Contrat d’intérim Burkina Faso : La ligue des consommateurs dénonce une pratique ‘’mafieuse’’

LEFASO.NET | Maxime Jean-Eudes BAMBARA (stagiaire) • dimanche 15 octobre 2017 à 01h30min

Le monde du travail burkinabè connait de plus en plus un accroissement notable des contrats d’intérim. Ce type de contrat qui était rarissime jadis, est sur le point de devenir la règle sur le marché du travail au Burkina. Une situation qui arrange bien les agences intérimaires qui se sucrent sur le dos des travailleurs. Interpelée plusieurs fois par des travailleurs vivant sous des contrats d’intérim, la ligue des consommateurs du Burkina en a fait son objet étude ces derniers temps afin de mieux cerner la situation. Dans une interview qu’il nous a accordée, le président de la ligue, Gilbert Hien Somda dénonce une ‘’pratique mafieuse, néfaste, dégradante’’ des agences intérimaires vis-à-vis des employés.

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Contrat d’intérim Burkina Faso : La ligue des consommateurs dénonce une pratique ‘’mafieuse’’

Lefaso.net : Quels sont les activités que vous menez de façon générale au sein de la ligue des consommateurs du Burkina ?

M. Somda : A la ligue des consommateurs, on mène des activités qui entrent de façon générale comme vous le dites bien dans le cadre de la protection des droits des consommateurs. Donc, c’est essentiellement des activités qui vont dans le sens de la sensibilisation des consommateurs sur leurs droits et devoirs. C’est ainsi que nous sommes amenés parfois à parler de la qualité des biens et des services pour démontrer au consommateur en quoi est-ce de par son exigence, qu’il peut amener les services publics ou privés à respecter ses droits.

La ligue est composée d’un bureau exécutif national dirigé par ma modeste personne. Nous sommes présents dans les 45 provinces du Burkina et à Ouagadougou nous avons la section du Kadiogo, à Bobo nous avons la section du Houet et à Banfora également. Nous avons aussi des sous sections dans certaines villes. Si bien que quand il se passe quelque chose au marché de Tenkodogo, c’est la section de Tenkodogo qui suit le dossier et qui nous rend compte.

Généralement, ils interviennent directement mais quand ça nécessite l’intervention du bureau exécutif national, nous n’hésitons pas de le faire aussi. Nous sommes bien implantés et il y a parfois des sous sections dans des établissements primaires et secondaires. En tout cas, notre ambition c’est d’être un peu partout de manière à ce que rien ne nous échappe sur le territoire national. Ce que nous faisons, c’est dans le sens des intérêts des consommateurs, de la population et il faut forcement le concours de cette population qui nous aide à savoir qu’il existe des produits de mauvaise qualité ; donc il faut que ses populations dénoncent quand ça ne va pas, il faut que ces populations nous aident à faire cesser certaines pratiques qui sont nuisibles à leur santé.

Quelle est la démarche que vous adoptez à la ligue lorsque vous constatez ou êtes informés d’une imperfection quelque part ?

En général, la procédure à la ligue c’est d’abord la voie diplomatique, la négociation pour faire savoir à l’auteur de cette imperfection ce qui ne va pas et qu’est-ce qu’il faut faire pour arrêter cela. Ce n’est que lorsqu’il refuse qu’on fait intervenir les médias. On passe l’information au niveau des médias pour que les consommateurs sachent qu’il existe un produit dangereux ou un service impropre à sa consommation et prendre ses dispositions. Il nous est arrivé également de traduire certaines personnes physiques devant les tribunaux quand c’est nécessaire. Donc pour me résumer, dans un premier temps c’est la négociation, la voie diplomatique. C’est uniquement lorsque ça ne marche pas que nous passons par la manière forte qui consiste à dénoncer publiquement et parfois à intenter un procès. Souvent nous sommes mal compris par les populations parce qu’en réalité notre rôle, ce n’est pas de nuire bien au contraire.

La ligue des consommateurs du Burkina a pour mission de veiller à la protection des consommateurs mais quand on se rend compte que les produits contrefaits tendent à devenir le quotidien des populations on se demande si la ligue est vraiment efficace sur le terrain ?

