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Paparazzi : Heurs et malheurs d’une profession

Accueil > Actualités > Multimédia • • mardi 5 octobre 2004 à 00h00min

Photographes, chasseurs d’images ou paparazzi. Peu importe les qualificatifs. La réalité c’est que ces messieurs, appareils photos bien visibles accompagnent les grands événements que notre pays organise. Ils sont là. Bruyants et mouvants. A vrai dire, ils n’ont pas toujours les alliés qu’il faut dans le feu de l’action. Pas même les photographes de presse. Encore moins la sécurité. Pourtant ils sont là. Toujours.

Ouaga-2000. Alors que tout semble prêt pour l’ouverture solennelle officielle de la rencontre des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine sur l’emploi les photographes qu’on appelle "privés" sont dans la tourmente. Ce jour-là, ils devraient tout faire pour ne pas exposer leurs photos pour raison de sécurité. "On est habitué", selon Jean-Louis Bayala, photographe. Le regard vide, Bayala ne manque pas d’humour. Dilemme ? Pas vraiment. Car ces messieurs, qui de plus en plus se font visibles lors des grandes manifestations que notre pays abrite, ont plus d’un tour dans leur sac. Ou plutôt, plus d’une relation dans leur carnet d’adresses. Tant les voies pour accéder à l’accréditation, véritable sésame ouvre -toi pour les lieux de réunions sont pavées d’incertitudes. Or, il faut ce petit carton. Autrement pas de photo. "Quand nous apprenons qu’une cérémonie d’envergure doit se tenir dans notre pays on prend toutes nos dispositions", soutient Bayala. "En général c’est par voie de presse qu’on sait que telle on telle activité va se tenir", dit-il. "Nous adressons une lettre d’accréditation. On fait ensuite une liste et on nous accrédite". Le passage des "nous " au "on" obéit à coup sûr à une réalité du terrain. Les photographes qui s’étaient regroupés en Union de reporters photographes professionnels du Burkina Faso (URPPBF) font maintenant cavaliers solitaires. Pour qu’elle raison ? Personne n’a pu le dire. Tout comme, personne n’a voulu vraiment entrer dans les détails quand l’accréditation leur est refusée. Car souvent "on" ne veut pas nous voir. "Là, on grouille comme on peut", selon Ilboudo. En fait, des indiscrétions nous ont simplement révélé que derrière le "on grouille comme on peut", il faut y mettre des "camarades de la presse". Passer cette première étape importante assimilable à un parcours de combattant, d’autres "embûches" sont là. "Des fois ça se passe sans problème", reconnaît Barthélémy Ilboudo. Mais souvent c’est dur. Les photographes de presse nous bousculent, la sécurité ne nous laisse pas. C’est à ce cocktail que nos paparazzi sont soumis. Des paparazzi dont le nombre croît "depuis l’arrivée des rapatriés", selon Aboubacar Gouem. Comble de "drame", depuis l’arrivée de ces "rapatriés on ne s’est plus réuni". Les rapatriées ne sont que la poutre aux yeux des photographes. Des boucs-émissaires. Ils illustrent certainement bien l’adage qui dit que "les voleurs s’aiment alors que les mendiants se détestent". Plus on est nombreux, moins on fait les bénéfices. Même si Barthélémy Ilboudo se défend. Il nous arrive souvent de retourner avec au moins 200 000 FCFA dans la poche après toutes les dépenses. Des bénéfices énormes ! Pas vraiment quand on établit la proportion de ceux qui peuvent se "taper"" un tel pactole. Du reste, les paparazzi le disent eux-mêmes. En dehors de la Coupe d’Afrique des Nations de football (CAN 98) que notre pays a organisée les rares fois où ils ont tiré leur épingle de jeu restent aléatoire. On souffre même, raconte Assan Bandé. Leur seul réconfort serait, les laboratoires de développement et de tirage. La complicité avec ces laboratoires est si bien huilée qu’en dépit de l’heure, du jour, les paparazzi en un temps deux mouvements peuvent vous ramener vos photos. La troisième mi-temps est celle des heurs et malheurs pour cette "jeune" corporation qui semble fermée à la gent féminine. Pour l’instant, aucune femme ne s’est vraiment lancée dans la photo. A cette étape donc, les photographes doivent laisser parler leur flair. Il faut chercher et retrouver les personnes qu’on a prises en photos. "C’est là où il faut être armé moralement et physiquement", selon Jean-Louis Bayala car dit-il, il faut d’abord être physionomiste, avoir le coup d’œil et pouvoir courir. Ce n’est pas souvent aisé, puisqu’après, il faut négocier. Au départ, personne ne donne l’impression de vouloir prendre sa photo. Puis on vous demande c’est combien pour finir, pour dire c’est cher. En général, ce sont les nationaux. Ils vous disent que n’ayant pas de perdiems à la hauteur des étrangers, ils ne peuvent pas prendre les photos au même prix. Donc aux 1 000 francs initiaux, il faut rabattre à 500 FCFA. "Or ce n’est pas de notre faute. C’est le format qui demande ce prix". D’ailleurs pour ces "jeunes gens" le plus dur est à venir.

