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COMMUNE RURALE DE KOMSILGA : La proximité avec Ouagadougou fait perdre des terres

Accueil > ONG, Coopération décentralisée • • mercredi 29 août 2012 à 23h28min
COMMUNE RURALE DE KOMSILGA : La proximité avec Ouagadougou fait perdre des terres

La commune rurale de Komsilga, tout en expérimentant le développement local à la base, fait face à la pression de l’urbanisation. Proches de Ouagadougou, les terres de Komsilga sont constamment « avalées » par la nouvelle « race » d’agrobusinessmen et certains services administratifs de la capitale en quête de décongestion. Une situation qui n’est pas sans conséquences fâcheuses, que le maire Julien Nonguierma et le conseil communal tentent de juguler.

La commune rurale de Komsilga fait partie des six communes de la région du Centre (dont Ouagadougou est le chef-lieu) depuis la communalisation intégrale de 2006. Située à 25 kilomètres au Sud de la capitale burkinabè, la jeune commune compte 36 villages, pour une population estimée à 53 108 habitants, avec une superficie de 350 Km2. Fort de 71 conseillers, le conseil municipal est composé de représentants de quatre partis politiques : le CDP (majoritaire avec 66 conseillers), l’UPR, UNIR/MS et l’UNDD. Ainsi se décline la « carte d’identité » de la commune rurale de Komsilga.

Proche de Ouagadougou, Komsilga et ses fils expérimentent le développement à la base, depuis six ans. Mais au lieu d’être un avantage, la proximité avec la « grande » capitale est devenue une menace pour Komsilga, qui est désormais confrontée à une pression foncière. La raison : des services administratifs de Ouagadougou, en quête de désengorgement, jettent leur dévolu sur la localité. « Ouagadougou n’a plus assez de places pour installer certains services administratifs. C’est ainsi que des ministères sont obligés d’avoir recours à la commune.

Il y a aussi les mécontents de Ouagadougou qui n’ont pas obtenu de parcelles et qui viennent acheter des terres (des non lotis) dans des villages de la commune », explique le maire de la commune rurale de Komsilga, Julien Nonguierma. Et celui-ci de donner des exemples de services et structures administratifs bénéficiaires d’espaces dans la commune : le ministère de la Santé et celui de la Défense. Le département de la Santé dispose d’un terrain de 115 hectares dans le village de Tingandogo pour la construction d’un Centre hospitalier universitaire et de 4 hectares pour la construction d’un magasin au profit de la Centrale d’achat des médicaments essentiels génériques (CAMEG).

Quant au second ministère, il est attributaire d’un terrain de 65 hectares destiné à la construction d’une caserne de gendarmerie et de 25 autres hectares dans le village de Zinguédessé pour la construction d’une brigade mobile de la gendarmerie. En 2009, la Société nationale burkinabè d’électricité (SONABEL) a sollicité 7 hectares dans le même village pour la construction d’une centrale électrique. L’installation effective de cette centrale a suscité un nouveau besoin en terrain pour une extension future, d’où l’octroi de 9 hectares supplémentaires pour les centrales Komsilga II et Komsilga III. La cession de ces terres n’a pas toujours été sans difficultés. Depuis plusieurs années, la Société nationale d’aménagement des terrains urbains (SONATUR) effectue des travaux dans certains villages de la commune. Face à l’occupation des terres cultivables, des populations de ces villages en colère ont manifesté leur mécontentement. Pour calmer les mécontents, des trames d’accueil ont été construites en guise de dédommagement au profit des personnes affectées.

Il y a aussi et surtout les agrobusinessmen. Selon le maire Nonguierma, ces entrepreneurs agricoles viennent acheter de grandes superficies pour installer des fermes en vue de pratiquer l’élevage. Mais l’édile se demande si l’élevage est toujours la visée, tant certaines superficies sollicitées sont abusivement grandes. Pour le premier responsable de la commune rurale de Komsilga, un seul hectare et même moins, suffit largement pour la pratique de l’élevage. Mais des agrobusinessmen veulent plus : 10 hectares de terres assez souvent. La conséquence de cet appétit grandissant pour les terres de Komsilga, regrette le maire, est que des fils de la commune et leurs petits enfants risquent d’être dépourvus à jamais d’espace de survie. Tout en étant conscient de la situation, il se dit impuissant, car la loi autorise à vendre des terres. Mais il espère qu’avec la relecture de la réforme agraire et foncière, des changements interviendront. En attendant, le conseil municipal a trouvé une parade, pour freiner un tant soit peu, la « razzia » des terres dans la commune. En effet, il y est désormais demandé à tout acheteur de débourser 600 mille francs CFA par hectare, au profit de la commune.