Vous savez que la perfection n’est pas de ce monde. La ligue fait ce qu’elle peut. Personne n’est permanent à la ligue. Nous sommes tous chacun à son boulot, et c’est pendant nos temps libres que nous menons les activités de la ligue si bien que si des gens constatent qu’en dépit de notre existence il y a encore pas mal de produits impropres à la consommation, c’est tout simplement dommage. C’est dû au fait qu’on devrait être beaucoup plus dynamique que ça, beaucoup plus efficace et cela nécessite peut-être qu’il y ait beaucoup plus de monde et que la ligue soit dotée de beaucoup plus de moyens. Pour l’instant, c’est le bénévolat et le bénévolat aussi a ses limites.

Au-delà de l’aspect purement alimentaire, vous militez également à ligue des consommateurs du Burkina pour le respect des droits des travailleurs. Et suite à plusieurs plaintes enregistrées, vous avez mené des enquêtes sur le contrat d’intérim, dont beaucoup de travailleurs se plaignent de l’application. Déjà qu’est-ce qu’un contrat d’intérim ?

D’abord, un contrat, comme le définit le code civil, c’est une convention par laquelle deux ou plusieurs personnes conviennent de faire ou de ne pas faire. Maintenant, il y a plusieurs types de contrat, je ne saurai vous les détailler. Mais, nous sommes en train de travailler sur les contrats d’intérim qui permettent à des agences de placement de prendre des gens et les placer dans des sociétés moyennant rémunération. Ces agences courtisent les grandes entreprises du pays et leur propose des contrats de partenariat en vertu desquels les agences d’intérim mettent à leur disposition des travailleurs qui effectuent des tâches sous leurs ordres mais qui ne relèvent pas de leurs effectifs. Ainsi, ces contrats d’intérim qui relevaient d’une situation exceptionnelle ont commencé à devenir la règle surtout concernant l’embauche des jeunes dans les grandes entreprises du pays. Ce genre de contrat est en train de se généraliser dans les secteurs des industries, des banques, de la télécommunication et même dans les mines.

Qu’est ce qui favorise la prolifération de ces contrats d’intérim ?

La prolifération des contrats d’intérim s’explique essentiellement par les raisons suivantes :
- les contraintes budgétaires : l’intérimaire ne relève pas des effectifs de la société où l’on le voit travailler. Cela permet à la société de mieux faire face à ces contraintes budgétaires car les sommes versées pour rémunérer les intérimaires ne vont pas apparaitre dans les charges du personnel ;
- la gestion des conflits individuels et collectifs : l’entreprise n’a plus à gérer directement les conflits sociaux (grèves et autres débrayages) car elle n’a pas de contrats avec les agents intérimaires mais avec l’Agence d’intérim ;
- la gestion administrative du personnel : l’entreprise n’a plus à s’occuper des questions de calcul et de reversement des cotisations à la CNSS et de prélèvement de l’IUTS.

Quels sont les avantages et les inconvénients liés à ce type de contrat ?

Est-ce qu’il y a des avantages liés à ce contrat ? On pourrait peut-être de façon superficielle dire que l’avantage de ce contrat c’est qu’il permet au citoyen d’avoir du travail. Ce type de contrat a plutôt des inconvénients. Et l’inconvénient de ces contrats d’intérim tels qu’ils sont appliqués dans notre pays, c’est que bien qu’ils permettent aux personnes d’avoir du boulot, ils ne leur donnent pas l’occasion de s’épanouir pleinement dans la mesure où ces contrats profitent plus aux agences de placement ou aux agences d’intérim beaucoup plus qu’aux travailleurs. Je m’explique. Suite à des plaintes qui ont été déposées par des gens de la ligue qui sont concernés, nous avons mené notre propre enquête et nous nous sommes rendu compte qu’en réalité ces agences sont un peu partout et tendent à se généraliser d’ailleurs dans le domaine minier, dans le domaine bancaire et même dans les brasseries.

Alors lorsque les différentes sociétés que je viens de citer tout à l’heure ont besoin du personnel, elles s’adressent aux agences d’intérim qui procèdent aux recrutements et leur fournit ce personnel. Mais ça se passe comment ? C’est l’agence qui signe un contrat avec la société et en vertu de ce contrat il fournit le personnel qualifié à la société si bien que quand vous regardez dans l’effectif des sociétés dans lesquelles travaillent les agents intérimaires, ils ne font pas partie de l’effectif. Ça fait que la société qui les emploie ne paie pas la CNSS (Caisse Nationale de Sécurité Sociale), elle ne paie pas la TPA également et ça fait que le travailleur lui-même ne paie pas l’IUTS, ne paie pas les 5,5% de la CNSS et donc n’a pas de retraite. Il ne cotise pas pour sa retraite.

