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Jugement du putsch de 2015 : « Tout ce procès repose sur des contre-vérités », dénonce Me Hermann Yaméogo

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Putsch du Conseil National pour la Démocratie • LEFASO.NET • vendredi 23 août 2019 à 23h55min
Jugement du putsch de 2015 : « Tout ce procès repose sur des contre-vérités », dénonce Me Hermann Yaméogo

Les plaidoiries du procès du putsch de septembre 2015 ont pris fin ce vendredi, 23 août 2019 avec les avocats de Me Hermann Yaméogo et Léonce Koné. L’audience reprend lundi, 26 août 2019 avec la « la divulgation de la liste des questions du Tribunal » ; c’est-à-dire qu’il s’agira pour les juges de réagir à des questions dont les réponses vont impliquer la culpabilité ou non de chaque accusé.

A la reprise de l’audience en cette matinée, Me Yérim Thiam et Me Antoinette Ouédraogo ont plaidé l’acquittement de Léonce Koné (cadre de l’ex-parti au pouvoir, le Congrès pour la démocratie et le progrès, CDP) et de Me Hermann Yaméogo (président de l’Union nationale pour le développement et la démocratie, UNDD). Pour les conseils, à aucun moment, il n’est ressorti que ces deux personnalités politiques sont mêlées aux évènements du 16 septembre 2015.

L’ex-bâtonnier sénégalais, Yérim Thiam, en tentant de déconstruire l’argumentaire du Parquet militaire, a fait remarquer que les charges ont été montées de toutes pièces. « Si je montre le Code pénal du Burkina et l’accusation du Parquet à Gohou Michel (comédien ivoirien, ndlr), il dira que le Parquet a tapé poteau (échoué, ndlr). (…). Le parquet doit apporter la preuve, parce que la preuve repose sur ses épaules », a contre-attaqué l’avocat.

Selon Me Thiam, le Parquet militaire n’a pas joué franc jeu dans ce procès. « Il nous a cachés des pièces et a refusé de donner des copies aux parties. Vous l’avez constaté », s’est-il plaint auprès du tribunal, soulevant le « caractère nul » de ces pièces. L’avocat a souligné que les acteurs de la Transition, notamment le Premier ministre, Isaac Yacouba Zida, se sont enrichis, ont enrichi leurs avocats et créé la pomme de la discorde en faisant voter la loi qui excluait certains hommes politiques des élections de novembre 2015. « Même notre Cour commune, celle de la CEDEAO, a rejeté la loi », a martelé le bâtonnier sénégalais.

Même trompette pour l’ex-bâtonnier de l’Ordre des avocats du Burkina, Me Antoinette Ouédraogo, pour qui, les arguments du Parquet ne tiennent à aucune critique sérieuse ; l’instruction ayant été faite, selon elle, avec « légèreté ».

Pour les conseils, les deux charges retenues contre leurs clients, attentat à la sûreté de l’Etat et meurtres, coups et blessures volontaires, ne sont pas constituées ; aucune preuve n’existant, selon eux. Ils estiment que l’accointance sur laquelle, l’on veut se focaliser pour condamner leurs clients n’est pas un crime. Ils trouvent anormal que le Procureur veuille s’appuyer également sur les conversations téléphoniques pour condamner Me Hermann Yaméogo et Léonce Koné. « 60% des messages attribués à Léonce Koné et Hermann Yaméogo s’apparentent à des messages particuliers », ont-ils dénoncé.

C’est sur ces propos que ces deux avocats ont terminé leurs plaidoiries, faisant ainsi place aux accusés pour leur « mot de fin ».

Ainsi, Léonce Koné est revenu sur le « caractère politique » du procès. Il a, de ce fait, restitué le contexte des évènements du 16 septembre 2015. Il a longuement parlé du rôle joué par Isaac Yacouba Zida, alors Premier ministre, et Auguste Denise Barry, "chef de la police de la transition" (ministre de la sécurité), contre les hommes politiques restés proches de l’ancien président du Faso, Blaise Compaoré, au moment de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014.

« Il considérait la survivance des partis de l’ancienne majorité présidentielle et leur prétention à continuer à exercer comme une offense à sa personne », a confié l’accusé, parlant du colonel Auguste Denise Barry, qui a suspendu pendant un moment, le CDP et des partis alliés.

Pour l’ancien ministre du commerce, Léonce Koné, ce procès est simplement politique. Il dit donc compter sur le tribunal pour ne pas faire le jeu des politiques. L’accusé a, enfin, exprimé une pensée envers les victimes des évènements et souhaité que l’on travaille à éviter la pratique de la chasse aux sorcières.

