Assimi Kouanda étant très occupé du côté du CDP, Sanné Topan revient au cabinet du président du Faso (2/3)

mardi 28 janvier 2014 à 22h00min

Le 1er octobre 1993, dans le Sourou, j’ai fait la connaissance de Sanné Mohamed Topan. Il en était le député et, coiffé d’un authentique chapeau scout dans la grande tradition de Robert Baden-Powell (il avait été commissaire général national des scouts du Burkina Faso, président de la fédération burkinabè de scoutisme, coordonnateur de la sous-région Ouest-africaine de 1986 à 1989), il m’avait fait découvrir sa région. En ces années 1990, c’était dans toutes ses composantes que la société burkinabè bougeait. Et Topan était un de ces hommes qui s’attelait à valoriser la seule ressource que possédait alors le Burkina Faso : la ressource humaine.

Assimi Kouanda étant très occupé du côté du CDP, Sanné Topan revient au cabinet du président du Faso (2/3)

Son parcours en témoigne. Né le 1er janvier 1955 à Kiembara, dans la province du Sourou, à l’Ouest du Burkina Faso, c’est là qu’il fera ses études primaires jusqu’à l’obtention du CEPE. Kiembara se trouve à mi-chemin entre Tougan et Ouhigouya. Mais c’est à Nouna, « capitale » de la province voisine de la Kossi, qu’à la suite de sa réussite au concours d’entrée en 6ème qu’il rejoindra le Collège Charles Lwanga (CCL), du nom d’un martyr Baganda (Ouganda) canonisé en 1964. Le CCL n’avait encore que quelques années d’existence (il avait été ouvert pour la rentrée scolaire de 1962) ; création des Frères des Ecoles chrétiennes de Saint-Baptiste De La Salle, il prônait la discipline, l’amour du travail, la fraternité vraie entre élèves et éducateurs.

A dix-neuf ans, Topan sera admis, après concours, au Cours normal de Koudougou. Il se rapproche de la capitale. Là il va décrocher son certificat élémentaire d’aptitude pédagogique (CEAP) et son certificat d’aptitude pédagogique (CAP) qui lui ouvrent les portes de l’éducation nationale. Il va alors débuter une carrière d’instituteur (1976-1984) puis de directeur d’école dans les provinces du Yatenga et de la Kossi. Il ne cesse pas pour autant d’étudier. En 1982, il obtient son bac et sera nommé professeur de CEG. Il sera affecté au lycée Philippe Zinda Kaboré, à Ouagadougou, en tant que surveillant, va décrocher une maîtrise en lettres modernes puis son CAPES. Voilà le « pion » promu professeur certifié dans le lycée où il a fait ses classes.

Par la suite (1986-1990), il enseignera également au lycée Newton (établissement privé), à l’Université populaire africaine (UPA) – une structure éducative totalement gratuite placée sous la tutelle directe du syndicat enseignant SNESS –, à l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (ENAM). Parallèlement, il sera nommé commissaire national pour l’Unesco où il sera adjoint au secrétaire général et correspondant national (1987-1995) de l’Organisation islamique pour l’éducation, les sciences et la culture (Isesco).

Le 25 avril 1989, le capitaine Blaise Compaoré, président du Front populaire, chef de l’Etat, chef du gouvernement, va créer le poste de ministre délégué à la Coordination du Front populaire. Il y nomme Clément Oumarou Ouédraogo, un homme-clé du nouveau régime, secrétaire général de l’Union des communistes burkinabè (UCB), professeur, ancien recteur de l’université. Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique dans le dernier « gouvernement révolutionnaire » de Thomas Sankara (4 septembre 1987), il sera maintenu au temps du « Front populaire » (avec, en plus, l’enseignement secondaire) ; numéro trois du gouvernement après le commandant Boukary Jean-Baptiste Lingani et le capitaine Henri Zongo, il deviendra numéro un lors du remaniement du 21 septembre 1989 consécutif à l’exécution de ces deux têtes d’affiche de la « Révolution » (c’était le 18 septembre 1989).

