Hospitalité africaine en péril ?

Par Günther Lanier • jeudi 2 février 2017 à 20h02min

La Tanzanie n’est pas un pays riche, vraiment pas, mais elle dispose de deux grands atouts : la paix et la stabilité. Sans surprise, ceux et celles dans les états voisins qui ont besoin de refuge viennent s’abriter ici. Depuis une bonne cinquantaine d’années, la Tanzanie a servi de terre d’asile à des centaines de milliers de réfugié(e)s. Les guerres et les conflits au Congo-Kinshasa, au Rwanda, et dernièrement surtout au Burundi ont bouté beaucoup hors de leurs maisons et hors de leurs pays. Dans le nord-ouest tanzanien, à Nyarugusu, se trouve le troisième plus grand camp de réfugié(e)s du monde.

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Hospitalité africaine en péril ?

Mais la crise sans fin au Burundi semble maintenant mettre à mal la disposition de la Tanzanie, de fournirlasi essentielleprotectionaux réfugié(e)s.

« La Tanzanie tente de limiter l’entrée des réfugiés des pays voisins sur son territoire »

C’est le titre d’un article de Radio France International (RFI) du 30 janvier 2017. Qu’est-ce qui se passe ?

Le gouvernement tanzanien a déclaré qu’il n’accordera plus le statut de réfugié(e)saux groupes de réfugié(e)s venant des pays voisins.

Sonnez le tocsin ! Dans nos temps-ci, le Monde-Repu n’en finit pas d’ériger des fortifications contre la ruée des réfugié(e)s, qu’il s’agisse de barrières frontalières autrichiennes ou à Ceuta, de clôtures hongroisesbarbelées à lames, d’une « ligne de protection »dans la Méditerranée devant les côtes libyennes à ne pas franchir pour celles et ceux qui risquent leur vie en mer, que ce soit le mur de Trump contre le Mexique ou la « Forteresse Europe » que l’Union Européenne dépense beaucoup d’argent pour faire de plus en plus imprenable. Sonnez le tocsin !

La Tanzanie cesserait-elle d’être une terre d’accueil ?

Apparemment, des armes ont été trouvées sur des réfugiés et les nouvelles mesures sont censées empêcher que des hostilités débordent sur la Tanzanie. Le ministre de l’intérieur Mwigulu Nchemba veut refuser le statut de réfugié(e)s aux groupes mais ce statut sera toujours disponible pour les individus – après examen approfondi. Parce que – et c’est ce petit argument bien connu de l’Europe xénophobe qui devrait nous intriguer – beaucoup ne seraient pas de vrai(e)s réfugié(e)s, beaucoup ne viendraient que pour des raisons économiques, ne seraient donc que des « réfugié(e)séconomiques », à vrai dire des migrant(e)s en quête de gain.

5.608 armes illégales ont été détruites dans une cérémonie officielle, des armes qui auraient été trouvées sur des réfugié(e)s. C’est, bien sûr, à juste titre que la Tanzanie se défend contre des armes illégales, ça va de soi qu’elle ne veuille pas que la criminalité et les conflits soient importés et viennent déranger sa paix et sa stabilité.

Mais si le sus-cité ministre de l’intérieur déclare alors, pour prouver que ce ne sont que des migrant(e)s et non pas de vrai(e)s réfugié(e)s, si Mwigulu Nchemba déclare alors qu’il n’y a aucun problème de sécurité dans les pays voisins, alors quoi ? Daily News – le quotidien tanzanien qui est la source de l’article de RFI – a-t-il mal entendu ? A l’est du Congo-Kinshasa la situation de sécurité ne pose pas de problème ? Au Burundi, il n’y a aucune insécurité ?

L’Afrique – eldorado des réfugié(e)s ?