Et pourtant…

Cette somme donne une idée de ce que peut engranger la commune rurale, en perdant des terres. Toutefois, le maire Nonguierma reconnaît que des avantages existent, à être à proximité de la capitale : « les citadins fréquentent beaucoup la commune. Ce qui veut dire qu’il ya des retombées économiques et cela augmente notre fiscalité. Si je prends la taxe de jouissance, rien qu’en 2011, nous avons eu près de 170 millions de F CFA. Nous avons démarré notre budget en 2007 avec 42 millions de F CFA et présentement, nous sommes à plus de 500 millions de F CFA… », a précisé le premier maire de Komsilga. Pour autant, Julien Nonguierma se défend de diriger une commune riche, tant les besoins restent immenses.

Selon le maire, la commune s’est dotée aux premières heures de sa création d’un Plan communal de développement (PCD), exécuté à travers un plan annuel d’investissement, avec l’aide des différents partenaires de la commune. Cette approche, se réjouit-il, a eu le mérite d’accroître l’offre éducative et les infrastructures de soins de santé. Mais « jusqu’à présent, confie le maire, certains villages ne disposent pas encore d’écoles primaires. 11 villages sur 36 n’ont pas d’écoles primaires. Et au niveau des Centres de santé et de promotion sociale (CSPS), nous n’en avons que 8.

Deux sont en chantier, ce qui est en deçà de notre objectif de départ qui était de créer un rayon maximum de 5 km pour avoir accès aux soins à partir de l’ensemble des 36 villages ». Dans l’enseignement secondaire, la commune est pourvue de 15 établissements privés, et comptera bientôt six lycées et Collèges d’enseignement général (CEG) publics. Mais le maire peut s’enorgueillir d’avoir pu doter chaque village d’un forage.

L’un des défis de la commune reste aussi le chômage des jeunes, surtout en milieu rural. Avec un de leur partenaire, les autorités communales ont pu mettre des jeunes en contact avec le Fonds d’appui aux initiatives des jeunes(FAIJ), afin que ceux-ci bénéficient de formations et de prêts en vue de s’installer à leur propre compte. La promotion de la femme constitue également une préoccupation pour le conseil communal. Grâce à l’ONG Qatar charity, un autre partenaire de la mairie, des femmes ont pu obtenir des crédits sans intérêts. A cela s’ajoute l’équipement en machines à coudre des Maisons de la femme.

Komsilga n’a pas échappé à la famine et à la crise alimentaire dues à la mauvaise pluviométrie de l’année passée. Au regard de cette situation, le conseil communal a initié un mois de solidarité en mai 2012 qui a permis de récolter des soutiens en nature et en espèces. Dans le cadre de cette opération, le conseil communal a débloqué 5 millions de F CFA, qui ont permis à chaque village de bénéficier de vivres, de vêtements, et de fournitures scolaires. Dans le même esprit, des personnes indigentes ont pu être soutenues à travers la prise en charge d’ordonnances médicales, a indiqué le maire.

En l’espace de six ans, la commune rurale de Komsilga a tracé les sillons de son développement, avec des fortunes diverses. Somme toute, Julien Nonguierma tire un bilan satisfaisant des actions menées par le conseil communal. De nombreux défis exitent et le maire compte sur des atouts promoteurs. Comme par exemple le maraîchage qui donne des résultats encourageants à travers les cultures de contre-saison. Le maire cite l’exemple de camions venant du Ghana pour s’approvisionner en piment produit en grande quantité dans la zone, sans donner de chiffres. Au regard de la forte production des cultures de contre-saison, le maire a révélé que le Conseil régional du Centre a promis à Komsilga, un magasin de stockage, pour booster le maraîchage.

M. Nonguierma nourrit beaucoup d’espoir avec la reprise par l’Etat de l’usine de production de boissons (BRAFASO) installée dans sa commune et qui avait connu des difficultés financières. Avec l’éventuelle réouverture de cette brasserie, espère-t-il, des jeunes de Komsilga pourraient trouver de l’emploi et les caisses de la commune pourraient être renflouées à travers la perception de taxes.

Gabriel SAMA

Sidwaya

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