C’est presqu’en chœur qu’ils ont reconnu avoir tous "des armoires-archives de photos". Quand les étrangers vont repartir, il faut pouvoir gérer ces photos. Pour nous ce sont des pertes, dit Gouem. Certains avouent qu’ils détruisent les lots d’invendus n’ayant plus de places où conserver les photos. D’autres les gardent et le moment venu se font du fric avec. "Des fois des gens viennent réclamer de veilles photos. J’en ai même vendu quatre ans après", souligne Gouem. Pendant ce temps, il faut entretenir la famille. Et Gouem de citer le cas de Photo luxe qui demeure une véritable industrie. Nous aussi on travaille avec des gens. Il faut donc qu’on facilite notre travail. Les accréditations, les possibilités de vente doivent être allégées. Un fait frappant. Ils s’expriment assez bien en français. La grande majorité, du moins ceux que nous avons rencontrés à Ouaga-2000 ce 9 septembre, vraiment s’expriment bien en français. Ils affirment avoir appris la photo avec des professionnels dans des centres de formation ou même dans de grandes écoles pour certains. Traduction ! Ils ne sont pas venus à la photo par le fait du hasard. Mais parce qu’ils aiment la chose. Et parce qu’ils aiment la photo, ils auront tout intérêt à se reconstituer en groupe d’intérêt professionnel. A l’image par exemple des jeunes musiciens. Cela aura pour avantage de désigner des porte-parole qui le moment venu devront pouvoir défendre leurs intérêts. Surtout que la haute technologie incruster maintenant le numérique en lieu et place des pellicules. Peut-être que l’Etat devrait se pencher sur le cas de ces "jeunes gens" en leur facilitant le travail sur le terrain. Cent photographes privés c’est au bas mot un millier de personnes qui évitent les affres de la pauvreté. Surtout que ces messieurs ne s’arrêtent plus aux activités et autres rendez-vous officiels seulement. Ils sont partout où il y a une cérémonie. Mariage, baptêmes privés, etc. Avec leur appareil pour certains de la première génération et haut de gamme pour d’autres, ils flashent, bousculent et courent tirer. Presqu’à tous les coups, ils subissent les "fougues" des organisateurs, de la sécurité et de leurs collègues reporters d’images. Ne vous fiez pas à la bonne humeur avant cérémonie. Elle cache mal une concurrence à double niveau. Entre eux. Et entre eux et les autres. Après tout, c’est ce qui fait la beauté de leur métier. Osez, espérez et réussir une belle photo. "Surtout que souvent même nos collègues des presses viennent chercher des photos avec nous", susurre un paparazzo.

Jean-Philippe TOUGOUMA (jphilt@hot mail.com)
Sidwaya Plus

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