SECOURS D’URGENCE : « 24 heures chrono » avec les sapeurs-pompiers

mercredi 2 mai 2012 à 02h07min

« Le 18 » est le numpéro gratuit que l’on émet en cas d’accident, d’incendie, de noyade, etc. A l’autre bout du fil, les sapeurs-pompiers, toujours prêts à intervenir pour secourir les victimes. Comment s’y prennent-ils pour intervenir ? Quels sont leurs modes d’intervention  ? Comment se passe leur journée de garde  ? 24 heures chrono avec  « les soldats du feu » dont la devise est « sauver ou périr ».

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Il est 6h 15 minutes du matin ce jeudi, 23 février 2012, au centre de secours ?des sapeurs-pompiers de Baskuy. Certains pompiers sont déjà sur place. D’autres font leur entrée après un cross organisé pour le lancement de leurs activités de l’année. C’est le branle-bas quotidien. 6h 30mn, c’est la montée des couleurs. A 7h, le point de la journée de garde de la veille est dressé par le chef de garde « descendant », le sergent chef Alphonse Congo. Par la même occasion, la relève passe aux mains du chef de garde « montant », l’adjudant-chef Sibiri Kaboré.

Place aux conseils et à la revue des troupes. Les soldats du feu debout, et disposés par grade, reçoivent les consignes de l’adjudant-chef, Daouda Zan, chef du personnel. Ensuite, c’est la vérification du matériel des véhicules d’intervention par le chef de garde de la journée. Top de départ pour la première intervention à 7h 12mn, après le déclenchement de quatre sonneries. Le Premier secours relevage 1 (PSR1) ou ambulance se met immédiatement en position. Tous les renseignements sont pris au standard par le chef d’agrès ou chef d’engin, le sergent Laurent Ilboudo. Il les transmet au conducteur. Il s’agit d’une évacuation sanitaire d’une jeune fille inconsciente au dispensaire du secteur n°23, quartier Tanghin.

7h 13 mn, l’équipe quitte la base pour l’intervention. Difficile de se frayer un passage, la circulation est dense, certains usagers refusent de céder le passage, malgré le gyrophare et le bruit de la sirène de l’ambulance. « C’est ce que nous vivons au quotidien avec les usagers de la route. Comprendront-ils un jour que nous sommes en train d’aller sauver une vie ? ?? », murmure le chef d’agrès (ambulance). Malgré tout, l’équipe est sur les lieux, après 8 mn de trajet. La victime est sous oxygénation. L’ordre est donné par le sergent Ilboudo de préparer l’oxygène de l’ambulance pour le relais. Conduite dans l’ambulance, elle est oxygénée jusqu’à la maternité de l’hôpital Yalgado Ouédraogo à 7h 36 mn. Elle est immédiatement reçue par les sages-femmes.

L’équipe replie. L’ambulance est nettoyée et désinfectée, il est temps pour le chef d’agrès ? d’annoncer au standard que son ambulance est disponible pour d’autres interventions. Aussitôt cette annonce faite, qu’un appel du standard prévoit une autre intervention sur l’avenue Tansooba. En s’y rendant, à quelques mètres des lieux, un passant gesticule. « Il indique que les supposés accidentés sont partis », ?dit le sergent Ilboudo. Tout de suite, il informe le bureau des opérations et transmissions qu’il s’agit d’une « alerte motivée », ce qui signifie que l’accident est effectif, mais que les accidentés ne sont plus sur les lieux.

Des victimes assistées psychologiquement

Sur place, le standard annonce un autre secours sur le site d’un accident de la circulation, survenu sur l’avenue Ouari Boumédienne, face au cimetière municipale. 9h 18 mn, le PSR1 est présent sur les lieux. Des badauds ? s’invitent et chacun y va de son commentaire pour tenter d’expliquer les circonstances de l’accident. Au même moment, la police s’emploie à réglementer la circulation. La victime, assise à terre, a visiblement une fracture à la jambe. Impossible de la tenir debout. L’équipe de secours lui donne les premiers soins. Elle est soigneusement portée dans l’ambulance par les trois éléments de l’équipe tous jeunes dont une stagiaire, Blandine Kaboré qui, visiblement, maîtrise déjà le travail du sapeur-pompier. Avant de démarrer avec le patient pour l’hôpital, le chef d’agrès appelle la police pour le constat.

A l’intérieur du PSR1, le blessé ne se plaint pas mais reçoit quand même, une assistance morale du pompier. Dans le véhicule, son adresse complète est demandée par le chef d’agrès. Il passe des informations au standard sur l’état de la victime. 9h 38 mn, le PSR1 se trouve devant les urgences traumatologiques de l’hôpital Yalgado Ouédraogo. Le blessé est transporté avec soin vers la salle d’urgence. La salle est pleine, il n’y a pas de lit disponible. On l’installe dans le couloir. Par la suite, les agents hospitaliers reçoivent du chef, le bilan de santé de la victime. Aussi, le sergent Laurent Ilboudo se rassure que le blessé ne restera pas seul. Dans le cas contraire, il prend l’initiative d’appeler un de ses proches pour rendre compte de la situation.

