Vérité et réconciliation : Vers la paix des cœurs…

Cette tribune est de Jean Claude Somda, un citoyen qui propose son analyse sur les conditions d’une bonne réconciliation des Burkinabè au service de la paix. • mardi 25 avril 2017 à 00h06min

Seule la vérité libère, et elle est toujours plus forte que le mensonge. Sa victoire n’est qu’une question de temps ! Combien sont-ils les Burkinabè qui, au travers des épreuves d’octobre 2014 et septembre 2015, sont conscients de devoir le salut et la paix civile dans le pays à la protection divine ? Des personnalités étrangères s’en sont montrées plus convaincues en déclarant que si Dieu est partout, Il l’est de manière spéciale au Burkina. Le pays inclinerait-il pour autant à entrer en repentance comme la ville de Ninive citée dans un écrit précédent ?

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Vérité et réconciliation : Vers la paix des cœurs…

Les déclarations de quelques insurgés et de leurs leaders qui dédient à leur bravoure et à leurs stratégies de lutte non violente le nombre limité de pertes en vies humaines, car le risque d’une hécatombe était réel, n’en reflètent pas la prise de conscience. Certains acteurs se sont même compromis à vouloir justifier les casses, les pillages, les violences et les incendies de biens privés et publics. De tels comportements sont indignes d’hommes intègres et loin de servir les intérêts du peuple, car un trésor historique de la nation s’en est ainsi allé en fumée avec l’incendie insensé de l’Assemblée nationale.

Si ces actes criminels visaient à détruire des documents compromettants pour quelques-uns, s’ils n’étaient que l’expression de sordides jalousies ou de lâches vengeances, quelle image désespérante, quel lugubre héritage pour la postérité au regard des lourdes conséquences subies sur les plans économique, social, touristique et relationnel ! Comment rapprocher à présent bourreaux et victimes quand des acteurs ont tour à tour joué les deux rôles ? Car, à ceux qui réclament aujourd’hui « vérité, justice, réconciliation », d’autres répliquent « oui à la réconciliation inclusive, puisque nous avons tous dîné à la table du même maître ! »

Vu la parodie de la journée nationale de pardon du 30 mars 2001, ce serait se moquer de Dieu et de ses faveurs envers le Burkina que de bricoler des procès expéditifs pour se donner réciproquement bonne conscience entre élites politiques, civiles et militaires. Il faut, d’emblée, prendre au sérieux le postulat que tous les citoyens sont coupables de manquements à l’intégrité. En témoignent leurs comportements sociaux grégaires à l’opposé des préceptes moraux et de règles religieuses variant selon les milieux d’éducation animistes, catholiques, évangéliques ou musulmans.

Cela met donc en cause le niveau d’éveil de chaque conscience individuelle quand elle subsiste encore, car beaucoup l’ont tuée en eux, pour ne plus se conduire qu’en robots de l’inconscience collective. « Tel le gouvernant et tels ses subordonnés, dit-on, tel celui qui régit la ville et tels les habitants » Siracide 10.2. C’est ainsi que la culture de l’impunité des dirigeants a pu être invoquée pour expliquer l’incivisme incoercible des populations, notamment urbaines. Pourtant, une vigoureuse protestation citoyenne s’est révélée victorieuse du pouvoir, car capable de changer le cours des choses dans l’affaire des tablettes et des gratifications de fin d’année des députés de la septième législature en décembre 2016.

Combien d’anciens présidents d’institution ou d’anciens membres du gouvernement accepteraient-ils de leur emboîter le pas en remettant en cause les dispositions de l’article 5 du décret N°2008-891/PRES/PM/MEF du 31 décembre 2008 portant rémunération du Premier ministre, des présidents d’institutions et des membres du Gouvernement, à savoir le droit de conserver légalement pendant six mois, pour compter de la cessation de leurs fonctions, leurs rémunérations et avantages respectifs ?

S’il peut s’en trouver peu ou prou demain, et que ces « papies » voient leurs noms cités en exemple dans le journal officiel, beaucoup de jeunes qui ont consciemment ou involontairement manqué à leur devoir patriotique de service national de développement (SND), y compris au sein du corps frondeur de la magistrature, pourraient offrir spontanément d’en faire réparation. C’est alors que le Burkina se portera vraiment de mieux en mieux, grâce au sens du sacrifice patriotique de ses générations successives de bâtisseurs.

