« Moi Zaphira », d’Apolline Traoré : Le public a adoré, pas les critiques de cinéma

lundi 4 mars 2013

Sur la vingtaine de films en compétition pour l’étalon de Yennenga, un intéressait particulièrement le public burkinabè. Il s’agit de « Moi Zaphira » d’Apolline Traoré, l’unique burkinabè qui était en lice pour le prestigieux trophée d’étalon d’or. Les trois projections intervenues dans le cadre du FESPACO ont toujours fait salle comble. Mais, aucun prix… sauf celui de la meilleure interprétation féminine.

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« Moi Zaphira », d’Apolline Traoré : Le public a adoré, pas les critiques de cinéma

Apolline Traoré était à sa première participation pour l’étalon d’or de Yennenga. Mais, cette trentenaire est loin d’être une novice dans le 7e art.

Née à Ouagadougou au Burkina Faso en 1976, elle a connu une enfance heureuse. Apolline a voyagé à travers le monde avec son père qui travaillait pour les Nations Unis. A 17 ans, elle s’inscrit au Emerson College à Boston (USA), et décroche sa Licence en Art Média en 1998. De 1998 à 2001, elle travaille à Los Angeles dans des petits films indépendants. Puis, décide alors de rentrer au pays pour faire des films sur son continent, l’Afrique.

Au titre de ses réalisations, on compte entre autres : « Kounandi » (2003), « Dessous du cinéma burkinabè » (2010) et « Sous la Clarté de la Lune », qui a été montré en première mondiale au Royaume Uni au Festival AiM 2007 (Africa in Motion, Edinburgh).

« Moi Zaphira » ne sera pas le 3e étalon pour le Burkina ?

« Moi Zaphira », réalisé en 2012, aurait pu être la consécration. A travers ce long métrage de 105 mn, en couleur noir et blanc essentiellement, Apolline Traoré montre des réalités du Burkina Faso : prostitution pour survivre, éboulements de sites miniers, courage des femmes, lâcheté des hommes, etc. Apolline va même plus loin en montrant tout un village qui préfère vivre uniquement de dons plutôt que de cultiver ses propres champs.

C’est dans ces conditions que Zaphira, veuve d’une trentaine d’années décide d’aller à l’encontre des principes du village. Cette femme courageuse refuse de soumettre son bonheur aux us et coutumes d’une tradition rétrograde. Elle s’accroche à son rêve, celui de voir sa fille devenir mannequin. Elle arrivera à sa fin, avant de se rendre compte qu’elle a emprisonné les rêves de sa fille, Katia.

C’était l’unique film burkinabè qui était en lice pour l’étalon d’or de Yennenga. A partir des trois projections, les cinéphiles ont été emballés. En tout cas, ceux qui ne s’intéressent pas aux aspects techniques du film.

Le public a apprécié

« Y a rien à dire », lance Omar à la sortie de la séance de 22h30 le 27 février. Madame Nikièma est du même avis : « J’ai l’habitude de participer et de voir le maximum de films. Il y a eu plusieurs thèmes dans ce film. Mais, ce que j’ai apprécié, c’est l’organisation des paysans pour produire (…). Je pense que c’est le développement du village qui est évoqué ici à travers le rêve d’une dame ».

Le promoteur de spectacles, Salif Sanfo, lui également, a apprécié « Moi Zaphira ». « Sans entrer dans les détails cinématographiques, c’est surtout un sujet qui me touche par rapport aux parents qui veulent réaliser leur rêve à travers leurs enfants en occultant et en emprisonnant le rêve de leurs propres enfants. A partir d’un certain âge, pour moi, il faut tenir aussi compte de l’avis de l’enfant, de ses rêves et l’accompagner autant que faire se peut. C’est la meilleure des choses que je retiens de ce film », soutient-il.

Et techniquement ? « Je pense qu’elle a beaucoup priorisé les gros plans et les dialogues, ça valorise le jeu d’acteurs, surtout les acteurs principaux. Elle n’a pas fait un point d’honneur à la mise en scène, aux plans d’ensemble, aux plans généraux, mais c’est son choix », souligne Salif Sanfo avant d’ajouter que seul le jury est mieux habilité pour se prononcer sur ces aspects.

« Ça a donné l’impression du Noir Blanc, mais ce n’était pas du Noir Blanc. Mais, ça avait son charme », ajoute le promoteur de spectacle. Une option que la réalisatrice expliquait en ces termes sur les antennes d’une radio internationale après la première projection intervenue le 26 février au Ciné Burkina : « On a travaillé en vidéo, après on l’a transformé en 35mm et avec le 35mm, une bobine couleur, malheureusement, cela nous donne un peu cette couleur chaude. Mais bon, on nous a demandé du 35mm, on a donné du 35mm ».

Le public emballé, mais pas les critiques

Qu’à cela ne tienne, Apolline Traoré a conquis une bonne partie de son public. Au point de devoir créer des soucis au comité d’organisation qui, lors des projections, a dû gérer le cas de ces centaines de cinéphiles qui ont acheté des tickets sans pouvoir suivre le film. Ciné Burkina, Institut français du Burkina, Ciné Néerwaya, ces trois salles ont, chacune, servi de cadre de projection. Et à chaque fois, elles étaient bondées jusqu’à la dernière place à même le sol.

Le public a certes été emballé. Mais, les critiques, eux, étaient loin de miser sur ce film pour l’étalon d’or. La preuve : lorsque Omar lance que « Le film là, y a rien à dire », il est tout de suite arrêté par un critique : « Y a rien à dire ? comment ça ? ». Parce que soulignera celui-ci, il a décelé des erreurs techniques. Sans doute, dans l’intention de ne pas influencer le jury, mais aussi parce que la plupart sont burkinabè, ils n’ont pas voulu s’exprimer ouvertement sur les failles du film avant la proclamation officielle des résultats.

Mais, certains ayant requis l’anonymat avouent n’avoir pas du tout aimé le film. Ils lui reprochent entre autres : l’écriture et la conduite du scénario, le décor, le maquillage de l’actrice principale qui a traversé le temps en restant toujours jeune et rayonnante…

Ils ont eu raison. Sauf peut-être pour les critiques sur l’actrice principale. Puisque c’est elle (Mariam Ouédraogo) qui décroche le prix de la meilleure interprétation féminine. A part ça, rien. C’est dire qu’Apolline doit encore travailler plus pour prétendre un jour remporter l’étalon d’or de Yenenga ; qui a choisi cette année le Sénégal avec le film « Tey » d’Alain Gomis.

Moussa Diallo
Lefaso.net

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