« Il y a des avocats de la partie civile qui sont venus pour beaucoup plus dénigrer l’histoire, faire prévaloir d’autres, que de défendre leurs clients », a, pour sa part, campé Me Hermann Yaméogo. Il remercie ensuite tous ceux qui ont été, durant ce temps, au tribunal pour suivre les audiences ; en tant que témoins de l’histoire, soutiens des accusés ou des victimes. Pour lui, c’est une forme de solidarité qui s’est ainsi exprimée et il souhaiterait que cette fibre se manifeste entre Burkinabè en ces moments difficiles pour le pays.

« Nous ne serions pas ici, s’il n’y avait pas eu la transition. Cette transition illégale, illégitime, faussaire. C’est cette transition qui a été à la base des évènements », relève Me Yaméogo. « Tout ce procès repose sur des contre-vérités. Je n’ai jamais vu cela de ma vie », exprime le fils de l’ancien Président, Maurice Yaméogo. Il est d’ailleurs revenu sur cette époque qui a concerné la gestion de son père, demandant de ne pas falsifier l’histoire.

Pour lui, tous les régimes ont eu leur mérite, mais également leur insuffisance. Comme ce fut le cas du règne de son père. « Thomas Sankara a apporté le courage, la volonté de nous sortir par nous-mêmes », tient-il en exemple avant de souligner que le pouvoir Sankara a aussi eu des crimes de sang. L’accusé rappelle donc qu’un peuple qui oublie son histoire se condamne à la revivre.

Revenant sur les infractions qui pèsent sur lui, Hermann Yaméogo se demande en quoi peut-il être poursuivi pour attentat à la sûreté de l’Etat. Il dit avoir appris le coup d’Etat à la radio, comme tout le monde. Il ne se voit pas non plus en train de donner des coups à des gens, pour être accusé de meurtres, coups et blessures volontaires.

L’accusé a, en outre, demandé la clémence du tribunal pour les accusés Diendéré et Bassolé. Pour lui, la place de ces généraux n’est pas à la MACA (Maison d’arrêt et de correction des Armées). Il souhaite les voir plutôt sur le théâtre des opérations contre les terroristes. Le président de l’UNDD a, enfin, renouvelé sa foi à la réconciliation nationale.

C’est la fin donc des plaidoiries. L’audience reprend lundi, 26 août 2019, cette fois-ci, avec la « divulgation de la liste des questions du Tribunal » ; c’est-à-dire qu’il s’agira pour les juges de réagir à des questions dont les réponses vont impliquer la culpabilité ou non des accusés. Une étape qui annonce le verdict de ce procès, entamé il y a maintenant 18 mois.

OL/JTB
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Vos commentaires

  • Le 24 août à 05:41, par le pays va mieux En réponse à : Jugement du putsch de 2015 : « Tout ce procès repose sur des contre-vérités », dénonce Me Hermann Yaméogo

    Est ce que seuls Hermann et Léonce qui sont politiciens au Burkina ? Bien sur que non. Mais pourquoi les deux sont accusés ? Parce qu’ils ont quelque chose â voir avec le coup d’état. La plaidoirie de l’avocat Hermann pour ses mentors du coup d’état montre à souhait qu’il est bien impliqué jusqu’au cou. Condamner les deux généraux et acquitter Hermann sera une injustice. Aussi cet Hermann est placé pour demander la réconciliation. Il va en prison d’abord et après les victimes veront s’il mérite le pardon. Du n’importe quoi. Hermann fait la honte aux burkinabé

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  • Le 24 août à 07:06, par Curieux En réponse à : Jugement du putsch de 2015 : « Tout ce procès repose sur des contre-vérités », dénonce Me Hermann Yaméogo

    Avec les exactions, les humiliations, les contre-vérités, les revirements et autres reniements, s’en trouveraient ils des soldats fiers de travailler encore sans rechigner sous les ordres de ces Généraux ? Lorsqu’on parle des Généraux qui doivent retourner sur le terrain des opérations, je me demande comment ces ceux-là peuvent encore commander et être obéi. Je ne les accuse de rien, je m’interroge seulement. S’ils sont libérés (ce que je leur souhaite), peuvent-ils encore servir l’armée en tant qu’officiers Généraux ? Ou vont-ils seulement faire valoir leurs droits à la retraite ?

