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Les premières heures de la Révolution

Accueil > Actualités > Politique • • mercredi 15 août 2012 à 23h45min

Le 4 août 1983 marque un tournant historique pour le Burkina Faso. En une année, les révolutionnaires avaient abattu un travail colossal, mais comme toute œuvre humaine, il y a eu aussi des écueils. Retour sur l’An I de la Révolution démocratique et Populaire (RDP).
Dans la matinée du 4 août 1983, selon Apékira Gomgnoubou, les habitants de Pô, la capitale de ce qui allait devenir la province du Nahouri, vaquaient à leurs occupations malgré la tension perceptible. Aux environs de 11heures, les commandos cernent la ville et occupent les coins stratégiques. Les camions de l’entreprise canadienne Lavallin sont réquisitionnés. Les soldats nouent des brassards rouges sur leurs bras. Peu avant midi, les véhicules prennent la route de Ouagadougou. Dans la soirée du 4 août, le Président Jean Baptiste Ouédraogo (JBO) s’adresse à la nation pour la fête anniversaire de l’indépendance le 5 août.

Sitôt après son intervention, les armes commencent à crépiter. Au début, les ouagavillois ont cru à des feux d’artifices, mais ils n’ont pas tardé à se rendre compte que c’est une mutation qui s’opérait. Un peu plus tard, la voix de Thomas Sankara retentit à la radio : « Peuple de Haute-Volta, Aujourd’hui encore, les soldats, les sous officiers et les officiers de l’armée nationale et les forces para-militaires se sont vus obligés d’intervenir dans la conduite des affaires de l’Etat… ». Il exhorte le peuple à se constituer en comités de défense de la Révolution (CDR). Le lendemain à la Place du 3 Janvier, aujourd’hui Place de la Nation, une marche spontanée a été organisée et quelques officiers du nouveau régime sont venus prendre un bain de foule. Les jeunes enthousiastes étaient juchés sur les véhicules transportant les DCA.

« Zaman damba », l’hymne du changement

Les Jours suivants, Issouf Compaoré est le premier musicien à donner le ton à travers sa chanson en mooré « Zaman-damba » à la radio nationale. Il disait ceci : « Les gens ne veulent pas le bien. Hier, les Raogo ont voulu travailler à l’épanouissement du pays, mais une barrière s’est dressée contre leurs actions. Levez-vous les enfants de Haute-Volta, levez-vous et demandons la force à Dieu dans l’union. Un seul doigt ne ramasse pas la farine, la vérité va triompher et le mensonge prendra le large. Un jeune ne doit pas avoir peur. Un héros de pacotille n’est pas un héros. Pendant qu’un héros est en train de mourir, un autre est en train de naître. Le vrai héros donne sa vie à sa patrie. » Il nous confiera il y a une année de cela, que c’est le 17 mai dans l’amertume qu’il avait commencé à composer la chanson.

Le Secrétariat général national des CDR concocte des slogans du genre : « Une voix seule patriotique, une seule voix révolutionnaire, une seule détermination, la patrie ou la mort, nous vaincrons. » Ces réclames révolutionnaires passent en boucle à La radio. Des émissions comme la Causette, également du Secrétariat général national des CDR, étaient animées par Mamadou Traoré, aujourd’hui avocat (élu bâtonnier cette année). On l’avait surnommé d’ailleurs Madou CDR. Le truculent Inoussa Sankara, animateur en mooré, révélé au public par le premier conflit Mali- Haute-Volta, devient le grand parolier de la Révolution. Aux premières heures de la RDP, il est resté une semaine à la radio sans mettre pied chez lui, dans l’objectif uniquement de transmettre les messages de la Révolution.

L’enthousiasme est à son comble. L’invite aux travaux d’intérêt commun reçoit un écho favorable. Dans des quartiers périphériques comme Antenne ville du nom du centre d’émetteur situé non loin du cimetière de Gounghin, la population creuse des tranchées pour bénéficier de l’adduction d’eau de la nationale de l’eau.

Les veillés débats, l’école de l’anti- impérialisme

Les habitants de Gounghin reçoivent la visite des capitaines Pierre Ouédraogo et Henri Zongo, respectivement secrétaire général national des CDR et ministre des sociétés d’Etat. Des veillés débats sont organisés dans les quartiers et plus tard la formation politico-idéologique à travers l’école 11-01 dans l’administration sont autant d’actions menées la première année. Au même moment, les CDR proches de la Ligue patriotique de développement (LIPAD) et du Parti Africain de l’Indépendance (PAI) dont certains appartenaient au Syndicat des travailleurs ouvriers voltaïques (STOV) prennent en otage Mathias Bata Konaté, le directeur de la VOLTELEC, aujourd’hui SONABEL.

