Burkina Faso : L’or est là, la pauvreté demeure

vendredi 25 mai 2012 à 01h45min

Cela donne une idée. L’Afrique produit en moyenne 480 tonnes d’or par an, soit 20% du total de la production moyenne mondiale annuelle, qui est de 2400 tonnes et de façon constante avec les nouvelles technologies d’extraction. Le plus grand producteur des Etats africains est l’Afrique du Sud, suivi du Ghana, du Mali et de la Tanzanie. L’Afrique ne bénéficie pas suffisamment des retombées sur ses importantes ressources d’or malgré la spirale ascendante des prix de l’or ces dernières années. La conclusion émane d’une étude publiée par la Banque africaine du développement (BAD) : Le document est intitulé Gold Mining in Africa : " Maximizing Economic Returns for Countries " (Les mines d’or en Afrique : maximiser les retombées économiques pour les pays).

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Gold Mining in africa fait remarquer que l’exploitation des mines d’or est une activité très considérable dans 34 pays au moins des 54 que compte le continent. Le prix de l’or a été multiplié par plus de cinq fois depuis 2000. Plus de 1600 dollars US, le prix de l’or a atteint un niveau presque sans précédent. Cependant, les Etat et les populations africaines n’ont pas profité ou ne profitent pas de ce boom autant qu’ils auraient pu.

Les explications : la plupart des mines d’or en Afrique sont en majorité détenues par des multinationales étrangères de façon que ce soit principalement par les recettes fiscales que les Etats africains peuvent bénéficier de leur or. Là aussi, beaucoup de sociétés minières ont négocié des exemptions fiscales qui dépassent de loin les stipulations des codes miniers concernés. Autrement dit, les Etats africains ne reçoivent pas une part équitable des recettes d’or. Cette répartition est un véritable frein au développement en Afrique.

Dans beaucoup de cas, les accords miniers en Afrique sont formalisés de telle sorte que les codes miniers ne sont pas respectés. Non seulement les violations des règles minières réduisent la part des gouvernements dans les retombées, mais encore elles peuvent conduire à une culture de transgression des lois en général, en favorisant la constitution des sociétés de non droit. Les codes miniers dans de nombreux pays ont été explicitement conçus pour protéger les intérêts des investisseurs étrangers de façon qu’ils doivent y avoir peu de raisons de les ignorer. Le taux de redevance appliqué en Afrique actuellement est de 3% dans presque tous les pays, ce taux est fixe et ne dépend pas du prix de l’or. Quand le prix de l’or s’envole à la folie au bonheur des sociétés minières, les bénéfices des Africains restent grippés au désarroi des Africains. On fait d’ailleurs remarquer que les contrats miniers sont mal négociés et il faudrait peut-être que les pays renégocient certains contrats, comme cela se fait en Guinée Conarky. Où peut-être faire une relecture des codes miniers qui ne sont pas adaptés au contexte actuel selon les spécialistes du domaine.

Notre cas au Burkina

Le Burkina n’est pas traité en tant que tel comme un pays minier mais l’évolution du secteur des mines tend à l’insérer dans ce groupe très restreint de pays miniers. Le pays des hommes intègres, en l’espace de trois à quatre ans et selon certaines sources, se classe quatrième pays africain producteur de l’or et cela, après l’Afrique du Sud, le Ghana et le Mali. C’est dire que le Burkina bat la Tanzanie. Selon des sources officielles, la production de l’or dans notre pays a atteint 12,2 t en 2009 ; 24 t en 2010 et 32,5 t en 2011. Les autorités tablent sur des prévisions de 40 t à 42 t pour l’année 2012 en cours. Les mines ont rapporté 125 milliards de F CFA à l’État en taxes et impôts en 2011, pour un chiffre d’affaires global de 750 milliards de F CFA. Six mines industrielles (Mana, Youga, Kalsaka, Taparko, Belahouro et Essakane), deux semi-industrielles et plus de deux cents sites artisanaux sont en phase d’extraction. Selon les informations, l’exploitation de l’or ne connaitra pas de répit de sitôt. Pour cette année par exemple, environ 605 permis de recherche ont été délivrés à des sociétés d’origines diverses : elles viennent du Canada, de l’Australie, de la Grande Bretagne, de l’Afrique du Sud, entre autres.

Au mois de février 2012, la société minière britannique Cluff Gold a dépensé plus de 14,4 milliards de F CFA en espèces et en actions pour acquérir un nouveau projet à proximité de sa mine de Kalsaka. Au mois de janvier qui suivi, la société canadienne Volta Resources a investi près de 9,5 milliards de F CFA pour valoriser le gisement de Kiaka, qu’elle a racheté en 2009 à la sud-africaine Randgold Resources en 2009. Il nous revient que les réserves de ce site sont estimées à 125 t. Son exploitation devrait debuter au quatrième trimestre 2014. Avion Gold, une autre société canadienne a investi également quelques 60 milliards de F CFA pour le gisement de Vindaloo, à Houndé. La production, selon les techniciens, est pour 2015. La Société d’exploitation minière d’Afrique de l’Ouest (Semafo) est dans la phase productive au niveau du site de Mana. En 2012, près 5 t à 6 t d’or seraient extraites pour des réserves qui sont dans l’ordre de 35 t.

