« On ne donne pas de l’emploi à un jeune ; il l’obtient de lui-même ou il le prend car… », souligne L. Hermann Tankoano, président du GEPEJ

dimanche 21 août 2016 à 20h32min

Lamoudi Hermann TANKOANO est Conseiller de jeunesse et d’éducation permanente, président du Groupe d’Etude et de Promotion d’Expertise sur les questions de Jeunesse(GEPEJ). Nous l’avons rencontré à l’issue de la journée internationale de la jeunesse qui a été commémorée dans le monde entier le 12 août 2016. Outre la célébration de la journée au plan national, la situation de la jeunesse burkinabè, la question du civisme, l’entreprenariat jeune ont été entre autres sujets abordés avec M. Tankoano. Entretien !

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 « On ne donne pas de l’emploi à un jeune ; il l’obtient de lui-même ou il le prend car… », souligne L. Hermann Tankoano, président du GEPEJ

Lefaso.net : Vous êtes professionnel de jeunesse et le monde entier a célébré le 12 août dernier la journée internationale de la jeunesse, quelle est votre ressentiment, en tant qu’à la fois jeune et cadre de jeunesse ?

Lamoudi Hermann TANKOANO : Je suis très fier pour cette journée qui est un moment dédié aux jeunes du monde notamment ceux du Burkina. Cette célébration participe aussi à la mise en œuvre de la Résolution des Nations-Unies adopté le 17 décembre 1999 ; de ce point de vue c’est déjà une bonne chose de contribuer à la mise en œuvre de cette Résolution notamment au Burkina. Sur d’autre plan, je reste sur ma faim quant à la façon dont cette journée internationale est commémorée dans notre pays : quand on observe ce qui est fait, c’est juste une cérémonie avec une juxtaposition d’activités incohérentes aux effets et impacts inconnus.

On sent aussi qu’il y a manque d’une véritable approche participative des jeunes et des différents acteurs de développement avec pour conséquences une ‘’sécheresse financière’’ pour permettre le développement d’un ensemble d’activités jusqu’au niveau local. Pour preuve, au niveau provincial, les structures en charge de la jeunesse auraient perçu que des montants de 100.000FCFA pour célébrer la Journée internationale de la Jeunesse avec l’ensemble des jeunes. Vous conviendrez avec moi qu’une telle approche avec de tels moyens, c’est peut être mettre les jeunes en difficultés avec les autorités locales(le haut-commissaire, le directeur provincial en charge de la question) parce qu’il est difficile d’organiser un certain nombre d’activités avec ce budget.

On peut mieux faire en considérant cette journée sous un angle de programme de participation citoyenne des jeunes au développement dans une dynamique qui intègre des thématiques socio-éducatives. Si c’est perçu comme un programme, cela suppose que le 12 août serait maintenant comme une sorte de revue annuelle qui fait le bilan de ce qui est fait l’année passée, évidemment en s’appuyant sur le thème ; à partir de là, la célébration peut avoir un contenu. Autour de cela, il peut avoir un ensemble d’activités festives parce que ça fait un an de travail en faveur des jeunes, il y a des bénéfices réels donc il y a motif de célébrer avec des activités par exemple culturelles pour permettre aux jeunes de s’exprimer pour commémorer leur journée. C’est notre point de vue et nous espérons que la célébration de cette journée ira dans ce sens pour nous permettre d’obtenir des résultats probants sur le terrain.

Lefaso.net : Comment appréciez-vous, concrètement, la célébration au plan national ?

Lamoudi Hermann TANKOANO : Au plan national, le constat qu’on peut faire aujourd’hui, c’est d’abord une action ponctuelle caractérisée par une cérémonie avec juste quelques activités limitées par une conférence par localité et le reboisement à coté ; ça se limite là. On est dans une dynamique de promotion de jeunes, dans ce cadre-là, pour vraiment signifier qu’on fait des questions des jeunes une priorité, on devra mieux faire. On ne doit pas se contenter à de petites célébrations de façon ponctuelle à l’occasion desquelles, on mobilise les jeunes. Les jeunes doivent être mobilisés à l’avance par rapport aux questions qui les intéressent.

