nous déplorons tous, et le Burkina Faso de Demain que nous souhaitons tous. Pour y arriver, une réorientation et une réadaptation du système éducatif s’impose. L’école nouvelle doit permettre l’émergence d’une jeunesse responsable, encline à la paix et au dialogue, soucieuse du devenir de son pays, maitresse de son destin et actrice du développement.

Thomas Sankara signifiait dans l’appel de Gaoua sur la qualité de l’enseignement le 17 Octobre 1986 que "l’école doit apprendre à l’enfant à lire et à écrire, mais aussi à compter. Pas à compter ses doigts en rêvant, mais à compter sur ses propres forces".
A n’en point douter, un système éducatif qui s’accommode des réalités modernes et qui intègre les valeurs traditionnelles fondamentales africaines pourrait servir de repère dans la construction d’une identité afin de pouvoir amorcer un processus de développement local, endogène et intégral dès la base et occuper une place de choix dans le jeu des relations internationales.

Par ailleurs, il convient de ne pas occulter le fait que l’éducation à la paix et à la non-violence doit être avant tout l’apanage de la famille qui est la cellule de base de la société. La paix des familles est un préalable pour la paix des nations. C’est pourquoi, chaque père, chaque mère de famille doit être un constructeur d’hommes et de femmes solutions. Parallèlement à la réorientation de la politique éducative, le mode de gestion de la sphère familiale doit fondamentalement évoluer vers la formation de l’homme-solution qui est un homme de paix et de dialogue et surtout un acteur de développement.

Ibrahim Sawadogo
Spécialiste des relations internationales
et auteur de développement personnel

Vos commentaires

  • Le 3 décembre 2017 à 10:07, par yelmion En réponse à : Regard sur la conflictualité en Afrique de l’Ouest : La culture de la paix par l’éducation à la non-violence

    L’heure n’est plus à faire des analyses théoriques. Nous devons nous regarder bien en face et reconnaître et stigmatiser publiquement nos travers. Certains de nos dirigeants ont dit haut et fort que ce sont eux qui ont donné tous les moyens aux jeunes pour faire ce qu’ils ont fait les 30 et 31 octobre 2014 : saccager, piller, incendier des biens privés et publics comme l’Assemblée Nationale. Personne n’a demandé que ces personnes soient poursuivies devant la justice ou qu’on ouvre une enquête. Au contraire, on a trouvé ça bien et normal. On a applaudi. Nous avons même appelé ça insurrection populaire, révolution, en menaçant d’en faire une plus radicale encore.Tant que nous allons continuer de louer ces événements, de parler de "sauvegarder les acquis de l’insurrection populaire", pourquoi voulez-vous que les jeunes cessent les actes actes de violence, de vandalisme et d’incivisme qui ont permis à certains d’entre eux de s’enrichir ou d’être dans les grâces du pouvoir qu’ils ont aidé à s’installer ? Comment voulez-vous éviter que leur frange estudiantine nous donne le spectacle honteux et déshonorant qu’il nous ont offert lors de la visite de Mr Macron, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’amphithéâtre ?

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    • Le 3 décembre 2017 à 16:00, par tapsoba_yassiriki En réponse à : Regard sur la conflictualité en Afrique de l’Ouest : La culture de la paix par l’éducation à la non-violence

      Mon petit "pour vous taquiner" . Nous sommes interessés de savoir quelles sont les acteurs des conflits, leurs motivations ; les modes de resolutions propres à chaque situation ainsi que les differents outils et strategies de prévention . Je vous suggere de voir avec la NOVIPAD, n’est pas Yarge du MENA ? Tu peux l’aider non .?? Avant tout les Burkinabè doivent se reconcilier. C’est ton combat . bonne chance et que que Dieu apaise les Burkinabè et les coeurs de leur enemies

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  • Le 3 décembre 2017 à 18:46, par lefaso En réponse à : Regard sur la conflictualité en Afrique de l’Ouest : La culture de la paix par l’éducation à la non-violence

    lol !!!
    spécialiste des relations internationales !!!!
    rien que ça !!!

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