Au sortir de la salle des urgences traumatologiques, l’équipe rencontre une ambulance du centre de secours de Bogodogo transportant deux blessés. Les sapeurs- pompiers estiment nécessaire d’aider leurs collègues. « Oh ? !oh ? ! C’est comme ça votre travail ? ? On vous voit défiler plusieurs fois ici. Ce n’est pas facile. Que Dieu vous bénisse ? », lance un accompagnant des blessés. Après deux interventions (coup sur coup) l’engin (le PSR1) peut enfin replier à la base à 10h55mn. 11h14mn, 4 sonneries se font entendre, c’est encore une sortie pour l’équipe 1. Deux interventions sont au programme. La première conduit l’équipe sur l’axe Ouagadougou-Kaya à quelques mètres du poste de péage. Sur les lieux, l’équipe trouve des personnes groupées, mais pas le couple accidenté, car il s’agit de cela.

L’épouse légèrement blessée se retrouve dans le groupe, mais le mari, la principale victime, se cache derrière un véhicule. Il ne désire pas se faire transporter à l’hôpital. Maintes explications sont données par le chef pour le convaincre de s’y rendre, afin de recevoir des soins d’urgence. La victime accepte finalement, non sans exiger la présence de sa femme avec lui dans l’ambulance. Sa volonté est respectée. Conduit aux urgences traumatologiques, il cache toujours ses blessures au visage et à la tête avec son tee-shirt taché de sang. Il fait très chaud dans le couloir des urgences, le blessé continue de se lamenter, mais sa femme à côté de lui le rassure et le console. De ce pas, les médecins prennent la relève pour s’occuper de lui. L’équipe quitte ensuite les urgences, en direction de la base.

Nous recevons en moyenne plus de 5000 appels par jour ?

13h12mn, l’ambulance 1 fait son entrée à la caserne. Le réfectoire est ouvert, les sapeurs-pompiers qui, enfin, ont un moment de répit, peuvent aller déjeuner, en attendant d’éventuels appels au secours.
Pendant ce temps, le Bureau des opérations et des transmissions (BOT) ou standard continue de recevoir des appels. C’est le centre névralgique de la BNSP. Ils distribuent les informations reçues aux différents centres de secours, en fonction des secteurs concernés (Sig-Noghin, Bogodogo, Baskuy, Boulmiougou). Selon les éléments en poste, ils peuvent recevoir en moyenne cinq mille appels par jour. « Parmi ces appels, il y a plus d’appels malveillants qu’utiles. Ceci complique véritablement notre travail », lancent-ils. 15h 00 mn, c’est le rassemblement pour les cours d’instruction.

Ce cours peut être théorique ou pratique et permet de rafraîchir la mémoire des uns et des autres sur les thèmes ayant trait à leur fonction. A 16h 30mn, les éléments se mettent en tenue pour le sport du soir. « Ce sport est fait dans le but de toujours créer l’ambiance, l’harmonie. Mais, la tenue de feu est toujours dans les engins, au cas où il y aurait un appel au secours pour ne pas perdre du temps ? », souligne le chef de garde, Sibiri Kaboré. Après le sport, c’est les causeries-débats qui s’invitent à la base, mais cela n’empêche pas les soldats de feu de rester sur le qui-vive. De 13h 30 mn à 23h, le PSR1 continue les interventions. C’est ainsi qu’à 23h 27 mn, les 4 sonneries se font entendre, PSR1 doit intervenir pour un accident d’une jeune fille inconsciente au secteur n°10. Il est 23h35mn, l’ambulance est sur les lieux. Des curieux passants ou riverains sont autour de la victime. Le chef d’agrès leur demande de céder le passage afin de donner les premiers soins à la victime, mais impossible de leur faire entendre raison.

Néanmoins, l’équipe arrive à se frayer un chemin et tente de réveiller la jeune fille inconsciente. Le portable de la victime permet de joindre ses proches. Selon certains, c’est un motard qui, après avoir percuté la victime, a pris la fuite. La jeune fille est conduite dans l’ambulance par les sapeurs-pompiers. Quelques minutes plus tard, ils sont à l’hôpital, pendant que l’équipe décide de replier à la base à 24h 05mn. 1h39 du matin, le BOT annonce un autre accident sur l’avenue Oumarou Kanazoé, l’ambulance quitte à 1h40 mn, le conducteur parie que « l’accidenté est tombé tout seul ».