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  • Le 24 août à 14:20, par Nabiiga En réponse à : Jugement du putsch de 2015 : « Tout ce procès repose sur des contre-vérités », dénonce Me Hermann Yaméogo

    Du n’importe quoi Hermann. Zeph est libre de ses mouvements, n’est accusé de rien sans mentionner les autres. Si accusé de meurtre et autres chefs étaient rien, on aurait accusé Zeph et les autres politiciens pour ensuite retirer les accusations car un simple jeu. Tel n’est pas le cas. Tu t’es accoquiné avec Leonce et le CDP en vous appuyant sur ces Généreux pour qui tu plaides la clémence pour faire un coup d’état. Le coup d’état n’a pas réussi et tu daignes nous parler que tu as entendu le coup d’état à la radio. Certes, tu l’as entendu mais tu attendais l’entendre car tu savais ce que tu as fait. Tu n’étais pas au même niveau de surprise que lambda burkina car toi, savais l’heure exacte et quoi s’attendre à cette heure-là : l’annonce d’un coup d’état.

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  • Le 24 août à 18:58, par Un nombre En réponse à : Jugement du putsch de 2015 : « Tout ce procès repose sur des contre-vérités », dénonce Me Hermann Yaméogo

    C’est moi qui ne comprend pas français ou bien Me Hermann Yameogo est-il en train d’affirmer que les Generaux sont coupables ? Un accusé qui demande la clémence du tribunal pour d’autres accusés ? Il les condamne de fait. Car clémence signifie adoucir la peine. Donc insidieusement Me Yameogo affirme qu’ils sont coupables, mais qu’il ne faut pas les condamner excessivement.

    M’bon, peut-être que je n’ai rien compris de la démarche et donc par avance je demande la clémence des lecteurs.

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  • Le 24 août à 21:48, par Bebeto En réponse à : Jugement du putsch de 2015 : « Tout ce procès repose sur des contre-vérités », dénonce Me Hermann Yaméogo

    POUR Me HERMAN
    Herman, vous souffrez de haine et de rage vis à vis de la transition, Vous devez vous en prendre à vous même.
    N’étiez-vous pas le géniteur du Front Républicain, un machin pour valider la modification de l’article 37 par l’ex dictateur Blaise Compaore ? Cette aventure ayant échoué, vous vous êtes retrouvés hors jeu politiquement
    Me Herman vous n’avez jamais accepté que ce soit les Burkinabè qui choisissent eux mêmes leurs propres dirigeants, les dirigeants qui leur conviennent. Autrement dit, vous êtes un démocrate aux bout des lèvres, dans la pratique vous êtes aux antipodes.
    Me Herman, vous êtes dépassé par la nouvelle donne politique au BF, pcq que vous refusez de porter votre nouvelle casquette de citoyen ordinaire.
    Me Herman, les Président Lamizana, Saye Zerbo, Jean Baptiste Ouedraogo et Michel Kafando, ont tous des enfants. Leurs enfants se comportent-ils avec honneur ou autrement ? Passent-ils leur temps à faire des voltes face permanents ? Tentent-ils de mettre dans la tête des Burkinabè que sans eux, le BF ne peut exister ? SVP, gardez vos réponses pour vous même. Les privilèges que vous aviez sous le régime criminel et corrompu de l’ex dictateur Blaise Compaoré sont partis en fumée. Nous comprenons votre douleur, et donc les sources de votre Etat d’esprit revanchard et votre haine vis a vis de la transition qui fut un succès total. Désormais, vous devrez apprendre à vivre en transpirant, pas accroché aux mamelles d’un dictateur. Que ce sera très laborieux pour vous.

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  • Le 25 août à 12:37, par caca En réponse à : Jugement du putsch de 2015 : « Tout ce procès repose sur des contre-vérités », dénonce Me Hermann Yaméogo

    Je ne suis pas un axillaire de justice, mais les plaidoiries de la défense étaient bien fonder sur le droit élémentaire de l’accusé. Même demain si Bebeto ou Ka se trouve confronter la justice, les avocats de la défense verront tous les possibles pour les défendre sur le droit malgré la taille de l’infraction. Maintenant, je ne sais pas en appel, que dira le juge sur le contenu de l’accusation et la contre attaque de la défense. Le coup d’état est bien une infraction quelque soit le pouvoir, mais la matière dont le parquet a négligé le droit de base décrit la haine de cette institution. C’est sûr que les avocats de la défense attendent le tribunal au pieds du mur. Si ce tribunal suit la plaidoirie du parquet, ce procès risque n’être éternel dans ce pays. Si la défense dans son ensemble plaide non coupable et demande l’acquittement des accusés, ça peut étonné quiconque ne connait la justice institutionnelle.

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