La même chose se produira à la télévision nationale avec la séquestration du jeune directeur de l’époque, Serge Théophile Balima, aujourd’hui Professeur au département de Communication et Journalisme à l’Université de Ouagadougou. Ces militants politisés du syndicat ne manqueront pas de rendre visite également au maire de Ouagadougou. D’aucuns disent que cette série de Kidnapping a été montée par Soumane Touré, tout puissant secrétaire général de la Confédération syndicale voltaïque (CSV) et membre de la LIPAD-PAI. Ces actions, semble t-il, ont été désapprouvées au cours d’une réunion du CNR. On les a qualifiés de l’aventurisme si bien que des actes similaires ne se sont plus produits. C’est à l’issue de ce kidnapping que le sergent Georges Namoano a été nommé directeur par intérim à la nationale de l’électricité en remplacement de Mathias Bata Konaté. Pendant que le peuple enthousiaste vivait les premiers moments de la Révolution, les organisations membres du CNR s’étripaient pour la composition du gouvernement.

On mit des semaines avant que le premier gouvernement ne se constitue. C’est le 24 août 1983 que les noms des ministres du premier gouvernement du CNR ont été rendus public.

La guéguerre entre les différentes composantes du CNR

Les militaires et ceux qui allaient se constituer en Union des luttes communistes reconstruites (ULCR) accusent le PAI de triomphalisme. Ils soutiennent que le PAI voulaient tous les postes stratégiques, parce qu’il estime être le principal artisan de l’avènement de la Révolution. Les militaires ne voulaient pas de Adama Touré dans le gouvernement. Il avait eu certains officiers comme élèves au Prytanée militaire du Kadiogo (PMK). Ces derniers le trouvaient trop rouge alors que la Révolution voulait dissimuler sa coloration compte tenu du contexte de l’époque. On susurre que le PAI voulait une autre dénomination que le Ministère de l’Information dont son patron allait hériter le portefeuille. Sa préférence était qu’on flanque le maroquin de Ministère de l’Idéologie et de la Propagande. Ce que les autres ont battu en brèche dans les débats.

La version de Adama Touré dans son livre « Une vie de Militant : Ma lutte du collège à la révolution de Thomas Sankara » est celle-ci : « … quelques militaires se laisseront gagner par cette campagne contre ma personne et tenteront de s’opposer à mon entrée dans le premier gouvernement du CNR, formé le 24 août 1983 sous le prétexte que j’étais « trop connu ». Il a fallu la fermeté des camarades Philippe Ouédraogo et Soumane Touré invités en même temps que moi par le Président du CNR à une réunion d’explication, pour signifier au chef de l’Etat que le PAI ne rentrera pas dans son gouvernement si je n’en faisais pas partie, pour que je sois accepté comme ministre de l’Information en août 1983. »

Il est convaincu cependant que Thomas Sankara lui-même était hostile à son entrée dans le gouvernement et son argument est que : « tout au long des douze mois de ma participation au gouvernement, je sentais très souvent ma présence au sein du CNR comme une gène pour certains de mes collaborateurs militaires, à commencer par Sankara lui-même et ce, malgré mes réserves, mes précautions et ma prudence pour ne rien dire, rien faire qui puisse porter ombrage à son autorité et à celle des autres dirigeants militaires de la Révolution. » La crise atteint son point culminant avec le limogeage du ministre de la Jeunesse et des Sports Ibrahima Koné à cause de l’organisation à des dates différentes des journées anti-impérialistes.

Pour Adama Touré, la décision d’organiser la journée anti-impérialiste avait été prise en conseil des ministres du 16 mai 1984, mais comme la proposition venait du PAI, le groupe militaire et l’ULCR l’ont battu en brèche. La journée de 20 mai organisée par Ibrahima Koné aurait eu un franc succès et celle organisée par le groupe des militaires et l’ULCR aurait été un fiasco. Les divergences se sont accentuées les mois qui ont suivi. Ce qui valut une année après le congédiement du PAI dans le gouvernement et dans le CNR.

Des chantiers comme la construction des cités de 4 Août dans les 25 provinces de l’époque et le lancement du Programme populaire de développement (PPD) et bien d’autres travaux ont constitué l’essentiel des transformations révolutionnaires en moins de deux ans.
Saglba Yaméogo

MUTATIONS N. 12 de août 2012, Mensuel burkinabé paraissant chaque 1er du mois (contact : Mutations.bf@gmail.com)

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