CARNET SANTÉ : Une guéguerre à la tête du Fonds mondial

mercredi 1er février 2012 à 01h14min

Le départ annoncé la semaine dernière du directeur exécutif du Fonds mondial de lutte contre le SIDA la tuberculose et le paludisme, Michel Kazatchkine, est en passe d’être le plus grand coup de tonnerre de l’année dans la Genève internationale.

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Créé en 2002 avec les fonds du multimillionnaire Bill Gates, le Fonds est à ce jour, la plus importante source de financement internationale pour la lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme.
En particulier, les financements en provenance de cette institution ont transformé la vie de bien de personnes vivant avec le VIH/SIDA.
Cela fait alors dix ans, que le Fonds mondial, grâce au financement des pays donateurs, à l’engagement du secteur privé, et à l’action de plaidoyer des ONG, a entraîné des progrès considérables dans la lutte contre ces trois pandémies qui tuent le plus dans les pays en développement.

Au total et au titre de ces trois maladies, ce sont des millions de vies qui ont été sauvées grâce aux traitements, à la prévention, au renforcement des systèmes de santé dans les pays les plus pauvres du monde.
On comprend alors que certains disent qu’avec le Fonds mondial, l’on n’a jamais été aussi près de réaliser les objectifs de santé que s’est fixé la communauté internationale pour 2015.

Malheureusement, de nos jours, les engagements financiers s’effritent. Quel paradoxe ! Car c’est à ce moment même que nait la polémique autour de la décision du Pr français, Michel Kazatchkine, pourtant réélu en 2011 de quitter la tête de la direction exécutive de ce fonds.
Cette décision risque fort d’avoir une influence décisive sur le fonctionnement de cette institution internationale.

En effet, dans une missive adressée la semaine dernière « aux personnels, partenaires et amis » du Fonds, il indique qu’il quittera son poste le 16 mars 2012. Il a tenu à préciser que « c’est là, ma décision, même si elle a été difficile à prendre ».

Dès lors, les observateurs dans la capitale suisse n’hésitent pas à parler de « putsch ». Car selon certaines sources, les administrateurs américains du Fonds, mécontents de ses liens avec Carla Sarkozy/Bruni cherchaient à écarter Michel Kazatchkine.
Et un audit sur le financement à la demande de la Première dame de France d’une campagne de communication dénommée « Born HIV free » aura suffi pour pousser le Français à la démission. Au motif que ce financement à hauteur de 3,5 millions de dollars aurait été fait en marge de la légalité, et sans appel d’offres.

Cependant, le conseil d’administration du Fonds dément tout lien entre la démission du Pr Kazatchkine et ses liens avec Carla Bruni-Sarkozy, ambassadrice bénévole du Fonds, accusée d’avoir intercédé auprès de l’institution au bénéfice d’un de ses proches.

Deux chefs, c’est un de trop

« Ma décision de quitter le Fonds mondial n’a rien à voir avec cette campagne média », a dit de la façon la plus ferme, le Pr Michel Kazatchkine.
Celui-ci évoque plutôt un désaccord avec le Fonds, dû à la création en novembre, d’un poste de directeur général, qu’il considère comme une manière de l’évincer en douceur.

« Le conseil d’administration a pris la décision de nommer un administrateur général du Fonds auprès de moi qui rapporterait directement au conseil d’administration. Pour moi, c’est une question de principe, il ne peut pas avoir deux têtes dans une organisation », a-t-il déclaré dans une interview accordée à une radio française.
En effet, c’est un Brésilien d’origine colombienne, Gabriel Jaramillo, ancien président-directeur général de Sovereign Bank qui a été nommé à ce poste. Il devra prendre fonction pour douze mois à compter de demain, 1er février.

« C’est un prétexte », s’insurge la prix Nobel, Françoise Barré-Sinoussi, de l’équipe du Pr. Luc Montagnier ayant découvert le virus du SIDA au début des années 80. Au-delà de cette péripétie, Françoise Barré-Sinoussi constate et déplore que certains pays donateurs réduisent leurs aides. En Europe, c’est le cas de l’Italie, de la Suède et de l’Allemagne. Au contraire, le Royaume-Uni et la France maintiennent leurs efforts.
Michel Kazatchkine avait été élu directeur éxécutif du Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme en avril 2007.
Le Fonds mondial a été son « engagement le plus important depuis dix ans ».

Il n’a eu de cesse d’aider le Fonds mondial à mettre en œuvre une vision d’un monde sans SIDA, sans tuberculose et sans paludisme.
A ce titre, il a fait partie du groupe de travail qui, en 2001, a défini les principes qui régissent le fonctionnement du Fonds. Puis, successivement premier président du Technical Review Panel de 2002 à 2005 et vice-président du Conseil d’administration en 2005 et 2006 avant d’assurer les fonctions de Directeur exécutif pendant cinq ans. Il a été réélu en novembre dernier.

Bilélé BENIN


Pr Michel Kazatchkine, un homme engagé

Chez nous, l’on a reproché aux acteurs de la lutte contre le SIDA de perdre parfois plus de temps à se quereller qu’à lutter efficacement contre l’épidémie ; il en va peut-être de même en ce qui concerne la guéguerre suite au départ de Michel Kazatchkine de la direction exécutive du Fonds mondial.

Pour les uns, c’est un forcing des Américains, engagés depuis 2010 pour se débarrasser de ce professeur français, jugé « trop indépendant ». Pour les autres, il s’agit d’en finir avec la résistance de Paris, après l’échec en novembre d’un vote de défiance contre Michel Kazatchkine, un directeur exécutif certes, visionnaire mais aux décisions parfois très contestées.

« Une fausse affaire Carla Sarkozy/Bruni » (Ndlr : jetant la suspicion sur un contrat confié à un ami proche de la première Dame.)a même été livrée à la presse.
Aujourd’hui, les Burkinabè retiennent que le Pr Kazatchkine a toujours été aux côtés des autorités de notre sous-région pour lutter efficacement contre le SIDA. A ce titre, il a effectué plusieurs séjours au "pays des Hommes intègres" notamment en 2007 où il a été fait officier de l’Ordre national lors de la Journée mondiale SIDA tenue à Manga. Il reviendra ensuite en février 2009 pour la conduite de la visite de travail de Mme Carla Sarkozy/Bruni, ambassadrice mondiale pour la protection des mères et des enfants contre le SIDA.

Dans sa missive « aux personnels, partenaires et amis » du Fonds, le Pr Michel Kazatchkine exprime sa "fierté" d’avoir présidé aux destinées de cette institution qui est sur « une longue route encore à parcourir ».
Dans les dernières lignes de sa lettre, il souligne : « En novembre, le Conseil d’administration a décidé de nommer, sous son autorité directe, un directeur général chargé de superviser la mise en œuvre du Plan de transformation consolidé. Je respecte cette décision et je ne doute pas qu’elle ait été prise dans le meilleur intérêt du Fonds mondial (…). Néanmoins, tout en maintenant un engagement total en faveur du Fonds mondial et de sa mission, j’en suis venu à la conclusion qu’il m’était impossible, dans ces circonstances de rester à mon poste de directeur exécutif ».

B.B.J.

Sidwaya

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