Et l’avantage pour la société d’intérim, c’est que par exemple lorsque la société paie le travailleur, par exemple le journaliste à 600.000 FCFA par mois, la société d’intérim lui file seulement 200. 000 ou au maximum 300.000FCFA et tout le reste avec la fameuse société. Il se trouve que la petitesse des revenus est telle que ces gens qui travaillent en réalité vivotent. Donc c’est l’un des inconvénients de ce type de contrat. Le travailleur ne gagne pas suffisamment bien pour pouvoir s’en sortir. Ceux qui vont être directement recrutés par la banque peuvent gagner 600.000 FCA mais lui qui est passé par une agence d’intérim ne va gagner que 200.000FCFA.

De deux, il n’y a pas de plan de carrière puisque c’est un intérimaire. Troisièmement, le contrat étant à durée déterminée, il ne peut pas prendre un bon prêt bancaire pour faire des réalisations par exemple acheter une parcelle ou envisager de construire.

Il y a également absence de couverture sociale et médicale : dans la plupart des cas les agents sous intérim ne bénéficient pas d’une prise en charge médicale comme leurs collègues. Ils ne sont pas éligibles pour la plupart des avantages consentis aux autres agents (primes diverses, remboursement des frais médicaux, indemnités de transport et autres). En réalité ces personnes ne travaillent que de nom mais ne servent à rien. Est-ce qu’on va construire le Burkina avec des jeunes qui vivotent ?

Non, moi je pense que ce sont des gens aussi diplômés que nous et lorsqu’ils finissent, s’ils sont dans une situation d’intérim et connaissent le travail, il faut les intégrer et leur payer le salaire normal ! Mais on se rend compte que les CDD (Contrat à durée déterminée) sont renouvelés de façon indéfinie parce que ça arrange les sociétés d’intérim d’avoir des gens comme ça. Le gars est chaque fois sous pression, il bosse tout le temps, il fait attention mais son contrat ne dépassera pas un an. Après un an, il faut encore renouveler le contrat. Et c’est ça le côté néfaste.

Les inconvénients de ce contrat existent aussi pour l’Etat du Burkina pace que ces travailleurs qui devraient en principe payer l’impôt ne le font pas parce qu’ils n’en ont pas les moyens. Ils ne paient pas les IUTS, ils ne cotisent pas pour leur retraite parce qu’ils ne gagnent pas grand-chose. Et ça ce n’est pas intéressant.

Malgré ces inconvénients, le contrat d’intérim ne cesse de prospérer et on se demande à qui la faute ?

La faute c’est peut-être… à l’Etat. La faute est partagée. D’abord, quand nous, nous avons été alertés sur la question, rappelez-vous on n’a pas vu d’inconvénients. On s’est dit mais s’il y a des agences qui vous trouvent du boulot c’est bien. C’est quand on s’est rendu compte qu’ils sont payés au tiers par rapport à ce qu’ils devraient gagner, on s’est dit qu’il y a problème. Si vous regardez bien, l’article 52 du nouveau code du travail permet de renouveler les CDD de façon illimitée. Et cet article admet également la possibilité pour les travailleurs ou pour tout autre organisme de faire constater les abus des CDD par la juridiction compétente. Et dans le cas d’espèce, nous pensons qu’il y a abus. Et l’abus vient du fait que ce sont des contrats à durée indéterminée qui ne font que se renouveler de façon indéfinie.

En général ces contrats à durée déterminée sont donnés dans des situations particulières, soit quand une dame est enceinte et qu’on a besoin de la remplacer ou qu’une personne est partie pour une formation et qu’on a besoin de la remplacer ou encore qu’on a besoin de voir si l’employé en question peut faire le boulot. Mais, quand on renouvelle votre contrat à durée déterminée plus de trois fois, ça veut dire que vous savez faire le travail sinon on n’allait pas le renouveler. Mais on le renouvelle pourquoi ?

En ce moment, c’est de l’exploitation. Nous, la ligue des consommateurs avons demandé aux travailleurs qui sont concernés de signaler à partir du moment où il y a abus. Nous pensons que la première responsabilité leur revient du fait d’avoir accepté cette situation sous prétexte qu’ils ne veulent pas retourner au chômage. Donc, pour répondre à cette question, je dirais que premièrement la faute est d’abord aux travailleurs eux-mêmes qui n’ont pas compris qu’il faut saisir la juridiction compétente pour faire constater l’abus des CDD. Deuxièmement, il est du rôle régalien de l’Etat d’assurer la protection de ces personnes qui travaillent dans cette situation au Burkina Faso. L’Etat dira certainement qu’il n’est pas informé et il est du devoir de la ligue des consommateurs de faire en sorte que l’Etat se rende compte de l’abus des CDD. Et donc la faute revient à nous tous parce qu’on a laissé les gens faire en introduisant cet article 52 et voilà qu’il y a des gens qui en abusent.