Jusqu’où peut-on pousser l’absurde ? La crise des réfugié(e)s a été proclamée par l’Union Européenne & Cie – les mêmes qui, par leurs immixtions par exemple en Afghanistan, en Libye,en Syrie ont contribué à engendrer ces flots de réfugié(e)s. Et ce ne sont pas du tout ces pays européens qui souffrent des plus grands nombres de réfugié(e)s. Les statistiques de l’agence onusienne chargée des réfugié(e)s, l’UNHCR, montrent clairement que les pays qui accueillent le plus de réfugié(e)s sont ailleurs. Mais là-bas le nécessaire ou au moins le minimum ou tout simplement le possible est fait sans tambour ni trompette.

En Tanzanie, le nombre de réfugié(e)s a plus que doublé en 2015 – à cause de la crise au Burundi. Fin 2015, selon UNHCR, il y avait 211.845 réfugié(e)s dans le pays – trois fois plus qu’en Autriche. Le PIB autrichien est 18 fois plus grand que le PIB tanzanien. Pourquoi les riches se plaignent tant et à si haute voix ?

Méthodes UE – non merci !

Reste à espérer que la Tanzanie ne se laisse pas inspirer par l’Union Européenne. Le renvoi de réfugié(e)s dans des pays en guerre ou là où de toute évidence l’Etat torture, même systématiquement, où les droits humains sont bafoués ; l’envoi de l’armée pour « se défendre » – sur terre et en mer – contre les réfugié(e)s et« combattre » les flots de migrant(e)s ; l’externalisation de la barbarie en payant d’autres pays pour enfermer dans des camps de concentrationceux et celles qui pourraient venir demander l’asile... Des pratiques indignes comme ça, nous n’en avons pas besoin en Afrique.

Ce qui est sur notre table, nous le partageons avec nos hôtes, même si nous ne les avions pas invité(e)s.

Notes :

1. J’ai emprunté le « Monde-Repu » (opposé au Tiers-Monde) à Nazi Boni, Crépuscule des temps anciens. Chronique du Bwamu, Paris (Présence africaine) 1962, p.16.
2. https://www.rescue.org/country/tanzania donne un très court aperçusur la Tanzanie& sesréfugié(e)s.

3. L’article « La Tanzanie tente de limiter l’entrée des réfugiés des pays voisins sur son territoire »a été publié par RFI le 30 janvier 2017 à 3h02 sur http://www.rfi.fr/afrique/20170129-tanzanie-rdc-burundi-refugies-grands-lacs-armes.

4. Mwigulu Nchemba est “Home Affairs Minister” ; cf. journaliste de Daily News à Kigoma (sans nom), 25 janvier 2017, “State bans group refugees’ entry“, disponible sur http://dailynews.co.tz/index.php/home-news/48142-state-bans-group-refugees-entry.

5. Pour la comparaison des PIB tanzanien et autrichien, j’ai utilisé les données du dernier Rapport sur le Développement Humain disponible, celui de 2015 (le rapport de 2016 sera présenté par le PNUD en mars 2017). Le PIB de ce rapport vient en parité de pouvoir d’achat – si j’avais pris le PIB nominal comme base de mes calculs, la différence serait encore plus grande.

6. Les deux illustrations sont basées sur des données UNHCR, l’agence onusienne pour les réfugié(e)s, l’acronyme signifie Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugié(e)s. La première illustration se trouve sous une forme un peu différente sur http://www.unhcr.org/figures-at-a-glance.html. J’ai confectionné la deuxième sur base des données du dernier rapport UNHCR disponible, celui de 2015 (l’annexede“UNHCR Global Trends 2015“peut être téléchargé sur http://www.unhcr.org/global-trends-2015.html). Les données des deux sources ne sont pas identiques – je suppose que pour la page de garde de l’UNHCR (première illustration), les données sont des estimations plus récentes (fin 2016 ? UNHCR ne donne aucun indice). Les données des deux tableaux qui suivent (à vrai dire un seul tableau rangé de deux manières différentes) proviennent du rapport UNHCR 2015. Le tableau n’est pas complet : d’autres catégories s’ajoutent aux réfugié(e)s et déplacé(e)s internes pour le total des personnes déracinées.

7. Photo : hôpital de Nyarugusu, 11 juin 2015, photographiée parStephanie Aglietti, source : http://www.suggest-keywords.com/bnlhcnVndXN1/

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