Ensuite, le deuxième aspect est la question de la participation des différents acteurs de développement. On dira peut-être que l’Etat n’a pas assez de moyens pour investir dans la commémoration de la Journée internationale de la Jeunesse mais, je dis que ce n’est pas l’Etat seul qui est acteur de développement. Il y a un ensemble d’acteurs : les ONG (Organisations non-gouvernementales), les partenaires techniques et financiers, les organisations au sein des Nations-Unies qui accompagnent les jeunes. On peut créer une sorte de panier commun pour la commémoration de la Journée internationale de la Jeunesse avec un ensemble d’activités qui devraient être menées et projetées à être réalisées pour permettre aux jeunes de sentir qu’ils ont réellement une journée, puisse que c’est par la presse que la plupart des jeunes savent qu’ils ont un événement.

Lefaso.net : L’édition 2016 est célébrée au plan national sous le thème « éducation civique des jeunes, un instrument de prévention des violences ». Quelle appréciation en faites-vous ?

Lamoudi Hermann TANKOANO : Je dirai que le thème est d’actualité et est aussi pertinent. Mais, le regret est qu’au Burkina, nous sommes passés dans l’art des belles théories sans effets de suite. A notre connaissance, il est prévu l’animation de conférences sur le thème de la Journée internationale de la Jeunesse, faite par province. Est-ce qu’une conférence peut amener des jeunes de toute une province à être conscientisée sur les questions de civisme ? La limite qu’on peut dégager en premier lieu ici, c’est la question de langue. La plupart du temps, quand on parle de conférence, c’est en français et elle se tient dans les chefs-lieux de provinces. Qu’en sera-t-il des jeunes des autres communes qui ont besoin d’informations sur le civisme ? Le thème est certes intéressant et pertinent mais, il ne permet pas d’atteindre la cible par rapport à ce besoin d’éducation au civisme.

C’est pour cela, je le dis encore, qu’il est pertinent d’aller dans une vision d’approche programme pour permettre de prendre tout cela en compte et éviter que ce soit des conférences ponctuelles. Une conférence donne pour la plupart du temps un ensemble d’informations. Les gens y participent, ils posent des questions, ils sortent et après, c’est fini. Il faut alors un mécanisme avec des moyens de mesures de niveau, de prise de conscience, pour qu’on aille progressivement vers des effets et un impact réel sur le terrain.

Lefaso.net : Vous avez remarqué que les moyens mis en place pour sensibiliser les jeunes sur des questions diverses, en l’occurrence les conférences, ne sont pas efficaces. Quels moyens préconisez-vous pour mieux conscientiser les jeunes sur la question du civisme par exemple ?

Lamoudi Hermann TANKOANO : Pour mieux conscientiser les jeunes au civisme, on peut mettre en place un programme d’éducation civique des jeunes. La documentation existe déjà, il y a de la matière de ce côté. Au niveau opérationnel, il faut en premier lieu des cadres d’éducation des jeunes au civisme. En terme d’éducation non-formelle, il y a des maisons de jeunes, des centres d’écoute ; un ensemble d’infrastructures qui devraient concourir à cela. Mais, le constat est que celles-ci ne fonctionnent pas. Dans certaines communes, vous trouverez que les maisons des jeunes ont été transformées en maison SONAGES où l’on vend des vivres aux populations. Je trouve cela anormal.

Il appartient aux autorités de ce pays de faire le choix entre faire des Maisons des jeunes, un lieu de commerce de vivres pour que nous soyons permanemment dans cette situation de dépendance alimentaire et utiliser ces cadres pour éduquer les jeunes qui garantiront l’autosuffisance alimentaire. Pendant ce temps, des professionnels de jeunesse et d’insertion professionnelle sont dans des structures administratives du Ministère en charge de la jeunesse, alors que leur place c’est plutôt dans ces infrastructures ; pour recevoir les jeunes au quotidien et leur prodiguer des conseils. A ce niveau, on peut avoir un programme d’aménagement des infrastructures de la jeunesse et dès que cela est fait, on pourrait y affecter des professionnels.