Est-ce que cela n’est pas dû aussi à la méconnaissance des textes par les travailleurs ?

Je pense quand même que parmi tous ces travailleurs il y a des juristes. Non, moi je pense que les gens ont peur de perdre leur travail parce que lorsque nous étions en train de faire cette enquête, il n’a pas été facile de recueillir certaines informations au niveau des premiers concernés ! Ils ne voulaient pas qu’on sache que ce sont eux qui ont dit ci, qui ont dit ça. Donc, ce n’est pas une méconnaissance des textes dans la mesure où certains nous ont dit même que ça c’est de l’esclavage entre griffe parce que la personne vous oblige à travailler ? Je pense que ces agences, on peut les comparer à des négriers des temps modernes. C’est une espèce d’esclavage. Elles exploitent le fait que le chômage est légion actuellement. Les gens n’ont pas de boulot. Ils se disent que même si on leur propose 150 000 ou 200 000, ils ne vont pas refuser quand elles savent très bien que le boulot que ces gens abattent mérite un million peut-être. Donc, ce n’est pas une méconnaissance des textes. C’est un manque de courage de la part de ces travailleurs de faire respecter leur droit.

A l’issu de votre enquête quelle analyse faites-vous du constat qui se dégage sur le plan national quant à l’existence des agences d’intérim ?

Notre enquête a duré deux mois et ça a concerné toutes les 12 sociétés bancaires qui existent au Burkina Faso, les brasseries, et sociétés minières. La situation est alarmante parce que nous avons constaté au Burkina Faso que ces agences commencent à placer des gens partout. Avant, c’était quelques sociétés mais maintenant presque dans tous les établissements bancaires qui existent au Burkina, vous allez constater que les caissiers, la plupart gens qui sont au niveau de la réception, ce sont des intérimaires. Si vous allez dans les différentes brasseries du Burkina, vous allez constater que la plupart de ces gens-là sont des intérimaires et dans les sociétés minières également. Et là-bas nous avons constaté le cas de deux employés. Un gagne 1million 500 et l’autre c’est 350 000FCFA. Et ce dernier a été recruté par une agence intérimaire. Imaginez combien cette agence gagne sur lui.

C’est une pratique qui est dangereuse et qui tend à se généraliser. Si nous ne faisons rien maintenant, après cela va être difficile parce que c’est un business tellement rentable qu’il ne va pas être facile d’amener ces agences à cesser leurs pratiques. Peut-être pas cesser mais la rendre beaucoup plus humaine, la rendre beaucoup plus juste, ne pas retenir jusqu’à la moitié de ce qu’on reverse à la personne. Si elles estiment que c’est elles qui ont pu te trouver le boulot, peut-être prendre le tiers et te donner le reste mais pas faire le contraire. Et nous nous sommes rendus compte que ça risque de ne pas cesser rapidement parce qu’il y a des grands décideurs pour ne pas dire les plus grands décideurs généralement qui ont des actions dans ces sociétés. Soit l’agence appartient à sa nièce ou son ami ou même parfois à sa femme.

Si vous avez remarqué il y a bien longtemps qu’on a entendu qu’une société privée de la place recrute. C’est à cause de ces agences parce qu’il suffit de passer un coup de fil dire monsieur envoi moi tant de personnes pour la caisse avec tels profils, machin et le tour est joué. Nous pensons qu’il est dangereux et c’est beaucoup plus facile de faire cesser ces pratiques-là maintenant que d’attendre plus tard parce que c’est un business qui rapporte beaucoup d’argent et si vous vous amusez vous risquez de perdre la vie. C’est vraiment une mafia !

Et pour vous qui doit faire quoi afin de mettre un terme à cette pratique ‘’mafieuse’’ comme vous le dites ?