L’ambulance arrive à 1h 43 mn. Il gagne son pari. Effectivement, il semble que c’est la faute aux ralentisseurs.
Le blessé saigne beaucoup de la tête. Il reçoit les premiers soins avant d’être conduit aux urgences traumatologiques de l’hôpital Yalgado Ouédraogo. « Ce qui nous met mal à l’aise, c’est souvent le film de notre journée de garde que nous faisons. Il nous arrive de ne pas pouvoir manger, ce jour-là », a lâché le chef d’engin. Et d’ajouter, « les victimes qui sont sous l’emprise de l’alcool ne nous facilitent pas la tâche ». Il est 5h 14 mn quand l’équipe de garde effectue « en principe », sa dernière intervention du côté de l’avenue de l’aéroport où deux victimes sont transportées aux urgences.
A 6h du matin, le 24 février 2012, le chef d’agrès rassemble tous les rapports qu’il rédige à chaque intervention. Il est 7h, c’est le rassemblement pour la relève du jour, mais ce n’est pas encore terminé pour l’équipe descendante. Puisque des appels au 18 vont encore le solliciter. Rapidement, sans attendre de passer le relais à l’équipe montante, le PSR1 se met en place pour une nouvelle sortie… Ainsi va la vie au quotidien chez les soldats du feu.

Marceline Elélé KANTORO (marceline_kantoro@yahoo.fr )


Sapeur-pompier de 2e classe, Sylvie Yaro

"Je fais partie de la première promotion des femmes sapeurs-pompiers au Burkina en 2009. Au cours de certaines journées de garde, Il arrive des fois que je ne parvienne pas à manger, car je suis toujours en contact permanent avec les accidentés et le sang . J’avoue que ce n’est pas une chose aisée, mais je me suis habituée. J’ai même remarqué qu’au cours de certaines de nos interventions, certaines victimes se sentent plus en sécurité avec nous les femmes. Cependant, d’autres nous regardent autrement. Ils se demandent comment une femme peut choisir un tel métier. Pour ce qui était de la formation, elle n’était pas facile au début, car je n’étais pas habituée au sport intense, mais au fur et à mesure, je m’y suis adaptée. Je rappelle qu’il n’y a pas de formation spécifique pour les femmes et hommes. Tout le monde est traité pareillement. Aujourd’hui, je suis fiere d’être sapeur pompier. A mon avis, ce métier te permet de ?«  ? grandir ? » dans la vie et t’amène à être plus humain vis-à-vis de ton prochain".


Douloureux souvenirs d’un soldat du feu, l’adjudant-chef Kaboré Sibiri, chef de garde du 23 février 2012

"Dans les années 1991 à Bobo-Dioulasso, au cours d’une intervention, j’étais chargé de retirer le corps d’un nourrisson jeté dans un WC, en tant que chef d’équipe. Il fallait, en son temps, faire un nœud de chaise pour pouvoir m’introduire et faire sortir le cadavre des profondeurs d’un ancien puits transformé en WC. L’intervention était particulièrement difficile car le puits était très profond et le matériel rudimentaire. Néanmoins, j’ai pu récupérer le corps dans un premier temps. Je l’ai remonté jusqu’à la sortie. Au moment de le remettre à mes collègues qui étaient dehors, il a lâché et est retombé au fond du puits. Je suis redescendu pour chercher de nouveau le corps, malheureusement il n’était plus récupérable, il ne restait plus que des ossements. Il fallait avoir un caractère de dur pour supporter cela. Et juste après l’intervention, j’ai dû laisser ma tenue sur place et rentrer en culotte ? ».


L’historique du sapeur-pompier

C’est au lendemain des indépendances, en 1961, que le premier corps des sapeurs-pompiers communaux a été créé pour la ville de Ouagadougou, sous l’expertise du sergent-chef Moineau, du régiment de sapeurs-pompiers de Paris (BSSPP). Suite à l’incendie des entrepôts douaniers (Brasilia) en 1976, qui a causé une perte de plus de huit milliards de francs CFA non dévalués à l’Etat, les autorités nationales entreprennent, avec le concours de la BSPP (Brigade des sapeurs-pompiers de Paris), de faire un diagnostic des services des secours du pays. A l’issue de ce travail, le principe de la création d’un corps national de sapeurs-pompiers est retenu. Ainsi, un officier et deux sous-officiers de la BSPP arrivent à Ouagadougou en octobre 1977 pour développer un corps national de sapeurs-pompiers. Le processus aboutit à la création de la Direction générale de la protection civile (DGPC) en 1978.

Le corps des sapeurs-pompiers militaires sera créé en mars 1979, par décret présidentiel, sous l’appellation de Bataillon des sapeurs-pompiers militaires (actuel Poste de commandement (PC) de la première compagnie) qui deviendra plus tard, Brigade nationale de sapeurs-pompiers. La brigade s’étendra peu à peu de manière chronologique, avec la création ? :
En 1983, de la deuxième compagnie à Bobo-Dioulasso
En 1996, de la troisième compagnie à Koudougou
En 1997, de la quatrième compagnie à Ouahigouya
En 2000, de la cinquième compagnie à Banfora.

Source ? : revue d’information de la BNSP N°006

Sidwaya

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