En termes de contenu, il y a toute une panoplie d’initiatives qu’on peut prendre en compte. Il faut d’abord, à tous les niveaux (national, local, commune, chef-lieu de province…), former des animateurs communautaires, option éducation civique pour l’éducation des jeunes au civisme, de sorte qu’ils soient des personnes de référence dans leur localité respective en la matière. En plus, il y a les collectivités socio-éducatives, les colonies de vacances, des camps d’adolescents et de jeunesse par exemple. Il peut y avoir des thèmes orientés sur l’éducation civique qui seront traités à travers des causeries éducatives organisées afin de transmettre les messages de civisme aux jeunes.

Lefaso.net : Vous êtes, justement, responsable d’une structure de promotion de jeunesse ; pouvez-vous nous la présenter ?

Lamoudi Hermann TANKOANO : Effectivement, je viens d’être porté à la tête d’une autre structure, qui est un regroupement de quinze professionnels des questions de jeunesse et d’insertion professionnelle dénommée Groupe d’Etude et de Promotion d’Expertise sur les questions de Jeunesse (GEPEJ). Cette structure a été créée en 2012 par ce groupe de professionnels qui compte aussi plusieurs sympathisants pour travailler au renforcement des capacités des acteurs du secteur de la jeunesse ; surtout pour permettre une meilleure expression et veiller à l’épanouissement des jeunes à travers un ensemble d’activités. Mais bien avant, je dirige depuis 2007, le Cadre d’échanges de Valorisation de compétences des Jeunes pour le Développement (CVJD).

Lefaso.net : Quelles sont les missions que vous vous assignées au sein de la structure ?

Lamoudi Hermann TANKOANO : Au niveau du GEPEJ, nous nous sommes fixés pour missions d’échanger les pratiques professionnelles autour des enjeux et problématiques communes au développement des compétences professionnelles en matière d’encadrement, d’éducation non-formelle et de développement des projets socioprofessionnels ; favoriser la recherche-action et la formation continue axée sur l’éducation non-formelle et l’insertion professionnelle des jeunes. Il s’agit également pour le GEPEJ, d’accompagner les acteurs pour la gestion des questions de populations, de santé de la reproduction, de participation citoyenne et de genre en milieu jeunes ; renforcer le plaidoyer, les concertations et le suivi-évaluation pour la prise en compte des besoins des adolescents et des jeunes dans les politiques, plans et programmes de développement.

Outre ces volets, le GEPEJ se donne pour mission de capitaliser et formaliser les expériences des nouvelles connaissances en matière d’encadrement, d’éducation et d’insertion professionnelle des jeunes. Il se veut aussi une force de propositions de services et d’innovations de par les études et réalisations techniques des projets et programmes d’éducation non-formelle et de développement socio-économique et culturel en faveur des jeunes et associations de jeunesse.

Lefaso.net : Aujourd’hui, on dénombre de nombreuses organisations de jeunesse. Qu’est-ce qui fait la particularité de votre structure par rapport à celles qui existent et quelle est sa cible ?

Lamoudi Hermann TANKOANO : Je peux dire que le GEPEJ n’est ni une association d’agitation, ni une association de mobilisation des jeunes à des fins d’exploitations, ni une association de revendications corporatives. Le GEPEJ se distingue globalement des autres Organisations de par l’expertise qu’il met au service du développement notamment, le renforcement des capacités des secteurs de l’éducation, de la formation et de l’insertion professionnelle ainsi que des leaders jeunes et des associations. Cela veut dire que nous sommes dans la production, dans l’accompagnement pour, réellement, donner des réponses aux besoins réels des jeunes sur le terrain. Accompagner les différents acteurs de par son expertise par rapport à la planification des actions en leur faveur.

Quand on prend les collectivités territoriales, ils ont besoin d’expertises car certains sont souvent de bonne volonté mais ne savent pas ce qu’il faut faire. Dans ce cadre-là, on peut contribuer en participant à la dynamique de planification en faveur des jeunes ; c’est pareil au niveau des ONG et des institutions. En plus ce qui fait sa particularité, c’est que ses actions s’appuient sur des méthodes scientifiques qui écartent de son chemin tout ce qui est subjectivisme, égoïsme, hypocrisie, et professionnalisation des coups-bas sur le terrain en terrain de développement. Au stade où nous sommes aujourd’hui, nous avons des jeunes qui ont besoin de sincérité, d’acteurs honnêtes pour les accompagner dans la quête permanente de leur bien-être.