Il faut que les employés qui sont concernés saisissent les tribunaux pour faire constater les abus des CDD. L’article 52 du code du travail leur en donne la possibilité. Qu’ils partent voir le juge et lui expliquent comment les choses se passent pratiquement. Le juge va constater qu’il y a véritablement un abus et il va sanctionner. Si le juge commence à sanctionner une ou deux de ces sociétés de placement, vous allez voir que les autres vont replier parce que je suis convaincu du fait que ce n’est pas seulement au Burkina que ça existe. Ça doit exister ailleurs. Mais est-ce qu’ailleurs c’est aussi dramatique ? Est-ce que c’est aussi inhumain qu’au Burkina ? Je ne pense pas. Des travailleurs s’esquintent plus que ceux mêmes qui sont bien payés mais ils n’arrivent pas à vivre de ce qu’ils font comme travail. Les gens veulent qu’on améliore leur sort sans pourtant prendre des risques. C’est pour cette raison qu’ils se sont adressés à la ligue des consommateurs dont c’est entre autres le rôle d’aborder de telles questions.

C’est peut-être une pratique dangereuse mais sans nous ériger en avocat du diable, est-ce que vous ne pensez que la faire cesser pourrait entrainer une explosion du taux de chômage qui déjà constitue un épineux problème pour le gouvernement ?

Pas du tout ! Pas du tout ! Non ! Tant qu’il y aura des besoins de recrutement dans les entreprises, elles vont recruter. Avant, on n’avait pas ces agences mais on recrutait. On faisait une annonce dans un journal et les gens déposaient leurs dossiers. Mais, maintenant ces agences viennent prendre ces annonces en question et fournissent des gens. Elles vont certes trouver les personnes qualifiées mais ce qui se passe derrière est inadmissible. Si cette pratique cesse, le chômage ne va pas progresser parce que les entreprises continueront de recruter peut-être en ne passant pas par les intérimaires qui jouent les saprophytes sur les travailleurs. Bien au contraire, ça fera en sorte que ceux qui vont avoir du travail puissent en vivre décemment. Cette pratique n’existait pas au Burkina. Elle a été amenée d’ailleurs. Et la plupart des patrons de ces agences se sont des étrangers.

Et depuis que vous avez enregistrez des plaintes est-ce que vous avez pu sortir des personnes de cette situation ?

Nous pensons que si la presse nous accompagne et que l’opinion publique s’en rend compte, parce que les gens murmurent mais n’en parlent, les choses pourront changer. Ils se plaignent dans leur salon mais quand tout le monde va commencer à en parler, je pense que ceux qui vivent de cela seront un peu gênés quand même et ils vont donner un visage humain à la chose. Et nous souhaitons que nos autorités puissent y jeter un coup d’œil. Oui, on a allégé le code du travail mais ce n’est pas pour permettre d’instaurer l’esclavage. On l’a fait pour favoriser l’emploi. C’est de faire en sorte que les entreprises aient moins peur de recruter parce que le code du travail était tellement favorable aux travailleurs que si tu chasses un travailleur tu vas te ruiner.

C’est dans cette optique que ça été changé. On n’a pas fait pour que des gens profitent du chômage pour s’enrichir, recruter des gens diplômés et parfois plus diplômés qu’eux et les payer à des montants qui tendent vers moins l’infini. Le seul moyen que nous avons c’est de faire passer l’information et à partir de ce moment les gens sauront sur quel pied danser. Nous pensons pourvoir sortir ces employés des griffes de ces agences de placement en divulguant l’information. En faisant en sorte que tout le monde sache que ce phénomène, que cette pratiquante néfaste, dégradante, qui fait honte existe au Burkina Faso.

Et le conseil que je vais donner aux employés qui sont dans cette situation, c’est de poursuive leurs employeurs en justice. Qu’ils aient le courage de le faire. S’ils ont peur de perdre leur travail, qu’ils sachent que ce monde s’est construit parce qu’il y a des devanciers qui ont accepté se sacrifier pour leurs postérités. Nous souhaitons que ceux qui sont déjà concernés puissent porter plainte contre ces agences et lorsqu’une décision défavorable à ces agences va être rendue, elles réviseront leur position et nos petits frères et petites sœurs qui viendront ne pourront plus avoir les mêmes problèmes que nous. Qu’ils s’organisent, la ligue des consommateurs est prête à les accompagner.

Ensuite, je voudrais m’adresser à ceux qui ont créé ces agences. Nous n’avons rien contre eux. Nous sommes tout simplement contre la pratique, une pratique qui tend beaucoup plus à de l’exploitation. C’est injuste mais je suis convaincu que parmi les agences, il y a des gens de bonne foi, de bonne volonté qui vont peut-être nous entendre et qui vont contribuer à faire en sorte que cette pratique soit un peu plus humaine.