Quand la légalité ne rime pas avec la justice et l’équité, il revient à chacun de s’appliquer à se former une conscience droite pour être capable de réagir comme ce publicain nommé Zachée après sa rencontre salutaire avec le Christ : « Voici, Seigneur, je vais donner la moitié de mes biens aux pauvres, et si j’ai extorqué quelque chose à quelqu’un, je lui rends le quadruple » (Luc 19.8). En reconnaissant publiquement sa mauvaise conduite et ses pratiques abusives en matière d’enrichissement illicite, Zachée a engrangé trois acquis :

-  Il s’est affranchi de la cupidité, l’argent ne sera plus jamais le maître de son cœur ;
-  Il a été justifié en décidant, sans la moindre pression morale de quiconque, d’une restitution conséquente en guise de réparation envers ses victimes ;
-  Il a trouvé la paix du cœur et reçu au bénéfice de toute sa famille la grâce du salut « car, le Fils de l’Homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ».

Zachée, en écoutant la voix de sa conscience éclairée par la bonté de son hôte Jésus, a été libéré de l’obligation de comparaître ultérieurement devant toute quelconque autre juridiction humaine pour cause d’enrichissement illicite.

Puissent les Burkinabè craignant Dieu prier avec compassion pour tous leurs concitoyens susceptibles de pratiques de mal gouvernance dans la gestion des biens publics afin qu’ils résistent à la tentation. Pour ceux qui y ont succombé, qu’ils aient le courage, avant qu’il ne soit trop tard, d’affronter et de dire la vérité. Il leur faudra aussi de l’humilité pour en demander pardon, et de la force pour mettre en œuvre des mesures honnêtes de réparation en bonne et due forme.

Ce sont là, en effet, les sacrifices à consentir individuellement pour retrouver les chemins de la réconciliation et de la paix des cœurs, avec en prime l’assurance de la miséricorde divine : « Heureux l’homme dont le Seigneur ne retient pas l’offense, dont l’esprit est sans fraude ! » (Psaume 32.2), même s’il leur arrivait de répondre devant un éventuel tribunal civique de l’intégrité.

Le peuple burkinabè dans son ensemble, les résidents et les expatriés, devrait être sollicité pour amplifier ce mouvement général de conversion et de renouvellement des mentalités. Trois décisions lui incomberont :

-  Reconnaître au-dessus de lui la souveraineté de Dieu ;
-  Renoncer à vivre dans le mensonge pour mériter de porter dignement son nom ;
-  S’engager par une repentance nationale à lutter solidairement contre la corruption.

Comment le faire ?

« Personne ne peut me nier en tant qu’existence ; or, je n’existe pas par moi-même ; donc Celui par qui j’existe existe nécessairement. Qu’on l’appelle Allah, Créateur, Dieu, Wendé, Yahweh ou autrement n’y change rien » (Sagesse africaine).

Les réformes constitutionnelles passées ont toutes été l’occasion de constitutionnaliser des institutions comme le Médiateur du Faso, le Conseil supérieur de la communication, la Commission électorale nationale indépendante, la chefferie coutumière, le genre et bientôt, semble-t-il, le caractère libéral de la profession d’avocat etc. Il est donc encore temps de consacrer dans le préambule la mention du Créateur au nom d’un peuple qui a largement bénéficié des faveurs divines pour résister victorieusement aux forces du mal jusqu’à ce jour.

Ce serait faire acte de justice et preuve de sagesse d’insérer au premier alinéa ce qui suit : « Nous, Peuple souverain du Burkina Faso, Pays des hommes intègres hautement reconnaissant au souverain Créateur pour sa protection providentielle, conscient de nos responsabilités et de nos devoirs devant l’histoire et devant l’humanité ;fort de nos acquis démocratiques ; etc. »

Par ailleurs, le « Di-Taa-Niyè », défini comme chant de la victoire et du salut,dénonçait en 1984 la rapacité venue de loin asservir le peuple, il y a cent ans. Cette rapacité s’est naturalisée et incrustée au cours des trois dernières décennies, prolongeant la nuit de cet asservissement que le peuple insurgé reste déterminé à pulvériser ici au Burkina, avec l’Afrique comme cadre d’accomplissement final. D’où la proposition d’une nouvelle version pouvant se chanter en ces termes :

En deuxième lieu, le peuple devrait se regarder comme dans un miroir, pour se reconnaître tel qu’il est avec ses charmes et ses laideurs, puis accepter d’opérer les changements requis en vue de porter avec dignité son nom burkinabè. L’internaute qui utilise sans accord préalable la connexion d’une institution privée ou publique, au risque de gêner le travail des agents du service, commet un larcin.