Les professionnels des secteurs de l’éducation, de la formation et de l’insertion professionnelle au Burkina Faso, les leaders jeunes associatifs ou non, les jeunes et les institutions nationales ou internationales de promotion des jeunes et toutes les ONG qui ont pour cible les jeunes sont les partenaires du GEPEJ ; sans oublier les institutions de l’Etat qui constituent son public cible. En termes de publics cibles directs, il s’agit de professionnels de jeunesse et d’insertion professionnelle, les leaders jeunes et les jeunes.

Lefaso.net : Quel diagnostic faites-vous de la situation de la jeunesse burkinabè aujourd’hui ?

Lamoudi Hermann TANKOANO : J’avoue que c’est une question qui peut faire l’objet d’un autre entretien. Peut-être, ici, je ferai une analyse sommaire d’ordre stratégique. De mon point de vue, au Burkina, conformément à la politique nationale de la jeunesse, est jeune toute personne ayant un âge compris entre 15 et 35 ans. Je pense que c’est la même décision qui a été retenue au niveau de l’Union Africaine à travers la Charte africaine de la Jeunesse. En s’appuyant aussi sur les projections démographiques de l’INSD, en 2014 par exemple, la tranche de 15 à 35 ans représentait 32,9% dans la population totale du Burkina, soit un effectif de 5.883.928 jeunes. En analysant cette couche sociale, on remarque qu’elle subit des conséquences liées à d’innombrables problèmes psycho-social, institutionnel et professionnel.

C’est le constat que nous faisons au niveau du GEPEJ. Nous voulons dire qu’il y a ici, crise de l’identité véritable du jeune. Ensuite, il y a le problème d’imputabilité au niveau institutionnel en termes de rôle des acteurs. Il y a aussi des carences éducatives chez les jeunes : dans leur processus d’évolution au plan éducatif, il y a tellement de vide que finalement, les jeunes grandissent avec beaucoup d’insuffisances. Enfin, il y a une sorte d’imbroglio entre la dimension micro et celle macro dans la gestion de la question du chômage. Je reviens problème par problème pour que l’on se comprenne mieux. Au niveau de la crise de l’identité véritable du jeune, on remarque sur le terrain des acteurs de 40 ans, 45ans voire 50 ans et plus, qui se réclament toujours être jeunes. Or, il y a aussi ceux qui sont dans la norme de 15 à 35ans.

Souvent, pour la désignation de représentants des jeunes au sein des structures, des conflits ne manquent pas. Vous allez trouver quelqu’un, qui a 36 ou 37, qui estime qu’il est toujours jeune et qu’il doit être retenu. Les vrais jeunes en ce moment sont dans une situation de marginalisation. C’est une situation qu’on doit donc travailler à résoudre à travers l’application stricte des textes réglementaires en la matière et aussi veiller à ce que des générations ne bloquent pas l’évolution d’autres générations. Si on arrive à un cycle où chacun occupe sa place et joue son rôle, les jeunes n’auront pas à rencontrer ces difficultés. En ce qui concerne le problème d’imputabilité au niveau institutionnel, prenons par exemple la dimension de l’éducation des jeunes.

Au premier plan, on a la famille, au-delà de la famille on a l’enseignement primaire jusqu’au niveau supérieur et de l’autre côté, l’éducation non-formelle (l’alphabétisation) à travers les centres d’éducation non-formelle. Dans l’éducation non-formelle, il y a d’autres pans ; par exemple la formation professionnelle, l’éducation des jeunes à la prévention des fléaux sociaux, le développement des collectivités socioéducatives. Quand on revient au niveau institutionnel nous avons le ministère de l’éducation nationale et de l’alphabétisation qui, en réalité, ne fait que de l’enseignement au niveau primaire et post-primaire, le ministère de l’enseignement secondaire supérieur et de la recherche scientifique, le ministère de la jeunesse de la formation et de l’insertion professionnelle et même d’autres ministères (action social et sport) qui sont autant d’acteurs de l’éducation qui se rivalisent au lieu d’agir en synergie d’actions.