Propos recueillis par Maxime Jean-Eudes Bambara
Lefaso.net

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Vos commentaires

  • Le 16 octobre à 04:47, par Millogo
    En réponse à : Contrat d’intérim Burkina Faso : La ligue des consommateurs dénonce une pratique ‘’mafieuse’’

    Normalement, les agences ne devaient pas pouvoir prendre plus de 20% ce qui est déjà plus que excessif. Prendre 400000 sur 600000 est tout simplement criminel. C’est du vol et ces gens devaient se retrouver en prison.

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    • Le 16 octobre à 10:49, par Kôrô Yamyélé
      En réponse à : Contrat d’intérim Burkina Faso : La ligue des consommateurs dénonce une pratique ‘’mafieuse’’

      - Millogo, tu as raison. Même les banques qui utilisent ces agences de recrutement esclavagistes, ne retiennent pas plus du 1/3 du salaire d’un créancier. Et pourquoi elles acceptent de tremper dans cette escroquerie ? Ce que le Président de la Ligue n’a pas dit ici, c’est que cette pratique, au-delà de l’emploi, touche même les stages maintenant. Et ce sont les blancs qui ont commencé cette pratique ici au Faso. L’un d’eux est même très connu dans le milieu car ayant vieillit ici. En plus, il est dans les études, les évaluations, etc. Partout ce vieux blanc-là est trempé ! Je ne serai pas du tout étonné qu’il connaisse bien le président RMCK auquel il a dû recommander un ministre quand il formait son Gouvernement !

      Par Kôrô Yamyélé

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  • Le 16 octobre à 06:53, par Borry Bana
    En réponse à : Contrat d’intérim Burkina Faso : La ligue des consommateurs dénonce une pratique ‘’mafieuse’’

    Pour la premiere foi que Je vois que vous avez eu le courage de faire une enquette. Je penses Que c’est pire Que l’exclavage. Aujourd’hui impossible il est casiment impossible d’avoir du travail sans passer par ca. Les mines sont aussi renter dans ce systeme. Parce Que avec ce systeme, lorsque la mine va fermer il n’a pas de dommages a payer. Si on se leve pas tot ca sera le pire. Je peut citer le cas de la SGBF qui recrute ses employés pour ensuite les placer avec BMS (site dans les locaux de CBC). La societe d’interim fait signer chaque 3 mois un contrat a ces employés. La plupart des employés minimum 2 ans. Donc imaginez ! Je pense que la ligue doit aller plus loin en fesant une action collegiale pour couvrir les travailleurs. Mais deja c’est par la plainte on va commencer.

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  • Le 16 octobre à 07:54, par Bangbèda
    En réponse à : Contrat d’intérim Burkina Faso : La ligue des consommateurs dénonce une pratique ‘’mafieuse’’

    Je trouve cela injuste et complètement déconnecté des réalités de notre pays.

    Si tout de suite je propose à Somda un contrat d’interim d’un an à 2,5 millions par mois penses tu qu’il refuse ?

    L’approche de la Ligue sur ce coup là est très démagogique.

    Dans le domaine comme dans tous les domaines, il y a des pratiques honnêtes et des pratiques malhonnêtes. Des travailleurs sous contrat de travail qu’il soit intérimaires ou pas payent leurs cotisations CNSS et leurs impôts (IUTS). Des prestataires de service, consultants etc... paient un impôt qui peut aller jusqu’à 10% de leurs honoraires.

    Nos lois sociales sont tellement obsolètes et tellement coloniale que les bons esclaves s’y plaisent et veulent y rester. Continuer ainsi à couper la branche sur laquelle vous êtes assis et nous resterons toujours les derniers... Si nous étions si malin dans notre pays, nous serions peut être moins dans la merde.

    Apprenez à évoluer un jour et sortez de votre esprit d’esclave.

    Sans rancune hein car je suis fou !

    Bangbèda (el loco).

    Répondre à ce message

  • Le 16 octobre à 10:16, par Kôrô Yamyélé
    En réponse à : Contrat d’intérim Burkina Faso : La ligue des consommateurs dénonce une pratique ‘’mafieuse’’

    - Les sociétés d’intérim ou agences de placement sont toutes des voleurs et des escrocs ! Certaines sont même tenues par des blancs dans ce Faso ici au 21ème siècle. C’est une forme d’esclavage subtile. L’État doit prendre ses responsabilités et interdire cette pratique ici au Burkina Faso car des reptiles s’enrichissent impunément sur le dos des travailleurs et en complicité avec des apatrides qui méritent d’être fusillés sur la place plublique les yenx bandés d’un torchon noir qui leur annonce l’enfer !