Toutefois, la gravité de la faute n’est pas la même suivant qu’il s’agit d’un élève voulant accéder à des informations liées à des cours ou d’un escroc endurci tentant d’arnaquer une victime. Il en va de même dans les autres domaines, en fonction de l’intention et de la portée de l’acte concerné : le jeune, soi-disant désargenté, qui troque sa pièce d’identité auprès d’un pompiste pour prendre du carburant à crédit contre la promesse de revenir payer plus tard, mais qui s’engouffre aussitôt après dans un maquis pour se payer une bière, le restaurateur qui s’abonne aux denrées périmées et produits frelatés pour augmenter sa marge de profit sans se soucier de la santé de ses clients, le fraudeur fiscal qui finance un trafic de drogue pour détruire la jeunesse, le fonctionnaire corrompu qui se mue en propriétaire de maisons closes doublé de proxénétisme écumant des mineures démunies, le politicien arrogant qui nargue la république et viole les règles relatives à la corruption électorale et aux achats de conscience, le commerçant qui fausse ses instruments de mesure, etc.

Combien de temps encore doit-on continuer à fermer les yeux sur tout cela ? Ou bien le temps est-il enfin arrivé de rompre avec une vie de mensonge ambiant pour entrer dans la vraie destinée du peuple ?

En troisième lieu, il lui faudra s’engager dans une repentance collective, à l’exemple et par nécessairement à la manière de la ville de Ninive. Il s’agirait de responsabiliser chaque secteur d’activité, institution ou corps socio-professionnel pour conduire un diagnostic croisé de ses réalités et de ses projets en matière d’intégrité et de lutte contre la corruption.

Un secteur qui ne saurait laisser personne indifférent est, par exemple, celui de l’éducation. Chacun peut se rattacher à l’un de ses groupes d’acteurs institutionnels et physiques que sont l’Etat, les collectivités décentralisées auxquelles les compétences ont été transférées, les fondateurs d’établissement, le personnel administratif, les futurs employeurs, les équipes pédagogiques déconcentrées, les enseignants, les parents d’élèves pris isolément ou en associations, les élèves etc.

Il peut, à l’un de ces titres, exprimer son rêve à la suite du cauchemar qu’il y vit peut-être : démission des parents, inconscience professionnelle des enseignants, ravages de la drogue, du tabac et de l’alcool, immoralité grandissante au sein de la population scolaire caractérisée par le phénomène des grossesses précoces et des violences interpersonnelles, manque de respect et indiscipline vis-à-vis des enseignants, vénalité des inscriptions, examens et concours, sous équipement pédagogique lié à l’impuissance financière de l’Etat, conditions de vie et de travail des enseignants en réelle dégradation, etc.

De tout ce qui ne va pas, il faut réussir à dire pourquoi, comment et par qui cela a pu arriver, afin de pouvoir se concerter en toute franchise sur les solutions locales à y trouver, dans le respect de soi et d’autrui, pour le vrai bien de l’enfance considérée et le devenir de toute la société. Ne dit-on pas que « qui ouvre une école ferme une prison » ? En avant donc pour le vrai progrès selon l’entendement de cet internaute :
« J’ai pitié de nos hommes politiques. Apprenez une bonne fois pour toutes qu’on n’a pas besoin d’être président pour contribuer au développement d’un pays.

Il y a tellement de bonnes et nobles choses que tout homme peut faire. Par exemple, avec les milliards ou millions que vous avez, si sans parler de la politique, vous allez simplement construire un dispensaire et une pompe dans un village, vous soulagerez des vies et améliorerez la vie quotidienne des citoyens…. Savez-vous pourquoi Sankara est et demeurera toujours dans le cœur des Burkinabè ? Simplement parce qu’il était en contact direct et quotidien avec le peuple. En réalité le titre de président ne vaut rien pour quelqu’un qui ne sait pas servir son peuple. » (Réaction d’un internaute ‘L’Immortel 1er le 18 juillet 2015)

