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La place et le rôle de la chefferie traditionnelle dans la société burkinabè d’aujourd’hui

Accueil > Actualités > Opinions • • lundi 14 juin 2004 à 07h55min

Avant la colonisation, chaque chef traditionnel ou ce qui tenait lieu de chef traditionnel était le premier responsable politique, administratif et culturel de sa juridiction. Avec la colonisation puis l’indépendance, la chefferie traditionnelle a, dans une certaine mesure, perdu ou partagé son rôle politique et administratif avec le gouvernement, mais en conservant pratiquement son rôle culturel compris dans le sens de gestion de la coutume.

Autrement dit la chefferie traditionnelle a vu son influence politique et administrative diminuée et cela à des degrés divers selon les régimes.

Dans le Burkina Faso démocratique d’aujourd’hui quels doivent être la place et le rôle de la chefferie traditionnelle ?

Au plan politique, la chefferie traditionnelle ne peut plus avoir un rôle autonome. En effet, en tant que structure politique elle n’est nullement prévue parmi les institutions de la République. Aussi, si ses membres tiennent à jouer un rôle, devraient-ils recourir aux voies et moyens prévus par la constitution, comme tout autre citoyen. Certes, leur statut dans la société les avantage. Ce statut est souvent exploité par d’autres hommes politiques.

Mais ce statut social est-il le seul qui est avantageux pour leurs détenteurs par rapport aux autres citoyens ?

Non certainement pas : il y a les riches, les maîtres de culte, certaines "grandes" familles, les héritages politiques etc.

En tous les cas, l’égalité politique ne doit pas être comprise comme une égalité d’influence politique. En effet, l’impact d’un citoyen à l’occasion d’une élection est sa voix, tandis que l’influence de ce citoyen consiste dans le fait qu’il peut, en commandant ou en suggérant à d’autres de voter comme lui.

Dès lors il est évident que l’influence d’un citoyen en l’occurrence celui d’un chef traditionnel qui peut être plus ou moins importante, est de nature à gêner le jeu démocratique. Pour remédier à cette situation, deux solutions sont théoriquement envisageables :

- interdire aux chefs traditionnels toute activité politique ou codifier leur participation ;

- travailler à soustraire les citoyens à l’influence politique de la chefferie.

La première solution est peut-être facile pour ceux qui militent pour la non participation politique des chefs, puisqu’elle requiert simplement la prise d’un acte législatif ou réglementaire pour instituer cette non participation. Mais cette solution constitue une discrimination politique incompatible avec la lettre et l’esprit de la loi fondamentale qu’est la Constitution.

La seconde solution est certes plus difficile à mettre en œuvre, car elle nécessite pour la classe politique, un travail de sensibilisation long et patient en direction des simples citoyens. Toutefois, elle est incontournable parce qu’elle est la seule qui respecte les droits politiques du chef traditionnel en tant que citoyen, en même temps que ceux des autres citoyens.

On retiendra comme conclusion à cette partie :

- la distinction entre impact politique et influence politique d’un citoyen ;

- le fait que l’égalité politique entre citoyen est relative ;

- le statut de chef traditionnel n’est pas le seul et unique statut qui confère à son détenteur une plus ou moins grande influence.

Au plan administratif, la nécessité d’appliquer les lois de la République de la même manière commande de dessaisir formellement la chefferie traditionnelle de ce rôle dans la mesure où surtout ladite chefferie n’existe pas uniformément dans tout le pays. Toutefois, là où elle existe l’administration d’Etat peut y recourir de façon informelle dans certaines situations, surtout lorsque son implication peut manifestement améliorer l’efficacité de l’administration.

Au plan culturel, la chefferie traditionnelle, de par sa capacité d’adaptation, inscrit son rôle dans une dynamique de conciliation entre tradition et modernité.

En cas d’incompatibilité entre certaines valeurs culturelles traditionnelles et modernes, le travail de sensibilisation conjointement mené par la chefferie traditionnelle et l’administration d’Etat, ou éventuellement la répression, permettent un ajustement du rôle culturel de cette chefferie aux exigences de la République.

Mahama Sawadogo,
Député

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