    Par Kôrô Yamyélé

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  • Le 16 octobre à 10:32, par Kôrô Yamyélé
    En réponse à : Contrat d’intérim Burkina Faso : La ligue des consommateurs dénonce une pratique ‘’mafieuse’’

    ’’Avant, c’était quelques sociétés mais maintenant presque dans tous les établissements bancaires qui existent au Burkina, vous allez constater que les caissiers, la plupart gens qui sont au niveau de la réception, ce sont des intérimaires. Si vous allez dans les différentes brasseries du Burkina, vous allez constater que la plupart de ces gens-là sont des intérimaires et dans les sociétés minières également. Et là-bas nous avons constaté le cas de deux employés. Un gagne 1million 500 et l’autre c’est 350 000FCFA. Et ce dernier a été recruté par une agence intérimaire. Imaginez combien cette agence gagne sur lui’’.

    - C’est carrément du vol ! L’État, s’il est vraiment responsable, doit mettre fin à cette pratique au plus vite. Il faut aussi prendre un arrêté pour demander l’engagement de tous ces travailleurs sous CDI, et les reclasser dans leurs niveaux réels et demander à tous ces vampires de sociétés de placement à rembourser l’argent volé !

    CONCLUSION : Pour une fois, que le Gouvernement du MPP de RMCK mouta-mouta alias Paapou fasse oeuvre utile qui sera appréciée par tous dans le Faso (sauf biensûr par les escrocs, mais là, on s’en fout !). Par ailleurs tout parent d’un dirigeant faisant cette pratique, et tout dirigeant connu et ayant des actions dans une de ces sociétés doit être publiquement dénoncé pour esclavagisme.

    Par Kôrô Yamyélé

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  • Le 16 octobre à 11:04, par Vérité absolue
    En réponse à : Contrat d’intérim Burkina Faso : La ligue des consommateurs dénonce une pratique ‘’mafieuse’’

    Bonjour
    Je condamne les pratiques mafieuses, mais pour le genre de jeunes que nous avons aujourd’hui c’est ce type de contrat qu’ils méritent.
    Des gens à qui on donne un CDI et qui ne veulent pas travailler(chaque semaine avec son certificat médical) et la procédure pour se séparer d’eux est très lourde.

    Généralement ceux qui sont bons et honnêtes dans le travail voient leurs contrats se régularise en un temps reccord, car leur départ constitue une perte pour l’entreprise.

    Ils est facile de critiquer, mais en se mettant à la place de l’employeur on se rend compte que ce n’est pas si simple que cela.

    Il faut que les burkinabès prennent conscience que rien n’est acquis définitivement et se mettre au travail tout en s’améliorant de façon continue.
    De nos jours il est inconcevable que des gens continuent de penser qu’il suffit de gagner un boulot pour être est tranquille et bonjour les maquis et boites de nuits tous les jours.
    Enfin retenez que l’excellence a besoin de dynamisme des cadres d’entreprise pour booster l’économie.

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  • Le 16 octobre à 13:56, par NAABIGA
    En réponse à : Contrat d’intérim Burkina Faso : La ligue des consommateurs dénonce une pratique ‘’mafieuse’’

    N’oubliez pas Dori sa ne va pas du tout surtout contrôle des prix, même dans les pharmacie exemple : pharmacie CELLAL.

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  • Le 16 octobre à 16:22, par jan jan
    En réponse à : Contrat d’intérim Burkina Faso : La ligue des consommateurs dénonce une pratique ‘’mafieuse’’

    Moi je connais une société de téléphonie mobile au Burkina où les prestataires représentent 71% des travailleurs de la Société et les travailleurs CDI seulement 29%. Vrai exploitation des hommes

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  • Le 16 octobre à 17:27, par sidzabda
    En réponse à : Contrat d’intérim Burkina Faso : La ligue des consommateurs dénonce une pratique ‘’mafieuse’’

    C’est une pratique criminelle, mafieuse, immorale aux conséquences très désastreuses pour la jeunesse Burkinabè. Elle précarise l’emploi et crée un sentiment d’injustice au sein d’une structure. Je me demande pourquoi d’ailleurs ; les syndicats sont muets sur la question. J’espère que la ligue des consommateurs posera le problème aux débats en cours pour la révision du code du travail

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  • Le 16 octobre à 18:55, par Jérôme BADO
    En réponse à : Contrat d’intérim Burkina Faso : La ligue des consommateurs dénonce une pratique ‘’mafieuse’’

    Bonjour

    J’ai lu l’article de la ligue des consommateurs avec intérêts et de prime abord je pense qu’il lui manque un peut d’équilibre et d’objectivité.
    Je m’explique :

    1. Avez vous interrogé une société d’intérim afin d’avoir sa version des faits sur la pratique dans le secteur ? Cela nous aurait édifié sur la nature de leur contrat et les clauses à respecter avec la société cliente.

