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Décès de onze personnes gardées à vue : « Les droits humains ne sont pas l’affaire de gens qui ont le ventre plein »

Accueil > Actualités > Opinions • Opinion • mercredi 24 juillet 2019 à 16h30min
Décès de onze  personnes  gardées à vue :  « Les droits humains ne sont pas l’affaire de gens qui ont le ventre plein »

« A quelque chose, malheur est bon » dit-on souvent. Loin de moi l’idée de me réjouir de la mort de ces onze (11) détenus, gardés à vue dans une cellule de l’unité antidrogue de Ouagadougou dont on ignorait jusqu’à l’existence et dont la mort intervenue dans des conditions non encore élucidées a ému l’opinion publique.

En introduisant mes propos par une telle accroche, je veux juste mettre en exergue le fait que la mort de ces personnes gardées à vue dans des conditions peu reluisantes, dont la médiatisation a permis sans doute d’alimenter les causeries jusque dans les kiosques à café, les marchés, les yaars et dans les bidonvilles, a fait percevoir ou du moins, a commencé à faire percevoir l’importance de la protection des droits humains par une certaine frange de la population de notre pays.

Certes, il y a malheur car des personnes sont mortes dans des conditions effroyables, et l’on ne doit pas s’en réjouir pour peu que l’on soit doté d’une certaine humanité ou d’un certain humanisme. Mais le bon côté de cette affaire macabre réside dans le fait qu’elle va permettre, je le pense, à une certaine catégorie de personnes faisant partie de notre population qui a souvent été réticente à l’idée de protection des droits humains de toute personne sans distinction, par ignorance ou par incompréhension, de prendre conscience de la nécessité impérieuse et vitale de protéger les droits fondamentaux de tout individu dans un Etat de droit.

En effet, de façon explicite ou implicite, beaucoup de citoyens de notre pays pensent que la question de la protection des droits humains est l’affaire des élites, des dirigeants, des gens qui ont fait de longues études, des gens trop occidentalisés qui pensent comme des Blancs.

Cette conception, qu’on le veuille ou pas, est malheureusement une réalité au sein d’une grande majorité de notre population. Combien de fois beaucoup d’entre nous avons entendu des gens dire de manière directe ou indirecte que ce sont les défenseurs ou les partisans des droits de l’homme qui gâtent le pays, que leurs opinions ou leurs idées ne permettent pas de lutter efficacement contre les délits et les crimes.

Il y’ en a même qui se posent les questions du genre : depuis quand un délinquant, un criminel a des droits ? Pourquoi doit-on utiliser les ressources de l’Etat pour bien nourrir ou bien soigner des détenus ? Est-ce que des détenus méritent d’avoir de bonnes conditions de détention même ? Etc.

Ces gens raisonnent de cette manière parce qu’ils ne se sentent jamais concernés par la protection des droits de l’homme jusqu’à ce qu’eux-mêmes ou un de leurs proches se retrouvent dans une situation similaire à celle de ces onze (11) détenus de l’unité antidrogue de Ouagadougou, pour comprendre tous le sens de la lutte pour le respect des droits humains de tout individu sans distinction.

Il a fallu qu’une telle affaire survienne pour entendre ces mêmes gens qui dénigrent les droits de l’homme dire : il faut que la lumière soit faite sur cette affaire, il faut qu’il y ait des sanctions sévères, cela ne doit pas rester dans l’impunité, comment des humains comme eux ont pu laisser des personnes mourir dans de telles conditions, même si ce sont des détenus ou peu importe ce qu’on leur reproche, leur vie est aussi sacrée ? Que l’être humain peut être si paradoxal !

C’est dans ces circonstances que les personnes qui ont cette mentalité commencent à comprendre que la finalité suprême des droits de l’homme est de protéger et préserver la dignité humaine en reconnaissant à l’Homme des droits fondamentaux de toute nature quel que soit son statut ou son rang social à un moment donné. Il est inutile de rappeler ici que le droit à la vie est le plus important car de sa consécration et de son respect dépendent la jouissance et l’exercice des autres droits.

Je me réjouis à l’idée de savoir que cette affaire des onze (11) gardés à vue de l’unité antidrogue de Ouagadougou va permettre d’ouvrir les yeux et la conscience de cette catégorie de personnes non instruites et souvent même instruites qui vilipendent les droits humains ; et qu’elles sauront une bonne fois pour toute que la protection des droits humains est l’affaire de tous et que notre bien-être social à tous dépend du respect par chacun des droits fondamentaux d’autrui ; qu’elles comprendront que les droits humains ne sont pas l’affaire de ‘’gens qui ont le ventre plein’’ et qui n’ont pas d’autres soucis.

J’espère de tout cœur que dorénavant, de la même manière que la population et notamment les personnes dont j’ai parlé plus haut exigent la justice pour ces onze (11) détenus décédés, elles exigeront aussi justice pour les victimes de Yirgou, pour chaque personne que des kogl-weogo ont humiliée et tuée ; j’espère qu’elles exigeront dorénavant un meilleur traitement à l’endroit des présumés coupables de toute infraction, des présumés terroristes, et exigeront également des meilleures conditions de détention pour toutes ces personnes qui croupissent dans les prisons exigües et insalubres sur toute l’étendue du territoire burkinabè et partout en Afrique.

Vivement que l’enquête diligentée par le gouvernement dans le cadre de cette affaire nous dise réellement ce qui a coûté la vie à onze (11) personnes dans les locaux de l’unité antidrogue de Ouagadougou.
Une vie n’est point supérieure à une autre. Telle est la philosophie des droits de l’homme.

Abdoul-Rachidi TAPSOBA alias Naluibtoré De Toécé
Juriste et libre penseur politique

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