Procédure judiciaire contre Lookman SAWADOGO : Des organisations invitent la magistrature à s’élever à la hauteur des enjeux du moment

DECLARATION • mardi 8 août 2017 à 12h50min

Le 27 juillet 2017, le Tribunal de Grande Instance (TGI) de Ouagadougou a appelé à la barre le journaliste Lookman Sawadogo parce qu’accusé par six (6) hauts magistrats de délit de diffamation.

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Procédure judiciaire contre Lookman SAWADOGO : Des organisations invitent la magistrature à s’élever à la hauteur des enjeux du moment

En rappel les six hauts magistrats constituent les membres de la Commission d’enquête mise en place par le Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM) pour enquêter sur les cas de corruption au sein de la magistrature burkinabè.

A la veille du délibéré du procès, prévu pour le 10 août 2017, des associations professionnelles des médias et organes de presse, soutenues pas diverses organisations de la société civile des droits de l’Homme, ainsi que d’autres composantes de la société et par l’opinion publique, voudraient rappeler les faits et donner leur lecture sur les enjeux de ce procès.

I - Les faits

Le 5 avril 2017, Le Soir publiait sur sa page Facebook de LeSoir.bf, journal en ligne déclaré et reconnu par le Tribunal, l’information selon laquelle une plainte visait un membre de la commission d’enquête pour corruption mais que des manœuvres tendaient à étouffer la plainte.

Le 14 avril 2017, le quotidien L’observateur Paalga confirmait l’information de la plainte.

Le 27 avril 2017 la commission d’enquête publiait un communiqué qui confirmait l’existence de la plainte en question sans plus de précisions.

Le 3 mai 2017 le journal Le Soir sur la même page Facebook précisait l’information en dévoilant le nom du membre la commission contre qui la plainte était déposée.

Le 27 juillet 2017, lors de l’audience, un des plaignants, en l’occurrence le président de la commission, appelé à la barre a reconnu l’existence de la plainte même s’il a refusé de confirmer le nom du magistrat visé.

Dans la livraison du 28 juillet 2017, du quotidien d’Etat SIDWAYA, dans une interview, Monsieur Laurent Poda, Procureur Général, membre de ladite commission, a reconnu qu’effectivement, non seulement une plainte a été déposée auprès de la Commission mais que celle-ci le concernait personnellement.

Au regard de ce qui précède, les faits sont donc constants.

a) L’information livrée par le journaliste est avérée. Une plainte concernait effectivement un membre de la commission d’enquête.

b) Le nom révélé par le Journal Le soir le 3 mai 2017 et versé dans le dossier est exact : il s’agit de Monsieur Laurent Poda.

c) Malgré l’existence de cette plainte, le membre en question de la Commission ne s’est pas démis ni n’a été relevé de ses fonctions de commissaire. Ce qui laisse planer fortement un doute sur la possibilité d’une volonté de « noyer le gros poisson dans l’eau ».

II - Analyse des faits :

1) Bien que la plainte concerne un seul magistrat, identifié, presque tous les ordres judiciaires (TGI, Cour d’Appel, Cour de Cassation), se coalisent contre un seul individu, en l’occurrence un journaliste, d’où le déséquilibre flagrant des parties.

2) Le recours au Code pénal, loi de portée générale, en lieu et place de la loi spécifique, la loi sur la presse, pour juger le journaliste ; le fait de dépouiller Monsieur Sawadogo Lookman de sa profession de journaliste et de dénier au journal Le Soir son statut de journal en ligne, malgré sa déclaration auprès du Tribunal et de l’existence d’un récépissé, tout ceci met à nu le désir de museler la presse.

Le déroulement de ce procès, les réquisitions prononcées ouvrent une grande porte aux abus de pouvoir, notamment contre la liberté de la presse.

La volonté de harceler, d’intimider, de réduire au silence, de distiller la peur aux journalistes est affichée.

Le message est limpide : casser du journaliste afin que nul ne s’avise désormais de vouloir s’attaquer à un magistrat même s’il s’agit de révéler à l’opinion un fait délictueux.

III – Position :

Au regard de tout ce qui précède, l’on peut constater aisément que, malgré le long combat pour arracher une loi spécifique pour la presse et la dépénalisation des délits de presse à travers la loi portant régime juridique de la presse votée par le CNT, la magistrature fait de la résistance quant à l’insérer dans l’arsenal juridique de notre pays et tente de banaliser ainsi le statut du journaliste. Ce qui est un net recul démocratique.

C’est pourquoi, nous organisations professionnelles des médias, d’une part, et mouvements des droits de l’Homme, d’autre part :

-  Apportons notre soutien constant au journaliste Lookman Sawadogo,

-  Appelons tous les journalistes, tous les citoyens, tous les démocrates autour de la défense des acquis de la liberté de la presse,

-  Appelons les organisations nationales et internationales, les chancelleries, à constater les tentatives de remise en cause de la liberté d’expression et de presse au Burkina Faso,

-  Invitons la magistrature à s’élever à la hauteur des enjeux du moment,

-  Remercions les différentes catégories sociales, notamment les partis politiques qui ont pris fait et cause pour le journaliste et la liberté d’expression et de presse.

Ouagadougou, le 7 août 2017

Ont signé :
Union de la Presse Francophone section du Burkina (UPF/BURKINA)
Edouard Ouédraogo (directeur L’observateur Paalga)
Association des Radios Communautaires (ARC)
André-Eugène Ilboudo (président)
Union de la Presse Indépendante du Faso (UNPIF)
Juvenal Somé (Comité de pilotage)
Association des Editeurs et Promoteurs de Journaux en Langues Nationales (AEPJLN)
Evariste Zongo (président)
Media Fundation for West Africa
Youssef Ouédraogo (Représentant Burkina)
Télévision BF1
Sare Issoufou ( Directeur general)
Cercle d’Eveil ( CEDEV)
Evariste Konsimbo (president)
Mouvement Africain (CAR)
Hervé Ouattara (président)
Observatoire pour la Démocratie et les Droits de l’Homme (ODDH)
Guébré Adama (secrétaire chargé de la communication et du loobying)
Réseau des Organisations de la Société Civile pour le Développement (RESOCIDE)
Siaka Coulibaly (président)
Mouvement Burkinabè pour l’Emergence de la Justice Sociale (MBEJUS)
Alexandre P. Ouédraogo (président)
Nouveaux Droits de l’Homme (NDH)
Idrissa Birba (président)

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