    2. L’enquêteur a t-il échangé avec les impôts ou l’inspection du travail afin d’avoir leur version des faits ? Ils sont au courant de ce genre de contrats en général ?

    Je pense qu’il ne faut pas exagérer avec les mots comme esclavage ?

    Personne ne signe un contrat sur la base de la menace dans ce pays selon moi.
    Pensez vous qu’un CDI protège mieux qu’un CDD ? C’est plutôt un problème psychologique au niveau de l’employé et de la plupart des hommes qui pensent que la sécurité se trouve sous le parapluie de l’autre.
    L’activité de l’employeur est -elle garantie ? L’employeur ne doit il pas s’adapter à la réalité du monde des affaires ?
    Une mine est elle une entreprise perenne pour l’employeur octroie un CDI à un agent ? Il faut être rationnel en matière de management des entreprises.
    Certains abordent les questions du secteur privé sans réellement connaître les réalités de c secteur. Nous avons l’avantage de travailler avec les PME-PMI et nous connaissons l’esprit qui anime la jeunesse diplômée d’aujourd’hui. C’est bien d’avoir un diplôme mais le travail demeure la vérité. Que faire d’une personne qui croit aux obligations de l’employeur en ignorant ses devoirs vis à vis de l’entreprise ?
    Que faire d’un travailleur qui a perdu la bonne conscience et qui est juste à la recherche d’un CDI afin d’aller s’endetter à la banque ?
    Ne nous flattons pas. Ceux qui bossent ne chôment jamais et voient leurs revenus s’améliorer continuellement ? Ceux qui sont valables ont la capacité de démissionner pour mieux s vendre ailleurs.
    Les médiocres sont à la traine. L’entreprise privée n’est pas un centre social. C’est un lieu de profit, un lieu où les contrats sont libres, un lieu où chacun se vend selon sa valeur.

    Une question ? Est-il interdit aux chercheurs d’emplois de créer leurs propres entreprises ?
    La ligue ferait mieux de s’occuper des produits toxiques que l’on met sur le marché et laisser ce débat entre employeurs et employés.
    Il existe des syndicats dans les entreprises pour régler les questions d’abus. L’inspection du travail est là pour gérer ce domaine.
    Avez vous une idée des charges qui pèsent sur une entreprise même en période de sous activité ?
    Faisons attention quand on parle de l’entreprise privée. C’est le terrain qui dicte la stratégie.
    Évitons aussi de prendre quelques cas pour en faire une généralité. Dans tout secteur de la vie, il y a des brebis galeuses.
    Dans chaque école il y a eu des récalcitrants tant au niveau des élèves, des surveillants que des enseignants.

    N’incitez les agents à l’erreur. Un peu vaut mieux que rien.

    Répondre à ce message

  • Le 18 octobre à 10:55, par Aïma
    En réponse à : Contrat d’intérim Burkina Faso : La ligue des consommateurs dénonce une pratique ‘’mafieuse’’

    Ce qui va nous perdre en Afrique et très particulièrement au Burkina, c’est l’imitation servile et sans discernement de tout ce que nous voyons dans les pays occidentaux. Très souvent, non seulement nous imitons bêtement et en plus, nous faisons pire que ce que nous avons copié ou encore, nous laissons des vautours venus de ces pays occidentaux nous exploiter et se sucrer sur notre dos. Au lieu de donner du travail à nos enfants, nous les laissons se faire exploiter par ce système mafieux dit "intérim". Ne soyons pas étonnés que des soit disant agences d’intérim prolifèrent pour exploiter sinon escroquer les demandeurs d’emploi, de mèche avec les employeurs qui ne voudront plus créer des emplois pérennes. Tout l’argent que les employeurs donnent aux agences d’intérim en croyant faire de bonnes affaires pourraient servir à créer des emplois pérennes au lieu de maintenir nos jeunes dans la précarité du travail intérimaire. L’intérim est un système d’exploitation et de précarisation.

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