Le Burkina est riche en or. Est-ce pour autant que les Burkinabé doivent s’en réjouir ?

L’étude de la BAD draine des inquiétudes. On ne peut évaluer de façon précise ce que l’or rapporte au Burkina Faso et aux Burkinabé. Les milliards au titre des impôts et taxes sont-ils réels et sont-ils redistribués de sorte à ce que le panier de la ménagère soit plus conséquent ?

A l’occasion de la revue annuelle de la Stratégie de Croissance Accélérée pour le Développement Durable, le Premier ministre Luc Adolphe TIAO a communiqué le chiffre de 4,2% qui est le taux de croissance de l’économie du Burkina en 2011.Le boom minier a-t-il contribué à ce taux et dans quelle proportion ? Pourquoi le panier de la ménagère reste désespèrement si léger ? En quoi les populations des localités où l’or est exploité sont-elles bénéficiaires de cette manne aurifère ? C’est peut-être des questions auxquelles, il faut répondre pour prendre la mesure de ce que l’or nous réserve. On a vu par exemple qu’en 2008 et 2009, que les taxes superficiaires destinées aux communautés à la base sont presque insignifiantes. Un spécialiste de la fiscalité des mines au Burkina nous a raconté comment un maire de commune où l’or s’exploite est passé à sa direction pour demander des explications : la commune est riche d’or ; l’or s’exploite mais le maire a des sérieux problèmes pour boucler son budget. La question de l’or est si opaque et complexe que finalement on a du mal à retrouver les traces des milliards.

Sociétés minières et Etats, dos à dos

Dans le rapport ITIE du Burkina Faso, on constate des écarts, dont les justifications restent discutables, entre les montants des revenus des industries extractives versés par les sociétés minières à l’Etat Burkinabé et les montants exacts que l’Etat aurait reçus des sociétés minières en termes d’impôt et de taxes. Il y a donc des insuffisances qu’il faudrait corriger. En attendant des mécanismes plus propres, les mines diront que les règles sont toujours respectées. Et leurs affaires prospèrent selon leur transparence à elles. Dans un rapport de la société IAMGOLD, maison mère de Essakane, on lit qu’en 2011 « le pourcentage de production d’or attribuable provenant des mines a grimpé à plus de 80% par rapport à 60% en 2010 ». Stephen J. F. Letwin, Président et chef de la direction de la multinationale est fier : « l’année 2011 a été excellente : nous avons enregistré un revenu, un profit net et des flux de trésorerie records. Le produit a augmenté de 53% pour atteindre 1,7 milliards de dollar et les flux de trésorerie provenant des activités poursuivies a augmenté de 70% pour atteindre 590 millions de dollar ».

Benoît La Salle, Président et chef de la direction de SEMAFO écrit que sa société « est guidée par les normes les plus élevés de gouvernance d’entreprise. Nous respectons tous les codes miniers que les lois des pays où nous menons nos activités et nous adhérons à l’Initiative sur la Transparence des Industries Extractives (ITIE) soutenue par la Banque Mondiale. En 2011, nous avons franchi une étape supplémentaire en adhérant au Pacte Mondial des Nations Unies, consolidant ainsi notre engagement à maintenir nos opérations et mes stratégies alignées sur des principes universellement acceptés, relativement aux droits de l’homme, aux normes du travail, à l’environnement et à la lutte contre la corruption ».

Entre un Etat qui chante la contribution de l’or à l’économie nationale et des sociétés minières qui se disent être citoyennes, il y a une population qui semble se contenter de humer les bonnes odeurs.

Par Michel NANA

Par Bendré

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Vos commentaires

  • Le 25 mai 2012 à 19:06, par Made
    En réponse à : Burkina Faso : L’or est là, la pauvreté demeure

    Monsieur, vous pensez que ces société sont ici pour les beaux yeux (vilains yeux) des populations appauvries ?
    Réveillez-vous ! SVP.
    En faite, l’or n’est pas là (ici), mais chez eux !

    Répondre à ce message

  • Le 25 mai 2012 à 22:38, par kali11
    En réponse à : Burkina Faso : L’or est là, la pauvreté demeure

    pauvre burkinabè on ne parle jamain de ceux qu on a embauché dans ces mines dont les droits elementaire sont souvent baffoués au derimant de ces multinationales tout porte a croire que les employés ne sont jamain considerés dans es ttextes tout ce qu on sait un jour l or finira et bonjour la misère a mon avis l Etat doit porter un regard très serieux a l endroit des employés dans les differentes mines car souvent on entend des grognes par ci par là qu es ce qui amene ces grognes ? de toute evidence le droit ne pas respecté ou bien le code du travil du burkina est foulé au pied et bonjour la corruption pensés y

    Répondre à ce message

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