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Tribune : « Notre quête de souveraineté et de développement passera par une refonte audacieuse de notre politique éducative » (Pato Dondassé)

Publié le lundi 6 mai 2024 à 21h30min

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Tribune : « Notre quête de souveraineté et de développement passera par une refonte audacieuse de notre politique éducative » (Pato Dondassé)

Ceci est une tribune de Pato Dondassé, président du Cadre de réflexion et d’action pour le développement durable (CREDD), intitulé « Notre quête de souveraineté et de développement propre et authentique passera nécessairement par une refonte audacieuse et profonde de notre politique éducative ». Par cet écrit que nous vous proposons ci-dessous, l’auteur plaide pour une politique éducative à même de soutenir l’élan de souveraineté et de développement.
Tribune !

Notre quête de souveraineté et de développement propre et authentique passera nécessairement par une refonte audacieuse et profonde de notre politique éducative.

L’objectif recherché à travers cet écrit est de contribuer à une plus grande efficacité de l’action gouvernementale dans la conduite de réformes fondamentalement porteuses de germes d’un Burkina libre et maître de son destin, dans le contexte particulier du "tout est urgent".

Malgré les nombreux chantiers engagés par le gouvernement de transition, le chapitre des réformes montre peu d’engagement dans le secteur de l’Education. Cette situation est d’autant plus apostrophant quand on sait que l’Education est au centre de tous les leviers du développement d’un pays. « L’éducation est l’arme la plus puissante que l’on puisse utiliser pour changer le monde » disait Nelson Mandela. Malheureusement, la transition politique en cours n’a pas encore réussi à donner de la visibilité dans la réforme de notre politique éducative dont la pertinence n’est pourtant plus à démontrer. Est-ce parce que le gouvernement manque de lisibilité sur sa vision en matière de politique éducative ?

Quel genre d’hommes et de femmes voulons-nous désormais sortir de nos écoles pour porter haut les couleurs d’un Burkina Faso décomplexé, qui assume avec confiance et authenticité son développement ? Quelle mentalité voulons-nous désormais inculquer dans le hakili (esprit) du Burkinabè au regard des défis de développement qui sont les nôtres ? Avons-nous pris la juste mesure du rôle et de la place de l’Education dans ce que nous sommes aujourd’hui et ce que nous voulons être demain en tant que nation ? Bref, les réponses à ces interrogations résident en grande partie dans le contenu de ce que nous enseignons à nos enfants dans nos écoles.

La transition dirigée par le Capitaine Ibrahim TRAORE a certes, entrepris des réformes courageuses dans les domaines de la défense, de l’agriculture, mais aussi de la santé et de la fonction publique dans une moindre mesure. L’équipement de notre armée en matériels de combat de dernière génération, le renforcement significatif et continuel des effectifs des FDS (Forces de Défense et de Sécurité) et VDP (Volontaires pour la Défense de la Patrie), la modernisation de notre système de renseignement en si peu de temps, montrent une ambition fièrement affichée de la transition de doter notre pays d’une armée professionnelle et républicaine, à la hauteur de nos ambitions de souveraineté politique, économique et culturelle.

Les grands chantiers innovants en cours dans le secteurs agricole (aménagement de 11 000 hectares de terres agricoles, introductions de nouvelles spéculations telles que le blé…) sont autant de dynamiques engagés et qui rassurent pour l’avenir.

Si les Burkinabè dans une grande majorité apprécient positivement ces réformes, beaucoup attendent impatiemment de voir une redéfinition de notre vision en matière de politique éducative. Par ce que l’Education est un outil d’éveil de conscience, de transmission de valeurs et de changement de mentalités, il s’impose alors comme le catalyseur de la dynamique de transformation sociale que nous avons amorcée.

Il est temps que le gouvernement de Apollinaire Joachim Kyélem de Tambèla entreprenne une véritable remise à plat de notre politique éducative si nous voulons non seulement lui imprimer un contenu qui reflète notre volonté de bâtir une société authentique et fidèle à nos valeurs et aspirations, mais surtout en faire le moteur de notre marche vers une libération des mentalités des générations présentes et futures.

Il est inacceptable que notre politique éducative léguée par le colon, passe à côté des grands chantiers de réforme de la transition qui suscite tous les espoirs d’une véritable refondation et de restauration de notre dignité. Nous ne pouvons pas continuer à dispenser sans gêne des contenus éducatifs qui, non seulement dépaysent nos enfants dans leurs propres terroirs, mais surtout promeuvent les valeurs culturelles des autres tout en les rendant ignorants dès le bas âge de leur propre histoire.

Le contenu des programmes enseignés à nos enfants depuis l’école primaire jusqu’à l’université reste en déphasage avec nos ambitions de développement souverainistes et le modèle de société basé sur l’Etre et non l’Avoir. Le développement de l’incivisme que nous observons par exemple depuis quelques années dans notre pays est une des conséquences d’une politique éducatives dont le contenu ne fixe pas suffisamment l’être dans sa société.