Pour les carences éducatives chez les jeunes, c’est dans leur processus d’éducation, ils font du « saute-mouton » de sorte que leur accomplissement véritable en tant qu’adulte pose problème. La conséquence est que l’on rencontre couramment aujourd’hui des adultes qui ne sont pas des exemples à suivre. Enfin, pour ce qui est de la dimension micro et macro dans la gestion de la question du chômage, il faut retenir que l’emploi n’est ni une action ni un produit. C’est plutôt un effet, le résultat d’un processus ; c’est-à-dire d’un ensemble de tâches, d’activités et d’actions menées sur le terrain. La question de la gestion du chômage se traite donc à deux niveaux : au niveau micro, le ministère en charge de l’insertion socioprofessionnelle par exemple doit s’occuper de cette mission à travers les Fonds nationaux de financement et à travers l’agence nationale de l’emploi et d’autres structures. Là, il s’agit de planifier et de mettre en œuvre des actions, des projets et programmes d’insertion socio-professionnels.

Au niveau macro, c’est une dimension où il est évalué les effets dont les emplois créés à travers des études. Ce rôle relève de l’Observatoire national de l’emploi et de la formation (ONEF) qui devait, de mon point de vue, être rattaché au Premier ministère ; pour une meilleure capitalisation et pour un meilleur leadership car, la question de l’emploi est transversale.

Lefaso.net : Comment appréciez-vous les premières actions des nouvelles autorités par rapport à la jeunesse ?

Lamoudi Hermann TANKOANO : Comme on le dit, c’est une nouvelle dynamique. Je vais exprimer ce que je pense, en toute objectivité, en reconnaissant ici que les premières actions des nouvelles autorités en charge de la jeunesse sont très mitigées. Comme actions menées, il y a d’abord le lancement du programme d’emploi jeune pour l’éducation nationale (PEJEN) qui est un programme répondant à une promesse de campagne de son Excellence, Roch Marc Christian Kaboré. Cela est une bonne chose mais, de mon point de vue, ce programme n’aurait pas dû être un de plus, si le Programme National de Volontariat au Burkina Faso (PNVB) fonctionnait bien. Il suffisait simplement de recadrer la structuration de ce programme pour prendre en compte ces nouveaux besoins des jeunes en augmentant les allocations des volontaires. Cela aurait évité une structure de plus.

En outre, il y a eu le programme d’installation des jeunes formés au métier. Le ministre a fait des tournées à cette occasion pour remettre des kits ; ce qui est une action très pertinente et concrète qui répond aux besoins des jeunes. Les jeunes eux-mêmes témoignent de la pertinence de ce programme. Je salue cette action et je félicite les acteurs qui ont participé au succès de cette initiative. Enfin, il y a la Journée internationale de la Jeunesse qui vient d’être commémorée, je ne me répèterai pas à ce sujet car, nous l’avons déjà évoqué plus haut. Globalement, on ne sent pas une véritable dynamique entreprise pour répondre aux besoins des jeunes. En clair, il y a des efforts réels à faire, tant au plan institutionnel, organisationnel, et fonctionnel qu’au plan de la planification et de la mise en œuvre des actions structurantes à la hauteur de l’accomplissement du potentiel de la vaillante jeunesse burkinabè.

Lefaso.net : En matière d’emplois surtout, cette frange sociale attend beaucoup de l’Etat qui, lui, exhorte à l’initiative privée. Pensez-vous que l’environnement est favorable à un épanouissement réel de la jeunesse ?

Lamoudi Hermann TANKOANO : Pour ma part, l’invite des jeunes à l’initiative privée par les plus hautes autorités du pays est une vision noble au regard des opportunités que présente le bassin d’emplois au Burkina. C’est d’ailleurs pour cela que les économistes du monde s’accordent à dire en substance que l’Afrique est le futur continent qui sera économiquement rentable. Je pense que l’Etat devra adjoindre à cette vision, un dispositif d’accompagnement fiable en complément de la Maison de l’entreprise et des autres acteurs du privé. Il encourage des potentialités mais en terme d’environnement favorable, il y a des efforts à faire pour faciliter la canalisation des jeunes vers le secteur privé, parce qu’on n’y va pas pour y aller, on y va parce qu’on est prêt. C’est donc une question de changement de comportement. On ne peut pas vouloir tout de suite et maintenant que les jeunes s’investissent dans le privé parce que, c’est une nouvelle vision des autorités de l’Etat.