Quant aux attentes du peuple en matière de crimes de sang, personne ne devrait ni ruser, ni badiner à leur sujet ! Le châtiment n’en serait que plus implacable. Depuis le drame crapuleux de Sapouy, une malédiction incendiaire pèse sur le pays et l’on ne compte plus le nombre de marchés, de domiciles, de bâtiments administratifs, de postes de police ou de gendarmerie, de véhicules particuliers et de transport en commun réduits en cendres, toutes causes accidentelles ou criminelles confondues. Il faut en exorciser la nation, et en particulier Ouagadougou où tout accident de circulation grave impliquant un véhicule expose celui-ci à la vindicte anonyme et aveugle par le feu. La persistance de cette défiance de l’autorité de l’Etat ne laisserait pas d’autre choix que de :

-  recourir, à titre dissuasif, à la sanction suprême de la loi du talion qui disposerait que « qui détruit par le feu sera jeté dans le feu qu’il a allumé » ;
-  appliquer rigoureusement le principe nouveau du « pyromane / assureur ».
La campagne publicitaire en cours sur le civisme est, certes, bienvenue mais pourrait s’avérer insuffisante sans une plus forte implication des élus nationaux et locaux sur le terrain. Une large conscientisation de masse sur les mauvais exemples à ne pas suivre devrait faire disparaître cette pyromanie démentielle. Cela serait plus sensé et plus concret que le tour du Faso fortement médiatisé qu’a initié la coalition pour la démocratie et la réconciliation nationale (CODER).

Plaise à DIEU de continuer à garder et protéger le Burkina Faso !

Jean Claude SOMDA

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Vos commentaires

  • Le 25 avril à 00:02, par Roger N.
    En réponse à : Vérité et réconciliation : Vers la paix des cœurs…

    Que des élucubrations et divagations ! Un prêcheur du désert.
    Booff !!

    Répondre à ce message

  • Le 25 avril à 03:48, par Mechtilde Guirma
    En réponse à : Vérité et réconciliation : Vers la paix des cœurs…

    Ih ! ce claude SOMDA là, ça doit être l’enfant que j’ai eu avec le Lobi-là. Un vrai Lobi celui-là, burkindbilmenga, je vous assure.

    Mon fils, je n’ai pas pu vous lire tout en entier parce que prise par un travail qui ne me lâchera pas avant deux jours.

    Je vous dis kilililili pour l’hymne que vous avez actualisé. Cependant une petite retouche serait la bienvenue, par exemple : pour ne pas avoir à répéter « nuit, nuit, nuit » trois fois, remplacez le mot nuit de la première phrase et ligne par « cause »

    Ensuite la première ligne du second strophe vous mettez : « Une longue nuit a raffermi sa marche ….. »

    la phrase suivante : « Mais la longue nuit a réconcilié le Burkina….. » ou tout simplement « La longue nuit a réconcilié …. », puis la suite et vous terminez avec la phrase finale :

    Vive l’Afrique relevons les défis de l’adversité d’où qu’elle vienne.
    Quoiqu’il en soit, nous réussirons et nous vaincrons.

    Vous n’êtes pas obligé de faire exactement comme je vous le propose, je fais tout simplement un suggestion. Et si vous décidez de faire comme je le suggère, ne craignez rien du tout de ma part, le poème reste vôtre.

    Que Dieu vous protège et vous bénisse.

    Répondre à ce message

  • Le 25 avril à 08:36, par kwiliga
    En réponse à : Vérité et réconciliation : Vers la paix des cœurs…

    "Seule la vérité libère" ? Mais ça c’est de la philosophie, de la poésie, de la rhétorique.
    La vérité, de notre pays, c’est que seule la révolution libère, enfin, si l’on évite de redonner le pouvoir par la suite, à ceux que la révolution venait de renverser...
    Évitons en tous cas, de mélanger toute forme de prosélytisme religieux avec nos réalités socio-économiques.
    Cela nous ramènerait quelques siècles en arrière, au même niveau que Daesh !
    Compter sur la peur de dieu, sur la morale religieuse, pour résoudre nos problèmes, pour combattre la corruption par exemple, c’est refuser nos responsabilités.
    Si la corruption doit être éliminée, ce doit alors être le combat de chaque Burkinabé et certainement pas l’affaire de Dieu.
    Au fait, si ce dernier aime tant le Faso, comment se fait-il que le pays soit dans cet état.
    De quel dieu s’agit-il d’ailleurs ?

    Répondre à ce message

  • Le 25 avril à 13:45, par Toutdemême
    En réponse à : Vérité et réconciliation : Vers la paix des cœurs…

    Merci à vous, M. Somda, pour cette réflexion d’une grande profondeur. Pour quelques justes, peut-être que Dieu continuera de garder la main sur le Burkina.

    Répondre à ce message

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