Allons-nous donc continuer à « bourrer » les cerveaux de nos enfants des pensées philosophiques des autres (Nietzche, Karl Max, Sigmund Freud, Voltaire etc), sans préalablement les rudiments qui les enracinent dans leurs propres sociétés ? Les pratiques perverses des sociétés occidentales telles que l’homosexualité, la pédophilie, le transgenre, tout comme la corruption, que nous combattons maladroitement aujourd’hui sont les fruits d’une vision du monde importée que nous distillons dans nos salles de classes. Il est certes bien de s’ouvrir au monde et à la culture des autres, mais les soubassements de notre société doivent être d’abord nos propres valeurs et convictions.

On ne se développe jamais en adoptant la langue d’autrui comme moyen de réflexion et de projection dans le monde. Dès l’école primaire, nos enfants apprennent que pour devenir quelqu’un qui compte dans la société, il faut pouvoir lire, écrire et surtout bien s’exprimer dans la langue d’autrui. Aussi impensable que cela puisse paraître, c’est malheureusement le paradoxe que revêt notre politique éducative.

Qu’on se le dise : la langue française qui est devenue le gouvernail de notre façon d’interpréter, de comprendre et d’exprimer le monde constitue l’un des obstacles létaux à notre capacité de penser et de concevoir un développement authentique endogène digne de nous-mêmes pour nos sociétés. Nous ne pourrons jamais nous développer en utilisant comme moyen de réflexion et de conception la langue française, elle-même produit de la culture française.

De grands traditionalistes et linguistes africains comme Ngugi Wa Thiong’O, Amadou Hampaté Ba ou encore l’historien sénégalais Cheikh Anta Diop ont soutenu que les langues africaines doivent être mises en avant dans les programmes scolaires, pour éviter de produire des intellectuels qui n’apporteront pas grand-chose à l’Afrique.

En imposant à nos enfants la langue française comme outil de base de leur éducation au détriment de nos propres langues, nous leur imposons inconsciemment la culture française. La langue est le véhicule par excellence de la culture dit-on.

Le gouvernement Kyélem et partant, toute la transition aura échoué sur un grand pan des chantiers attendus de la transition, si toutefois notre politique éducative était laissée en l’état.

Nous plaidons donc ici et maintenant pour une remise à plat de notre politique éducative à travers une approche inclusive de l’ensemble des parties prenantes en vue de lui donner une orientation plus valorisante de nous-mêmes, en mettant nos langues au cœur de l’éducation de nos enfants. C’est la seule option qui vaille pour une nation qui veut oser redéfinir son avenir. Cela implique nécessairement une redynamisation de l’équipe gouvernementale pour dresser une horde d’hommes et femmes de combat de haute intensité sur les terrains des grands chantiers de refondation, à l’exemple de nos vaillants FDS et VDP sur les champs de combat.

Wake up, Mr Kyélem !

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Vos commentaires

  • Le 6 mai à 14:25, par Yacouba En réponse à : Tribune : « Notre quête de souveraineté et de développement passera par une refonte audacieuse de notre politique éducative » (Pato Dondassé)

    Belle réflexion !
    Mais il aurait fallu écrire en Mooré ou en Dioula ou en Peulh pour commencer.
    Le message aurait eu tout son sens.
    En critiquant l’usage d’une langue tout en s’exprimant dans cette même langue, on fait forcément sa promotion. Alors qu’en s’exprimant en Mooré ou en Dioula ou en Peulh, peu de gens auraient certainement compris le message mais cela aurait eu le mérite d’avoir commencé à faire la promotion de nos langues.

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  • Le 6 mai à 14:44, par AMKOULEL En réponse à : Tribune : « Notre quête de souveraineté et de développement passera par une refonte audacieuse de notre politique éducative » (Pato Dondassé)

    Merci beaucoup pour cette analyse et ce cri d’alerte !

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  • Le 6 mai à 15:50, par Bob En réponse à : Tribune : « Notre quête de souveraineté et de développement passera par une refonte audacieuse de notre politique éducative » (Pato Dondassé)

    @ Yacouba vous aurez pu le lire et le comprendre s’il avait écrit en lobiri ou en gulmancema ? Ce dont il parle c’est pour l’avenir en attendant nous nous sommes des intellectuels extravertis qui stressent parce que la diplomatie du pays nous complique l’obtention du VISA pour la France note paradis. Dans nos esprits embrumés et tourmentés par notre CONDITIONNEMENT ne plus dépendre de nos maîtres français et européens est la pire catastrophe. C’est la MAGIE de l’ECOLE et du FORMATAGE que nous avons subi depuis notre plus jeune âge. Le gouvernement croit que la réforme et le développement agricole, la santé sont les priorités après la SÉCURITÉ mais ce n’est pas vrai. La PRIORITÉ ABSOLUE est la RÉFORME de l’EDUCATION. C’est ce qui explique que des individus réputés INTELLIGENTS, INSTRUITS ou devraient être à la pointe du combat pour notre INDÉPENDANCE, notre SOUVERAINETÉ et notre DÉVELOPPEMENT soient les pires soutiens de nos ENNEMIS. Pour beaucoup d’intellectuels de pacotille sans la France, le FCFA et le CHAMPAGNE nous sommes foutus. Comme le chien de Pavlov, l’école, leurs lectures, leur VÉCU et toute leur âme les incitent à une fidélité sans bornes à l’ancien maître. Certaines mauvaises langues disent d’ailleurs que la FRANCE encourage certains par des espèces sonnantes et trébuchantes et d’autres avantages conséquents. Évidemment s’ils avaient reçu une autre éducation, ils auraient résisté comme l’immense majorité de la population qui malheureusement est la moins formée et éduquée.