Mais, s’ils y vont comme ça, ils reviendront de la même manière parce qu’ils ne sont pas du tout prêts. Jusque-là, la mentalité des jeunes c’est surtout d’intégrer la Fonction publique ou de devenir salarié dans une structure privée ; on ne peut pas subitement changer ce comportement qui est devenu une habitude à leur niveau. Il y a alors un travail d’éducation qui nécessite un ensemble d’initiatives qui pourraient être canalisées dans un programme éducatif à l’école de la vie. Cette initiative compléterait les acquis des jeunes au plan de l’enseignement primaire, secondaire et académique. Dès lors, on n’aurait plus besoin de proposer aux jeunes de s’investir dans le domaine du privé car, ils iront d’eux-mêmes. L’autre erreur que certaines autorités burkinabè commettent est de promettre aux jeunes de leur offrir de l’emploi. Or, de mon point de vue, on ne donne pas de l’emploi à un jeune ; il l’obtient de lui-même ou il le prend car, il a reçu une éducation complète ; il est mature ; il a les compétences pour faire telle ou telle action en fonction de sa vocation.

Lefaso.net : Quelles seront les actions pour atteindre les objectifs que vous vous êtes assignés et les moyens d’action ?

Lamoudi Hermann TANKOANO : Nous avons plusieurs volets à ce niveau. Le premier est ce que le GEPEJ fait actuellement, c’est-à-dire mettre en place un portefeuille d’informations sur les questions de jeunesse. Ce sera sous forme de communications ou de productions scientifiques et professionnels que nous allons faire et publier pour l’information des jeunes, des acteurs de promotion des jeunes et de la population. Cette initiative concernera des thématiques en lien avec l’éducation non-formelle des jeunes (éducation des contre les fléaux sociaux, le développement des collectivités socio-éducatives, l’alphabétisation et la formation professionnelle), l’insertion professionnelle des jeunes et la décentralisation.

Deuxièmement, nous avons déjà réfléchi et conçu la mise en place d’une agence d’expertises sur des activités socio-éducatives des jeunes ; ce sont des questions liées à la vie courante. Je pense qu’en mettant en place cette agence, on pourrait travailler à former et à développer des compétences en la matière. Troisièmement, c’est la formation des animateurs communautaires de jeunes. Quatrièmement, nous appuierons les collectivités locales (ONG et institutions) pour la promotion des jeunes au Burkina. Voici, en substance, la charpente de notre plan d’action triennale que nous allons réaliser sur le terrain.

Lefaso.net : Si l’on vous demande un message pour la jeunesse burkinabè, il serait lequel ?

Lamoudi Hermann TANKOANO : Je voudrais vous transmettre deux messages. Le premier est que, quand nous rêvons d’un changement, c’est parce que nous sommes porteurs de changement. Quand nous sommes porteurs de changement, nous devons nous former dans notre domaine professionnel de vocation. Quand nous sommes formés, nous devons démultiplier les actions de développement personnel et d’intérêt général sur le terrain, prioritairement dans le secteur privé. Dès lors, la somme de nos actions individuelles produira le changement que nous souhaitons tant dans les différents secteurs de développement.

Evidemment, l’impact sera notre bien-être tant recherché dans un Burkina en paix et de paix. Chers jeunes, soyons nous-mêmes. Le second message est que l’échec n’existe pas, participer est une victoire, échouer est une leçon et réussir est l’idéal. En clair, c’est pour dire aux jeunes : ne vous arrêtez jamais parce que vous avez redoublé une classe, échoué à un test de recrutement ou initié une action qui a échoué. Continuez de persévérer avec intelligence, tact et abnégation car, comme on le dit : « à cœur vaillant, rien d’impossible, âme vaillante rien d’impossible ».

Entretien réalisé par Anaïs Moné (Stagiaire)
Oumar L. OUEDRAOGO
Lefaso.net

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