C’est aussi le temps de la recomposition du paysage politique burkinabè après les bouleversements de la « Révolution » et de la « Rectification ». Le 15 avril 1989, plusieurs groupuscules « marxistes-léninistes » vont s’auto-dissoudre et rejoindre l’Organisation pour la démocratie populaire-Mouvement du travail (ODP-MT), qui deviendra le parti présidentiel. Parmi les « ralliés » aux militaires figurent notamment l’UCB de Clément Ouédraogo et des dissidents de l’Union des luttes communistes (ULC) regroupés au sein du PLP (« Pour le parti »). Le Groupe des communistes burkinabè (GCB) et l’ULC, quant à eux, resteront en marge de ce mouvement et, du même coup, leurs leaders ne seront pas reconduits au sein du gouvernement (c’est ainsi que Jean-Marc Palm perdra son portefeuille de ministre des Affaires étrangères).

Topan a rejoint Clément Ouédraogo nommé secrétaire général de l’ODP-MT mais également secrétaire chargé des affaires politiques du « Front populaire ». Il est son directeur des affaires socioculturelles. Topan sera membre du CC de l’ODP-MT et de la coordination du « Front populaire ». Mais le 10 septembre 1990, le ministère délégué auprès de la Coordination du Front populaire chargé de la coordination de l’action gouvernementale est supprimé. Roch-Marc-Christian Kaboré entre dans le gouvernement au poste de ministre d’Etat (le 16 juin 1991, il sera en charge de la « coordination de l’action gouvernementale »). Exit Clément Ouédraogo. Et, une fois encore, « la Révolution dévore les révolutionnaires ». Clément Ouédraogo sera retrouvé mort le 9 décembre 1991, assassiné dans une rue de la capitale. Le « ministère » ayant été dissous, Topan va rejoindre le Centre national de la recherche scientifique et technologique (CNRST) en tant que chef de service des relations extérieures. Il assumera cette fonction jusqu’au printemps 1992.

Le Burkina Faso a entamé sa métamorphose. Il y a, désormais, un Premier ministre qui est le chef du gouvernement mais aussi une Assemblée des députés du peuple qui a été mise en place à la suite des élections législatives du 24 mai 1992. 107 députés ont été élus (dont seulement 6 femmes). L’ODP-MT a conquis une large majorité : 78 élus. Arsène Bongnessan Yé en est le président* et parmi les députés il y a là des personnalités historiques dont Joseph Ki-Zerbo, Gérard Kango Ouédraogo, Nouhoun Barry… Le président du groupe parlementaire ODT-MT est alors Salifou Sawadogo (décédé le 2 septembre 2013). Parmi les élus ODP-MT, un jeune député de 37 ans : Sanné Mohamed Topan. Qui choisira de siéger à la commission des affaires sociales et culturelles. C’est alors qu’il est député du Sourou que nous nous rencontrons pour la première fois du côté de Tougan (cf. LDD Burkina Faso 0405/Jeudi 23 janvier 2014).

En 1994, au lendemain de la dévaluation du franc CFA, la primature est confiée à Roch-Marc-Christian Kaboré qui va former un gouvernement où les « libéraux » l’emportent sur les « pragmatiques » qui avaient assuré le passage de la « Révolution » à la « Rectification », acceptant de jouer la règle du jeu international : PAS, privatisations, déréglementation, etc. On ne parlait pas encore de « mondialisation ».

La métamorphose économique s’accompagne d’une métamorphose politique. En février 1996, l’ODP-MT, parti présidentiel créé en 1989, devient le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) et se proclame « social-démocrate ». Du même coup, l’opposition libérale se regroupera en Alliance pour la démocratie et la fédération (ADF) sous la férule de Hermann Yaméogo, fils du premier président de la Haute-Volta et figure emblématique de l’opposition (même s’il participait au gouvernement avec le titre de ministre d’Etat). La fin de l’année 1995 avait été difficile pour le premier ministre ; la presse ne manquait pas d’évoquer une « crise de confiance » entre le président du Faso et Kaboré. En septembre 1996, Topan est nommé directeur de cabinet du président du Faso.

* Son premier problème, me confiera alors Arsène Bongnessan Yé, c’est que ceux des députés qu’il estimait être de droite ont refusé de siéger à droite et lui ont demandé de s’asseoir au centre et ceux qu’il estimait de gauche ne voulait pas non plus s’asseoir à gauche. « Cela veut dire, me confiera-t-il alors, que personne ne veut être catalogué dans des concepts qui relèvent d’une autre civilisation et qui ne sont pas tellement des préoccupations de l’heure à notre niveau de développement ».

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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