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  • Le 6 mai à 18:46, par lili En réponse à : Tribune : « Notre quête de souveraineté et de développement passera par une refonte audacieuse de notre politique éducative » (Pato Dondassé)

    L’idee que developpe Pato Dondasse est tres bonne. Je m’attendais a quelque chose de plus holistique que Pato lui-meme sait. Les universites telles que nous les avons versees dans le pays participe a la creation de bilan et de statique par leur nombre. Leur qualite en matiere de construction, d’equipement, d’enseignement, et de vision pedagogique qui s’allient avec une politique nationale d’employabilite et de developpement manquent cruellement. Nos docteurs et autres formes sur le plan nationale n’ont aucun esprit d’innovation, de creation, et de production. Les docteurs formes sous leurs magisters ne sont qu’emulation de cette faiblesse, et de ce manque academique, car il faudra le reconnecte : il y a docteur et docteur, phd et phd, doctorat et doctorat. Ceux qui apres leurs etudes en Europe ou aux Ameriques retournent, n’apporte pas grand changement au systeme. Au contraire, il se font happee par le systeme, devenant eux-meme l’image du systeme de manque d’innovation, du manque de vision, du manque de prodution et de creation. Ils se complaisent, se prelassant du peu qu’il faut offrir au pays et s’adonnant coeur joie aux plaisirs qu’offre la vie citadine du Faso.
    En ce qui concerne la langue, je dirais que c’est le trope sur lequel l’intellectuel africain s’appuie pour se pardonner de sa faiblesse dans la recherche scientifique. La science n’a pas de langue. Je repete, la science n’a pas de langue. Elle a des principes universels, une rigueur, une vision, un engagement, une volonte de decouvrir, de connaitre et de changer ce qui est (les scientifiques parlent simplement de contribution a ce qui est deja). Jack Ma, parlant Chinois a sa naissance, a eu ses idees d’Ali Baba aux USA ou on parle Anglais. Les scientifiques Allemeands qui ont participe au decollage scientifique des USA parlaient Allemand a leur naissance avant d’etre exiles au USA pour contribuer aux travaux sur les fusees et autres en Anglais. C’est aussi avec l’Anglais que les jeunes Indiens parlant Hindi et Telegou a leur naissance sont devenu le faire de lance de la Tech americaine, etc. La science et le progres n’ont pas de langue. ils ont une devotion, un engagement. Nous parlions nos langues, lorsque la poudre a canon nous a subjugues. Nous parlions nos langues, lorsque l’architecte Kere du Faso a remporte le Pritzker Architecture Prize, avec des etudes qu’il a mene en Allemand.
    Notre faiblesse a etre serieux dans ce que nous faisons nous rattrape. Que faisons-nous de toute cette jeunesse inscrite en chimie, physique et Maths dans nos universites. Quelles sont les perspectives et les reves que nous leur faisons integrer dans la quete de notre developpement scientifique ? Ces pres de 1000 Burkinabe que nous avons envoyes au Maroc, a quoi sert leur presence et etude dans ce pays et queel vision nous avons pour eux a part le remplissage de bilan et de statistique. Le jeune mecanicien qui est capable de vous descendre un moteur de moto ou de voiture et de le remonter impecablement, qui connait les differentes composantes de ces pieces et pourrait par ce genie nous etre utile dans notre quete de progres, qu’est-ce que nous en faisons ? Nous avons tourne le regard de notre jeuness vers les concours de douane, d’ENAREF, et d’ENAM. Nous avons bouche leurs horizons et nous parlons de langue comme raison de notre sous-developpement ! depuis quand on developpe un pays avec la douane, enaref et l’enam ? depuis quand ?
    Pour terminer, je suis moi-meme alle a l’INERA il y a environ 15 ans de cela. Notre institue de recherche est une comedie pour quiconque sait ce qu’est la recherche. Soyons serieux ; on se developpe avec toutes les langues, natives ou empruntees, coloniales ou decoloniale. Ce qu’il ya, c’est une science, une recherche vraiment scientifique, un esprit createur, de production, une rigueur, une integrite avec le bien public, la volonte de ne voir les autres avancer qui manquent a notre pays, et a notre continent dans sa globalite.

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